Kersten, médecin d’Himmler – Tome 1 : Pacte avec le diable de Fabien Bedouel et Pat Perna

KerstenBedouelPernaKersten, médecin d’Himmler est un diptyque consacré à la vie de Félix Kersten, qui devenu médecin de Himmler, « profita » de la situation pour sauver des Juifs entre autre. Je ne connaissais pas du tout cette histoire mais elle a déjà été racontée apparemment dans un livre de Joseph Kessel, intitulé Les mains du diable.

Dans ce premier volume, on fait la connaissance de Félix Kersten (1898-1960) quand il va au ministère des affaires étrangères à Stockholm pour demander un permis de travail. On est en juin 1945, il est allemand et pas n’importe quel allemand : le médecin personnel d’Himmler. Sa demande est refusée par le nouveau ministre. Cependant, un fonctionnaire récupère le dossier, l’étudie et découvre que Kersten n’est peut être l’homme que l’on croit. Ainsi, les auteurs de cette BD commencent à nous dérouler le passé de ce médecin énigmatique.

Le 10 mars 1939, à Berlin, Félix Kersten est appelé pour soigner le Reichsführer Himmler lui-même. En effet, le nazi a beaucoup entendu parler du médecin et souhaite savoir s’il peut le soulager de ses douleurs à l’estomac. Le médecin y arrive sans difficultés apparentes. Dès lors, Himmler ne pourra plus se passer de lui et le fera appeler n’importe quand. Kersten en profite pour lui demander des services, entre autre libérer ses amis, mais aussi pour espionner et renseigner ces mêmes amis.

Dans ce premier volume, on ne découvre pas le « dernier des Justes » (ou je ne l’ai pas compris). On découvre plutôt la manière dont il a réussi à s’infiltrer dans les petits papiers de Himmler, comment Heydrich, chef de la Gestapo en est arrivé à se moquer. Par contre, dans ce volume, il sauve peut-être des Juifs mais on ne le sait pas car il m’a plutôt semblé qu’il essayait de sauver des amis de son réseau de « résistance ». C’est la petite chose qui m’a gêné dans cet album : je n’ai pas réussi à comprendre quelles étaient ses convictions, à quel réseau il appartenait. C’est resté très nébuleux dans mon esprit. Le scénario est pour moi une réussite car tout semble vraisemblable, alors qu’il est précisé dans la présentation de l’éditeur que le livre est un mélange entre fiction et réalité (j’espère qu’il y aura une petite note explicative dans le deuxième tome).

Pour les dessins, j’ai particulièrement apprécié le travail qui a été effectué sur les visages (Himmler et Kersten sont extrêmement ressemblant) et leurs expressions. Ainsi je trouve que la tension de Kersten quand il essaie d’obtenir quelque chose, paraissant à la fois déterminé, sûr de lui et en plein doute, est palpable dans chacune des situations.

J’ai adoré lire ce premier volume car il m’a fait connaître une histoire que je ne connaissais pas du tout. Je lirai sans aucun doute le deuxième tome.

Références

Kersten, médecin d’Himmler – tome 1/2 : Pacte avec le diable de Patrice PERNA (scénario), Fabien BEDOUEL (dessin) et Florence FANTINI (couleurs) (Glénat, 2015)

Böse Geister de Peer Meter et Gerda Raidt

BoseGeisterPeerMeterGerdaRaidtJe viens de découvrir la chanson des Kinks, A well respected man grâce à l’émission de Christophe Ono-Dit-Biot avec Philippe Djian sur France culture. Je l’écoute en boucle depuis ce matin. Du coup, je suis de très bonne humeur et dynamique donc billet de blog !

J’ai repris mes lectures en allemand, lecture simplifiée dont je ne vous fais pas de billets (à moins que cela vous intéresse) et BD. Peer Meter, le scénariste de Böse Geister, est aussi celui de L’empoisonneuse qui était sorti chez Actes Sud il y a quelques années (normalement j’ai prévu de le lire en allemand bientôt), et de Haarmann le boucher de Hanovre que j’avais beaucoup aimé.

Ici, point d’histoire glauquissime, mais histoire triste quand même. Le narrateur, âgé d’une soixantaine d’années, revient dans le quartier de son enfance car il va bientôt être détruit. Il cherche donc son ancienne maison, dans un quartier complètement bouclé, y pénètre et les souvenirs commencent à remonter. Quand il était petit garçon, il habitait juste au dessus d’un homme qui vendait des imprimés (comics …). Comme le narrateur n’avait pas d’argent, le monsieur le faisait travailler dans la boutique en échange de BD sur les esprits, les revenants … Quand son père meurt lors d’un accident de travail, il décide d’imiter ses héros et de communiquer une dernière fois avec son père. Cela va finir tragiquement.

Il n’y a pas du tout d’histoire de revenants, de communication avec les morts. C’est plutôt une bande dessinée où la nostalgie et la tristesse est omniprésente. Le narrateur essaie de se pardonner à lui-même ce qui s’est passé quand il était petit car bien sûr il se sent responsable. Je ne pense pas que le public visé est un public adulte comme dans Haarmann par exemple, même si l’histoire est un peu dure quand on est un enfant. J’ai pris plaisir à lire cette histoire mais je n’y ai pas de trouvé d’intérêt particulier au scénario. C’est un bande dessinée sympathique mais pas inoubliable.

Les dessins sont en noir et blanc, et plutôt très bons. Pour moi, ils arrivent parfaitement à refléter le monde d’un enfant, isolé et rêveur. La couverture est un très bon exemple de l’intérieur du livre (je précise que sur le fond ce n’est pas des étagères mais les tuiles d’un toit ; je dis cela parce que c’est ce que j’avais cru au départ et c’est pourquoi j’ai acheté la BD).

