Les immortelles de Makenzy Orcel

Présentation de l’éditeur

Les Immortelles, ce sont les prostituées de Port-au-Prince. L’une d’elles prend à parti l’inconnu monté la voir au bordel. Apprenant qu’il est écrivain, elle lui propose un marché : contre son corps, écrire l’histoire des putains défuntes, emportées par le séisme sous les décombres de béton. D’une surtout : la petite, la fugueuse Shakira venue sous son aile un jour dans la haine de sa bigote de mère. De la belle et orgueilleuse Shakira toute pénétrée d’une passion dévorante pour Jacques Stephen Alexis, l’immense écrivain qui fait battre le cœur d’Haïti. Shakira la révoltée devenue la plus convoitée des putains de la Grand-Rue.

Avec ce roman de feu, qui marie le Ciel et l’Enfer, la transgression par le sexe et la mort atteint à la plus authentique humanité, la plus bouleversante, celle qu’aucune morale ne contrefait. Avec une liberté absolue de ton, Makenzy Orcel prête voix à tout un monde. « La petite. Elle le disait souvent. Les personnages dans les livres ne meurent jamais. Sont les maîtres du temps. »

Mon avis

J’ai commencé ce livre dans de mauvaises conditions. J’étais même prête à le revendre (je l’avais déjà passé de la catégorie Votre bibliothèque à Lus mais non possédés sur LibraryThing). J’avais lu seulement dix pages avec un petit peu de bruit autour de moi et je m’étais fait la remarque que cet auteur, pour un premier roman, est imbus de sa personne. Il sait qu’il fait de très belles phrases mais ils se regardent un peu les faire aussi. Cette première impression vient du fait que le roman débute par la narration de l’écrivain, de comment il a vécu le séisme … J’ai identifié trop facilement le narrateur à l’écrivain à mon avis.

Je n’aime pas ne pas finir un livre, surtout quand il est court. Je l’ai lu dimanche dans mon canapé, sans bruit. Et là, cela a fait bingo. Je me suis laissée porter par la voix de la prostituée. C’est ça qui est important : la voix. C’est un roman qui passe plus par l’oral que par l’écrit. Je crois que ce que l’auteur voulait faire c’est faire sentir la colère, la peine, le mélange de tous ces sentiments qui suivent un tel évènement, quand tout un pays doit se reconstruire, tout comme chacun doit vivre avec son deuil individuel.

Vous allez me dire « comment a-t-il fait pour faire cela ? » C’est simple cela passe par le découpage du livre et le choix du narrateur ainsi que du mode de narration. Le livre est découpé en très courts « chapitres » puisque chacun fait moins d’une page. À partir du moment où on écoute la prostituée, on va suivre ses pensées, ses colères, ses coups de blues (car la narration à l’écrivain ne semble pas s’être faite d’un coup). Cela fait un livre au rythme très rapide : des fois on a une tempête en face de nous et d’autres fois, une rivière. En plus de cela, la prostituée alterne le récit de maintenant, de juste avant le séisme, de douze ans avant le séisme. L’écrivain ne reparlera que très peu dans le texte, la laissant parler et s’exprimer. À la fin, l’auteur nous livre des bribes du journal de Shakira pour comprendre pourquoi elle a fugué si jeune.

Ce que j’ai regretté : une absence de note de bas de pages sur Jacques Stephen Alexis, qui est omniprésent dans le récit puisque c’est l’écrivain pour lequel Shakira a une véritable passion (il y a aussi de très beaux passages sur le pouvoir des livres et de la consolation que l’on peut trouver dedans). Je regrette cette absence de note car en lisant les résumés de quelques uns de ces livres, surtout L’espace d’un cillement, il semble qu’il y ait clairement plusieurs allusions (plus ou moins expliquées dans le texte, mais quand même).

Références

Les Immortelles de Makenzy ORCEL (Zulma, 2012)