Une fille, qui danse de Julian Barnes

UneFilleQuiDanseJulianBarnesJ’ai lu ce livre parce que j’avais fini le précédent (jusqu’à là je suis logique) et que n’ayant pas pris de secours, je me suis rabattue sur ma tablette, chargée d’ebooks au cas où (il n’y en a que dix parce qu’une tablette n’est pas une liseuse et donc je m’en sers pour autre chose que stocker des livres). J’ai choisi celui-là parmi les dix dont je disposais. Pourquoi j’ai voulu lire ce livre au départ ? (parce que en fait je l’ai pratiquement acheté à sa sortie). Parce que mon chef s’appelle Barnes et que quand il m’a engagé je croyais qu’ils étaient parents même très éloignés. En fait, non. Mon chef prononce son nom à la française (avec un accent sur le e même s’il n’y est pas, ne lit pas de littérature et ne parle que de géophysique). C’était donc un espoir déçu. J’ai donc remisé ce livre au fond de la mémoire de toutes les choses électroniques que je possèdent. Puis il y a eu le billet de Kathel qui me l’a remis en mémoire au début de l’année.

J’ai su dès que j’ai commencé à lire ce livre que j’allais l’adorer. C’est tout ce que j’aime, tellement anglais, intelligent, plein de réflexions, lucide. Le monde s’efface autour de vous quand vous lisez ce livre car Tony Webster vous parle à vous, où en tout cas vous prend à témoin. De quoi ? me direz vous. Tony a la petite soixantaine, divorcé, fraichement retraité, relation cordiale avec sa fille. En apparence, tout va bien. Un jour il reçoit un courrier le ramenant quarante ans en arrière où il formait, avec trois amis, une bande d’amis, vivant ensemble leur adolescence et leur passage à l’âge adulte. Jusqu’au jour où l’un deux s’est suicidé. Fait qui a toujours été mystérieux et inexpliqué pour notre narrateur. Il va chercher une réponse quarante ans plus tard.

Ce qui m’a particulièrement touché dans ce livre, c’est que le narrateur est normal. Il croit que la vie s’ouvre à lui à l’adolescence, que ce qu’il ressent est neuf, qu’il est plus intelligent. À soixante ans, il a compris que non, qu’il est médiocre (normal, quoi, car il n’a pas fait de grandes choses), qu’il n’a fait que poursuivre la vie de ses parents finalement (c’est le sens des extraits que j’ai mis en dessous). C’est vraiment ce qui m’a plus dans ce livre. C’est des réflexions que nous pourrions tous avoir à un moment de notre vie, nous retourner sur ce que l’on a fait et dire ben rien, finalement, en tout cas rien d’extraordinaire. Je trouve que ce livre a le mérite de poser cette question de manière honnête : est-ce qu’une vie où on se contente de suivre le flot et de faire de son mieux est une vie gâchée ? une vie non vécue, qui n’a servi à rien. J’ai trouvé que la réponse apportée par Julian Barnes est tout sauf grotesque car il ne répond pas à la question. C’est un peu une dictature de notre temps qui veut que tout ce qui soit fait soit utile et surtout visible. Tony Webster va à l’encontre de cela. Une vie réussie est-elle une vie médiocre (dans le sens de non palpitante, de non utile et efficace pour la société), tout simplement ? La plupart de romans et des auteurs auraient conclu qu’une vie médiocre était une vie inutile. Julian Barnes ne juge pas (en tout cas pas au travers de son narrateur).

Une autre question abordée par l’auteur est celle de la mémoire et de l’histoire (avec h ou H). Nos souvenirs ne sont pas des faits mais sont plutôt la réécriture que nous en faisons en utilisant ce que nous voudrions y voir. À partir de ce point de vue, on voit Tony Webster changer plusieurs fois de versions pour finir par trouver une version qui semble cohérente avec plusieurs protagonistes. Cela donne lieu à de très belles phrases dans le roman sur ce sujet.

Plus que les questions posées par l’auteur, je vous conseille ce livre pour l’atmosphère qui s’en dégage : une atmosphère de sérénité, celle d’un homme (l’auteur ou le narrateur) qui a réfléchit et qui regarde sa vie de manière honnête envers lui mais aussi envers son lecteur. C’est fait tellement intelligemment, c’est tellement bien écrit et traduit que vous ne pouvez pas louper ce livre ! En plus, il est sorti en poche depuis que je l’ai acheté.

Des extraits

C’est l’avantage que je l’ai lu en électronique. J’ai la flemme de les chercher dans un livre papier tandis que là Mantano a tout gardé dans sa tête, moins poreuse que la mienne.

Le lycée se trouvait dans le centre de Londres, et chaque jour nous y venions de nos différents quartiers, passant d’un système de contrôle à un autre. À l’époque, les choses étaient plus simples : moins d’argent, pas de gadgets électroniques, peu de tyrannie de la mode, pas de petites amies. Il n’y avait rien pour nous distraire de notre devoir humain et filial qui était d’étudier, de passer les examens, d’utiliser les qualifications obtenues pour trouver un emploi, et puis d’adopter un mode de vie d’un inoffensif mais plus grand raffinement que celui de nos parents, qui approuveraient, tout en le comparant en eux-mêmes à celui de leur propre jeunesse, qui avait été plus simple, et donc supérieur. Rien de tout cela, bien sûr, n’était jamais dit : le très convenable darwinisme social des classes moyennes anglaises restait toujours implicite. [p.11]

En ce temps-là, nous nous voyions comme des garçons maintenus dans quelques enclos, attendant d’être lâchés dans la vraie vie. Et quand ce moment viendrait, notre vie — et le temps lui-même — s’accélérait. Comment pouvions-nous savoir que la vraie vie avait de toute façon commencé, que certains avantages avaient déjà été acquis, certains dégâts déjà infligés ? Et que notre libération nous ferait seulement passer dans un plus vaste enclos, dont les frontières seraient d’abord invisibles. [p.12]

Ma petite bibliothèque avait eu plus de succès avec Veronica que ma collection de disques. En ce temps-là, nos livres de poche avaient encore leur aspect traditionnel : Penguins orange pour la littérature romanesque, Pelicans bleus pour le reste. Avoir plus de bleu que d’orange sur vos rayons était une preuve de sérieux. Et, dans l’ensemble, j’avais suffisamment de titres honorables — Richard Hoggart, Steven Runciman, Huizinga, Eysenck, Empson… plus le Honest to God de monseigneur John Robinson, à côté de mes albums humoristiques de Larry. Veronica me fit le compliment de supposer que je les avais tous lus, et ne se douta pas que les bouquins les plus fatigués avaient été achetés d’occasion.