Concernant la langue (puisque je lis des BD en allemand pour me perfectionner), les dialogues sont plutôt simples et les dessins très explicites. La BD peut donc se lire sans dictionnaire. Ce qui est particulièrement agréable. On peut ensuite chercher les mots que l’on n’a pas compris. J’avais noté une quinzaine de mots ; ce n’est donc pas énorme.

En résumé, une BD sympathique pour perfectionner vous, ou vos enfants, en allemand.

Références

Böse Geister de Peer METER et Gerda RAIDT (Reprodukt, 2013)

Trabanten de Frank Schmolke

TrabantenFrankSchmolkeJ’ai commencé par traduire le titre. Trabanten veut dire les satellites en allemand. Je me suis dit que cela allait parler de vrais satellites, ceux de l’espace … (je ne lis pas les quatrième de couverture quand je suis à la bibliothèque ; je me contente de regarder si la couverture est jolie et si le livre n’est pas trop démoli ; je peux me tromper puisque je ne paye pas). Bien sûr cela ne parlait pas du tout de cela (mon niveau d’allemand doit encore s’améliorer, je ne vous le fais pas dire). J’ai compris la signification du titre quand j’ai lu dans ce comics le mot Trabantenstadt qui veut dire ville-dortoir en bon français.

Dans la BD, on nous parle en effet d’un quartier de grands immeubles d’appartements à Munich dans les années 80. Plus exactement, on nous parle de Franz Huber, un jeune homme, qui vient juste de sortir de prison et ne veut mais surtout pas y retourner. Il rêve d’une bien meilleur vie, reprendre son boulot de peintre en bâtiment dans son ancienne boîte, quitter son quartier. Pour l’instant, il décide de fêter sa sortie sur le haut d’un toit avec Paul et Robert. La soirée va mal finir car Robert, drogué, décide de marcher dans le vide sur une planche de bois. Bien sûr il descend les 18 étages de l’immeuble mais pas par l’escalier et meurt. Plutôt que de prévenir la police, les deux autres préfèrent fuir.

Au début tout se passe bien pour Franz. Il reprend son travail, sort avec Paul … mais ensuite les choses commencent à aller mal. Paul perd son travail car il refuse de travailler en hauteur (il semble avoir le vertige). La police commence à s’intéresser à la mort suspecte de Robert dont le frère veut se venger, Paul veut se dénoncer, même s’il reste du côté de son ami. Quand Franz va se faire casser le nez par la bande du frère, Paul va l’emmener voir Gina (car ils ne peuvent pas aller à l’hôpital). Celle-ci va être une de ses seules sources de joie car ils vont s’aimer un temps et en plus grâce à elle, il découvre Jackson Pollock qui va grandement l’impressionner. Pourtant sa chute va continuer jusqu’au dénouement.

J’ai lu les avis sur le Amazon allemand. Clairement, je n’ai pas compris tout l’aspect culturel. Il est apparemment rare qu’on mette en scène Munich dans une bande dessinée, surtout ce côté sombre. Apparemment les années 80 sont bien rendues. Les dessins sont magnifiques (alors que personnellement je les ai trouvés bons). Il est très surprenant qu’un auteur allemand parle de ce sujet mais l’auteur n’utilise pas le dialogue munichois (ben heureusement, sinon je n’aurais rien compris). Si vous connaissez bien la culture allemande, surtout ses bandes dessinées, vous pourrez sûrement m’éclairer.

Maintenant, je donne mon avis de petite Française. Personnellement, j’ai trouvé les dessins bons dans le sens où ils servent l’histoire et la description de la période. J’ai particulièrement apprécié le procédé qui consiste à diminuer la taille du personnage principal, Franz Huber, quand il se sent de plus en plus minable. De même quand l’auteur marque physiquement sur Franz Huber l’imprégnation de l’œuvre de Jackson Pollock.

Pour ce qui est du dialecte, l’auteur utilise des mots typiquement d’Allemagne du Sud et de Suisse car quand j’ai cherché dans le dictionnaire, il y avait pratiquement tout le temps l’abréviation südd (et Suisse aussi). Si vous êtes comme moi, c’est-à-dire que vous apprenez la langue, le vocabulaire est assez simple, les images sont explicites et permettent de deviner le sens des mots inconnus. Vous pourrez apprendre dans le texte pas mal d’expressions populaires ainsi que plusieurs insultes (cela peut toujours servir si vous faites la tournée des bars en voyage).

Pour ce qui est de l’histoire, je suis d’accord avec la quatrième de couverture : c’est spannend (=captivant). C’est un vrai page-turner. Par contre, j’ai trouvé qu’on ne comprenait pas assez ce qu’apportait Jackson Pollock à l’affaire. Le dénouement m’est resté pour cette raison particulièrement obscur (mais apparemment c’est voulu par l’auteur, dix le Amazon allemand). Il y a sûrement un aspect culturel qui m’a échappé mais je trouve que si ce n’est pas le cas, cela aurait gagné à être plus détaillé (une dizaine de pages).

Références

Trabanten de Frank SCHMOLKE (Edition Moderne, 2013)

Pour l’amour du peuple – Un officier de la Stasi parle

PourlamourdupeupleStasiparleJ’ai emprunté ce livre à la bibliothèque pour en savoir plus sur la Stasi. Il s’agit d’un livre de la collection Histoire à deux voix, chez Albin Michel. Dans une première partie, il y a le témoignage d’un officier de la Stasi et dans une deuxième partie (que l’on pourrait qualifier de postface) un historien, ici Alexandre Adler, éclaire le texte en le remettant dans son contexte.

