Baby Spot de Isabel Alba

babyspotisabelalbaBaby Spot est un texte court (93 pages) de la scénariste et photographe (et donc maintenant écrivaine) espagnole Isabel Alba. Il est indiqué au début de l’ouvrage que « baby spot » est le petit projecteur de lumière incandescente utilisé sur les tournages cinématographiques. Dans ma tête, je m’imaginais donc deux types deux livres : soit l’écriture était très cinématographique, soit le texte allait braqué une sorte de projecteur sur une histoire (et donc laissé dans l’ombre d’autres choses). Au vu de la couverture, j’ai penché pour la deuxième hypothèse.

En fait, non ; c’est tout simplement les deux. Le narrateur de l’histoire a douze ans et ressent le besoin d’écrire dans un cahier (que nous lisons) ce qui lui trotte dans la tête depuis le décès par pendaison d’un copain (d’une connaissance) de son quartier, ce qui le travaille en fait. On peut qualifier l’événement de traumatique (on le serait à moins) et donc l’écriture de l’enfant est heurtée, il ressasse beaucoup et fait de multiples digressions pour ne pas écrire ce qu’il ne veut pas admettre.

C’est l’occasion pour le lecteur de découvrir la vie d’un quartier pauvre en Espagne. La mère du narrateur s’est fait quitté par le père, mais a retrouvé depuis un autre homme qui a été obligé d’accepter un bébé. Le beau-père est violent, la mère pleure tout le temps et la petite-sœur a un retard mental. Le narrateur l’aime plus que tout et nous le dit dès le départ mais mettra plus de temps à dire qu’elle est retardée ; c’est un exemple d’informations qu’il peut retenir. En l’écrivant, je me rends compte que si on suppose que c’est lui qu’on lit son récit, il est logique qu’il ne le dise pas tout de suite, vu que pour lui c’est évident. Je ne sais pas, du coup.

Le narrateur a un meilleur ami, avec qui il va faire toutes les bêtises possibles et inimaginables, qui lui a un grand frère, qu’ils admirent tous les deux car il est le caïd du quartier (en tout cas, il passe pour aux yeux des enfants). Les deux frères ont une mère passablement inquiète et un père qui ne les voit plus, tellement il boit, au bar du quartier, tenu par un ex-taulard et sa sœur. Les gamins y vont pour se rafraîchir mais aussi pour regarder des films à l’œil (c’est une des passions du narrateur : imaginer sa vie comme si elle se passait au cinéma, pas en continu mais par scènes ; cela conditionne l’écriture du cahier que le lecteur lit). Il y aussi le flic du quartier qui semble plus trafiquer que travailler.

Dans tout ce petit monde, il ne semble y avoir qu’une seule famille « normale » : Lucas, le garçon qui va donc mourir pendu, et sa mère, qui est seule depuis le décès de son mari. C’est à mon avis cette normalité qui va faire que les choses se sont passées telles qu’elles se sont passées.

Qu’est ce que j’ai pensé de cette lecture ? Ben, je ne sais pas. J’ai aimé plein de choses, mais il manque un truc que je n’arrive pas à identifier. J’ai peut-être un sentiment de pas assez. J’ai aimé l’histoire, même si je me doutais du final. J’ai apprécié le fait que le garçon reste seul face à son histoire parce que justement, il est dans une famille un peu dysfonctionnelle (comme on dit de nos jours). Mais je n’ai pas accroché à la manière dont l’histoire est racontée ; j’ai aimé les digressions mais pas les ressassements qui rapportent les faits détail par détail et donc trop lentement.

L’écriture et la traduction sont belles mais c’est trop adulte pour un enfant de douze ans. J’ai adopté le point de vue, la vie du narrateur mais je n’ai pas ressenti ses sentiments. Ils ne sont pas suffisamment décrits ni suffisamment nombreux : une seule manière de voir est adoptée mais le narrateur n’oscille pas entre plusieurs états, alors que cela aurait été logique (d’un autre côté, cela aurait dévoilé la fin plus vite).

Peut-être que tout simplement, j’aurais aimé lire un texte plus long, plus fourni. Ou peut-être suivre plusieurs personnages. J’ai noté le second roman de l’auteur, qui est paru avant aux éditions La Contre Allée, qui est plus long et qui semble en plus correspondre totalement à mes goûts.

Références

Baby Spot de Isabel ALBA – traduit de l’espagnol par Michelle Ortuno (Éditions La Contre Allée, 2016)

Je vais mourir cette nuit de Fernando Marías

JeVaisMourirCetteNuitFernandoMariasJe ne sais même plus comment j’ai entendu parler de ce livre. Je crois que je l’ai tout simplement repéré dans les parutions de Babel (je l’ai dans ma PAL depuis le 27 février donc cela pourrait correspondre à cela, ou c’est l’avis de Sandrine qui me l’a fait noter et j’ai attendu la sortie en poche). Je l’ai lu maintenant car j’avais envie d’un livre court et il ne fait que 120 pages.

Je ne l’ai pas lu d’une traite mais en deux fois. J’ai été emballée par la première partie (les 70 premières pages) mais pour la deuxième j’ai réfléchi.

