Kersten, médecin d’Himmler – Tome 1 : Pacte avec le diable de Fabien Bedouel et Pat Perna

KerstenBedouelPernaKersten, médecin d’Himmler est un diptyque consacré à la vie de Félix Kersten, qui devenu médecin de Himmler, « profita » de la situation pour sauver des Juifs entre autre. Je ne connaissais pas du tout cette histoire mais elle a déjà été racontée apparemment dans un livre de Joseph Kessel, intitulé Les mains du diable.

Dans ce premier volume, on fait la connaissance de Félix Kersten (1898-1960) quand il va au ministère des affaires étrangères à Stockholm pour demander un permis de travail. On est en juin 1945, il est allemand et pas n’importe quel allemand : le médecin personnel d’Himmler. Sa demande est refusée par le nouveau ministre. Cependant, un fonctionnaire récupère le dossier, l’étudie et découvre que Kersten n’est peut être l’homme que l’on croit. Ainsi, les auteurs de cette BD commencent à nous dérouler le passé de ce médecin énigmatique.

Le 10 mars 1939, à Berlin, Félix Kersten est appelé pour soigner le Reichsführer Himmler lui-même. En effet, le nazi a beaucoup entendu parler du médecin et souhaite savoir s’il peut le soulager de ses douleurs à l’estomac. Le médecin y arrive sans difficultés apparentes. Dès lors, Himmler ne pourra plus se passer de lui et le fera appeler n’importe quand. Kersten en profite pour lui demander des services, entre autre libérer ses amis, mais aussi pour espionner et renseigner ces mêmes amis.

Dans ce premier volume, on ne découvre pas le « dernier des Justes » (ou je ne l’ai pas compris). On découvre plutôt la manière dont il a réussi à s’infiltrer dans les petits papiers de Himmler, comment Heydrich, chef de la Gestapo en est arrivé à se moquer. Par contre, dans ce volume, il sauve peut-être des Juifs mais on ne le sait pas car il m’a plutôt semblé qu’il essayait de sauver des amis de son réseau de « résistance ». C’est la petite chose qui m’a gêné dans cet album : je n’ai pas réussi à comprendre quelles étaient ses convictions, à quel réseau il appartenait. C’est resté très nébuleux dans mon esprit. Le scénario est pour moi une réussite car tout semble vraisemblable, alors qu’il est précisé dans la présentation de l’éditeur que le livre est un mélange entre fiction et réalité (j’espère qu’il y aura une petite note explicative dans le deuxième tome).

Pour les dessins, j’ai particulièrement apprécié le travail qui a été effectué sur les visages (Himmler et Kersten sont extrêmement ressemblant) et leurs expressions. Ainsi je trouve que la tension de Kersten quand il essaie d’obtenir quelque chose, paraissant à la fois déterminé, sûr de lui et en plein doute, est palpable dans chacune des situations.

J’ai adoré lire ce premier volume car il m’a fait connaître une histoire que je ne connaissais pas du tout. Je lirai sans aucun doute le deuxième tome.

Références

Kersten, médecin d’Himmler – tome 1/2 : Pacte avec le diable de Patrice PERNA (scénario), Fabien BEDOUEL (dessin) et Florence FANTINI (couleurs) (Glénat, 2015)

Un homme par ouï-dire de Willem Jan Otten

UnHommeParOuiDireWillemJanOttenJ’ai trouvé ce livre par hasard à Gibert Joseph l’autre jour, en regardant sur les tables de nouveautés. Je l’ai acheté car la quatrième de couverture présentait un livre extrêmement original.

Un homme de 55 ans est mort il y a dix ans dans un accident de la route. Pourtant, il est le narrateur de l’histoire et nous parle ainsi de sa vie actuelle. Une vie qui se fait à travers les autres et les souvenirs qu’ils déclenchent chez eux. Ainsi, quand personne ne pense à lui, il n’est rien mais revit à travers les perceptions de sa famille quand ils repensent à lui. À l’approche de ce qui aurait été les soixante cinq ans du monsieur, les réminiscences se font plus nombreuses.