Le témoignage anonyme de l’officier de la Stasi est censé avoir été écrit au moment de la dissolution de celle-ci, le jour donc où cet officier est licencié. Le Mur de Berlin est tombé, l’Allemagne pas encore réunifié. L’officier revient sur sa vie et son engagement pour son travail. Si vous voulez lire ce livre pour les mêmes raisons que moi, il faut abandonner de suite car il ne décrit absolument pas ce qu’était son travail (à part quelques bribes sur le recrutement et l’utilisation des collaborateurs non officiels, mais avec ses yeux cela reste assez inoffensif). En lisant, on a l’impression de lire le témoignage d’un cadre licencié dans la plus inoffensive entreprise. Il s’est dévoué à son travail, n’a pas compté ses heures, est monté dans la hiérarchie à la force du poignet, a mis sur pied une équipe de collaborateurs extraordinaires… Il ne comprend pas comment tout cela peut se terminer. De plus, son « entreprise » tout de même était la meilleure, celle qui pouvait le plus servir au peuple. Tout ce qu’il a fait, c’est pour aider le peuple, lui épargner tous ces gens qui étaient contre la sécurité, l’État. Il n’y a aucune réflexion, aucun repentir, rien (il faut dire que c’est un témoignage écrit à chaud et donc sans recul).

Bien sûr, l’auteur revient sur les récents évènements qui n’étaient absolument pas prévus par la Stasi qui écoutait vraiment tout pourtant. J’ai eu l’impression qu’il regardait cela de loin, comme s’il ne pouvait plus maintenant changer l’Histoire, son histoire. Il analyse cela plus cruellement (pour lui) puisque la dernière phrase du texte est « Nous devrions laisser à d’autres le soin de trahir les idéaux… » (sous entendu nos idéaux).

Plus que le témoignage d’un officier de la Stasi, cela m’a semblé être le témoignage d’un homme qui est en train de tout perdre, qui doit tourner un page parce que l’Histoire est en train de la tourner pour lui, peut être un peu trop vite pour pouvoir être digéré facilement. Je n’ai pas eu l’impression que le contexte allemand soit important dans ce livre. En fait si, parce que les gens de la Stasi ont été rendu à la vie civile alors que dans d’autres pays où les régimes se sont effondrés, les fonctionnaires sont restés dans les administrations, qui ont juste été renommées et réorganisées. Cela m’a donné une impression bizarre parce que ce n’est pas ce que je cherchais en lisant ce livre.

Pour la postface d’Alexandre Adler, je suis par contre très mitigée. J’ai été intéressée par la première partie qui fait un parallèle entre la violence de la bande à Baader et celle de la Stasi, par l’analyse sur le fait que la Seconde Guerre mondiale (absence de père, prisonnier ou mort …) a préparé le terrain pour l’Allemagne de l’Est (ce que tu ne trouves pas chez toi, l’État te le fournira). C’est une analyse que l’on retrouve dans The File de Timothy Garton Ash (livre beaucoup plus intéressant à mon avis). La deuxième partie de la postface est beaucoup moins intéressante car elle fait un peu étalage de confiture. Alexandre Adler resitue la Stasi dans l’histoire des services secrets, de manière rapide, un peu comme pour écrire un roman d’espionnage. Cela n’a que peu ou pas de rapport avec le texte de la première partie. Ce n’était pas nécessaire, d’autant que cela n’ouvre que peu de perspectives si je veux en savoir plus sur la Stasi.

Références

Pour l’amour du peuple – Un officier de la Stasi parle (Albin Michel, 1999)

Première parution en Allemagne : 1990

Plan D de Simon Urban

PlanDSimonUrbanCela fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. Je pourrais vous donner plein de raisons : j’ai fait des folies au salon du livre la semaine dernière (c’était génial comme d’habitude surtout pour la découverte des petits éditeurs mais du coup, mes pieds étaient fatigués et mon cerveau aussi), je travaille (en tout cas j’essaye), j’étudie mon allemand (cela me plaît moins depuis que mon cours s’est transformé en cours de bien-pensance), je suis bloquée dans le RER (enfin sur le quai parce que souvent il me lâche avant destination mais la bonne nouvelle est que j’ai battu mon record : 2h40 pour aller au boulot et donc impossible de lire tellement j’étais stressée). Tout cela est vrai mais en fait, j’étais plongée dans ce gros roman excellentissime mais gros et donc long à lire.

Plan D est un peu une uchronie, avec un fond criminel, d’espionnage avec de l’argent et du sexe (voire de l’amour). On est en 2011. Le mur de Berlin n’est pas tombé. Il y a donc toujours deux Allemagne et deux Berlin : une Allemagne de l’Ouest prospère mais dépendant énergétiquement et une Allemagne de l’Est moribonde qui a subit la Réanimation il y a 20 ans, dont principal soucis n’est pas l’énergie mais l’afflux d’argent. En effet, dans quelques jours doivent commencer les négociations qui permettront au gaz russe de passer par le territoire est-allemand pour rejoindre le territoire ouest-allemand. Cela amènera un droit de passage bienvenu à l’Allemagne de l’Est. Le problème est que l’Allemagne de l’Ouest ne négociera qu’avec une Allemagne de l’Est démocratique. Or, on vient de trouver pendu à un pipeline, dans une zone interdite, un vieillard de 80 ans. Il semble avoir été tué selon les anciennes méthodes de la Stasi et après enquête, il s’avère que c’est une éminence grise de la Réanimation et qui a mis le chef actuel du pays au pouvoir. C’était aussi un formidable visionnaire qui avait envisagé tous les évènements qui sont en train de se passer. Devant la gravité de la situation, les deux Allemagne, en fait un enquêteur de chaque pays, vont collaborer pour que les négociations tant attendue est quand même lieu.