Le 24 décembre 1990, un homme, un ancien commissaire reçoit une lettre fleuve écrite par un homme seize ans auparavant. Cet homme était un trafiquant d’art de haut-vol, que notre commissaire, Delmar, a coffré pour un délit mineur (Delmar s’est contenté de peu mais il le voulait absolument sous les verrous). Or, le trafiquant s’est suicidé en prison le 24 décembre 1974, ne pouvant plus supporter la petitesse de la vie en prison. Avant de mourir, il a « engagé » quelqu’un pour accomplir sa vengeance, qu’il a entièrement planifiée. C’est ce qu’il raconte dans cette lettre, seize ans de destruction progressive de la vie du commissaire Delmar, devant aboutir le 24 décembre 1990 au suicide de celui-ci. Le récit est au passé mais décrire un futur pour l’auteur de la missive.

Le premier intérêt du livre est donc : le trafiquant a-t-il réussi à prévoir tout dans le moindre détail ? Est-ce qu’un imprévu s’est glissé dans cette vengeance ? Et finalement, s’est-elle accomplie ? (tout simplement) Tous ces éléments ne sont dévoilés qu’à la fin. Il faut aussi noter qu’au départ, nous n’avons aucune information sur Delmar et ce qu’il est devenu (dans quel état se trouve-t-il ?) Je pense que cet élément de suspense nous tient jusqu’au bout. Quelle crédibilité doit-on accorder à cette lettre ?

Dans la première partie de la lettre, le trafiquant avoue son trafic réel, trafic dont Delmar n’avait jamais soupçonné l’ampleur ni même l’existence. En tant que lecteur, on ne peut qu’être appâté par cette ouverture : l’existence d’un inédit réel de Dostoïevski. La machination mise en place et décrite ici en détail est tout à fait fascinante, et pourrait faire l’objet en soi d’un roman.

Les rebondissements lors de la vengeance du trafiquant sont dignes d’un téléfilm américain de l’après-midi : drogue, sexe, enlèvement, meurtre … Ce serait un peu beaucoup si on parlait de vous et moi mais ici, on parle d’un commissaire super-star ! L’intérêt de cette vengeance est qu’elle dure seize ans. Pour un scénario, cela serait plié en trois mois (cela fait des économies sur le budget maquillage à mon avis). Le problème est que comme cela est décrit, cela fait tout de même trop (le livre est court et on n’arrive pas à se rendre compte de la temporalité des évènements). On enchaîne les rebondissements en sachant ce qu’il va se passer (il suffit de regarder beaucoup de séries). On est fasciné par l’inéluctabilité des faits mais c’est tout. L’ampleur de la machinerie mise en place n’est décrite qu’à la fin, donc on ne peut pas admirer cela non plus.

Je retire l’impression que pour ce livre, le suspens repose sur la crédibilité des révélations et l’ampleur de ce qui a été mis en place ; le cœur des évènements n’est guère passionnant (j’ai un peu peur de dire commun car cela fait un peu blasé). Vous allez me dire mais pourquoi l’as-tu lu jusqu’au bout. Tout simplement, pour savoir la fin mais aussi parce que l’écriture de l’auteur m’a donné l’impression de sentir le sort qui avance, d’un destin qui avance et on ne peut pas arrêter cela tout simplement. Cela m’a fait penser au monologue mis en place par Horacio Castellanos Moya dans La mort d’Olga María.

Cette lecture m’a surtout donné envie de lire L’enfant des colonels du même auteur car cet auteur est clairement très intéressant.

Notez aussi que Sandrine en a fait un coup de cœur ! Vous pouvez aussi lire l’avis d’Athalie.

Références

Je vais mourir cette nuit de Fernando MARÍA – roman traduit de l’espagnol par Raoul Gomez (Babel, 2015)

Un siècle de littérature européenne – Année 1992

Le songe de Borges de Blanca Riestra

LeSongeDeBorgesBlancaRiestraLe titre de livre est assez racoleur parce que Borges, c’est cinq pages du roman. Par contre, c’est un roman absolument génial, genre coup de cœur.

L’objet-livre est d’une qualité exceptionnelle (surtout pour 19,90 euros). Le papier est épais tout en étant souple, la couverture est solide avec deux rabats. Pour témoigner de la qualité du livre, après une semaine de lecture dans le métro à le trimbaler dans mon sac à main, il est comme neuf. Il n’y a pas les marques de salissures sur la tranche, la couverture n’est pas cornée, sale ou chiffonnée (en fait, un coin si mais je l’ai fait tombé). Il y a certaines grandes maisons d’éditions qui devraient en prendre de la graine (je ne cite personne mais G… édite plutôt des livres à lire chez soi, à mon avis).

On est à Harvard, un an avant la mort de Borges. Notre narrateur principal (parce qu’il va y en avoir deux), lecteur d’espagnol à l’université, est appelé par le célèbre écrivain. Au rendez-vous, Borges lui explique qu’il va lui dicter un songe qui va prendre la forme d’un roman. Passé la première stupeur, Borges n’ayant jamais écrit de roman, notre narrateur accepte évidemment.