Sa propre bibliothèque contenait beaucoup de poésie, sous forme de volumes ou de plaquettes : Eliot, Auden, MacNeice, Stevie Smith, Thom Gunn, Ted Hughes. Il y avait des volumes du « Club du Livre de gauche » d’Orwell et de Koestler, quelques romans du XIXe siècle reliés cuir, deux ou trois Arthur Rackham de son enfance et son livre-réconfort, I Capture the Castle. Je n’ai pas douté un seul instant qu’elle les avait tous lus, ni qu’ils étaient les bons livres à avoir. En outre, ils semblaient être une continuation organique de son esprit et de sa personnalité, alors que les miens me paraissaient foncièrement distincts de moi, s’efforçant de décrire un personnage que j’espérais devenir. [pp. 30-31]

La loi, et la société, et la religion disent toutes qu’il est impossible d’être sain d’esprit et de corps et de se tuer. Peut-être ces autorités craignaient-elles que le raisonnement du suicidé ne remette en cause la nature et la valeur de la vie telle qu’elle était organisée par l’État qui payait le coroner ? [p. 62]

Il avait aussi demandé à être incinéré, et que ses cendres soient dispersées, puisque la prompte destruction du corps était aussi un choix actif du philosophe, et préférable à l’attente horizontale de la décomposition naturelle dans la terre. [p. 63]

Un Anglais a dit que le mariage est un long repas terne où le dessert est servi en premier. [p. 68]

Ce qui n’avait d’abord été qu’une détermination à obtenir un bien qui m’avait été légué s’était transformé en quelque chose qui concernait ma vie entière, le temps et la mémoire. [p. 159]

Que savais-je de la vie, moi qui avais vécu si prudemment ? [p. 174]

D’autres avis

Ceux de Keisha et Theoma. Il y en a plein d’autres si vous allez sur Babelio, LibraryThing …

Références

Une fille, qui danse de Julian BARNES – traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin (Mercure de France, 2013)

Le Cinquième Enfant de Doris Lessing

LeCinquiemeEnfantDorisLessingComme quoi, je sors parfois des trucs de ma PAL. Je crois que je l’avais acheté à Gibert en 2008 parce que je voyais souvent Doris Lessing sur les blogs (peut être à cause de son prix Nobel et que cela m’avait rendu curieuse). Pour résumer, j’ai acheté ce livre de poche, il y a très très longtemps.

C’est vraiment une lecture extraordinaire (à moins que vous soyez enceinte). J’oserais bien dire un coup de cœur (mais comme je l’utilise très souvent).

David et Harriet se rencontre lors d’une soirée d’entreprise. Ils sont ceux qui restent à part, qui ne dansent pas car ils sont vus par les autres comme arriérés : lui défend l’idée de grande famille … et elle est toujours vierge. Ils se rencontrent donc, se plaisent tout de suite, se marient et s’installent très vite tellement ils sont persuadés d’être fait l’un pour l’autre. La vie leur sourit tellement qu’il ne peut pas et qu’il n’y aura jamais une ombre à leur bonheur. Ils ne peuvent en douter.

Très vite arrive le premier enfant, Luke, fabriqués dès le premier jour dans leur grande maison à trois étages qui ressemblent plus à un hôtel. Il arrive un peu trop vite selon leurs plans (ils l’avaient prévu dans deux ans) car le jeune couple doit payer les traites de sa maison, ne peut pas se permettre qu’Harriet arrête de travailler. Pourtant ils feront avec car on doit laisser faire la Nature, il n’y a rien de plus beaux que les enfants, la famille, le bonheur.

Rapidement, toute la famille se réunit dans cette grande maison où règne le bonheur : Molly et Frederik, la mère et le beau-père de David, James et Jessica, le père et la belle-mère de David (pièce essentielle du bonheur puisque étant riches, c’est eux qui financent le bonheur du jeune couple), Deborah, la sœur de David, Dorothy, la mère d’Harriet, les deux sœurs d’Harriet avec leurs maris et enfants, des cousins éloignés de tous les côtés. Ils arrivent à rentrer à plus de trente.

Rapidement naissent d’autres bébés : Helen, Jane et Paul. Quatre enfants en six ans ! La famille accuse Harriet et David d’inconscience car il faut élever ses enfants, puis payer leurs études (James ne sera pas forcément toujours là). De plus, ses grossesses à répétition fatigue Harriet même si sa mère l’aide beaucoup en venant passer du temps chez elle pour la relever de certaines fonctions. Là encore, Doris Lessing insiste sur le projet de vie « démodé » du couple : c’est avant qu’on faisait autant d’enfants (parce qu’on savait qu’il y en avait la moitié qui allait mourir dixit je ne sais plus qui dans le roman). Le couple promet de se retenir.

Il y a une première ombre au tableau. Une des sœurs d’Harriet ne s’entend plus avec son mari, on pourrait croire au divorce mais elle est enceinte. À la naissance, le bébé, Amy, se trouvera être trisomique. David et Harriet soupire de soulagement car ce n’est pas eux et pense que ce sont les disputes incessantes du couples qui ont provoqué ce malheur (on est dans les années 70).

Rapidement, Harriet se retrouve enceinte de son cinquième enfant. Bien sûr tout le monde la réprouve (David un peu moins bizarrement) ; elle pense même qu’on la traite comme une « criminelle ». Rapidement, elle s’aperçoit que quelque chose ne va pas : elle se sent comme manger par l’intérieur, elle considère son enfant comme un ennemi qui lui veut du mal (il lui donne des coups horribles). Enfin, vient la délivrance de l’accouchement. Ce cinquième enfant ne s’avérera pas du tout normal. Il a bien tout ce qu’il faut là où il faut mais il ressemble à un gnome, il fait plus âgé, il est violent et colérique. Il est totalement différent des quatre autres.