Gérard Legrand était ainsi un célèbre musicien, très bon interprète de Bach. Il avait une femme Olga et deux enfants, Johannes et Frank. Il a quitté sa femme, ses enfants encore petit, quand il a rencontré une autre femme, une élève, beaucoup plus jeune, Danielle, qu’il appelait Belle. C’est à travers ces personnages, et quelques autres, que nous est dressé le portrait peu flatteur du narrateur.

Johannes et Frank ont du mal à se rappeler de lui comme un père, et essaie tant bien que mal dix ans après de se (re)construire une figure paternelle. Olga pense que son ancien mari s’est suicidé en se jetant sous un camion, et enjolive le personnage en gommant certains souvenirs et en cherchant à en comprendre d’autres. Belle pense très rarement à son ancien amant et quand elle y pense, il n’est pas grand chose. Il y a aussi une ancienne maîtresse qui est la seule à se rappeler de l’homme en bien (mais elle l’a connu il y a très peu de temps).

L’auteur arrive très bien à saisir la manière dont on se souvient de quelqu’un après sa mort, par des objets, des paysages, des situations. J’ai particulièrement aimé que ce livre soit réaliste. On ne pense pas forcément que du bien d’un mort. Il y a aussi des mauvais souvenirs, des incompréhensions qui restent en suspens à la mort de quelqu’un. De même, on ne se souvient pas de tout. On reconstruit aussi beaucoup de choses, pour nous aider, pour que cela nous convienne plus.

Le roman trait principalement de la manière dont la famille va se libérer du poids de la mort du père. C’est là que j’ai trouvé le livre plus faible car le récit est peu entraînant. L’auteur nous colle dès le début une certaine lourdeur sur les épaules, qui donne l’impression qu’on a du mal à avancer (j’ai mis deux semaines à lire 100 pages, même si je n’ai pas lu que ce livre, cela veut tout dire).

Clairement, cette lourdeur est imposée par la manière dont le narrateur s’exprime ; il est pontifiant. Quand il était en vie, il semblait être un homme assez exécrable. Maintenant qu’il est mort, il semble comprendre ce qu’il n’avait pas compris avant alors qu’il n’est pas tout le temps dans la tête de ses enfants, de sa femme … Il n’est là que quand on pense à lui donc il ne peut pas saisir qui ils sont vraiment. Donc il ne peut les comprendre qu’à travers son prisme à lui et garde donc les défauts qu’il avait quand il était vivant. Il y a quelque chose qui me semble illogique dans cette manière de faire. La manière dont la quatrième de couverture était rédigée me laissait penser à quelque chose de plus « vivant ».

En résumé, je dirais que c’est une lecture originale mais un peu décevante à cause d’un narrateur pour qui j’ai manqué d’empathie.

Références

Un homme par ouï-dire de Willem Jan OTTEN – traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Daniel Cunin (Les Allusifs, 2014)

Un siècle de littérature européenne – Année 1984

Le détour de Gerbrand Bakker

LeDetourGerbrandBakkerAvant de lire La Terre Fredonne en si bémol, j’ai lu un autre livre qui se passait au Pays de Galles. Ils n’ont rien de commun à part les prénoms gallois.

L’histoire est celle d’une femme néerlandaise qui, un jour, plaque son mari et s’enfuit vers le Pays de Galles pour finalement se réfugier dans une maison de location, isolée de tout. Qu’elle est l’explication de ce coup de folie ? C’est un peu le sujet du roman.

On va découvrir au fur et à mesure de l’avancée du roman qu’elle faisait une thèse à l’université sur Emily Dickinson qui plus est d’un point de vue original puisqu’elle voulait montrer que la poétesse américaine était très surestimée. Je parle au passé car c’est un projet qui était mené semble-t-il avec assez peu d’enthousiasme et qui a été abandonné depuis que sa liaison avec un étudiant a été connu par toute la fac (c’est un mot placardé sur tous les mures qui a propagé la nouvelle). Après l’annonce au mari, elle a donc fui direction l’Irlande mais elle s’est arrêtée au Pays de Galles à cause la première traversée en bateau qui ne lui a pas plu.