On va se retrouver à Prague, en 1665, dans le cimetière juif, en compagnie du docteur Marcus Marci, recteur de l’Université Caroline, et du fossoyeur Zounek. Ce dernier va raconter les événements qu’il a vécu à la cour de Rodolphe en 1608-1609 au recteur. C’est à partir de de moment que le livre est extraordinaire parce que tout simplement on y est : tout s’efface autour de vous pour laisser la place à une Prague sombre, pleine de magie, de mort, de sortilèges et de croyances étranges. Le livre est construit en cinq actes comme une pièce de théâtre ; l’auteur organise des respirations pour nous rappeler l’histoire de 1665 et de maintenant mais finalement, ce que l’on retient c’est les événements de 1609.

Zounek est fils d’un savetier, non juif, installé dans le ghetto. Son père est savant et s’intéresse à l’alchimie et aux choses un peu magique. Il va se retrouver emprisonner au château de Rodolphe mais avant, il fait promettre à son fils de fuir. Celui qui n’a alors que seize ans ne va pas obéir et décide même de tuer Rodolphe. Il se rend au palais où après une méprise, il se retrouve serviteur de l’empereur sous un faux-nom. Il parcourt le palais, y trouvant notamment des fosses puantes où sont entassés des prisonniers jusqu’à leur mort. Il découvre aussi des personnages extraordinaires, tirés de roman : Kepler (pas du tout présenté comme un scientifique d’ailleurs), John Dee et Edward Kelley (dont une jambe a été amputée suite à la chute d’une tour d’où il tentait de s’évader), Catherine la vierge qui fut la maîtresse de Rodolophe. C’est cette ambiance un peu cour des miracles, magique … qui m’a énormément plus et surtout dépaysée. L’histoire est celle du fossoyeur mais est aussi centrée sur la manuscrit de John Dee, qui verse dans l’alchimie. La chute avec Borges est aussi très bien. Blanca Restra est une auteur qui sait terminer ses romans.

En plus, le livre est très facile à lire car il est constitué de chapitres très courts (trois pages au maximum avec une mise en page aérée), qui rythme le récit, même quand on se dit qu’il ne se passe rien.

En gros, il faut le lire (même si mon billet est brouillon).

Références

Le songe de Borges de Blanca RIESTRA – traduit de l’espagnol par Aline Janquart-Thibault (Éditions Orbis Tertius, 2013)

La maison des chagrins de Víctor Del Árbol

LaMaisonDesChagrinsVictorDelArbolJ’ai effectué une lecture chaotique de ce livre. J’ai lu d’abord les cent vingt premières pages. J’ai trouvé cela bien mais très très lent. Je n’ai pas aimé le fait que l’auteur fasse un chapitre = un personnage et que chaque chapitre soit déconnecté du précédent. J’étais prête à l’abandonner à son triste sort puis j’ai relu le billet de Sandrine qui m’a fait acheté le livre (il y a aussi le souvenir du billet de Dominique sur La Tristesse du Samouraï). J’ai alors remis en cause la lectrice plutôt que le livre. Je lisais sur mon reader dans le RER. Je me suis dit que ce n’était pas un livre pour cela alors le week-end dernier, j’ai décidé de m’accrocher et de mettre un coup de collier, soit ça passe soit ça casse. C’est donc passé (il faut dire que le rythme s’accélère et que l’auteur abandonne par la suite la construction qui ne plaisait pas) et je l’ai fini cette semaine.

Au final j’ai plutôt beaucoup aimé. Ce qui m’a particulièrement plu c’est la complexité de l’histoire et comment l’auteur arrive à enchevêtrer tous ces personnages.

Pour vous expliquer tout cela, j’ai fait un petit diagramme représentant les personnages principaux du livre. Les groupes et les flèches sont les relations qui existent dans les cent vingt premières pages. Les personnages qui n’apparaissent pas dans un groupe sont ceux qui apparaissent après. Ce qu’il faut voir, c’est qu’à la fin du livre, tous les groupes seront reliés par plusieurs flèches et en gros, il y en aura partout.

PersonnagesMaisonDesChagrinsEduardo était un peintre célèbre jusqu’à il y a une quinzaine d’années, jusqu’à ce que sa femme et sa fille, Elena et Tania, meurent dans un accident de voiture, qu’il devienne infirme et qu’il tue le chauffard responsable de tout cela. Après avoir fini de purger sa peine de prison, il se retrouve suivi par une psychiatre, Martina, loge dans la pension de Graciela, qui a une fille, Sara, avec des problèmes psychiatriques. Il a aussi renoué avec Olga, son ancienne galeriste, qui lui propose une commande.

Gloria A. Tagger, célèbre violoniste, veut qu’il fasse le portrait du chauffard qui a tué son fils Ian (il y a beaucoup d’accidents de voiture dans cette histoire). Elle ne s’en ai jamais remise (on la comprend). Depuis elle est divorcée de son mari, le célèbre réalisateur Ian Mackenzie, qui vit désormais en Australie.