C’est le début de la dislocation pour cette famille heureuse et c’est ce que raconte le roman.

On raconte le combat d’Harriet qui doit lutter entre le désir de savoir ce qu’à son fils (« votre fils est normal Madame » … « j’en ai quatre autres ils ne sont pas du tout comme cela » … « c’est votre faute car vous n’aimez pas celui-ci » alors qu’en tant que mère elle sait très bien qu’il est différent), de l’élever et de l’éduquer au mieux pour qu’il puisse sans sortir mais aussi la répugnance et la peur qu’il exerce sur elle. Elle n’arrive pas à maintenir une vie de famille comme avant : David se détourne d’elle même s’il l’aide au mieux (elle est un peu coupable tout de même), ses quatre enfants ont peur et n’aime pas le nouvel arrivant (il s’appelle Ben je ne l’ai pas précisé) … Le livre parle aussi du placement en institution et ce que c’était d’avoir un enfant anormal (dont aucun mot, aucun diagnostic ne s’appliquait) dans cette société (je ne suis pas sûre que cela est beaucoup changé).

Ce livre ne cherche pas à générer de l’émotion mais est plutôt démonstratif. Pendant la lecture, je ne me suis pas dit « oh la pauvre maman », « oh la pauvre famille » ni « oh quelle mère cruelle ». Doris Lessing montre une très grande palette de situation, d’émotions contradictoires sans aucune honte ou bienpensance. Je ne savais pas quoi penser à la fin de ma lecture, j’étais juste abasourdie que quelqu’un arrive à décrire une situation avec autant de bon sens et juste faire avec.

Cela m’a donné l’impression que c’était la « vraie » vie (pas celle d’un personnage binaire, ou mauvais ou gentil). Quand l’enfant est là, on fait de son mieux et c’est tout. Les autres ne peuvent pas juger parce qu’il ne voit que l' »extérieur du problème ». La conclusion du livre est plus triste que cela car Harriet regarde l’état de sa famille et ce qu’est devenu Ben. En tant que lectrice, j’ai juste pensé « mais tu l’as fait, tu as fait de ton mieux et ce n’est pas si mal ».

J’ai beaucoup moins adhéré à l’explication de la différence de Ben, genre réminiscence des hommes des cavernes. Si vous êtes comme moi un peu perplexe, j’ai vu ce livre dans une liste de lecture sur l’autisme. Cela semble plus « moderne » comme explication.

Le livre est très court (186 pages) mais aborde énormément de thèmes (que je n’ai pas forcément détaillé ici). Je le redis : c’est un livre à lire sans aucun doute. Il y a une suite qui a été écrite Le Monde de Ben.

Références

Le Cinquième Enfant de Doris LESSING – roman traduit de l’anglais par Marianne Véron (Livre de Poche, 2008)

Filles impertinentes de Doris Lessing

FillesImpertinentesDorisLessingC’est la première fois que je lis Doris Lessing. J’ai pourtant deux livres d’elle dans ma PAL : Le Cinquième Enfant et Le Carnet d’Or en anglais mais j’ai lu quelque part que ce livre était sûrement le mieux pour rentrer dans l’œuvre de cette auteur (d’un autre côté, les journalistes disent cela pour tous les livres, sauf le premier bien évidemment). Donc je l’ai acheté et lu et j’ai vraiment beaucoup aimé (voire adoré mais comme je le dis tout le temps vous n’allez plus y croire à force).

Filles impertinentes reprend deux textes publié pour la première fois par Granta dans le milieu des années 1980 : Impertinent Daughters et My Mother’s Life. De ce que j’ai compris, Doris Lessing avait déjà écrit sur ses parents mais d’après la quatrième de couverture, elle s’y « dévoilerait sous un jour nouveau » et mettrait « tout sa puissance de conteuse au service d’un sujet universel : les relations mère-fille ».

En effet, dans ce court texte (140 pages), Doris Lessing parle de son père, de sa mère, leur jeunesse, leur mariage, leur émigration en Perse puis en Rhodésie du Sud, leur vie de fermier, la mort du père et la fin de la mère. Elle décrit tous ces sujets en essayant de retrouver ses sentiments, ceux de sa mère et d’analyser leurs comportements à toutes les deux a posteriori.

Ainsi, sa mère est décrite comme une petite fille et une jeune femme extrêmement brillante, qui a souffert et de l’absence de sa mère et du fait que tout était destiné à son frère cadet, très peu brillant. Elle aurait voulu rentrer dans la Marine, ce qui bien sûr lui était interdit à l’époque, mais c’est son frère qu’on y destinait. Elle a du se battre pour faire des études d’infirmière car même si son père voulait l’envoyer à l’Université, c’était pour faire des études plus « convenables ». Ainsi, Doris Lessing décrit sa mère comme une jeune femme brillante, obstinée, conquérante, pleine de vie et de projets d’avenir même si elle était très marquée par son éducation : bourgeoise, ayant le sens des convenances, aimant recevoir et paraître. Je trouve que cette première partie souligne un des points les plus intéressants : l’objectivité de l’auteur, ni bienveillant, ni malveillant face à son projet.

Le père n’est décrit qu’en surface. C’est un homme brisé par la Première Guerre mondiale, où il a perdu une jambe, qui a un caractère plutôt contemplatif et est plutôt dans la réflexion. Doris Lessing souligne que la Première Guerre mondiale n’a fait qu’amplifier ce caractère déjà préexistant. Au lieu de s’attarder sur le caractère de son père, elle le décrit plutôt comme le négatif de celui de sa mère : c’est le fait que son père soit comme cela qui fait que sa mère n’a pas pu s’épanouir puisqu’elle n’a pas pu faire pour sa famille tout ce que son éducation lui a inculqué.