Elle se retrouve dans la maison d’une femme qui vient de mourir, louée par un éleveur de mouton qui s’occupait de la vieille dame. Notre néerlandaise est isolée de tout. La quatrième de couverture dit « elle occupe ses journées seule, jardine, découvre la nature autour d’elle, les oies, la mer au loin, et ces chemins de randonnée qui traversent la propriété qu’elle loue ». Un jour arrive Bradwen et son chien sur un de ces chemins de randonnée. Il ne veut pas lui dire qui il est ni d’où il vient précisément. Cela convient bien à notre narratrice qui va se faire appeler Emily. Elle décide de l’héberger pour un jour, deux jours puis pour tout le temps. L’homme et le chien vont prendre de plus en plus de place dans la maison et dans la routine d’Emily au fur et à mesure qu’elle perd pied avec sa réalité. On découvrira qu’Emily n’est pas partie pour les raisons que l’on a cru au début du roman.

Ce roman m’a laissé complètement à l’écart. L’héroïne est secrète même pour le lecteur. Je n’ai pas pu ressentir la moindre empathie avec elle. De plus, vu de l’extérieur, je lui ai trouvé un comportement très manipulateur. Elle est aussi trop soucieuse d’elle-même. même si cela se comprend à la fin, cela m’a gâché le roman. Cela se lit sans déplaisir mais surtout dans le but de connaître la véritable raison du départ d’Emily.

Je n’ai pas réussi non plus à comprendre ce que voulait transmettre l’auteur. Qu’est ce que le fait que les oies, qui sont autour de la maison, disparaissent une à une apporte au texte ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’elles se fichent de ce qui se passent autour d’elles ?

Reste que l’auteur décrit magnifiquement les paysages et l’isolement du Pays de Galles. Rien que cela est très dépaysant !

Références

Le détour de Gerbrand BAKKER – traduit du néerlandais par Bertrand Abraham (Gallimard, 2013)

Jours blancs de Jeroen Brouwers

JoursBlancsJeroenBrouwers

Le narrateur est un homme de soixante-cinq ans, professeur de littérature à la retraite, qui vit isolé dans les bois, aux Pays-Bas. Au cours d’une promenade en forêt où il compte les arbres, ils nous racontent des moments de sa vie, tous liés à la filiation et à la mort. Plus exactement, il va se concentrer sur quatre moments.

Il s’est marié jeune, pendant ses études avec Mirjam. Il n’a jamais voulu d’enfants ; elle non plus car elle voulait lui faire plaisir. Pourtant quand leur couple commence à se déliter, elle lui propose d’avoir un enfant pour arranger leurs problèmes (très mauvais plan à mon avis). Le narrateur continue à refuser. Mirjam organise un voyage à Venise avec les gains aux jeux que son père lui donne ; ce sera l’occasion de se faire faire un enfant. Mis devant le fait accompli, le narrateur ne cède pas. Il assumera sans enthousiasme ce qu’il n’a jamais souhaité. Par exemple, il ne dormira plus jamais avec sa femme, prendra une maîtresse. À la naissance, il essaiera de faire la connaissance de son enfant mais il le regardera comme un être extérieur à lui, pas comme la chair de sa chair. Les six années suivantes seront éludées. On retrouve notre famille en situation critique. Le narrateur n’a jamais cessé de coucher avec d’autres femmes. Sa femme en a marre et lui somme de partir. Il part donc (je n’ai pas compris mais après sa femme lui en voudra beaucoup pour cela alors que c’est elle qui a demandé), cherche à se réfugier chez sa maîtresse qui refuse. Il ne verra plus que deux fois son fils, Nathan.

Dix ans plus tard. Le narrateur est en poste à New York. Il observe un musicien des rues, accompagné d’une très belle jeune femme (qui fait toute l’admiration du narrateur). Il s’avère que ce musicien des rues est son fils, qu’il ne reconnaît même pas. Les retrouvailles ne sont pas enthousiasmantes ; elles ne diront qu’une nuit. Par contre, il prend conscience des talents hors normes pour la musique de son fils.

Re-dix ans plus tard. Des retrouvailles lors d’un congrès. Le père drague ouvertement une collègue. Il est observé de manière éhontée par un homme. Au lieu de s’intéresser à cet homme, il ne suit que son désir pour la femme. L’homme est son fils, qu’il n’a encore une fois pas reconnu. Cette rencontre ratée sera suivie d’une entrevue, qui marquera une rupture définitive.