Arthur est le fameux meurtrier de Ian. Il est aussi le fils d’un « ancien combattant de l’OAS enrichi par le gaz et le pétrole d’Alger ». Lui aussi sort de prison au début du roman. Avant la prison, sa vie était occupée par de nombreuses femmes : Andrea, sa femme, qui est actuellement en hôpital psychiatrique suite à la disparition soudaine de leur fille Aroha ; ses maîtresses dont Diana est la principale. En prison, sa vie n’est bien sûr occupée que par des hommes : Ibrahim, son compagnon de cellule, « un mercenaire soufi », l’Arménien, le patron des prisonniers, qui veut la mort d’Arthur puisque celui-ci a tué sa fille dans le même accident qui a tué Ian. Comme c’était un accident, Arthur sort au bout de quatre ans et engage de suite Guzmán, « ancien agent de la police politique de Pinochet » pour retrouver Aroha et reconquérir Andrea.

Là-dessus s’ajoute Mr. Who, jeune prostitué androgyne (qui a entre autre pour cliente une Graciela en manque d’amour), travaillant pour Mr. Chang et amoureux de Mei, qui travaille dans les ateliers clandestins du même Mr. Chang. Mr. Who habite avec sa mère adoptive, Maribel, ancienne danseuse clouée dans un fauteuil roulant, passant son temps à pleurer son mari Teo.

Voilà donc un auteur à qui on ne peut pas reprocher de manquer de personnages et d’imagination. Tous les personnages que j’ai cité sont importants dans l’histoire ! J’ai trouvé fascinant et brillant que l’auteur arrive à s’y retrouver et surtout à ne pas nous perdre.

Je mettrai encore quelques bémols (même si j’insiste j’ai beaucoup aimé). Le roman a le défaut de ses qualités. On s’attache aux personnages (Sara, Eduardo, Graciela et même Arthur pour moi) mais l’auteur n’a pas le temps de nous décrire toutes leurs psychologies. On ressent un certain manque comme s’ils n’étaient pas complets. On voudrait en savoir plus mais on les abandonne trop vite. L’exemple le plus frappant est la psychiatre de Eduardo, Martina, qui est peinte comme une femme très seule au niveau personnel (au niveau des situations dans lesquelles elle intervient) mais qui nous est décrite comme plutôt froide dans la vie professionnelle. On ne sait rien du pourquoi du comment de cette différence. Ce n’est pas un personnage principal mais elle est tout de même récurrente dans le roman. Je trouve qu’elle aurait mérité quelques pages supplémentaires. Des difficultés de Sara, on n’en saura pas beaucoup non plus alors qu’elle aussi intervient de manière récurrente.

Le deuxième bémol est que parfois Víctor Del Árbol est un peu trop bavard avec des considérations psychologiques trop vagues pour être intéressantes. Je viens d’apprendre un mot en anglais pour décrire cela : psychobabble. Je trouve que parfois ces digressions sont inutiles et hors propos, le roman étant suffisamment touffu et bien construit pour être apprécié.

Finalement, une bonne lecture même si pour l’apprécier, j’ai du m’accrocher et si j’ai moins aimé certains passages. Je suis curieuse maintenant de découvrir La Tristesse du Samouraï (surtout qu’il est sorti en poche).

Références

La Maison des Chagrins de Víctor DEL ÁRBOL – traduit de l’espagnol par Claude Bleton (Actes Sud, 2013)

Rue des voleurs de Mathias Énard

RueDesVoleursMathiasEnard

Présentation de l’éditeur

À Tanger, un adolescent libre penseur, assoiffé de liberté, connaît ses premiers émois avec sa cousine Meryem. Surpris par ses parents, pudibonds, obsédés par les questions d’honneur, de morale et de qu’en dira-t-on, il se fait rouer de coups, ce qui le décide à fuir et à vivre dans la rue, puis à traverser la Méditerranée.

De Tanger à Barcelone, un roman d’apprentissage contemporain, l’épopée d’un jeune homme sauvé par son amour des polars noirs et des poètes orientaux.

Mon avis

Je vais séparer mon avis en deux, une pour le texte en lui-même et une pour le livre audio.

J’ai choisi d’écouter ce livre parce que c’est un livre qui me faisait peur. Pour moi, Mathias Énard est un style difficile. En plus, c’était sur le printemps arabe. Je me disais que personne n’avais assez de recul pour écrire un roman qui ne soit pas du journalisme. Que nenni ! Il ne fallait tout simplement par croire les critiques que j’avais lu.

Mathias Énard a choisi comme héros un jeune marocain, vivant au Maroc, pays où justement il y a eu très peu de manifestations. Le roman se passe donc pendant le printemps arabe mais ce n’est qu’un arrière fond. Il sert surtout de catalyseur à la réflexion du narrateur sur son avenir. Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est que le héros est un homme qui choisit. Il ne subit jamais même dans des situations très difficiles. Les peronnages autour de lui sont plus passifs et ont plus une tendance marquée. Ils tendent vers l’islamisme radical, le militantisme. Ils sont moins complexes car ils ne sont décrits que par ces choix qui semblent inamovibles.

