Sous la neige, nos pas de Laurence Biberfeld

Encore un livre que j’ai découvert grâce au compte Twitter Quatre Sans Quatre (@4sanswebzine) du site du même nom. Vous pouvez lire leur chronique sur ce lien. Vous devriez comprendre facilement pourquoi j’ai voulu lire ce livre : l’avis est excellent et surtout le choix de la photo ne pouvait que me convaincre.

On est en Lozère, sur le plateau de la Margeride, dans un petit village déserté par les femmes (il en reste quand même un peu mais elles ne pensent qu’à partir) ; seuls restent les hommes pour affronter des conditions de vie très difficiles. Événement notable : en août 1983 vient s’installer une jeune institutrice et sa petite fille, Juliette (cela fera trois enfants dans l’école en tout et pour tout, c’était une tout autre époque visiblement). Elles fuient la région parisienne : les loyers trop chers pour une mère nouvellement célibataire mais aussi les galères de la banlieue (drogue, violence…). Cette installation est censée permettre à Juliette, au caractère particulier et bien trempé, de se développer sans soucis.

Elles sont, assez rapidement, soutenus par les habitants du village, qui se prennent d’affection pour les deux nouvelles habitantes. Elles ne feront cependant jamais partie entièrement du village, la population les observant toujours comme des étrangères (les réunions avec le curé qui prédit les problèmes…) Deux hommes vont s’occuper plus particulièrement des deux nouvelles arrivantes : Lucien, le vieux voisin, et le cafetier (le village voit passer beaucoup de routier à cause de la mine toute proche). Ils sont là pour l’épauler lors des rigueurs climatiques de l’hiver mais aussi lorsque les problèmes de la ville vont s’immiscer dans leur nouvelle vie. Ce qui est assez intéressant est que comme je le disais, elles ne sont pas intégrées comme membres à part entière du village et le village va donc décider de régler les problèmes de l’institutrice sans lui en parler, en se basant juste sur leurs observations.

L’auteur va donc raconter séparément l’histoire du point de vue des habitants du village, en faisant intervenir l’institutrice pour préciser ou corriger des faits. Le récit de cette dernière se situe temporellement le plus souvent en 2015, au moment où elle est clouée sur un lit d’hôpital par un cancer, se remémorant un peu dans le brouillard ces deux années de sa vie.

Concernant l’histoire, j’ai trouvé que c’était assez réaliste dans le sens où on lit souvent dans les journaux que contrairement à une idée reçue, les petites villes mais aussi les campagnes ne sont pas épargnées par les problèmes de (petite) délinquance, les habitants ne faisant ici que se défendre pour éviter justement l’arrivée de ces problèmes sur leur plateau (et garder leur institutrice aussi). Il y a un moment où j’ai eu du mal à y croire ou sinon, je me demande combien de cadavres sont en train de pourrir en terre, en France, en dehors des cimetières (mais pourtant, là aussi, les faits divers donnent à penser que tout est possible). Pour moi, l’histoire du roman vaut surtout pour l’ambiance noire qui se dégage mais aussi pour la description des relations entre les habitants, extrêmement réussie à mon avis. En conclusion, c’est donc un très bon roman noir !

Ce qui m’a enchantée : les descriptions de la nature et des conditions météorologiques. Je ne connais pas pour la plupart les arbres, les animaux … dont parle l’auteur, mais je peux vous dire que j’y étais. Je sentais la neige arrivée, le ciel bas, le renouveau du printemps… Je complète donc ma conclusion : c’est donc un très bon roman noir qui en vaut la peine !

Références

Sous la neige, nos pas de Laurence BIBERFELD (La Manufacture de Livres / collection Territori, 2017)

La neige noire de Paul Lynch

NeigeNoirePaulLynchComme promis, je reviens aujourd’hui pour vous faire un billet sur le deuxième livre de l’irlandais Paul Lynch, La Neige noire. Je vous ai parlé du premier la semaine dernière (je dis cela pour ceux qui étaient en vacances).

Ce livre se déroule dans les années 50, dans le Donegal, région de naissance de l’auteur. Les personnages principaux sont une famille : le père Barnabas, revenu des États-Unis, après avoir participé à la construction des gratte-ciels du pays, avec dans ses bagages une femme, Eskra, américaine avec des origines irlandaises, et Billy leur fils, qui est adolescent dans le roman. Barnabas a racheté une ferme et des terrains pour devenir paysan. Il a à son service le vieux Matthew Peoples.

Le roman commence avec une scène très violente : l’incendie de l’étable de la ferme, avec toutes les vaches à l’intérieur. En essayant de sauver le bétail, Matthew Peoples va mourir, brûlé, et Barnabas, sauvé in extremis par un voisin, va être très fortement intoxiqué par la fumée. Les voisins compatissent avec la perte des vaches, même si l’assurance va payer, mais lui en veulent aussi de la mort du vieil homme. Surtout que c’est lui qui l’a poussé à l’intérieur de l’étable. Barnabas lui envisage rapidement que l’incendie ait été volontaire car il s’est produit par temps sec, en sortie d’hiver.

Au cours du roman, on va découvrir les petites rivalités entre voisin, le couple va se déliter car Barnabas change, en soupçonnant tout le monde, tandis que Eskra aimerait qu’ils reprennent le cours normal de leurs vies. On va aussi suivre les pensées de Billy par de courts intermèdes dans le texte. On « découvre » aussi le côté très croyant de cette partie de l’Irlande. En effet, quand Barnabas décide, sur les conseils de son voisin, de prendre des pierres de maisons abandonnées pour reconstruire son étable, les autres s’offusquent car ce sont les « tombeaux » des morts de la famine.