Elle décrit de cette manière tous les grands moments de sa vie. Pourtant, elle sait voir les bons côtés de sa mère. Par exemple, elle dit bien que sa mère était plus pédagogue et débrouillarde que n’importe quel manuel pour éduquer ses enfants. Tel que je l’écris, je me rends compte que ce n’est pas les bons côtés qu’elle voit mais plutôt qu’elle a fait ce qui a du être fait, à cause de (grâce à) son éducation. Elle s’est « sacrifiée ». Doris Lessing souligne aussi plusieurs fois l’emploi de ce mot par les femmes de cette époque car une femme ne pouvait vivre que pour sa famille (sans forcément comprendre son mari et ses enfants).

Doris Lessing parle aussi beaucoup d’un conflit de génération entre la sienne et celle de sa mère, très exacerbée car sa mère était de la génération d’avant la Première Guerre mondiale et elle de celle d’après, celle de l’Empire Britannique et celle de la Grande-Bretagne. Au moment où elle écrit le texte, elle dit bien qu’à son avis, il n’a jamais existé de fossés aussi grands entre deux générations. Cela m’amène à un dernier point qui m’a vraiment beaucoup impressionné dans ce texte : c’est la distance que l’auteur met à voir les choses. On le remarque très facilement car l’auteur ne dit pas forcément je/moi pour parler d’elle et de son comportement. Souvent elle parle de « sa fille » pour parler d’elle. J’ai trouvé que l’on pouvait le voir comme une désolidarisation entre deux « personnages » : soit la Doris Lessing d’aujourd’hui / la Doris Lesing  adolescente soit entre le personnage qu’elle était réellement et le personnage que sa mère aurait voulu qu’elle soit.

C’est un texte qui, à mon avis, est vraiment très intéressant pour les gens qui aiment Doris Lessing mais aussi pour comprendre une certaine époque du monde.

Références

Filles impertinentes de Doris LESSING – traduit de l’anglais par Philippe Giraudon (Flammarion, 2014)

Les baladins du régent de Paul Doherty

LesBaladinsDuRegentPaulDohertyCe livre était à côté du Anne Perry à Gibert. C’est pour cela que je l’ai pris. J’ai le tome 2 de cette série, celle du frère Athelstan, dans ma PAL mais j’ai préféré commencer par le 12ième. Ce qui vous l’avouerez me donne deux bonnes de raisons de lire et de vous présenter ce livre.

Je vous livre tout de suite mon impression. Frère Athelstan n’enquête pas vraiment. Il attend que tous les suspects meurent et quand il n’en reste plus qu’un, sa sentence tombe : c’est le dernier le coupable (parce que ce n’est pas lui bien sûr).

L’histoire se passe donc à Londres en 1381. On est sous le régime de Jean de Gand, régent pour le compte de Richard II, fils de Edouard le Prince Noir (lui même fils d’Edouard III). Tout cela est expliqué au début du livre en une page : pas besoin d’avoir fait une thèse sur l’histoire de l’Angleterre pour comprendre.

Le livre s’ouvre sur une scène pouvant rappeler des choses à certains. Des hommes attendent d’autres hommes dans la campagne londonienne, toute enneigée en cette hiver rigoureux (cela fait bizarre d’écrire cela). Les premiers, Cranston chargé de justice à Londres et ses hommes, attendent les deuxièmes, des Flamands venus parler avec jean de Gand, pour les aider à rentrer sans encombre dans la ville malgré leur précieux chargement : une prisonnière masquée et donc mystérieuse. Ils se font pourtant tous attaqué par des hommes qui s’étaient camouflés (ils avaient mis des drap sur eux apparemment). Les assaillants, les Hommes Justes (qui préparent une sorte de révolution paysanne) n’arriveront pas à capturer la prisonnière mais prendront deux têtes (qui étaient déjà coupés).

D’autres Hommes Justes, dans le deuxième chapitre, tomberont dans une embuscade dressée par Maître Thibault, l’homme de confiance de Jean de Gand. Le but de l’homme est de récupérer les deux têtes mais il n’y arrivera pas. C’est seulement dans le troisième chapitre, quand Cranston et frère Athelstan se joignent au régent et à ses invités pour assister à une pièce donnée par les baladins du régent, qu’elles réapparaitront lors d’un assaut magistral. Les Hommes Justes (enfin on suppose) arriveront à tuer un homme et en blesser un autres, ainsi qu’à tuer un des baladins. Cranston et Athelstan vont être mandés par le roi pour trouver ces mystérieux assaillants. Bien sûr les investigations se portent sur ceux qui étaient présents (cela se passait dans une église de la tour de Londres, complètement gardée et hermétique). Athelstan est le maître du jeu, Cranston n’étant qu’un assistant glouton. Il reste dans le brouillard une très grosse partie du livre alors que lui-même se fait agresser et d’autres (beaucoup d’autres : il y a des meurtres et des décapitations à tout va) meurent. Il va trouver la solution dans les 50 dernières pages, une solution un peu inattendue même si nous avions nous aussi réduit nos suspects vu qu’il n’y avait pratiquement plus personne.

De Paul Doherty, j’ai déjà lu la série des Nicholas Segalla, qu’il signe Ann Dukthas. Dans la série du frère Athelstan, l’auteur privilégie l’action et la vraie aux personnages (description psychologique) ou à l’histoire.

Entendons-nous bien, il recréé bien la période dans le sens où on s’y croit mais contrairement à la série des Nicholas Segalla qui mettait en scène une sorte d’immortel qui revisitait les grands évènements de l’histoire, on n’a pas l’impression de sortir plus intelligent de cette lecture.

C’est un bon divertissement mais qui ne nous amène pas plus loin. J’ai ainsi passé un bon moment de lecture, dans ce livre entraînant (j’avais toujours envie de savoir la suite) mais l’histoire ne me restera pas forcément longtemps en tête.

Pour la description des personnages, je serais moins sévère car j’arrive au 12ième tome tout de même et donc l’auteur n’a plus de raison de décrire ses personnages principaux.