J’ai trouvé que Mathiaas Énard avait été très intelligent de situer une partie de son roman en Espagne où le narrateur retrouve une jeune fille rencontrée au Maroc. En présentant un tableau de la jeunesse européenne et maghrébine, il écrit un roman générationnel sur la quête d’un but, d’un idéal aussi, dans un monde qui s’effondre. Il échappe ainsi, à mon avis au cliché, et au fameux roman sur le printemps arabe que « tout le monde attendait ». En cela, il est bien écrivain et non un journaliste. Il nous présente une vision du monde plutôt qu’un fait journalistique.

Quand j’ai écouté la première piste du CD, je me suis dit que la voix de Othmane Moumen était beaucoup trop mature pour interpréter les « mémoires » d’un jeune homme d’une vingtaine d’années d’autant plus qu’au début du livre on peut penser qu’il s’agit d’une narration classique (on commence quelques mois, semaines, jours avant les évènements marquants du roman). AU fur et à mesure de l’écoute on se rend compte que le narrateur ressasse des évènements. Il y a des réflexions qui reviennent par exemple. La voix mature du comédien permet de poser le discours. On comprend que le jeune homme est un vieil  homme , dans le sens d’homme qui a beaucoup vécu.

Pour être plus claire, le livre audio m’a permis de ne pas me tromper de rythme. Je sais que si j’avais lu le livre par moi-même, j’aurais lu trop vite et j’aurais pensé que le style n’était pas adapté à l’histoire. Avec la lecture audio, j’ai pu me concentrer sur le contenu du texte car le comédien avait fait le travail d’adaptation pour moi. Ce sera plus facile maintenant pour moi de découvrir le texte en papier, de regarder plus précisément le style de Mathias Énard qui me faisait si peur.

Merci à Chloé des éditions Audiolib qui m’a envoyé le livre mais aussi un extrait en mp3 du livre. C’est plus simple pour voir si la voix du lecteur vous convient.

En résumé, un très bon livre audio à mon avis.

L’avis de Kathel

Références

Rue des voleurs de Mathias ÉNARD – texte intégral lu par Othmane Moumen (Audiolib, 2013)

Le mystère de la crypte ensorcelée de Eduardo Mendoza

Quatrième de couverture

Deux pensionnaires d’un collège religieux de Barcelone ont disparu. Une nonne délirante et un policier véreux promettent la liberté à un délinquant fou à condition qu’il éclaircisse le mystère.

Ce roman policier d’une férocité parodique porte sur l’Espagne de l’après-franquisme un regard aussi cocasse qu’impitoyable.

Mon avis

Voilà un livre fichtrement drôle. LibraryThing m’a appris qu’il s’agissait en réalité de la deuxième enquête de Ceferino (sur trois tomes apparemment). Je vais m’empresser de lire les deux autres. Faites-moi confiance pour cela.

Ceferino est un délinquant enfermé dans un hôpital psychiatrique à cause d’un commissaire qui vient le sortir de là pour qu’il enquête sur la disparition d’une pensionnaire d’un collège religieux. Les nonnes sont inquiètes car il y avait eu, dans les mêmes circonstances, une disparition il y a six ans. Pourtant, tous les protagonistes de le première histoire ont été changés ! On commence à mettre à l’aise notre héros, Ceferino, en lui proposant un petit Pepsi-Cola (il sirote cela comme d’autres enquêteurs sirotent du whisky). Là commence la parodie car le commissaire et une nonne vont charger Ceferino d’enquêter contre une possible mise en liberté. Ceferino est enthousiaste bien évidemment même si cela commence mal car on ne lui donne ni le nom de la petite disparue, ni celui de la première disparue. Il n’a d’ailleurs pas le droit d’approcher du collège. Il doit pour autant enquêter. Il est libéré sans avoir eu le temps de se laver après sa partie de football. On ne lui donne pas d’argent, ni ses papiers d’identité d’ailleurs (difficile dans la période « prépostfranquiste » où se passe l’histoire). Il va donc voir sa sœur prostituée pour qu’elle l’aide. Elle ne veut pas, bien évidemment. Malgré tout, il va quand même essayer de mener à bien son enquête et il va réussir. C’est cela qui est drôle !

Le tout est raconté dans un style très baroque, un peu comme un vieux vendeur embobineur vous parlerait pour vous vendre une tonne de savon dont vous n’avez pas besoin. Ceferino joue très bien son rôle de fou car parfois, ses déductions n’ont aucune logique mais s’avèrent justes. Parfois, ils retrouvent ses esprits et fait des remarques tout à fait justes sur les personnes qui l’entourent.

À la fin, il pense tout de même que la vie à l’hôpital psychiatrique est moins compliquée que dehors : il a son équipe de foot, on lui permet de se laver quand il veut et il peut avec de la chance avoir du Pepsi-Cola à volonté !

C’est à lire car on rigole vraiment beaucoup.

Références

Le mystère de la crypte ensorcelée de Eduardo MENDOZA – traduit de l’espagnol par Anabel Herbout et Edgardo Cozarinsky (Points seuil, 1998, réédition de 2011)

Première parution en espagnol en 1979 et en français en 1982.