Paul Lynch va aborder ces thématiques de manière très singulière, car tout va passer par le ciel et la terre. Si on regarde bien, il ne se passe pas grand chose dans cette histoire (sauf à la fin bien évidemment, qui rappelle un peu celle du premier livre), les sentiments des uns et des autres vont peu évoluer mais la manière dont Paul Lynch va les décrire oui. Tout va évoluer grâce aux saisons, au climat, à la lumière. Là où j’ai trouvé, dans le premier livre, les descriptions climatiques de Paul Lynch, certes, très belles mais un peu lourdes, ici elles sont juste magnifiques. J’ai retrouvé l’Irlande que j’ai visité, il y a déjà 17 ans. Une lumière changeante, avec des passages très sombres, des passages lumineux, une nature rude, parfois accueillante, parfois hostile. Le bandeau de couverture est magnifique car il rend bien cela. Dans le livre, on voit les nuages passés ! On est tout simplement en Irlande. C’est pour cela que ce livre restera très longtemps dans mon cœur !

C’est un livre difficile à lire, plus difficile en tout cas que le premier car il demande beaucoup de concentration pour pouvoir intégrer justement cette langue « minérale » (j’ai pris ce terme dans le supplément de Livre Hebdo consacré à la rentrée car je le trouve très bien choisi). On ne peut pas lire ce livre comme un page-turner, où si on a un moment d’inattention, on peut se rattraper par la suite. J’ai voulu le faire à plusieurs reprises mais dans ces moments-là, j’avais le sentiment que le livre traînait en longueur, alors qu’en reprenant le même passage par la suite, je le trouvais tout simplement magnifique.

Comme vous l’aurez compris, ce roman est fait pour les amoureux de l’Irlande. D’ailleurs la quatrième de couverture cite une phrase de Robert McLiam Wilson « un roman sur une Irlande que je reconnais, et que devraient envier tous les écrivains ».

Références

La neige noire de Paul LYNCH – traduit de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso (Albin Michel, 2015)

Un ciel rouge, le matin de Paul Lynch

UnCielRougeLeMatinPaulLynchJ’ai ce livre dans ma PAL depuis sa sortie. Je l’en ai sorti car j’ai lu dernièrement le second livre de Paul Lynch, La Neige Noire, paru en cette rentrée littéraire aussi chez Albin Michel. La Neige Noire a été un tel coup de cœur que je me devais de continuer de lire cet auteur et très franchement, je trouve que celui-ci est un cran en dessous (entendons-nous, il est quand même très bon, je lui ai mis 4/5 sur LibraryThing).

On est en Irlande, dans le Donegal, à Inishowen plus précisément (extrême nord de l’Irlande), en 1832. Coll Coyle apprend que le propriétaire de sa terre, Hamilton, a décidé de l’expulser sans aucune raison. Il décide de lui parler, les deux hommes s’emportent et la « conversation » tourne au drame puisque Hamilton est tué. Coll Coyle doit fuir, abandonné son frère, sa mère, sa femme, sa fille et son enfant à naître d’autant que le régisseur du domaine, que l’on soupçonne être le vrai peur de Hamilton, a décidé de ne pas faire intervenir la justice et de faire vengeance lui-même.

La chasse à l’homme commence en Irlande dans le Donegal. On découvre dans toute cette première partie, la vie à l’époque en Irlande : la pauvreté, la précarité, la solidarité aussi. C’est une partie extrêmement violente car tous les soutiens proches, ou non, de Coll Coyle vont être torturés et tués par l’équipe du régisseur.

La seule possibilité de Coll Coyle est de partir, de s’exiler en Amérique. La deuxième partie raconte le voyage en bateau et la troisième narre la vie sur un chantier ferroviaire de Coll Coyle. J’ai aimé ces deux parties pour le côté historique de la migration irlandaise à l’époque, celle de personnes extrêmement pauvres, prêtes à accepter des situations insoutenables dans le but d’avoir une vie meilleure (vous allez me dire que c’est toujours le cas pour des migrations économiques …) Ils bravent la mort 100 fois, sont prêts à travailler comme des bêtes pour pouvoir avoir de l’argent pour faire venir leur famille. La troisième partie en Amérique est intéressante car elle donne à voir la manière dont les États-Unis se sont construits.

Du point de vue humain et historique, le livre est excellent. On s’attache à Coll Coyle et à sa situation désespérée car l’auteur arrive à nous faire sentir ses sentiments. Comme dans La Neige Noire, l’auteur utilise un style très imagée pour décrire la terre et les éléments (la météo principalement). L’écriture de Paul Lynch est reconnaissable et surtout admirable pour cela. Là où je suis sceptique c’est qu’ici cela s’intègre moins bien dans l’histoire. Cela permet au lecteur de s’imaginer dans l’environnement décrit mais cela ne fait pas avancer l’histoire, ne joue pas sur les sentiments du personnage (à part quand il pleut, l’avancée est plus lente et on est donc plus démoralisé). Je n’ai pas ressenti l’attachement à la terre pour la partie irlandaise (120 pages) et encore moins pour la partie américain (d’un autre côté, il n’a pas à être attaché à cette terre vu que ce n’est pas la sienne).

Le livre est très bon, l’histoire est intéressante, se suit très bien dans le sens où on a envie de tourner les pages mais il y a un côté qui peut paraître factice au niveau de l’écriture. L’avantage est que ce roman est plus simple à lire que La Neige Noire.

On se retrouve bientôt pour en parler.

L’avis de Cryssilda et d’autres avis sur Lecture/Écriture.

Références

Un ciel rouge, le matin de Paul LYNCH – traduit de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso (Albin Michel, 2014)

Mer Noire de Dov Lynch

MerNoireDovLynchJ’ai repéré ce livre à plusieurs reprises : en librairie, sur un blog (mais je ne sais plus lequel, je pense sur celui de Charybde 27) et aussi dans Le Matricule des Anges. C’est après la lecture de ce journal que j’ai acheté le livre.

C’est un très court roman (140 pages), écrit par un diplomate  irlandais vivant en français. Le livre a d’ailleurs été écrit entièrement en français.

L’histoire se situe au début des années 90 et commence par la mort du père de Dimitris, un an après que ce dernier ait quitté l’IRA. Cela avait fait suite à l’exclusion de son frère Nico, après qu’il ait tué un des membres de l’organisation. Son père étant très respecté, Nico n’a pas été tué en représailles mais a été banni d’Irlande. Il est donc parti à Soukhoumi, en Abkhazie (Géorgie), région de naissance de la mère des deux garçons (elle est partie peu de temps après la naissance des deux enfants). Or, à l’époque, ce pays est aussi en guerre pour son indépendance. Nico manque « énormément » à son frère Dimitris, même si l’entente n’était pas bonne. Je dis cela car il y pense tout le temps et semble être présent tout le temps malgré qu’il n’apparaisse pas en tant que tel.