Références

Les baladins du régent de Paul DOHERTY – traduit de l’anglais par Christiane Poussier et Nelly Markovic (10/18, 2014)

Le mystère de High Street de Anne Perry

LeMystereDeHighStreetAnnePerryCela faisait longtemps que je n’avais pas ouvert un Anne Perry. Alors quand j’ai été à Gibert la semaine dernière, je n’ai pas résisté à ce petit volume à la couverture attrayante selon mon goût (puis la quatrième de couverture parle d’un libraire). Pour le coup, c’est une grande déception.

Il faut noter que c’est un livre de commande, écrit spécialement pour la série « Bibliomysteries ». L’éditeur a demandé un court texte. Pari réussi : le livre fait 80 pages.

Un libraire, Monty Danforth, seul un soir à la librairie, trouve dans un carton de nouvelles acquisitions un manuscrit, plus exactement un très vieux parchemin très mystérieux car il échappe à toutes les tentatives de reproduction : photocopieuse, photographie. Peu de temps après (la même nuit), un vieil homme arrive avec sa petite fille pour acquérir ce parchemin alors que personne n’est au courant. Dans les jours qui suivent, deux nouveaux acquéreurs arrivent dont un homme d’église (je pense que déjà avec cette indication vous voyez mieux la nature du parchemin, son époque et son origine). Parallèlement, le libraire s’inquiète de l’absence de son patron depuis quelques jours pour cause de maladie. Intrigué par tant de mystères, Monty demande conseil à son ami, le très cartésien Hank Savage. Anne Perry ne conclut pas sa nouvelle car elle voulait écrire une fin ouverte d’après l’interview en fin de volume.

Ce texte est un ensemble de déjà-vu : le libraire qui trouve un parchemin, le duo « le gars attiré par le fantastique – le gars qui explique tout par la science », le mystère du parchemin, les acquéreurs … Je n’ai absolument rien trouvé d’original. De plus, le livre manque quelque peu d’atmosphère brumeuse, mystérieuse (la couverture ne tient pas ses promesses pour cela). La seule idée que j’ai trouvé intéressante est celle émise par l’auteur dans l’interview, que plus une religion a d’adeptes, plus elle se simplifie pour être comprise par le plus grand nombre. Cette idée n’est pas assez développée (même pas du tout en fait).

C’est une déception dans le sens où Anne Perry voulait faire un texte versant dans l’ésotérisme mais elle n’y arrive pas car tout est déjà vu et survolé. Elle n’a pas pu développer cette thématique dans une nouvelle. Une déception que j’oublierai bien vite pour ne garder que mes bons souvenirs d’Anne Perry.

Références

Le mystère de High Street de Anne PERRY – Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) (Ombres noirs, 2014)

The life and death of Harriett Frean de May SInclair

TheLifeAndDeathOfHarriettFreanMaySinclairMay Sinclair a publié ce texte en 1922. Il a été réédité en 1980 dans la collection Virago Modern Classics, qui rassemble toutes les auteures anglophones du 20ième siècle que l’on aime tant sur les blogs francophones, Rosamond Lehmann ou Molly Keane en sont ainsi de dignes représentantes.

Ce livre est très court 150 pages écrites en gros caractères avec pelin de pages blanches. Cela s’explique par le fait que le livre est constitué de 15 chapitres de moins de 10 pages décrivant les moments clés de la vie d’Harriett Frean. Sur 70 ans, on va de la naissance à la mort.

Harriett est née au 19ième sicècle (fin du siècle) dans une famille aisée. Elle est la seule enfant d’un père travaillant dans la finance et d’une mère aimante. Ils forment tous les trois une famille très soudée. La petite fille vit pour ne pas décevoir ses parents ; elle est donc une petite fille modèle pour qui la fréquente. Elle agit toujours bien. Autour de ses vingt ans, le fiancé de sa meilleure amie tombe amoureux d’elle. Elle le refuse pour ne pas perdre son amie et surtout parce qu’elle agit toujours bien, pour ne pas contrarier ses parents.

Plus tard, sa famille sera ruinée, son père ayant fait de mauvais investissements. Pourtant son univers ne s’écroule pas car il lui reste sa mère. Quand à son tour elle mourra, Harriett découvrira au fur et à mesure les conséquences de ses toujours « bonnes actions », tout en devenant une vieille dame respectable.

Ce qu’il y a de remarquable dans ce livre, c’est la manière dont May Sinclair fait passer 70 ans. Comme par magie, vous assistez à toute la vie de Harriett, pas seulement aux moments clés. Le texte n’est pas du tout décousu. Parfois le passage du temps est explicitement fait (une année passe, deux années passent…) mais en général le passage se fait naturellement. Pourtant on sait toujours à quelle moment de la vie de l’héroïne on est.

L’écriture de May Sinclair n’est qu’économie de moyen. À la findu livree, cependant, on a l’impression qu’Harriett a vraiment existé. L’auteure arrive à nous la rendre très proche en décrivant tout au long du livre ses pensées et sentiments.

May Sinclair a été traduite en français dans les années 80. Ce n’est pas un auteur si mineur qu’on pourrait le penser (même George Orwell avait repéré ce livre). Par exemple, elle est la première à avoir utiliser le terme de « stream of consciousness » dans un contexte littéraire. C’était pour une critique du livre de Dorothy Richardson, Pilgrimage. Connaissez-vous Dorothy Richardson ? Je n’en avais jamais entendu parler avant…

Références

The Life and Death of Harriett Frean de May SINCLAIR (Virago Modern Classics, 2012)

Un siècle de littérature européenne – Année 1922

Oxford Mourning de Veronica Stallwood

OxfordMourningVeronicaStallwoodIl s’agit du tome 3 de la série des Kate Ivory, série se passant à Oxford. Le lieu de l’action n’est pas anodin dans mon choix de lire ce livre bien évidemment.