Un siècle de littérature européenne : 1/100 (année : 1979)

Le double jeu de Juan Martínez de Manuel Chaves Nogales

Manuel Chaves Nogales est un célèbre journaliste espagnol de l’avant-guerre (la Seconde Guerre mondiale). Il a réalisé entre autres des reportages sur les Russes réfugiés à Paris. À cette occasion, il a rencontré Juan Martínez, bailarín flamenco, qui a vécu les Révolutions russes de 1917 à Saint-Pétersbourg et à Moscou, et la guerre civile qui a suivi en Ukraine, à Kiev et à Odessa. Andrés Trapiello souligne que dans sa préface que Manuel Chaves Nogales prête sa voix au récit de Juan Martínez, quitte parfois à utiliser des souvenirs et des anecdotes qu’il a entendu d’autres réfugiés. C’est donc bien un travail littéraire qui nous est proposé ici. Ce récit est paru sous la forme d’un feuilleton en 1934 dans le journal Estampa. La traduction qui est proposé par les éditions du Quai Voltaire est issu d’une version publiée en 2007 (est-ce que c’était la première fois que ce récit paraissait en livre ? je n’en sais rien).

Le récit de Juan Martínez est très intéressant car il permet de voir les évènements d’un œil étranger, de plus complètement apolitique. On comprend mieux comment se sont sont déroulés les Révolutions, et surtout l’entre-deux qui semblent surtout avoir été très calme (le calme avant la tempête me direz-vous). On voit aussi que le bolchévisme ne s’est pas imposé d’un coup à tout le monde, à tout le pays entier (j’ai trouvé intéressant de voir que l’après révolution n’était pas préparé ; il semble qu’il y avait une « volonté de bien faire » et donc d’être organisé et qu’il y a une progression dans le temps, en même temps que la corruption d’ailleurs). On se rend compte des difficultés à trouver de la nourriture, non pas comme le souligne l’auteur parce que la nourriture a disparu d’un coup d’un seul mais à cause de gens qui font de la spéculation.

Le récit qui prend le plus de place dans le livre est celui de la guerre civile que Juan Martínez a vécu en Ukraine, à Kiev et à Odessa (c’est la première fois que je lis un récit sur ce sujet). La ville de Kiev changeait d’occupants tous les mois ou deux mois suivant les assauts, il fallait s’adapter à chacun car il y avait les Rouges, les Blancs, les Ukrainiens. C’est un fait que je ne connaissais pas d’ailleurs. À ce moment-là, il y avait une armée pour lutter pour l’indépendance de l’Ukraine. Celle-ci était dirigé par Simon Petlioura. Ce qui ressort du récit, c’est qu’il n’y avait pas de différence entre les trois : chacun tuait sans merci, sans beaucoup de distinctions et avec barbarie (la partie sur la Tchéka est assez édifiante d’ailleurs), il y avait de la corruption à tous les niveaux. L’auteur nous permet aussi de voir l’antisémitisme primaire qui régnait à l’époque. C’était le règne de la débrouillardise, du mensonge et du dessous de table si on voulait s’en sortir. Juan Martínez était tout petit et on se demande comment il a fait pour tenir compte à tout ces gens. Je crois que cela vient de son caractère affirmé mais aussi d’un naturel enjoué et qui ne se laisse jamais abattre.

L’auteur utilise un ton léger pour alléger la portée des souffrances qui sont décrites dans son récit.

C’est justement ce qui m’a aussi gêné parfois. On ne ressent pas la peur, le désespoir, la faim, les difficultés. Tout est raconté sous forme d’anecdotes et de pirouettes. Il ne s’appesantit sur rien. Il semble que cela reste à la surface des choses, comme si le plus difficile nous était épargné (il ne parle pratiquement pas sa femme Sole ; elle apparaît dans le récit par hasard) ou comme si on parlait des réussites et d’une débrouillardise (admirable au demeurant) mais jamais des échecs.

En conclusion, j’ai trouvé ce livre intéressant pour ce que j’ai appris grâce à lui mais le ton m’a parfois gêné car il est trop léger. Je suis d’accord que ce n’est pas un livre d’Histoire mais quand même !

Références

Le Double Jeu de Juan Martínez de Manuel CHAVES NOGALES – traduit de l’espagnol par Catherine Vasseur – préface d’Andrés Trapiello (Quai Voltaire, 2010)

Le dans le cadre des 12 d’Ys, catégorie auteurs espagnols contemporains.

La bouche de José Carlos Somoza

Quatrième de couverture

Un homme se rend comme à l’accoutumée chez sa maîtresse. Il mène une existence parfaitement réglée, se partageant entre cette liaison secrète, son cabinet de dentiste, sa femme, ses deux enfants et le dîner hebdomadaire avec son beau-père.

Quel vertige le saisit-il un jour lorsqu’il sonne à la porte de sa maîtresse ? Quel craquement en lui ébranle-t-il tout l’édifice de sa vie ? Subitement, la mort et le néant ont percé sa chair. Désormais, qu’il soit avec son amante, qu’il regarde le sourire de sa femme ou qu’il soit penché sur la bouche d’une de ses patientes, il lui faudra vivre avec cette brèche au centre de tout être.