À la mort du père, l’IRA demande à Dimitris de livrer son frère, il sera ensuite réintégrer dans l’organisation car il ne peut pas rester « seul » comme cela. Dimitris refuse de donner sa réponse immédiatement mais il sait déjà qu’il refusera. Après un certain temps, il agira de manière définitive et partira d’Irlande pour s’exiler lui-aussi dans ce pays en guerre qu’il n’a jamais vu. Commence alors son périple à travers l’Europe, d’ouest en est. On peut d’ailleurs visualiser le « voyage » de Dimitris pour retrouver son frère Nico sur ce lien.

La manière dont est narrée cette histoire m’a complètement fasciné. Dimitris est décrit dès le début comme un personnage sans sentiment, ou plus exactement vide. Il ne semble rien ressentir. À la mort de son père, il est « seul » car il n’est pas proche de son voisinage. Il va (commencer) à agir mécaniquement, dans un état quasi-hypnotique. Pendant tout le livre, il reste dans cet état. Quand il traverse l’Europe, rencontre d’autres personnes, il ne s’ouvre pas ; ces rencontres ne le changent pas du tout. Il est derrière la vitre d’un train, en train d’observer. À un moment, il rencontre en Abkhazie un femme qui désire l’aider et il reste sur ses gardes. Quand il est seul là-bas, alors qu’il ne comprend même pas la guerre qui se déroule dans ce pays, il ne ressent ni peur, ni angoisse ; il agit pour ne pas mourir pour une guerre qui n’est pas la sienne.

Sans trop en dévoiler, il utilise lui-même beaucoup la violence (et pas seulement en Irlande ou en Abkhazie, pays en guerre). Finalement, on lit le livre dans l’état d’esprit du personnage, hypnotisé, sans réfléchir, sans que rien ne nous choque, en état de survie.

Ce livre est un premier roman écrit dans une langue qui n’est pas celle de l’auteur. La maîtrise de l’atmosphère du roman est a ce titre doublement remarquable ; c’est aussi ce qui fait de cette lecture, qui n’aurait pu être qu’une agréable lecture, une lecture excellente.

Références

Mer Noire de Dov LYNCH (Editions Anacharsis, 2015)

L’histoire de Foxy Moll de Carlo Gébler

LHistoireFoxyMollCarloGeblerJ’ai lu L’orangeraie de Larry Tremblay avant ce livre-ci mais je voulais absolument vous en parler avant. J’ai dans ma PAL Comment tuer un homme de Carlo Gébler (et en grand format en plus) mais j’ai quand même acheté en ebook le dernier livre du fils d’Edna O’Brien (que je n’ai pas lu non plus).

Je ne sais pas comment vous faites pour classer vos livres dans votre liseuse mais dans la mienne, c’est classé par pays sauf les nouveautés qui sont dans un même dossier (genre « rentrée littéraire janvier 2015 »). Au bout d’un moment, je ne sais absolument plus de quoi parle le livre. Du coup, pour choisir j’ouvre les fichiers un par un et je lis les premières phrases. Le premier livre auquel j’accroche sera ma prochaine lecture. Je n’arrive à faire cela qu’avec les ebooks avec les livres papiers je me sens obligée de revenir à la quatrième de couverture. Et comme pour les ebooks, il y a rarement la quatrième de couverture au début et parfois il n’y a même pas la couverture… Ceci implique cela.

Tout cela pour dire que pour ce livre-ci, on est happé dès le départ.  Carlo Gébler se base sur un fait divers de 1940 pour écrire son histoire. Pour citer la quatrième de couverture,

Une femme de trente-neuf ans aux mœurs légères, Moll McCarthy, fut assassinée de deux balles en pleine tête. Aussitôt l’un de ses voisins, Harry « Badger » Gleeson, fut arrêté, jugé et condamné à mort malgré des preuves approximatives.

L’auteur explique, dans une postface, que les faits ont été décrits dans leurs réalités dans un livre de Marcus Rourke Murder at Marlhill: Was Harry Gleeson Innocent ? Lui a repris ces faits mais les a transformés, arrangés, réinventés dans un but narratif. Ce n’est donc pas une reconstitution documentaire et on ne peut savoir ce qui est vrai sans avoir lu le livre de Marcus Rourke.

L’histoire de Foxy Moll nous est raconté par son petit fils. Le livre commence donc par un prologue puis se plonge dans le passé. L’histoire en elle-même débute par celle de la mère de Foxy Moll qui était elle aussi une femme légère. Après la naissance de sa fille, elle l’a placée dans un couvent puis l’a reprise quand elle en a eu besoin pour prendre soins de ses vieux jours. C’est même elle qui l’a encouragée (et même poussée) à commencer ses « activités ». Le désavantage de Foxy Moll par rapport à sa mère est qu’elle aime être le centre des attentions d’un homme. Elle n’est pas amoureuse, mais tout comme, tandis que sa mère est froide et calculatrice, dans ses affaires et celles de sa fille.

Comme elle ne sait rien faire d’autres, Foxy Moll va continuer ses « affaires » même après la mort de sa mère. Les hommes et les bébés vont s’enchaîner à un rythme assez rapide. En fait, elle fréquente le plus souvent un homme pendant plusieurs mois. Celui-ci lui offre des présents, de la nourriture. Puis, madame mets le holà ou bien il y a grossesse, là l’homme offre un très beau cadeau et s’en va à tout jamais. Foxy Moll ne se fait pas de soucis car il y en a toujours un autre pour prendre la suite. Elle fréquente tout de même un brigadier, un membre de l’IRA, les gros fermiers du coin, un noble …

Une des seules personnes à ne jamais abuser d’elle, et qui était pourtant en âge de le faire, est Badger, celui qui sera accusée plus tard de son meurtre. En effet, Foxy Moll a très peu de soutien, on peut s’en douter. Il y a ses voisins (Badger tient leur ferme) et une demoiselle de la noblesse qui lui fournira les différentes affaires nécessaires à ses grossesses par exemple.