Il y a du rebondissement, des fausses pistes, des mensonges, des trahisons à tous les étages. J’ai eu du mal à suivre à certain moment ; je me demandais de quel côté était tel personnage, s’il était un méchant, s’il était impliqué (il faudrait que je lise plus de romans d’espionnage à mon avis pour que mon esprit devienne agile sur ces questions). Au final, j’étais tellement prise à savoir qui était qui que j’ai du relire plusieurs fois le dénouement pour comprendre. Je sais qui c’est maintenant mais je n’ai pas compris comment l’enquêteur de l’Allemagne de l’Est a réussi à s’enfuir (si quelqu’un peut me dire comment, ce serait gentil). J’ai remarqué qu’à la fin il y a beaucoup d’éléments qui manquent ou qui ne sont pas exploités. Par exemple, la trahison de l’ancien chef de l’enquêteur d’Allemagne de l’Est nous est dite mais qu’est-ce qu’on en fait après ? On pense juste que sa vie sera toujours aussi pourrie et qu’il ne passera jamais à l’Ouest comme il le désire. Il y a d’autres éléments qui manquent sur cet ancien chef (par exemple où est-il maintenant ?) : soit l’auteur prépare une suite soit il a regardé son fichier Word et a vu qu’il était déjà trop long et a donc décidé d’abréger (je précise qu’il écrit des nouvelles d’habitude ; c’est son premier roman et il attaque avec un truc de 570 pages). À part ces problèmes à la fin, l’enquête et l’action sont vraiment très bien.

Cependant, les deux points que j’ai le plus aimé dans le roman, ce sont les personnages et la reconstitution Allemagne de l’Est / Allemagne de l’Ouest.

Il y a deux personnages principaux : l’enquêteur de l’Allemagne de l’Est et l’enquêteur de l’Allemagne de l’Ouest mais tout est vu du point de vue du premier. Celui-ci a 56 ans, s’est fait largué par l’amour de sa vie il y a un an, a subi une procédure disciplinaire il y a un an suite à la recherche de documents dans les locaux de la Stasi (il voulait comprendre pourquoi et comment son ancien chef venait de disparaître). Il est extrêmement sarcastique, ironique au niveau du régime. En fait il porte un regard non formaté sur celui-ci, Tout cela fait qu’il n’est pas au mieux de sa forme. C’est encore plus souligné si on le compare à l’Allemand de l’Ouest qui avec ses trois ans de plus arrive avec un physique de rêve, un sourire blanc, des pantalons à la dernière mode (même les sous-vêtements sont différents), une bagnole que même un ministre de l’Allemagne de l’Est ne se paierait pas. J’ai beaucoup aimé donc le côté tourmenté de l’inspecteur de l’Allemagne de l’Est, particulièrement ses états d’âme sur le régime et son obsession pour son ancienne copine, qu’il ne veut pas considérer comme ancienne (elle ne semble pas s’y opposer). Par contre, j’ai été gêné par la manière dont l’auteur introduit les passages concernant les états d’âme de son héros (même tous les moments en rapport avec sa vie personnelle). Cela m’a semblé comme des cheveux qui tombent dans la soupe : cela brisait à chaque fois le rythme du récit et souvent n’avait pas de rapport alors que c’était de très longs passages. Parfois, il y avait des moments de vulgarité non nécessaire (à moins que les hommes pensent comme cela).

L’opposition des deux héros fait partie intégrante de la description de l’opposition Allemagne de l’Est / Allemagne de l’Ouest. La première est décrite comme un pays moribond où l’idéologie socialiste n’a plus trop sa place, un pays prêt à livrer son âme à l’Ouest capitaliste mais surtout comme un pays menteur et corrompu, ne souhaitant pas le bonheur de ses citoyens (plutôt garder comme des prisonniers). L’Allemagne de l’Ouest n’est pas épargnée car elle est présentée comme un pays corrompu par le capitalisme, un pays tout aussi menteur mais dont on donne aux citoyens l’impression d’être heureux en les endormant avec des beaux pantalons et de belles brosses à dents. L’arrivée des envoyés de l’Ouest contribue à déciller notre inspecteur de l’Est sur ce que ce que le pays où il espère aller un jour est vraiment : tout ce qu’ils ont est beau mais semble vain, juste plus enrobée. Ici, il faut souligner le travail du traducteur qui a mis énormément de notes explicatives car il y a de nombreuses références historiques, qui auraient pu échapper aux lecteurs français. Cela m’a donné envie de fouiller un peu plus bien évidemment sur des évènements que je ne connaissais pas.

Comme je le disais au début, j’ai beaucoup aimé malgré tous les petits défauts (je les excuse parce que c’est un premier roman et qu’il est très réussi).

 Références

Plan D de Simon URBAN – traduit de l’allemand par Brice Germain (Stock / La cosmopolite noire, 2013)

Des hommes de tête de Birkefeld et Hachmeister

DesDommesDeTeteBirkefeldHachmeisterJ’ai piqué ce livre samedi à la bibliothèque et j’ai dévoré ses 400 pages en quatre jours, quitte à lire le soir dans les transports (même avec des gens qui crient dans mes oreilles fragiles), quitte à lâcher ma fourchette le midi et à remercier le dieu du sport qui ne m’a jamais pris dans ses filets mais qui a capturé mon chef pour l’emmener deux fois à la piscine en ce début de semaine et qui m’a permis de passer ma pause tranquille.