« Si cela doit exister, ce trou vide et nul, cette absence de ma chair et de mon corps, si la bouche doit exister, (…) je préfère cela à la fausse sécurité de mon corps mort … »

Mon avis

Je n’ai jamais lu Somoza alors que j’ai deux livres de lui en attente mais ils sont trop gros. En cherchant dans sa bibliographie, j’ai vu qu’il y avait ce très court texte. L’avantage suprême était qu’il était à la bibliothèque.

J’ai lu l’avis de Laurence sur Bibliolog qui disait que le livre n’était absolument pas représentatif de l’univers de l’auteur. C’est pas de chance car le livre m’avait plutôt plu. C’est vrai que le livre n’est qu’une phrase et qu’il peut donc être difficile de reprendre sa lecture si on s’arrête, surtout que le livre a un rythme assez effréné.

C’est une très belle fable qui se rend compte que finalement sa vie n’est que désert : la peau qui l’entoure ne cherche qu à masquer ses os, ce qu’il est vraiment mais ne fait pas de lui quelqu’un qui vit plus que les autres. Il se rend compte qu’il doit cependant faire avec et (re)commence à mener une vie « normale ». Pourtant, une nouvelle « lubie » lui vient, sa bouche quui elle restera toujours vide, qui représente le vide d’une existence qui ne se comblera jamais. Malheureusement pour le narrateur. Les derniers mots du livre sont les suivants :

si cela doit exister, ce trou vide et nul, cette absence de ma chair et de mon corps, si la bouche doit exister, je préfère tout faire sortir, que tout s’en aille comme un souffle pur, que tous l’entendent, que tous le sachent, je préfère cela à la fausse sécurité d’un corps mort, c’est ce que j’ai dit, crié dans un silence pur, et je me suis enfin vu transformé en rien : le vide remplissant tous mes os ouverts comme des flûtes muettes, amenuisés comme du sable enfin, juste ces cendres ultimes, à peine la trace légère que le vent finit par effacer, juste le vide, le vide énorme de cette bouche qui doit dire et révéler et découvrir et crier et accuser et me vider vers l’extérieur depuis l’intérieur et me mêler à tout : cette bouche ouverte et infinie du silence absolu par lequel je parle même si personne n’entend

Notez qu’il n’y a pas de point à la fin du livre, qui n’est donc même pas constitué d’une phrase entière. Ce n’est pas la première fois que je lis un livre où un personnage parle tout seul sans s’arrêter, c’était un Horacio Castellanos Moya si je me rappelle bien la première fois.

Références

La bouche de José Carlos SOMOZA – traduit de l’espagnol par Marianne Millon (Mille et une nuits, 2003)

Encre de Fernando Trías de Bes

Le point de vue des éditeurs

« La réponse résidait dans la peau de l’amant. Ses pores contenaient de minuscules et invisibles traces de ce liquide noir qui génère tant de passions. Ce mélange dense et obscur au pouvoir illimité. De l’encre.« 

Dans la Mayence de Gutenberg, au début du XXe, une femme vit une passion insensée. Tous les mardis, contre son gré, elle rejoint dans une chambre d’hôtel un amant dont elle ne sait rien, et qui exerce sur elle une aberrante emprise. Son mari, libraire, trouve dans les livres mille raisons à toutes sortes de passions, mais pas une à l’injustice qui le frappe. Se présente un jour à lui un mathématicien désespéré par la disparition de son fils qui poursuit la même quête à travers les chiffres. Les deux hommes s’allient pour composer l’ouvrage capable de les aider à s’affranchir du non-sens qui les hante.

Avec ce court roman philosophique qui convoque tous les acteurs du livre et les appelle à unir leurs savoirs face à l’infortune humaine, Fernando Trías de Bes signe une œuvre fervente, dédiée aux sortilèges inépuisables de la lecture.

Mon avis

Je n’ai pas trop besoin de vous raconter comment l’idée m’est venue de lire ce livre ; tout est dans la quatrième de couverture : mathématiques et livres.

Comme le suggère la quatrième de couverture, ce livre est un court conte philosophique dont la quête est un livre décrivant l’origine de toute chose. En effet, tous les personnages du roman ont eu à subir une perte, irrémédiable ou non, d’un être cher : le libraire a perdu sa femme au profit d’un amant (uniquement envisagé du point de vue sexuel), le mathématicien a perdu son enfant, noyé en Normandie, et sa femme, qui veut qu’il lui explique pourquoi, l’imprimeur a perdu son frère jumeau, suicidé car ridiculisé par ses pairs, le correcteur a perdu son amoureuse intrépide dans un accident d’avion, l’éditeur a perdu sa mère. Tous ont donc une bonne raison de faciliter l’arrivée de ce livre qui ressemble plus à une chimère qu’à autre chose pour l’observateur extérieur.