La force du roman ne tient pas du tout en un quelconque mystère. Les évènements de la vie de Foxy Moll sont présentés sous forme de courts chapitres et donnent l’impression d’évènements inéluctables. On voit clairement ce qu’il va se produire. On doute pourtant que cela va se produire ; on ne peut pas y croire. A mon avis, cela vient du fait que l’histoire prend partie pour Foxy Moll et ne présente pas d’alternance de point de vue. Ainsi, elle nous apparaît d’emblée comme un personnage fort sympathique et généreux, un peu facilement amoureuse. Son « métier » nous apparaît comme un métier comme un autre. Après tout, elle est mère de famille.

C’est justement cette proximité avec le personnage qui m’a fait bouillir devant tant d’hypocrisie. Chacun des enfants a un père différent (je crois qu’elle en a au moins six ou sept tout de même) et pourtant ils semblent comme nés de personne. Le curé ne veut pas les baptiser car la faute retombe sur leur mère bien évidemment. Quand Foxy Moll meurt, personne n’aide car personne ne la connaissait très bien. Puis personne n’a rien vu, ni ne sait rien. Finalement, Badger et Foxy Moll sont deux innocents broyés par l’hypocrisie d’une société. J’ai trouvé que ce roman était très démonstratif pour cela mais pas du tout donneur de leçon.

En conclusion, j’ai complètement adoré ce livre. Sachez en plus qu’il présente une très galerie de personnages, très bien campés mais surtout très réalistes. Je pense que ce livre peut convenir aux personnes ayant aimé par exemple L’affaire de Road Hill House de Kate Summerscale mais aussi aux personnes n’aimant pas la narration de faits divers.

Références

L’histoire de Foxy Moll de Carlo GÉBLER – traduit de l’anglais (Irlande) par Bruno Boudard (Éditions Joëlle Losfeld, 2015)

Le garçon aux icônes de Desmond Hogan

LeGarconAuxIconesDesmondHoganMercredi, je suis aussi allée à la librairie mais pas n’importe laquelle, c’était Le Divan à Paris. Cela faisait 9-10 mois que je n’y avais pas remis les pieds. Je n’avais pas déserté les librairies mais je m’étais contentée de Gibert Joseph (car c’est la librairie la plus directe pour moi).  Gibert est top quand vous savez ce que vous cherchez (et c’est encore mieux quand ils l’ont en occasion) ou quand vous voulez avoir un panel d’à peu près toutes les nouveautés. Sauf que parfois vous pouvez louper un chef d’œuvre. Au Divan, vous n’avez peut être pas tout (et encore : ils ont beaucoup de nouveauté et un fond extraordinaire) mais sur la table des coups de cœur, vous savez que vous allez trouver une pépite à chaque fois, et souvent une pépite dont vous ignoriez l’existence. Parce que oui, alors que je suis allée à Gibert depuis le premier avril, date de sortie du livre, et que j’adore la littérature irlandaise, j’ignorais complètement l’existence de ce livre. Au Divan, il était sur la fameuse table magique pleine de pépites avec écrit dessus coup de cœur. Quand j’ai vu que c’était irlandais, je l’ai pris sans aucune hésitation.

Je l’ai commencé (j’ai lu 50 pages) puis abandonné deux jours pour finalement terminer les 200 pages restantes d’une traite. Parfois cela fait du bien de se concentrer entièrement à un livre. Après en général, je me sens coupable parce qu’il y a tellement de choses à faire dans la maison, pour le travail … que du coup je ne fais pas. Mais là, ce livre en avait besoin (et moi aussi).

 C’est un roman qui est paru une première fois en 1976. Son auteur a été acclamé par la critique mais il a préféré fuir la scène littéraire. Il a quand même continué à écrire et à publier. Ce roman est reparu en 2013 et est traduit aujourd’hui (pour la première fois je pense) en français.

On est dans le comté de Galway (patrie de Ken Bruen), à Ballinasloe exactement, en 1972. Le personnage principal est Susan O’Hallrahan, couturière, la cinquantaine, veuve, avec un fils Diarmaid, âgé de 18 ans. La vie n’a pas été facile pour Susan. Après avoir épousé George, le père de son fils, été à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale, son mari l’a quitté car cette vie ne lui convenait pas. Parti, il meurt peu de temps après. Elle va donc donc vivre seul avec son fils. À l’adolescence, elle va l’inscrire dans un internat où il fera la connaissance de Derek O’Mahony, souffre-douleur de ses camarades et qui finira par se pendre à un arbre. Très marqué par la mort de son ami, Diarmaid part à Londres, puis revient, puis repart.

Tous ces évènements ne sont pas racontés comme cela, de manière linéaire dans le livre. La narration commence juste avant le retour de Diarmaid. Susan évoque son passé, sa solitude, son envie de voir son fils. Son fils arrive pour rester plusieurs mois. Elle commence à se rapprocher de lui, qui reste taciturne à faire des icônes. Chaque moment rappelle quelque chose à Susan. Au bout de quelques mois, une certaine complicité commence à renaître. Pourtant, il repart à Londres. Suite à un pressentiment, Susan part à sa suite pour le retrouver et voir s’il va bien.

Tout le roman parle de solitude et du passage du temps. C’est particulièrement vrai pour le personnage de Susan. Elle n’est pas vraiment liée au reste du village et elle n’est pas plus liée à son fils. Elle l’aime bien évidemment. Elle vit, en regardant le temps passé, dans ses souvenirs, dans une vie rêvée un peu aussi. Elle est aussi très sensible et intuitive. En allant en Angleterre, elle retrouve sa jeunesse et un peu d’envie de vivre. Elle se réalise en redevenant quelqu’un. Sans aucune prétention. C’est très intéressant de lire l’évolution de ce personnage au fil du roman car sa personnalité semble marquée autant par les évènements que par le paysage. Diarmaid évolue aussi. Au début, il reste pour le lecteur un être énigmatique, renfrogné, marqué par le suicide de son ami mais au fur et à mesure du voyage de Susan en Angleterre, on le découvre à travers le regard des autres. Par contre, je n’en dirais pas plus pour ne pas dévoiler tout le roman non plus.