On est en Allemagne en 1926, dans le milieu des courses moto. Le sport automobile est pour moi, dans mes préoccupations, l’absolue contraire de la lecture : cela n’occupe aucune case de mon cerveau. Vous pouvez donc lire ce livre si vous êtes dans le même cas que moi. Si vous voulez lire un billet d’une fan de choses à deux roues, je vous conseille le billet d’Argali.

On suit deux personnages : Arno Lamprecht et Falk von Dronte. Tous les deux sont munichois d’origine et cherche à oublier ce qu’il s’est passé pour eux en 1923.

Arno Lamprecht est un ex-soldat de la Première Guerre mondiale qui est revenu choqué de cette expérience, détruit psychologiquement en fait. Il a du mal à vivre de la passion qu’il s’est trouvé à la guerre, la motocyclette. Il noie sa vie dans l’alcool, le jeu et les magouilles. Pour pouvoir payer le loyer, et ainsi rassurer sa femme Véra, il est obligé d’aider Eckhard Bammel, malfrat et magouilleur, profiteur durant l’inflation. Par exemple, il va hors des frontières pour ramener des produits ou de l’argent. Il rentre un jour d’une de ses virées, après avoir bu tout de même ,s’allonge, se réveille et découvre que sa femme est morte assassinée et décapitée. Il est bien sûr accusé mais sera innocenté par un alibi qui lui sera donné par Bammel car lui ne se rappelle de rien et que Bammel ne veut pas qu’il parle de ses trafics. Trois ans après, Arno est toujours aussi malheureux car il ne se remet tout simplement pas du décès de sa femme. Cette année va cependant changer se vie puisqu’il va participer au championnat d’Allemagne, sur une moto belge Sarolea.

Il va y affronter son ennemi depuis toujours, en fait depuis le début des années 20, Falk von Dronte. Ce type est un aristocrate pur jus (je me le suis imaginée comme le stéréotype de l’Allemand aryen), qui croit aux idées d’honneur, de patrie, de la suprématie de la nation … Son grand regret est de ne pas avoir pu s’engager dans l’armée. Un homme va en profiter, un colonel qui va lui proposer d’agir pour la nation après la trahison des « traitres de Novembre. Ainsi en 1923, il va lui faire assassiner un homme, avec des complices. Ils vont l’enterrer dans un endroit désert. En 1926, cette affaire resurgit car une dénonciation vient de permettre de retrouver le corps mais il lui manque la tête. Le colonel s’inquiète, d’autant qu’il veut se lancer en politique. Il demande donc à von Dronte de régler le problème mais lui a changé de vie, d’opinion sous l’influence de sa nouvelle amie Théa.

À tout cela se combine une série de meurtres, tous ayant lieu autour des circuits des compétitions.  Ces meurtres sont barbares puisque le coupable repart avec la tête.

Je vous prie déjà d’admirer le titre qui est absolument très délicat et bien trouvé par le traducteur (on sent l’humour de l’homme…) J’ai préféré Arno à Falk (les chapitres alternent entre les personnages parce que comme ils sont ennemis, ils ne se parlent pas sauf à la fin où ils vont s’entraider car ils vont comprendre que leurs affaires ont des similarités ? des têtes coupées ?) Falk est trop lisse, trop crédule. Il ne semble pas avoir de personnalité et suit d’abord le colonel, puis Théa aveuglément qui eux ont leurs idées. Il ne semble pas se les approprier. Il semble encore en construction. Arno lui est un homme fait, qui pense juste, peut être en opposition de phase par rapport au reste de la société (merci à mon chef pour ce type d’expression) mais ses idées sont les siennes et sont réfléchies. Il décide de sa vie, en assume les conséquences, défend les causes qu’il croit juste. En plus, j’aime les personnages tourmentés, moins lisses. Il avait tout pour me plaire. J’attendais les chapitres sur lui avec grande impatience.

La deuxième chose qui m’a intéressée, c’est le contexte historique : la montée du nazisme, les mouvements ouvriers, communistes mais aussi la mise en relief de l’importance politique du sport. Il est bien rendu dans le roman que la motorisation est vue comme le principal instrument de la reconstruction de l’Allemagne mais aussi que la moto qui doit gagner le championnat d’Allemagne doit être allemande et avoir un pilote allemand. Le vainqueur doit en plus avoir fait cela pour la Nation et sa fierté d’y appartenir. Le sport est donc vu plus comme un instrument politique qu’un dépassement humain.

Après, il y a des passages où je me demande si les auteurs n’ont pas lu l’histoire a posteriori. Par exemple, quand ils font dire à Arno que ceux qui ont fait la guerre la referont dès qu’ils pourront car ils en ont tout simplement profité. Il y aussi un manque de développement sur le personnage de Théa car elle est décrite avec un caractère fort, essayant toutes les nouveautés mais elle nous est plus souvent présentée comme la fille qui fait la bise au vainqueur, un peu futile.

Ces défauts sont mineurs par rapport à la qualité du livre, qui est vraiment très divertissant tout en étant instructif. En plus il est très bien traduit !