Le libraire va prêter (plutôt donner) ses livres au mathématicien qui va déchirer des phrases qui se retrouvent de livres en livres (il est évident que cela n’aide pas le libraire car il finit par ne plus avoir de livres). Le mathématicien va assembler les phrases pour en faire un livre, qu’il devra ensuite faire imprimer. Vu le pouvoir du livre, il faut que le livre puisse être lu mais non conservé. L’imprimeur doit donc inventer une encre spéciale (ce sera de l’encre homéopathique). L’imprimeur le fera corrigé puis édité.

le livre commence à devenir un peu fou quand il commence à penser que l’encre fait en majorité d’eau et avec quelques gouttes d’encre peut faire un livre comme il le désire. Mais c’est là aussi toute la révélation philosophique du livre : il n’est pas nécessaire de trouver une seule explication à toute chose mais tout simplement d’en trouver une en laquelle on peut croire et l’encrer très solidement dans sa tête. Une seule explication correspond à quelque chose qui n’existe pas ou qui est inatteignable.

Le livre est très plaisant à lire car les péripéties et les idées s’enchaînent rapidement dans un style très classique. L’auteur ne cherche pas trop à faire revivre la Mayence de l’époque et se concentre plutôt sur LE livre. Pour la fin, il m’a rappelé Pour l’amour du chocolat de José Carlos Carmona que j’avais lu l’année dernière. Ce sont tous les deux des auteurs espagnols qui racontent une histoire qui ne se situent pas en Espagne, qui font preuve d’un art impressionnant pour dérouler de manière astucieuse leurs récits : il est suffisamment bien construit pour qu’on ne le lâche tout en se demandant où l’auteur veut nous emmener. Quand le dénouement arrive, les deux fois complètement inattendu, on est surpris alors qu’en fait l’auteur avait semé toutes les pistes pour comprendre avant.

Références

Encre de Fernando TRÍAS de BES – roman traduit de l’espagnol par Delphine Valentin (Actes Sud, 2012)

Buñuel sans le labyrinthe des tortues de Fermín Solís

Cette bande dessinée raconte la réalisation du film Terre Sans Pain, en 1933, par Luis Buñuel (1900 – 1983), réalisateur espagnol naturalisé mexicain. Après avoir passé sa jeunesse en Aragon et à Madrid (où il a tout de même rencontré Dali et Garcia Llorca), il part pour Paris en 1925. Il se fait embaucher comme assistant réalisateur du comédien Jean Epstein (il a notamment réalisé La Chute de la Maison Usher en 1928)(mais comme le cinéma et moi cela fait deux, je n’ai bien sûr pas vu). D’un autre côté, Buñuel n’a pas participé à La Chute de la Maison Usher car il s’est fâché avec Epstein. C’est aussi le début de sa production personnelle. En effet, en 1928, il réalise avec l’argent de sa mère un film avec Dali (pour le scénario) Un Chien Andalou Il sera projeté en privé pour Man Ray et pour Aragon. C’est eux qui feront connaître le film aux surréalistes. Le surréalisme baignera une grosse partie de sa production. En 1930, il réalisera L’Âge d’Or (qui sera interdit de projection jusqu’en 1981). Il va passer ensuite quelques temps aux États-Unis, puis revient à Madrid et réalise Terre Sans Pain. La BD raconte donc cette partie de la vie de Buñuel.

Ce que l’on peut dire c’est qu’elle ne dresse pas un portrait bien flatteur du réalisateur (je rappelle que je n’y connais rien alors je ne sais pas si c’est vrai ou si c’est faux). J’ai eu l’impression de voir un type imbus de sa personne (il faut que ces amis lui parlent de son génie communément admis depuis L’Âge d’Or), mou du genou (c’est son ami qui lui procure le financement pour faire le film) et qui en plus consacre toute son énergie à faire rentrer une réalité dans le surréalisme (car il veut que cela rentre dans sa théorie) et n’arrive pas à regarder autour de lui ou plus exactement il transforme (physiquement) la réalité pour qu’elle devienne ce qu’il aimerait qu’elle soit (la scène des moutons est édifiante de ce point de vue).

Si comme moi, Terre Sans Pain cela ne vous dis trop rien, je vais vous raconter un petit peu l’histoire.C’est un film documentaire qui raconte (ou plutôt qui met en image) la pauvreté dans la région des Hurdes (dans la communauté autonome de l’Estrémadure, qui se situe au Sud-Ouest de l’Espagne). Wikipédia nous explique que le film est novateur par le thème abordé mais aussi par son montage (réalisé par Buñuel), son usage des gros plans, de la piste sonore et par la place assignée au spectateur par le film.

Si on revient à la bd, le style dessin adopté est un peu celui de la caricature, pour les personnages, et du minimalisme pour le dessin des décors. L’album est en noir et blanc. Je trouve que c’est étrange comme manière de dessiner ce type de sujet, en tout cas pour les décors. Cela ne permet pas je trouve de mettre en valeur les thème ou quoique ce soit mais plus les personnages notamment de Buñuel et de ses amis, qui sont omniprésents dans chaque vignette.

La réalisation du film m’a paru dictée par une approche fausse (cela a gâché ma lecture , je pense. Du coup, je n’ai pas apprécié à sa juste valeur le travail de recherche, de mise en scène et de dessins de l’auteur). Par contre, le film est très intéressant. C’est le point positif de ma lecture (il m’a permis de compléter le vide qui « compose » ma culture cinématographique).

Références

Buñuel dans le labyrinthe des tortues de Fermín Solís – traduit de l’espagnol par Thomas Delooz et Alejandra Carrasco-Rahal (Rackham, 2011)