L’écriture rend réellement ce livre formidable ; je pense que l’histoire seule n’aurait pas suffit. Le roman est raconté en suivant le personnage de la mère. On suit le vagabondage de ses idées. Ce n’est pas vraiment du flux de conscience mais cela y ressemble un peu. Dans le cas de notre « héroïne », un rien peu lui faire penser au passé. La narration n’est jamais monotone, la phrase change de rythme. Les idées se suivent de manière évidente ou non. C’est une manière de penser que je trouve très naturelle (en tout cas, dans mon cas). Desmond Hogan a très bien su rendre cela.

Vous aurez compris que c’est un vrai coup de cœur pour moi. Si vous le lisez, n’hésitez pas à me dire ce que vous en aurez pensé (je signale quand même que sur LibraryThing, la majorité des gens ont mis une note de 3/5).

Références

Le garçon aux icônes de Desmond HOGAN – traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Demarty (Grasset, 2015)

Un siècle de littérature européenne – Année 1976

Quirke – saison 1

Quirke_DVDAprès vous avoir parlé en long et en large de la série policière mettant en scène le docteur Quirke, pathologiste dans les années 50 à Dubllin. Je rappelle, pour les personnes qui n’ont pas suivi, que cette série a écrite par John Banville, sous le pseudonyme de Benjamin Black. Elle comporte pour l’instante six volumes (que j’ai tous billetés sur ce blog). Je me devais donc de vous parler de la série, en tout cas de la saison 1, qui est sortie cette année en DVD.

Celle-ci comprend trois épisodes de 90 minutes, qui reprennent les intrigues des trois premiers volumes de la série. A savoir : Les disparus de Dublin, La double vie de Laura Swan, La disparition d’April Latimer.

Les disparus de Dublin : une jeune femme se retrouve sur la table d’autopsie de Quirke. Elle est décédée en couche. Quirke « enquête » pour savoir ce qu’est devenu le bébé. Dans cet épisode apparaissent pratiquement tous les personnages décisifs de la série (sauf Jimmy Minor).

La double vie de Laura Swan : une femme mariée est retrouvée morte. Quirke et son assistant David Sinclair découvre qu’elle se droguait. Pourtant, elle n’en a pas le profil : femme au foyer (forcément, à cette époque-là, on n’envisage que des femmes au foyer sans problème ; on n’avait pas encore visionné Desperate Housewives). Bientôt, une seconde femme avec le même profil est retrouvée morte, elle aussi droguée.

La disparition d’April Latimer : une amie de Phoebe, April Latimer, a disparu. Sa famille ne s’inquiète pas car elle n’avait pratiquement pas de contact avec . Seule Phoebe ne comprend pas et demande à Quirke de voir ce qu’il peut faire.

Mes très très courts résumés ne parlent que de la partie « enquête » des épisodes. Comme dans les livres, la série fait la part belle à l’environnement familial, amical, amoureux de Quirke, ainsi qu’à sa consommation d’alcool. Toutes les enquêtes auxquelles le docteur est mêlé ramène toujours à un membre de sa famille. A mon avis, c’est pour bien indiqué, comme dans les romans, que Dublin est une petite ville dans les années 50 et que tout le monde se connaît (j’ajouterais dans un certain milieu).

Si je n’avais pas lu les livres avant, j’aurais certainement trouvé cette série plutôt bonne mais là, j’ai été déçue (j’ai tout regarder donc ce n’est pas une mauvaise série, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit) . Premièrement, l’intrigue n’est pas reprise fidèlement par rapport au roman. Elle emprunte des raccourcis que les livres n’empruntent pas (question de durée je suppose) mais cette remarque vaut aussi pour les personnages. Alors que Benjamin Black liquide facilement ses personnages, les auteurs de la série ont du mal à liquider leurs acteurs ou à les garder (la fin de l’épisode 3 n’est pas du tout celle du roman). Pour les épisodes 1 et 2, j’ai été gêné mais sans plus car j’avoue que seules les grandes lignes des deux premiers romans restent dans ma mémoire mais j’ai lu le troisième au début de l’année. Pour celui-ci, je me suis clairement dit qu’il manquait quelque chose.

C’est là que j’en viens à ma deuxième remarque. Par rapport aux romans de Benjamin Black, il manque tout le côté psychologique. Dans ces conditions, il est à mon avis difficile de comprendre les personnages de Quirke et de Phoebe (sa fille). J’ai trouvé que l’acteur qui a joué Quirke n’a été crédible dans son rôle de maladroit en société, et d’alcoolique, que dans le troisième épisode. Avant il m’a semblé effacé mais pas tourment, comme je me l’étais imaginé. Je n’ai réussi à comprendre comment Phoebe évoluait au fur et à mesure des évolutions et des différents évènements qu’elles vivaient.

Passons aux acteurs. Je remercie Niki et Lewerentz pour m’avoir indiqué que Gabriel Byrne était un acteur agréable à regarder. Il illumine clairement la série (il a illuminé mes voyages en RER car j’aime vraiment beaucoup quand il me regarde à travers ma tablette). Comme j’en avais peur, il n’arrive pas paraître grand à l’écran, il n’arrive tout simplement pas à paraître déplacé dans son environnement. Je m’explique. Dans les romans, Quirke nous est présenté comme une sorte d’intrus dans son milieu, tout en n’en ayant perçu et compris les codes, il n’arrive pas s’y conformer. Je ne l’ai pas du tout retrouvé dans la série. Il est bien alcoolique, fou amoureux de la femme de son frère adoptif. On perçoit une touche ironique dans le jeu Gabriel Byrne (surtout dans les expressions faciales) mais il ne semble pas déplacé dans son milieu. Il semble à sa place. Il est peut être un peu plus impétueux que les autres mais c’est tout.