Kate Ivory est écrivaine à Oxford mais elle ne fait pas partie du monde académique, duquel elle est plutôt très éloignée. Elle est habillée comme tout le monde (je me la suis imaginée en C&A) et est une jeune femme très dynamique et volontaire, vivant plutôt dans l’action que dans la réflexion. Pour être franche, elle est tout de même proche du monde académique vu que depuis quelques mois, elle sort avec Liam, un professeur de musique du Leicester College. Kate Ivory, malgré toutes ses activités, est en train de réfléchir à son prochain roman sur les soeurs Ternan, Maria et Ellen. Pour ceux qui l’ignorent (comme moi avant), Ellen Ternan, dite Nelly, était la muse de Dickens. Pour pimenter son livre (et surtout méliorer ses ventes), Kate cherche quelque chose de croustillant à se mettre sous la dent comme par exemple un enfant naturel avec Nelly. Pour cela, elle compte sur une universitaire, Olivia Blacket, appartenant aussi au Leicester College car cette dernière vient juste de mettre la main sur la correspondance entre les deux sœurs et est en train de la retranscrire.

Kate cherche donc à la rencontrer. Le problème est que Olivia Blacket a de nombreux problèmes personnels. Liam (oui, oui, le même Liam) n’est pas prêt à lui donner autant d’amour qu’elle en aurait besoin. De plus, elle aimerait beaucoup avoir un enfant. Son supérieur la harcèle avec son chien pour essayer de récupérer la correspondance et plublier en son nom. Forcément, quand elle prend connaissance de la demande de Kate, Olivia refuse la rencontre. L’écrivaine ne se laisse pas faire. Après une approche gentille (aller de force au domicile de la dame), elle tente le vol au bureau du collège. Olivia sera retrouvée morte peu de temps après, dans son bureau. L’enquête, menée séparément par Kate et par la police, montrera que beaucoup de gens avaient des raisons de tuer Olivia.

J’ai beaucoup aimé ce livre. Pour être honnête, l’enquête ne casse pas trois pattes à un canard. Au bout de 100 pages, on se doute du dénouement même si le pourquoi du meurtre est plus surprenant.

Ce qui fait le charme du livre, c’est le cadre et l’héroïne car l’auteur adopte un point de vue particulier pour un roman sur Oxford. On se promène dans les quartiers d’Oxford et dans le centre-ville plutôt que dans les collèges. On trouve plus les « vrais gens » que les universitaires. C’est ce qu’incarne plus ou moins Kate aussi. En prenant une héroïne moins érudite que l’inspecteur Morse de Colin Dexter, Veronica Stallwood démystifie un peu la ville, en tout cas à mes yeux. Kate analyse les universitaires comme des extra-terrestres qui vivent dans un autre monde avec des coutumes plus bizarres les unes que les autres. Elle essaye tant bien que mal de les apprivoiser.

En résumé, une petite lecture bien agréable.

Références

Oxford Mourning de Veronica STALLWOOD (Headline, 2005)

Première parution en 1995

The murder at the Vicarage de Agatha Christie

MurderAtTheVicarageAgathaChristie

Pendant ma pause bloguesque, j’ai lu entre autre quelques Agatha Christie dont celui-ci The Murder at the Vicarage. Il s’agit du premier livre de la série des Miss Marple mais chronologiquement c’est le sixième (d’après LibraryThing en tout cas car avant il y a des nouvelles).

Comme c’est la “première” enquête véritable (visiblement c’est la première fois qu’elle s’occupe d’un meurtre), l’histoire n’est pas racontée en suivant Miss Marple mais en suivant le vicaire chez qui le meurtre s’est produit (Miss Marple est sa voisine, poste stratégique pour être au courant d’absolument tout ce qui se passe).

On fait donc la connaissance en premier lieu du vicaire, de sa femme (beaucoup plus jeune que lui mais aussi beaucoup plus enjouée) et du neveu du vicaire qui vit avec eux.

Dans l’entourage, il y a aussi le jeune peintre (beau gosse entre autre qualité…) Mr. Redding, qui séduit absolument toutes les femmes, volontairement ou non d’ailleurs, à commencer par la femme du vicaire, Griselda, qu’il peint (il faut dire qu’il utilise une pièce du vicaire comme atelier), la fille du colonel Protheroe et même la femme de celui-ci (mais cela on ne l’apprendra que plus tard). Le village est aussi peuplé d’une foule de vieilles dames, toutes commères et extrêmement curieuses, d’une femme mystérieuse, Mrs Lestrange, bien trop classe pour ne pas avoir un but caché pour s’être installé là, et d’un docteur aux idées peu orthodoxes qui se lie d’amitié avec la femme étrange.

L’équilibre de ce rassemblement de gens hétéroclites est bouleversé par un évènement : la mort du colonel Protheroe dans le bureau du vicaire (quand celui-ci n’était pas là bien sûr). C’est le vicaire qui le découvre après avoir croisé Redding complètement bouleversé. Il appelle le docteur qui indique une heure de décès à plus ou moins dix minutes, Sous le corps de Protheroe (avachi sur le bureau), on trouve une lettre adressée au vicaire et qui indique aussi une heure, confirmée par une pendule arrêtée. La problème est que seuls les habitants de la maison savent que l’horloge avançait de dix minutes pour permettre au vicaire d’être à l’heure à ses rendez-vous. Tout le mystère repose sur cesapparentes contradictions entre les faits, les suspects les plus plausibles et les alibis de ces suspects. Comme Protheroe était détesté par tout le village (même par le vicaire), il y a énormément de suspects ; d’autant plus que par ailleurs de nombreux personnages ont des secrets (notamment la fameuse Mrs Lestrange)(il est quand même bien trouver ce nom !)

À la lecture, j’ai cherché à découvrir qui était le meurtrier. Je me suis accrochée aux plus évidents alors que Miss Marple n’arrêtait pas de vouloir me démontrer le contraire. Bien sûr à la fin, je suis tombée des nues quand elle explique la machination mise en place. Quant au niveau d’anglais, il est très facile. Les deux difficultés que j’ai eu concerne les subtilités sur l’heure (je n’ai jamais compris comment on exprime l’heure en anglais) et les noms des policiers (je n’ai pas réussi à retenir qui était qui ; mais là cela n’a rien à voir avec l’anglais).