Références

Des hommes de tête de Richard BIRKEFELD et Göran HACHMEISTER – traduit de l’allemand par Georges Sturm (Éditions du Masque, 2013)

Le brave Gaspard et la belle Annette de Clemens Brentano

LeBraveGaspardEtLaBelleAnnetteClemensBrentanoJ’écoutais l’autre jour une émission télé (je ne regardais pas puisque je travaillais) sur le Rhin, fleuve qui a inspiré beaucoup de romantique allemand. Tout à coup, ils se sont mis à parler littérature et entre autre à citer le mythe de la Lorelei. J’ai lu un livre récemment qui en parlait d’où mon oreille attentive au sujet. Ils disaient que le premier à en avoir parlé c’était Clemens Brentano. Première chose : je ne connais rien aux romantiques allemands donc je n’en avais jamais entendu parler. D’où recherche sur internet puis achat d’un livre qui est plutôt une nouvelle et qui ne parle pas de la Lorelei. Voilà, voilà …

Je vous ai déjà présenté plusieurs livres de cette série. Ce sont des « livraisons » choisies par un auteur sur un sujet particulier. Ici Pierre Péju a choisi six textes sur « La traversée du romantisme » dont Le brave Gaspard et la belle Annette. D’après la préface, Clemens Brentano (1778-1842) était un joyeux excentrique qui changeait d’avis tout le temps, en amour comme dans la vie de tous les jours. Il pouvait défendre une théorie un jour, soutenir le contraire le lendemain. Sur la fin de sa vie, il est même devenu mystique. D’après Pierre Péju, « comparée à ses longs récits […] dont le style est parfois embrouillé et la construction complexe », cette nouvelle « inspirée de faits réels, frappe par sa simplicité ».

Se promenant dans la vie un soir, le narrateur de l’histoire est attiré par un attroupement autour d’une vieille femme qui s’installe sur la pas de la maison ducale pour dormir. Les passants essaient en vain de l’en dissuader. Le narrateur décide de rester pour lui tenir compagnie et qu’elle lui raconte son histoire. Il est fortement impressionner par la volonté de la vieille (plus de quatre vingt ans tout de même) et surtout par sa piété. Elle vient voir sa filleule la belle Annette pour lui annoncer le suicide son petit-fils, le brave Gaspard, à qui la jeune femme était plus ou moins fiancé.

Le narrateur demande des explications sur ce suicide. Il s’avère que le petit-fils était obsédé par l’honneur, dont il parlait sans cesse à son père et son beau-frère, qui selon lui en manquait parfois. En fait, à mon avis, il ne s’entendait tout simplement pas avec eux. Quand on a ce genre de préoccupation, le mieux est d’aller à l’armée. C’est ce qu’il a fait et où il s’est distingué. Il vient montrer ses nouveaux galons à sa famille mais là lui arrive une aventure qui le poussera au suicide, à cause de son fameux honneur. La préoccupation de la vieille est de procurer à son petit-fils une tombe chrétienne au près de sa mère et de la belle Annette.

On se pose des questions au début parce que Annette ne semble pas devoir mourir demain et qu’en plus elle est susceptible de se marier. Ce que j’avais oublié, c’est qu’on est en plein romantisme donc on se rend compte au fur et à mesure du récit qu’Annette va bien mourir le lendemain elle aussi pour une question d’honneur. La demande de la vieille est donc bien légitime. Le narrateur va alors tout tenter pour la faire aboutir.

C’est un livre romantique car à la fin, tout le monde meurt sauf trois personnages. Le récit prend plutôt la forme d’un conte genre « il était une fois » « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». J’ai adoré parce que c’est follement original (jamais lu cette histoire ailleurs), le style est simple mais efficace (cela aurait pu avoir été écrit aujourd’hui). Il n’y a pas de longueurs grâce à une construction habile et des éléments disséminés dans le texte pour pousser à la lecture.

Une bonne découverte à mon avis !

Références

Le brave Gaspard et la belle Annette de Clemens BRENTANO – traduction par Gabrielle Buffet Picabia – préface de Pierre Péju (Mercure de France, 1997)

Enfin le silence de Karl-Heinz Ott

EnfinLeSilenceKarlHeinzOttCe qui m’a fait emprunter à la bibliothèque ce livre, c’est que quand je l’ai ouvert au hasard je suis tombée sur la page 131

Pour la première fois de ma vie, j’étais confronté à quelqu’un à qui la distance instinctive était inconnue. Même s’il m’était déjà souvent arrivé de me faire prendre au dépourvu, importuner ou contraindre à des choses que je devais subir, ne serait-ce que de supporter des invités qui s’incrustent dans votre cuisine jusqu’à l’aube bien que vous bâilliez depuis des heures, ou bien de se laisser imposer des sujets de cours ou de séminaire qui vous ennuient à mourir, tout cela restait vivable. Ça n’allait pas sans tension intérieure, mais ça passait. Cela faisait partie de la gestion du quotidien, parce qu’il faut bien s’arranger avec les autres, qu’on est soumis à des règles et qu’on ne peut pas passer pour un sauvage, et surtout parce qu’on craint secrètement d’avoir un jour besoin d’aide mais de s’être acculé à une solitude irrémédiable à force de s’être trop mis en marge.

Je me suis dis c’est moi cela (même si je rencontre plein de gens qui ne respectent pas mes distances à moi, il faut dire que j’ai une très faible tolérance à propos de cela) et je crois que je n’ai même pas fini de lire la quatrième de couverture et je l’ai embarque. Bonne pioche et donc bonne découverte !

Le narrateur est professeur de philosophie, spécialiste de Spinoza, à Bâle. La seule chose que je sais de Spinoza c’est ce qui est dit dans la quatrième de couverture. Il a fait une théorie sur le libre arbitre. Tout cela pour dire qu’il y a sûrement plein d’aspects de ce roman qui m’ont échappé mais j’ai aimé quand même.

Je reprends sur le narrateur : il vient de cesser la vie commune avec sa copine, même s’ils continuent à se fréquenter et qu’elle a un autre amoureux. Le point de désaccord était que notre narrateur était un indécis, qui n’était pas assez ferme et qui attendait trop souvent que la situation se règle d’elle-même.