Malachy, le frère de Quirke, est joué par Nick Dunning. Si vous aimez série-alcoolique comme moi, vous l’avez déjà rencontré dans les Turdors où il jouait Thomas Boleyn. Je me suis demandée à plusieurs reprises pourquoi ils avaient pris un vampire pour jouer le rôle (cheveux blancs, plaqués sur la tête avec du gel, teint blafard). L’avantage est que cela donne un côté insaisissable au personnage, particulièrement adapté puisque Malachy est présent comme un fervent défenseur de l’église catholique, particulièrement féroce à l’époque.

L’inspecteur Hackett est joué par Stanley Townsend. Je ne l’avais jamais vu. J’ai beaucoup aimé ce personnage même s’il n’est pas tout à fait comme je me l’étais imaginé. Il a bien le chapeau, est bien pataud mais il est gros et pas maigre comme je le pensais. Par contre, par rapport au livre, j’ai trouvé que l’acteur rajoutait une touche d’humour, d’ironie, de recul particulièrement bien adapté au personnage.

L’actrice qui joue Phoebe, Aisling Franciosi,est assez fascinante car elle imprime un côté femme-enfant à son personnage qui remplace le manque psychologique dont je parlais au dessus. Parfois ingénue, parfois séductrice, elle a aussi besoin d’être défendu, tout en voulant prendre son indépendance. Je n’avais pas réussi à saisir cette variété d’attitude dans les livres (peut être que je me suis trop attardée sur la partie psychologique justement).

Je finirais par Sarah, la femme de Malachy et celle dont Quirke est fou amoureux. L’actrice, Geraldine Somerville (qui a joué dans les Harry Potter apparemment mais bon comme je ne les ai pas vu …) est juste sublime. J’ai aimé la manière dont elle joue la femme amoureuse, la mère inquiète, la maîtresse de maison, l’épouse, l’amie …

Pour ce qui est du niveau d’anglais, je vous conseille clairement cette série. Elle est compréhensible la plupart du temps sans sous-titre. En effet, la diction de tous les acteurs (sauffff peut être Jimmy Minor) est impeccable. S’il y a accent, il est compréhensible. Le vocabulaire n’est en plus pas trop compliqué. C’est une bonne surprise après avoir visionné la saison 2 de Endeavour.

P.S. : Si vous avez l’impression que mon billet est particulièrement haché, je suis désolée. Je l’ai écris en deux fois pendant ma pause déjeuner, en même temps que je laisse l’ordinateur calculé (il y a des figures qui me sautent au visage parfois, cela fait peur). A propos de cela, si quelqu’un est spécialiste de la parallélisation en python avec le module mutliprocessing (en particulier quand la variable sur laquelle on fait l’itération est une liste de dimensions 5 millions de lignes * 11 colonnes), signalez-vous. J’ai besoin de votre aide !

 Références

Quirke – saison 1 – écrite par Andrew Davies et Conor McPherson – dirigée par John Alexander, Diarmuid Lawrence et Jim O’Hanlon (BBC, 2014)

Holy Orders de Benjamin Black

HolyOrdersBenjaminBlackJ’ai enfin lu tome six des Quirke, série écrite par Benjamin Black (pseudonyme pour John Banville). Je vous ai parlé précédemment des tomes 1, 2, 3, 4, 5, le sixième étant le dernier paru en Grande-Bretagne.

Je ne vais pas revenir en détail sur tous les personnages car si vous êtes intéressés par cette série, vous pourrez lire mes précédents billets. C’est une série que je vous conseille de lire dans l’ordre car clairement Benjamin Black ne s’attache pas à faire résoudre des meurtres à ses personnages, mais bien à les faire évoluer dans un monde de plus en plus noir.  Ainsi, Benjamin Black décrit des personnages de plus en plus seul, et de plus en plus en difficultés.

Rappel de quelques petites choses tout de même. Le Docteur Quirke est pathologiste (il dissèque les cadavres) à Dublin dans les années 50. C’est un orphelin qui a été adopté par une famille aisée mais il reste très marqué par sa jeunesse difficile. Il boit beaucoup (trop), a un fille Phoebe (qu’il a fait élevé, au décès de sa femme, par sa belle-sœur, mère de sa femme, et son frère adoptif, Malachy, avant d’expliquer à la jeune femme qu’il était son père). Quirke aime jouer les détectives avec l’inspecteur Hackett, qui ne boude pas la compagnie du docteur. Quand il ne travaille pas, Quirke « sort » avec Isabel Galloway, actrice de profession.

Ce sixième volume s’ouvre sur la découverte d’un cadavre dans un canal. Fraichement arrivé sur la table de dissection, Quirke le reconnaît comme Jimmy Minor, ami de sa fille, reporter vindicatif au Clarion (je n’aimais pas du tout le personnage donc je suis contente que l’auteur s’en soit débarrassé). Hackett et Quirke soupçonne de suite que cela a sans doute rapport avec une de ses enquêtes. Cela va les mener tout droit à l’Église irlandaise (cette partie va raviver les mauvais souvenirs de Quirke) mais aussi aux gens du voyage.

Clairement, il n’y a pas d’enquête. L’histoire suit un déroulement logique qui permet de trouver le coupable après quelques hésitations. Il n’y a pas de retournement, pas de personnages nouveaux qui pourrait amener un changement brusque de situation. On ne peut que s’attendre à la résolution de l’enquête. C’est plus un roman noir qu’un roman policier.

Par contre, ce sixième volume est à mon avis le plus abouti en ce qui concerne la description et l’évolution des personnages de Quirke et Phoebe. Ils évoluent de la même manière, mais en parallèle. Tous les deux se sentent très seuls malgré les gens qui les entourent (famille, petit ami / petite amie). Ce n’est pas un hasard à mon avis si dans ce livre on entend très peu parler de David Sinclair (ami de Phoebe et assistant de Quirke) et de Isabel Galloway alors qu’ils étaient omniprésents dans les tomes précédents. J’ai beaucoup aimé le fait que Phoebe héberge la sœur de Jimmy Minor, Sally, et que cela instille le doute dans son esprit sur sa relation avec David, sur sa sexualité … Je trouve que c’est fait très en finesse et cela nous rappelle que Phoebe n’est censé qu’avoir une vingtaine d’années dans le livre (qu’elle se cherche aussi un peu beaucoup, du fait qu’elle manque de certitudes, de solidité) alors qu’avec toutes les histoires qu’elle a déjà eu, on lui en donnerait plus. Ce que j’ai aussi apprécié, c’est qu’enfin Quirke dévoile ce qu’il s’est passé à l’orphelinat car il parlait toujours de mauvais traitements et vie très dure mais là, il précise même si c’est un paragraphe seulement. Je trouve qu’il était tout de même temps au sixième volume.