Références

The Murder at the Vicarage de Agatha CHRISTIE (Harper, 2002)

Un siècle de littérature européenne – Année 1930

High Rising de Angela Thirkell

HighRisingAngelaThirkell

Angela Thirkell (1890-1960) est apparemment « très » connue en Angleterre (elle a même deux sociétés littéraires pour elle toute seule : une en Angleterre et une aux États-Unis). Elle a écrit une série de 29 livres se passant dans le Barsetsire, région créée par Anthony Trollope pour situer ses fameuses chroniques. J’ai voulu lire ce livre après avoir lu le billet de Heavenali et surtout après avoir vu que c’était préfacé par Alexander McCall Smith (et que cela avait de grosses chances de ressembler à la série des Isabel Dalhousie qui me plaît tant).

Ici, on est au XXième siècle, dans les années 30. Laura Morland est veuve depuis des années et a dû assumé seule ses quatre fils. Deux ont maintenant pris leur envol définitif, un est entre deux et le dernier Tony est toujours dans le nid. La seule solution qu’elle a trouvé est d’écrire des romances dans le milieu de la haute-couture. Cela marche du feu de dieu car elle peut assumer les frais de scolarité de son fils, aider son avant-dernier, entretenir un appartement à Londres et une maison dans le village de High Rising, proche de Low Rising, les deux formant les Risings. Elle fait le bonheur de son éditeur, Adrian.

Quand son fils est à l’école, elle est plutôt à Londres et lorsque son fils revient, elle habite dans son cottage à High Rising. C’est à ce moment là qu’on suit ses aventures (c’est normal puisque seul High Rising est dans le Barsetshire). Comme tous les petits villages anglais, High Rising est peuplé de gens plus excentriques les uns que les autres. ã High Rising, il y a Anne Todd, qui vit avec sa mère mais qui sert de secrétaire à Laura, tellement celle-ci a du travail (quitte à ce qu’elle écrive des petites choses si j’ai bien compris). Anne vit avec sa très vieille mère (qui semble avoir au moins 90 ans) et qui meurt depuis au moins peut être 30 ans. Anne ne veut pas l’abandonner, refuse le Dr Ford qui se meurt d’amour pour elle (il n’est pas le seul car elle semble être la tombeuse du coin à 50 ans) mais elle ne veut dépendre de personne (et surtout pas du Dr Ford apparemment). Laura est un peu un modèle pour elle (j’ai oublié de dire que Laura aussi ne veut pas se retrouver de mari parce que visiblement, celui qu’elle avait l’avait plutôt encombré qu’autre chose). Il y a donc le Dr Ford qui joue le rôle d’amoureux transi. Il ne semble avoir comme patiente que la mère d’Anne tellement il est dans leur maison (et en plus, il ne fait même pas payer ses consultations). Il y aussi Tony, le plus jeune fils de Laura, qui est une pipelette que tout le monde souhaite faire taire tellement il est soûlant à parler de trains toute la journée.

À Low Rising, il y a les Knox, George et Sibyl. George, veuf aussi (c’est à se demander qui est marié dans ce livre), est auteur de biographies historiques (qui semblent plutôt ennuyeuses) et Sibyl, jeune femme de 20 ans qui semble être restée dans l’adolescence sous l’influence de son père (elle se cherche et préfère s’occuper de ses chiens). Laura joue auprès d’elle le rôle de mère, d’amie et donc de conseillère. Un événement vient perturber tout le village : l’arrivée de Miss Grey comme secrétaire de George Knox.

Bien évidemment, il y a les domestiques qui sont une source de propagation de l’information toujours aussi impressionnante. Ils semblent voguer de maison en maison pour servir les gens (comme s’ils n’avaient pas d’employeurs fixes).

Deux personnages feront aussi leurs apparitions décisives de temps en temps : Adrian, l’éditeur de Laura, et Amy, la femme du directeur de l’école de Tony.

Le scénario du livre repose sur très peu de choses. Miss Grey, surnommé « the Incubus » par toutes les femmes de la région (j’ai déjà précisé qu’elles étaient toutes célibataires), va-t-elle réussir à mettre le grappin sur George malgré ce que tout le monde va faire pour éviter cela ? Est-ce que la pétillante et sémillante Laura va se marier avec Adrian ? avec George ? Anne va-t-elle se marier avec le Dr Ford finalement ? avec George elle aussi ? Sibyl est-elle écrivain comme son père ? Adrian va-t-il la publier ? Vont-ils se marier ?

Je pourrais vous la faire sérieuse et vous dire que ce livre est une description intéressante de la condition féminine en Angleterre dans les années 30. Ce livre présente l’entre deux entre les livres de Jane Austen, où le mariage était une nécessité pour les femmes car sinon on n’avait pas de conditions et en plus c’était la pauvreté et on devait vivre de la charité de la famille, et la situation que nous connaissons actuellement, une femme peut espérer exister sans un mari. Dans le livre, le mariage reste une institution importante mais plutôt vu comme un appariement de personnes pour passer une vie plus agréable mais reste tout de même l’état normal d’une femme de plus de vingt ans. La femme peut gagner sa vie, élever ses enfants, affronter la mort … mais tout de même.

Dire cela ne décrit absolument pas le charme du bouquin et ne sert absolument à rien. Ce livre est une romance POINT. On suit avec plaisir les histoires d’amour des protagonistes en gloussant et en faisant des commentaires sur leurs naïvetés, sur le fait que même l’auteur se ment à elle-même (bien sûr que George en pince pour Laura, ce n’est pas la peine de dire le contraire). Laura est une femme ultra-moderne, drôle, dynamique … Elle n’est pas superwoman et elle le dit. Elle est à l’écoute de ses amis, sans qui elle ne serait rien, elle doute de ses capacités, elle en a parfois marre de son fils, travaille d’arrache-pied mais avec le sourire et de la bonne humeur… Tout cela est vraiment très drôle à suivre. Comme dans d’autres romans anglais, je pense notamment à Cranford, les gens semblent passer leurs vies les uns chez les autres à boire du thé … C’est tout cela qui fait que le roman est très plaisant à lire et pas une pseudo-description de l’Angleterre campagnarde des années 30, vu au travers du prisme féminin.