Pour se consoler il a été faire une petite excursion à Amsterdam (je ne suis plus sûre) et fait au retour une escale à Strasbourg, où il a été la dernière fois avec sa copine. Sur le parvis de la gare, il rencontre Friedrich, musicien allemand, qui s’incruste avec lui (il manque deux pages au livre de la bibliothèque et je ne peux donc pas vous en dire plus sur le pourquoi du comment). Ils passent la soirée ensemble à aller de bar en bar. Passer la soirée ensemble est un bien grand mot car en fait, la narrateur passe toute la soirée à écouter Friedrich en pensant que c’est un poison et en se disant que demain il en sera débarrassé car il ne doit rester que la soirée à Strasbourg. il lui donne une fausse adresse et un faux numéro de téléphone pour ne pas que Friedrich le recontacte.

Après quelques temps, le narrateur oublie l’aventure même si intérieurement elle le rend mal à l’aise car il n’a pas su mettre de frein à sa nouvelle connaissance. Un jour, il reçoit un coup de fil de Friedrich qu’il va passer par Bâle en allant à Zurich. Le narrateur essaie de s’en débarrasser en disant qu’il va aller trois mois aux États-Unis. Il croit que c’est bon mais il a un ami qui arrive pour quelques jours à l’aéroport. Et là, stupeur de chez stupeur, l’ami est accompagné de Friedrich qu’il a rencontré dans l’avion.

Vous aurez compris que cela sonne le glas de la tranquillité de notre narrateur qui vient pourtant d’entamer ses vacances universitaires. Friedrich va s’incruster pour des semaines mettant bien à mal la patience du narrateur. La fin m’a fait rire même si elle n’est pas drôle car elle est identique au film de Tom Tykwer que je regardais en même temps, Winterschläfer.

C’est un livre qui est très agréable à lire : histoire bien menée, personnages bien décrits, style pas complique, pas trop simple. Je n’ai pas vraiment grand chose à en dire car je ne suis pas assez littéraire pour cela. Ce qui fait le plus du livre, c’est la manière dont l’auteur arrive à faire voir le point de Friedrich à travers celui du narrateur. Le narrateur est le narrateur, c’est lui qui raconte tout au long du livre. Si l’auteur s’était contentée de quelque chose de classique, on n’aurait du avoir que son point de vue alors qu’ici l’auteur arrive à nous suggérer que peut-être l’histoire est tout autre que celle que l’on croit. Il le fait à plusieurs reprises semant ainsi le doute sur notre sentiment. C’est ce que personnellement j’ai beaucoup aimé.

Références

Enfin le silence de Karl-Heinz OTT – traduit de l’allemand par Françoise Kenk (Phébus, 2008)

Im Himmel ist Jahrmarkt de Birgit Weyhe

ImHimmelIstJahrmarktJe voulais vous faire un billet sur deux livres e Dorothy B. Hughes qu’il faut absolument que vous lisiez. C’est ma dernière découverte ; j’adore cette auteur, la manière dont elle sait saisir une ambiance est au dessus de tout. Ce billet devra attendre car je suis surexcitée ce soir : je viens de finir mon premier livre en allemand (entendons nous bien : j’ai déjà lu pas mal d’ouvrages en lecture simplifiée mais là c’est un vrai livre (pour être plus précise une vraie BD) destiné à un public germanophone) !!! Je suis juste trop contente et je voulais donc en faire profiter tout le monde et surtout pouvoir me rappeler plus tard du premier livre que j’ai lu en allemand (comme je me rappelle que mon premier livre en anglais en entier c’est Darcy’s Diary de Amanda Grange).

Dans Im Himmel ist Jahrmarkt, Birgit Weyhe reconstitue l’histoire de ses grand-parents à l’aide de photos, de lettres, de souvenirs. Elle réalise ce travail pour plusieurs raisons. Elle a hérité des albums photos de son père et de sa grand-père que personne ne voulait. Elle s’est en outre rendue compte qu’elle ne savais pas identifier les gens sur les photos (il y avait les noms mais elle ne sait pas qui cela désigne). Ensuite, elle a du aider son fils à rédiger son arbre généalogique et que sa prof lui a plus ou moins dit que c’était un travail bâclé parce qu’il manquait plein de dates et que c’était fouilli.

Birgit Weyhe parle de sa grand-mère paternelle, Marianne (1908-1979), en premier. C’est une femme que l’on prend tout de suite en sympathie. Très jeune, elle s’émancipera de sa famille, des codes et convenances pour ouvrir une boutique de chapeau, élever seule son fils qu’elle a eu avec quelqu’un du marché noir, garder son employée juive alors que tout le monde l’aurait renvoyée, réussir à relever son magasin après la guerre. En gros, une femme forte qui ferait une excellente héroïne de roman.

Puis, on passe à l’autre grand-mère, Herta (1913-2005), qui m’est apparue beaucoup moins sympathique. Elle était la fille d’un riche fabriquant. Quand son père lui a dit que c’était la famille (et l’argent) ou l’homme qu’elle fréquentait, elle a choisit la famille après avoir fait un essai avec l’amoureux (qui vivait dans un trop petit appartement). Elle a été malheureuse toute sa vie puisqu’elle a toujours suivi les desiderata de son père. « Marie-toi avec lui ! Il a plein d’argent, il est bien plus vieux mais bon … » C’était une femme de tête, une femme forte mais qui n’osait pas briser les convenances comme Marianne. Pour montrer un exemple de sa force, on peut citer le fait qu’en 1945, réfugiée en Hongrie, elle veut rejoindre son père à Berlin, prend sa voiture seule sans savoir précisément où est le front. C’est là où elle rencontrera son deuxième mari (père de la mère de Birgit) qu’elle tyrannisera beaucoup car lui était trop gentil.