Dans ce volume, on oublie donc un peu tous les personnages, même s’ils apparaissent, sauf les deux protagonistes principaux mais ceux-ci n’ont jamais tant évolué. C’est donc un sixième tome plus intimiste mais dans la lignée des autres tout de même (il n’y avait déjà pas beaucoup d’enquête). Le livre se termine par un cliffhanger qui laisse présager d’un tome 7 très intéressant pour ce qui est du personnage de Quirke.

Je vais pouvoir maintenant regarder la série (ce qui est plutôt une bonne chose car je suis en train de terminer la deuxième saison des Endeavour) (ils ont bien monté le niveau d’anglais de la série si vous voulez mon opinion).

Références

Holy Orders de Benjamin Black (Picador, 2013)

Vengeance de Benjamin Black

VengeanceBenjaminBlackRassurez-vous, j’ai lu d’autres livres entre ma lecture du tome 4 et du tome 5 des aventures de Quirke, le médecin légiste. Je n’ai juste pas encore eu le temps d’en parler (ou je ne l’ai pas pris, allez savoir). Je tenais cependant à vous informer que la saison 1 de la série Quirke, inspiré des livres de Benjamin Black, sort le 9 juin alors qu’initialement c’était prévu pour fin juillet (je trépigne d’impatience, surtout qu’il y a aussi la saison 2 de Endeavour qui est sortie).

Ce volume est très très convaincant (en tout cas en anglais). Au premier chapitre, Victor Delahaye est dans un bateau avec Davy Clancy, le fils de son associé en affaire, Jack Clancy. Tout à coup, il sort une arme et se suicide devant le jeune homme de vingt-quatre ans. Il n’y a aucun doute : c’est bien un suicide. La question est surtout pourquoi ? Alors que les évènements se sont produits dans la région de Cork, la famille ayant décidé de rentrer à Dublin, les investigations seront menées par  l’inspecteur Hackett, assisté par Quirke bien évidemment. Ils auront du pain sur la planche parce qu’assurément les Clancy et Delahaye sont de drôles de famille. La famille Delahaye est constitué du père (celui qui s’est suicidé), de Mona, sa très très jeune épouse (sa première femme étant morte), de deux jumeaux James et Jonas (du premier mariage), de Maggie (la soeur de Victor) et du père de Victor, Samuel (il est cloué dans un fauteuil roulant suite à une attaque). Les Clancy sont constitués de Jack, associé de Victor et fils de Phil (qui lui même était l’associé de Samuel), de Sylvia, la femme anglais de Jack et de Davy, leur fils. Les Delahaye et les Clancy sont donc associés de longue date même si les hommes Delahaye tiennent la première place. Il y a donc des jalousies et rancunes sous le tapis. Nos deux acolytes vont chercher à les déterrer surtout après que Jack meurent noyer à bord de son bateau (enfin, pas exactement mais je ne vais pas tout raconter non plus). Il y a donc du suspens (ce n’est pas non plus un thriller) mais pour tout dire, la fin m’est apparue évidente quand je l’ai lu mais je n’avais pas du tout trouver (à moitié en fait, parce qu’à un moment il y a un indice). Donc premier bon point : une histoire consistante.

Je vous avais dit que j’allais lire la suite de cette série en anglais pour voir l’écriture de Benjamin Black (alias John Banville) dont on vante les talents. C’est une vraie réussite pour le coup. J’ai maintenant la certitude que je ne parle pas anglais, vu le nombre de mots (et surtout d’adjectifs) que j’ai cherché (et pas tous encore). Par contre, j’ai pu constaté que Benjamin Black jouait beaucoup sur les registres de langue. Par exemple, Hackett parle un anglais démodé. Je n’avais pas du tout remarqué cela en français où j’avais plutôt l’impression d’une monotonie de ton. De la même manière, j’ai trouvé Quirke, plus mordant, plus cinglant au niveau des répliques, moins désespéré aussi (peut être qu’il commence à aller mieux). Si vous pouvez, je pense qu’il est bien de lire cette série en anglais.

Concernant les personnages, peu dévolution dans les personnages par rapport au tome 4 (à part peut être Quirke donc). Phoebe, la fille de Quirke, est avec Sinclair, l’assistant de Quirke à l’hôpital, depuis un an. Ils forment un drôle de couple qui ne semble pas bien assorti mais attachés l’un à l’autre. Je n’arrive pas bien à cerner Phoebe. Elle m’échappe encore au contraire de Quirke et Hackett qui sont bien décrits physiquement, psychologiquement, suffisamment pour être incarnés à mes yeux. Phoebe (et même Sinclair) reste trop discret sur leurs sentiments.

La quatrième de couverture du sixième tome s’annonce très bien mais je vais faire un pause et lire un livre en français (et peut être trouvé le temps de vous faire les deux billets sur les autres livres que j’ai lu).

Références

Vengeance de Benjamin BLACK (Picador, 2013)

Mort en été de Benjamin Black

MortEnEteBenjaminBlackBon, ça y est, j’ai fini le tome 4 des enquêtes de Quirke et écrites par Benjamin Black (alias John Banville). J’ai beaucoup aimé ce volume car il mêle adroitement l’enquête et l’étude psychologique des personnages récurrents. Ce n’est pas seulement le dernier comme dans le précédent épisode.