Ce qui me fait rire est que si ce livre était paru en français, je ne l’aurais pas lu parce qu’il serait paru dans une collection qui ne m’aurait pas attirée et où la couverture aurait été toute moche. Là, j’aime bien la couverture, Virago Modern Classic publie des livres intéressants, c’est préfacé par un des mes auteurs adorés (je n’ai lu qu’Isabel Dalhousie mais tout de même) ; comme quoi, l’habillage joue beaucoup pour lutter contre mon snobisme littéraire (il y a aussi le fait qu’en Angleterre, il ne semble pas classer les livres en genres, sous-genres, sous-sous-genres, en-dessous de tous les genres)(avez-vous le même sentiment ? est-ce du plutôt au fait qu’on n’est pas influencé par l’avis des anglophones, vivant dans des pays francophones?). En plus, j’ai l’alibi que c’est en anglais et que cela me fait progresser (comme dit mon père, cela évite aussi que les gens lisent par-dessus ton épaule).

En étant sérieuse, pour le niveau d’anglais, il ne faut pas vous en faire. J’ai été malade toute la semaine, enrhumée (genre je me mouche toutes les deux minutes), avec les yeux d’un lapin atteint de myxomatose, avec de la fièvre (genre j’ai la vue qui se brouille dans le RER, mes yeux se ferment et impossible de les rouvrir parce qu’il me manque des forces) et j’ai réussi à lire à peu près tous les jours 20 pages en 40 minutes dans le RER A (dans le B, on ne peut pas lire), avec des gens qui parlaient autour de moi (l’avantage quand je suis enrhumée est que je suis sourde), et en comprenant absolument tout (à peu près tout)(ou sinon je ne m’en suis pas rendue compte et cela ne m’a pas gênée). Je pense donc qu’au calme, à peu près toute personne ayant les rudiments en anglais d’une huître d’Arcachon peut arriver à comprendre ce livre.

Désolée si ce billet est partie dans tous les sens mais je suis encore un peu malade et du coup j’ai eu la flemme de le travailler à l’écrit (et d’enlever ensuite toutes mes digressions) mais j’avais envie de partager cette lecture rapidement sur le blog.

Références

High Rising de Angela THIRKELL – préfacé par Alexander McCall SMith (Virago Modern Classic, 2012)

Un siècle de littérature européenne – Année 1933

Lettre à ma soeur de Rosamond Lehmann

lehmann_rosamond_100Ce texte est une lettre d’une trentaine de pages, adressée à une sœur. Je n’ai pas bien compris si le terme de sœur était à prendre au sens filial ou non car le thème principal de ce petit livre est la condition féminine (et accessoirement le temps qui passe). En plus, je ne connais pas du tout le contexte d’écriture de ce livre.

L’expéditrice revient de vacances d’été qu’elle a passée avec sa sœur dans une grande maison. Elle se remémore les moments d’insouciance, de discussions intéressantes … qu’elles ont eu ensemble. Elle évoque le fait que ce fut une pause agréable dans son quotidien de femme.

Le passage qui m’a le plus accroché (hormis les deux phrases de fin) et qui se situe au début du texte est celui-ci :

 De retour, encore une fois… nous réinstallant pour passer un nouvel hiver à la campagne. Il n’y avait là, semble-t-il, rien de secrètement émouvant. C’étaient des faits, d’un ordre aussi simple, aussi paisible que le bruit et le mouvement du train poussif, qui par lentes étapes nous ramenait, le long de notre petite ligne, vers notre station. Durant le trajet, je pensais… à des arrangements domestiques : du moins, je me figure que j’y pensais : car ces préoccupations nous sont devenues, à toi et à moi, une seconde nature, au point que la difficulté n’est pas de les avoir mais de les écarter. Hélas ! quel gaspillage de nos belles intelligences, quel émiettement de nos précieuses énergies ! Le devoir, ce moustique irritant, monotone, sempiternel, s’est changé en un vaste et rampant organisme, dont l’appel est fatal comme le champ des sirènes. Ma sœur, nous sombrons, nous coulons ! Et nous aimons cela ! Nous préférons cela ! Oui, si cette voix faiblit, nous nous sentons menacées ; nous sommes prises de panique si elle se fausse. Et le sentiment d’être différentes nous gêne, comme un courant d’air sur la nuque. « Si seulement cela m’était possible »…, disons-nous. « Si je n’étais pas tellement rouillée »… « Si je n’étais pas sûre d’avance que la cuisinière donnera ses huit jours »… « Si je pouvais laisser les enfants »… Tout cela n’est que prétextes ! La sécurité, l’habitude nous sont une nécessité. Nous sommes les esclaves volontaires d’un ogre qui se nomme Train-Train. En un mot, nous ne sommes plus vraiment jeunes.

L’autre thème du livre est celui du temps qui passe (trop) vite et en toute logique l’auteur parle aussi du thème corollaire le sens de la (sa) vie.

Ce n’est pas LE chef d’œuvre de Rosamond Lehmann mais j’ai trouvé que le texte était bien mené. Le sentiment de nostalgie mais aussi de regret affleure tout au long du livre. Cela m’a rappelé un tout petit peu Virginia Woolf et sa Promenade au phare.

En remarque, je souhaitais juste dire que j’ai acheté ce livre sur galaxidion en très bon état. En tellement bon état que pour un livre publié en 1931, il n’était même pas coupé. Cela faisait plus de 80 ans qu’il attendait un lecteur ou une lectrice. C’est ce genre de choses qui me fait de la peine pour mes propres livres. Bien sûr, on ne verra pas que je ne les ai pas lu mais ils n’auront jamais trouvé personne pour les lire et auront vécu une vie de délaissement. Cela me donne envie de m’attaquer plus sérieusement à toutes mes piles à lire.

Références

Lettre à ma soeur (A letter to a sister) de Rosamond LEHMANN – traduit de l’anglais par Jean Talva (L’artisan du livre, 1931)

Un siècle de littérature européenne – Année 1931