C’est la deuxième partie de la BD : la vie des deux grand-pères. Ils ne sont clairement pas à la hauteur même si le mari d’Herta est très sympathique.

J’ai beaucoup aimé l’histoire que raconte cette bande dessinée car elle ne semble pas trop romancée. Elle est marquée par l’admiration de l’auteur pour les personnages-parents qu’elle a découvert. Comme le dit la quatrième de couverture, on découvre un bout de l’histoire allemande du 20ième siècle sans s’appesantir pour autant sur la Seconde Guerre mondiale (même si le changement de point de vue m’a fait très bizarre quand Herta a voulu rejoindre Berlin ; j’ai pensé qu’elle voulait fuir l’Allemagne pour aller à l’Est ou aller en France pour aller en territoire contrôlé par les Alliés puis après je me suis rappelée qu’elle était allemande et qu’elle n’avait aucun intérêt à se mettre dans cette situation).

Je ne suis pas fan des dessins par contre. Pour quelqu’un qui apprend comme moi, ils sont très bien car l’image correspond au texte (et cela permet de bien deviner le sens de la phrase même si un mot échappe). Si le texte avait été en français, je n’aurais pas pris cette BD car le dessin manque de recherche au niveau de l’expression des visages (je suis incapable de faire pareil). La BD parle principalement de personnes et donc les cases sont majoritairement occupées par des visages. Les pleurs sont marquées par des grands traits qui descendent, l’étonnement par des yeux tout ronds … C’est un petit peu simple je trouve. À mon avis, cela vient du fait que l’auteur a voulu respecter l’aspect de ses ancêtres et qu’il est un peu dur de retrouver les expressions de visage sur des photos, statiques par définition. Je pense que la qualité de son dessin est à juger sur d’autres types d’histoires.

Pour conclure, c’est une agréable découverte et je suis contente d’avoir pris ce livre à la bibliothèque !

Références

Im Himmel ist Jahrmarkt de Birgit WEYHE (Avant-Verlag, 2013)

Deux nouvelles de Eduard von Keyserling

VersantSudEduardVonKeyserlingJ’ai toujours voulu lire Eduard Von Keyserling depuis la première fois que j’en ai entendu parler. Depuis un an, quoi. Depuis la sortie du Thesaurus. Puis je me suis dis que ce n’était pas raisonnable d’acheter toutes les œuvres si aucune ne me plaisait. J’ai pris donc deux poches : Versant Sud (1914) et Été Brûlant (1904).

Ils ont rempli leur rôle en me mettant du baume au cœur et surtout plein de petites paillettes dans les yeux. Parce que c’est très bien écrit. Parce que ce sont deux histoires d’un autre âge, d’un temps qui n’existera plus dans pas très longtemps (pour cause de Première Guerre mondiale) et on le sent dans la narration.

Été brûlant est l’histoire de Bill, un jeune comte, qui vient de rater son bac et qui est condamné à passer les mois de vacances avec son père pour potasser (je trouve très drôle les parents qui réagissent comme cela ; peut être qu’il fallait le faire avant, non ?). Sa mère et les autres enfants partent de leur côté. Cela promet de mauvaises vacances car son père est un être qui a toujours été froid avec sa famille. La seule chose réjouissante est la jolie cousine du domaine d’à côté. Le problème est qu’elle va se marier bientôt et dixit la quatrième de couverture, cela va « précipiter le jeune comte et son père dans la tragédie ». Il y a longtemps que j’ai lu Premier Amour mais à mon avis il s’est un peu inspiré.EteBrulantEduardVonKeyserling

Versant Sud est l’histoire de Karl Erdmann von Wallbaum, jeune soldat qui revient voir sa famille pendant une permission. Il est heureux de retrouver sa famille mais surtout une amie de sa mère qui est hébergée chez eux. Tous les hommes de la maison sont amoureux d’elle et elle le leur rend bien minaudant quelque peu. Sauf avec Karl, qu’elle semble considérer comme un frère alors que pour lui son amour est le meilleur. Cette fois-ci, il a un atout dans sa manche : pendant sa permission, il a prévu un duel (le problème datant d’avant la permission). Il espère qu’elle saura l’aider dans ce qu’il présente comme ses derniers instants.

Rien qu’en racontant les livres, on voit bien que Versant Sud est une œuvre plus complexe que Été brûlant (cela fait titre de soap américain je trouve). Pourtant Eduard von Keyserling a écrit ces textes dans sa période mature je pense puisqu’il est né en 1855 et mort en 1918. Il appartient au courant de l’impressionnisme allemand (je pensais que c’était un mouvement uniquement pictural)(c’est pour montrer mon inculture mais vous pouvez lire des explications dans le wikipedia allemand ou dans le wikipedia anglais)(ou si quelqu’un veut m’en donner). Ses histoires se passent dans la Courlande, région ouest de la Lettonie d’aujourd’hui (c’est une région qui était sous domination russe au moment où Keyserling écrit ses nouvelles).

À mon avis, ces deux textes sont une très bonne introduction à cet auteur, dans le sens où la lecture, rapide, en est très agréable et où ils donnent envie de tout lire de l’auteur (tout cela pour dire que je me suis achetée le Thesaurus).

Références

Été Brûlant de Eduard von KEYSERLING – roman traduit de l’allemand par Jacqueline Chambon et Peter Krauss (Babel / Actes Sud, 2001)

Versant Sud de Eduard von KEYSERLING – roman traduit de l’allemand par Jacqueline Chambon et Peter Krauss (Babel / Actes Sud, 2001)

Un siècle de littérature européenne – Année 1904
Un siècle de littérature européenne – Année 1914