Comme toujours, l’enquête de Quirke se situe dans les milieux aisés dublinois, des années 50. Il est appelé un dimanche dans la « maison » de campagne d’un homme d’affaire, possédant entre autre le journal où Jimmy Minor travaille, le Daily Clarion. Quirke est le légiste de garde, suite à la maladie du titulaire. Il retrouve là bas l’inspecteur Hackett. Tous les deux se retrouvent face au corps de l’homme d’affaire, qui à première vue, s’est suicidé se tirant une balle dans la tête (je vous passe la description du cerveau éparpillé par tout mais vous vous imaginez). Je dis bien à première vue car les deux hommes voient assez rapidement que ce n’est pas possible puisque d’après leurs expériences, il est impossible de tenir encore fermement le fusil quand on s’est tiré une balle dans la tête. Quelqu’un a voulu maquillé son crime en suicide. Ils vont l’annoncer à la famille de la victime : sa femme Françoise, française énigmatique, sa sœur Dannie, hautement perturbée psychologiquement même avant le drame, et Giselle, sa fille. Françoise oriente tout de suite les soupçons vers le rival de Dick Jewell, la victime, Carlton Sumner. En effet, tous les deux se seraient disputés car Carlton voulait récupérer de manière plus ou moins malhonnête les affaires de Dick.

Quirke et Hackett prennent bonne note mais s’intéresse aussi à Maguire et à sa femme, le couple qui entretient la maison de campagne. Ils les interroge en premier puisqu’ils étaient sur place. Ensuite ils vont interroger la famille Sumner que Quirke a connu à l’université. Hackett connaît lui le fils, Teddy, qui a déjà eu des problèmes avec la police pour violence. Au fur et à mesure de l’enquête, ils vont aussi s’intéresser de plus près à Dannie (la sœur donc) qui s’avère être une amie proche de Sinclair, l’assistant de Quirke, qui s’est rapproché de Phoebe, la fille de Quirke, à l’initiative de ce dernier. Phoebe va donc encore être mêlé aux enquêtes amateurs de son père, bien malgré elle. Quirke se charge de manière très très rapprochée des entretiens avec la veuve (au revoir Isabel) (elle n’aura tenu qu’un épisode).

Comme vous le constatez, il y a beaucoup de suspects, tous aussi plausibles les uns que les autres. C’est donc particulièrement intéressant au niveau de l’enquête (même si on devine avant la fin le dénouement). Il ne faut pas vous attendre à une action démentielle car les enquêteurs de Benjamin Black sont quand même très cérébraux. Tous se passe en entretiens, interrogatoires et réflexions. Les jeunes vont cependant particulièrement être en vedette dans cet épisode ; je veux parler de Phoebe (qui y était déjà dans les volumes précédents), Sinclair, Dannie et Teddy.

C’est ce qui m’a beaucoup étonné ; enfin, David Sinclair intervient enfin comme un personnage actif. Dans le volume précédent, il était plus ou moins vu comme le subalterne de Quirke qui cherchait à profiter de l’alcoolisme de son patron pour pouvoir prendre sa place et voyait donc son retour avec une grande déception. De plus leurs relations étaient empreintes d’une certaine froideur. Ici, Quirke prend l’initiative d’inviter Sinclair au repas hebdomadaire avec sa fille. Sinclair s’attache bien malgré lui à Phoebe. Tout s’enchaîne assez vite. Je suis assez contente du tour que prend cette histoire. De plus, dans ce volume, on abandonne complètement Malachy et on retrouve Rose seulement pour le dénouement. J’ai trouvé que c’était plutôt une bonne chose car leurs personnages commençaient à s’essouffler précédemment.

Sinclair est aussi l’occasion de mentionner une autre chose : la religion juive. En effet, Sinclair comme Jewell sont juifs et visiblement, c’est quelque chose de très particulier en Irlande, pays majoritairement catholique. Les Jewell et Sinclair sont pas ou peu pratiquants mais Benjamin Black insiste dessus. Je n’ai pas compris où il voulait en venir mais j’ai trouvé les réactions des personnages très étranges. Par exemple, Phoebe dit tout de suite à son père que Sinclair est juif, qui lui ne sait pas comment elle l’a vu. Elle ne le dit pas comme un jugement mais comme une constatation froide. Pourtant quand elle va devenir plus intime avec lui, elle va lui demander comment cela fait. Dannie a été pensionnaire dans une école religieuse catholique ; elle y a appris tout le protocole de cette religion mais elle dit que les autres savaient qu’elle était différente. L’impression que cela m’a donné est que l’auteur envisage ses personnages juifs, comme un groupe singulier et pourtant non homogène. Ils sont sources de curiosité et quelques fois d’agressivité. Dans le volume précédent, il y avait un personnage noir. J’ai l’impression que Benjamin Black veut souligner la diversité dans une société que l’on pourrait penser très homogène (surtout dans les années 50). Il veut peut être montrer que les liens qui sous-tendent la société irlandaise sont plus complexes qu’on ne pourrait le penser. C’est ce que j’ai pensé mais je ne suis pas vraiment sûre.

Ce qui m’a fait pensé cela, c’est aussi l’atmosphère très particulière qui se dégage de l’écriture de Benjamin Black dans ce volume-ci. Il utilise un narrateur omniscient, qui voit les sentiments de chacun des personnages, mais qui se place tour à tour dans le point de vue de chacun des personnages. J’ai eu cette impression que chaque personnage est isolé par rapport aux autres, qu’il voit bouger devant ses yeux comme des marionnettes incompréhensibles. Chacun est aussi obnubilés par ses sentiments, sans forcément s’intéresser à ceux des autres. C’est comme si les personnages n’avaient pas de liens entre eux ou très peu. C’est pour cela que j’ai pensé qu’il était important pour l’auteur de montrer d’une autre manière comment les personnages interagissent entre eux. Ils jugent les autres non par leurs caractères mais pas leurs appartenances à une certaine classe sociale ou à une certaine religion.

C’est donc un volume des aventures de Quirke que j’ai particulièrement apprécié, plus que les volumes 2 et 3 à mon avis. Je commence à mieux voir la manière dont Benjamin Black construit ses romans et surtout à mieux comprendre sa manière de narrer ses histoires.

Références

Mort en été de Benjamin BLACK – traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch (Nil, 2014)