Nathan deviendra auteur de comédie musicale et suivra la voie de son père : il aura énormément de femmes dans sa vie. Il ne suivra que son plaisir pour vivre, et pas seulement survivre. C’est ce qu’il le perdra puisqu’au cours d’un voyage, il attrapera une grave maladie. C’est cette maladie qui le fera appeler son père à son chevet.

Tout le livre porte donc sur une relation père-fils manqué, vu par les yeux du père. Ce qui est très intéressant, c’est que le récit est très ramassé autour de cette thématique (il n’y a pas de hors sujet, les jours entre n’existent pas). Surtout, le narrateur ne change pas les sentiments qu’il a ressenti aux différentes époques. D’autres auteurs auraient mis des bons sentiments rétrospectivement les faits ; Jeroen Brouwers ne le fait pas du tout.

Le défaut est que cela donne un livre un peu froid car le narrateur ne s’attache pas à comprendre ses sentiments (bons ou mauvais). Il n’explique pas l’absence de sentiment pour son fils. Il ne dit pas l’attachement qu’il peu ressentir, à défaut d’amour. Cela n’interviendra qu’à la toute fin où il se demandera vraiment ce qu’est être père, et surtout le père d’un fils que l’on a pratiquement pas vu (il ne s’était visiblement pas interrogé sur le sujet avant se contentant d’oublier son fils après chaque rencontre).

Je n’avais jamais lu aucun livre sur ce thème (le fils qui ne connaît pas son père car parti à la naissance par exemple mais je n’avais lu un enfant qui avait vécu avec son père, qui était parti et jamais lu avec le point de vue du père). Pourtant cette lecture m’a laissé très froide à cause de la froideur des personnages. Il n’a suscité ni sentiments (donc) ni réflexions de ma part. Il m’a paru que l’histoire était une sorte de cas particulier, qu’il n’y avait pas le côté universel de la littérature.

Je ne sais pas si c’est très clair. Si vous pouviez poser des questions pour que je clarifie, cela m’arrangerait.

Références

Jours blancs de Jeroen BROUWERS – traduit du néerlandais par Daniel Cunin (Du Monde Entier / Galimard, 2013)

Les amateurs de Brecht Evens

Ce qu’il faut savoir : Le devoir d’un artiste est d’aller toujours au-delà des frontières de sa propre perception …

Quand j’ai entendu parler de cette bd la première fois, à l’occasion du festival d’Angoulême, je l’ai feuilleté à la librairie et elle ne me faisait clairement pas envie. Puis j’y suis revenu parce que quand même et finalement je ne le regrette pas car Brecht Evens réinvente le genre, n’ayons pas peur des mots (réinvente dans la mesure de ce que je connais ; vous pourrez me dire en commentaire si quelqu’un d’autre a fait pareil. Comme cela vous étofferez ma culture).

L’histoire est assez simple : un artiste « célèbre », en tout cas moins amateurs que les autres, arrive, sur invitation, dans une colonie d’artiste qui prépare une biennale d’Art. Il est censé plus ou moins aidé à la réalisation d’un projet commun dont il aura eu l’idée lui-même.. Tout le roman graphique va consister à voir comment ils vont travailler ensemble.

Il n’y a pas de cases dans cette bd. Les dessins sont libres dans la page. Il peut y avoir du texte comme un dessin complet. Il peut aussi y avoir plusieurs dessins. Cela, ce n’est pas nouveau. Chaque personnage correspond à une couleur et le texte prononcé par le personnage est écrit dans cette couleur. Je peux vous dire que cela facilite la lecture a un point inestimable. De même, sur le dessin, le personnage est figurée par cette couleur. On n’a pas besoin de traits du visage, de reconnaître quoi que ce soit. Franchement, je trouve que c’est une idée magnifique. Les dessins de Brecht Evens oscillent entre l’enfantin et le baroque (tout est très rond aussi). Il y a un peu aussi du style dessins pour les journaux. Le tout est souligné par des taches de couleurs. La couleur n’est pas délimité par un trait. C’est un peu comme on pouvait le faire quand on était petit.

C’est ce qui saut aux yeux quand on ouvre le roman graphique. Au premier regard, cela ne paraît pas élaboré et au final, quand on y regarde de plus près, cela en met justement plein les yeux, un peu comme un kaléidoscope.

Je vais lire le premier tome des œuvres de Brecht Evens (paru lui aussi chez Actes Sud) dès que je le trouve.

Références

Les Amateurs de Brecht EVENS – traduit du néerlandais par Vaidehi Noa et Boris Boublil (Actes Sud BD, 2011)

Des nouvelles de la maison bleue de Hella S. Haasse

Quatrième de couverture

Après avoir vécu près d’un demi-siècle à l’étranger, deux sœurs retournent passer un été dans leur maison natale, aux abords d’Amsterdam, avant de la vendre. Épouse de diplomate, Félicia a vieilli dans l’enceinte des ambassades pendant que Nina partageait la vie de bohème d’un guitariste sud-américain. Leurs difficiles retrouvailles ont lieu sous l’avide regard des habitants du quartier, dont elles vont à leur insu bouleverser l’existence.

Puisant sa singularité dans une poésie de l’étrange qui laisse la part belle à la rumeur, au rêve, au fantasme ou au cauchemar, ce roman se clôt sur un constant douloureux : on ne peut rien changer à son passé, et si peu à son destin.

Mon avis

J’ai trouvé que l’atmosphère de ce livre était la même que dans Un long week-end dans les Ardennes : oppressante. Il n’y a pas l’isolement mais presque. Malgré le voisinage. C’est justement ce voisinage qui rend le roman oppressant. Hella S. Haasse a adopté une narration en deux temps. Il y a la partie classique avec l’alternance des points de vue des protagonistes et la partie où c’est une personne du voisinage qui intervient pour faire avancer l’histoire mais aussi pour décrire le sentiment des voisins sur l’histoire. Il y a le côté bienpensance, le côté commérage, le côté scrutateur … Exactement comme la narratrice dans la série Desperate Housewives. Cette voix qui sort de nulle part mais qui juge.

Ce n’est pas la seule chose qui m’a fait penser à cette série. Le roman se concentre sur des destins de femmes, de femmes volontaires ou qui vont le devenir. Les hommes de manière générale vont plutôt subir les décisions. Il y a les deux sœurs, une veuve de diplomate, plus que classique mais qui n’a pourtant pas connu le bonheur malgré les apparences, l’autre qui est veuve d’un guitariste argentin. Elle, elle a connu le bonheur mais aussi le malheur puisqu’elle a subit les dictatures argentines. Elle ne s’est cependant jamais tue ; elle s’est toujours révoltée. C’est la personne qui est la plus proche d’une vie réussie, ou en tout cas, d’une vie vécue de tout le roman. Il y a les deux voisines des deux sœurs : une Bree Van de Kamp, petite fille malheureuse qui a réussi à s’en sortir en apparence en tout cas et qui tient sa maison de main de maître, et Wanda, petite bonne femme qui ne sait pas qui elle est, à part la femme d’un mari trop gentil, trop prévenant, trop étouffant.

Ce qui est intéressant dans le roman, c’est que Hella S. Haasse ne parle pas de cela. Elle focalise sur l’histoire de Nina et de l’Argentine. On a l’impression tout au long du roman que c’est le thème principal mais en fait non. Alors quand le roman se termine, on est frustrée car l’auteure n’a pas été à fond dans ce thème là. C’est comme si l’auteure nous forçait à regarder d’un côte tout en voulant nous montrer autre chose. Dans le même genre, le fils du guitariste revient voir sa belle-mère. Wanda disparaît. Hella Haasse sous-entend un lien qu’elle laisse en suspend (elle reprend un peu cette idée à la fin mais elle ne conclut pas). C’est étrange comme manière de procéder.

Finalement, je dirais, au niveau du ressenti, que les romans de Hella S. Haasse me font penser aux meilleurs de Jennifer Johnston (cela tombe bien parce que j’en ai deux dans ma PAL).

D’autres avis

Ceux de Claudialucia, de Malo, de Schlabaya

Références

Des nouvelles de la maison bleue de Hella S. HAASSE – roman traduit du néerlandais par Annie Kroon (Actes Sud / Babel, 2004)

Un long week-end dans les Ardennes de Hella S. Haasse

Ce livre traînait depuis longtemps dans ma PAL. Il n’y a pas que lui qui y traîne d’ailleurs. Même si il est à moi depuis longtemps, je me rappelle très bien pourquoi je l’ai acheté. Parce qu’il y avait le mot Ardennes dans le titre (cela me fait rêver depuis que je suis petite car on allait en vacances en Champagne avec notre guide vert Champagne Ardennes or ma mère trouvait que les Ardennes c’était loin pour notre vieille voiture). Eut un temps où je croyais que les Ardennes, cela s’arrêtaient à la France (j’étais jeune et influençable au moment de Tchernobyl alors moi, ces histoires de frontières, j’y croyais dur comme fer). Puis j’ai lu et quelle a été ma surprise de découvrir qu’il y avait des Ardennes en Belgique et au Luxembourg. Figurez-vous que même la Meuse coule ailleurs qu’en France. Je l’ai découvert en lisant Renate Dorrestein. Après avoir découvert que je suis une cruche en géographie et qu’il ne me faut pas grand chose pour rêver, passons aux choses sérieuses.

J’ai sorti le livre de ma PAL car il était devant moi et que cette dame est morte cette année (j’avais deux livres d’elle dans ma PAL en plus).

Quatrième de couverture

La grande pianiste Edith Waldschade aime les loups et en élève trois, en dépit des légendes effrayantes que lui racontait son père quand elle était enfant. Solitaire et taciturne, elle respecte ces animaux pour leur beauté et leur intelligence tandis que son père révérait en eux la bête souveraine de la mythologie nordique.

Dans sa propriété cernée de sapins surgit un jour l’inquiétant Erwin, qui prétend être son demi-frère. Que veut-il ? Que sait-il ? Le mystérieux passé familial dont il semble être le dépositaire mêle superstitions et peurs ancestrales à une histoire plus récente, celle de l’Europe brune des années 1930-1940.

Mon avis

Ce roman m’a plu, même énormément malgré ce qui va suivre.

Il y a une multitude de thèmes qui est abordé mais il n’y a aucune conclusion. Il y a la mythologie nordique abordée avec le prisme de justification à l’idéologie nazie. En parallèle, il y a l’image du loup dans cette même mythologie. Il y a le rôle du loup, celui de la musique, celui d’un couple multi-ethnique, l’amour, les relations familiales, le rôle du journaliste, les sectes, l’immigration. Tout est mêlé avec brio et intelligence mais il n’y a pas de conclusion. Ou si la conclusion est que la vie est faite de coïncidences et de hasard et que tout cela peut jouer même longtemps après.

Le livre tient sur son atmosphère si particulière proche du film Festen. D’ailleurs, une grande partie de l’action se déroule sur un « long week-end ». Il y a cette idée de regrouper des personnages dans un même lieu (Agatha Christie le faisait avant mais elle faisait mourir ses personnages). Il y a la même ambiance mystérieuse, hystérique, suspicieuse, le même côté secret de famille. Puis il y a le déclencheur aussi.

L’écriture de Hella S. Haasse est particulière car elle change suivant les personnages. Pour certains, il va y avoir une narration classique ; le temps utilisé est le passé. Pour la pianiste, quand un dialogue intervient avec Erwin, le soi-disant demi-frère, le temps est le présent, les gestes sont entre parenthèses. Cela donne l’impression qu’elle parle avec une sorte de Dieu tutélaire ou avec un côté de sa mémoire qu’elle n’ose pas se rappeler. Toutes ces scènes ont un côté très envoûtant.

Bien sûr, il y a aussi l’envoûtement du paysage, sombre et stoïque à souhait ; les loups qui rodent autour de cette maison de malheur et de haine. Quand j’y réfléchis bien, je crois que le style froid de Hella S. Haasse renforce tout cela. La pianiste va pleurer, sa nièce va se montrer hystérique et pourtant leurs comportements semblent toujours déplacés même si  ils sont justifiés (avec un climat de tension pareil, on les comprend).

Je crois que j’ai aimé ce roman car Hella S. Haasse a su créer un univers en y apportant sa voix. Elle sait y emmener son lecteur. En tout cas, elle m’a emporté dans cette famille et cette maison comme Festen m’avait emporté.

D’autre avis

Ceux de Saphoo, de Malice et de Claudialucia.

Références

Un long week-end dans les Ardennes de Hella S. HAASSE – roman traduit du néerlandais par Annie Kroon (Actes Sud / Babel, 2006)