Virginia Woolf de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini

J’ai piqué cette idée de lecture chez Titine. Je la remercie beaucoup de m’avoir fait découvrir cette biographie de Virginia Woolf en forme de bande dessinée.

Je vais mettre tout l’avant propos (ce n’est pas bien pour le droit d’auteur mais bon quand quelque chose est bien, j’aime le citer) car il explique tellement bien ce que contient ce livre et le projet qu’il y a derrière.

L’avant-propos

Raconter la vie de Virginia Woolf en bande-dessinée est un défi auquel Bernard Ciccolini, dessinateur, et moi-même, écrivain, nous sommes attelés avec passion. Nous partagions un même intérêt pour l’œuvre de cet écrivain et étions également troublés par les ombres qui précèdent toute approche de sa vie. Comme si son suicide avait oblitéré de désespoir et de noirceur l’ensemble de son existence.

Qu’elle ait été trop tôt foudroyée par la mort de sa mère, que sa jeunesse ait été jalonnée de morts proches – sœur, frère, père – participent sans doute de cette tristesse dépressive qu’on devine sur les portraits et les photographies qui la représentent. Son journal, bien sûr, porte la trace de cette douleur, de ce mal-être qui souvent l’assaille.

Mais faut-il oublier pour autant la petite fille gloutonne et joyeuse des étés à St Ives ? Faut-il négliger la jeune femme à la dent dure qui savait tracer en quelques mots un portrait drôle et vitriolique de ses contemporains ? Faut-il assombrir son chemin de militante féministe sous prétexte qu’un matin gris du printemps 1941, au plus noir de la guerre, elle a rempli de cailloux et marché dans l’eau de la rivière Ouse jusqu’à s’y engloutir ?

À relire ses livres – romans, essais -, son journal, quelques bribes de sa correspondance, des ouvrages d’amis ayant fréquenté sa table, sa maison ou sa conversation, il nous a semblé percevoir dans le cours parfois désespéré de ses jours, un élan vital, une force que démentaient volontiers son trop inquiet mari et son neveu, Quentin Bell. Auteur d’une biographie minutieuse, Quentin Bell porte sur les Woolf un regard d’entomologiste et s’efforce de démontrer le courage de Leonard portant à bout de bras sa géniale et trop dépressive épouse. Il ne s’agissait pas pour nous de prendre parti, simplement de donner à lire et à voir le cheminement d’une femme écrivain entre réalité et désir, entre mots et maux, en quête d’insaisissables vérités et d’un improbable bonheur.

Mon avis

J’ai adoré cette lecture. J’ai déjà deux biographies de Virginia Woolf dans ma PAL mais elle sont tellement énormes que cela me donne l’impression qu’il faut avoir lu tous les livres pour les comprendre ou même les apprécier. Pour moi, énorme bibliographie cela signifie que l’auteur s’appuie à la fois sur la vie et sur les œuvres pour éclairer la personne de l’auteur. Tout le temps, il me manque le livre de base où on va juste nous parler de la vie et nous situer les œuvres dans cette vie pour permettre d’appréhender au mieux la lecture de ses œuvres (bon, après, on peut lire les énormes biographies). En fait ce que je recherche, c’est les livres qui émettent une lumière de bougie sur un auteur et pas un spot de concert de rock. C’est exactement cela ce livre, exactement !

Pour ce qui est des bulles, le billet de Titine contient plein d’illustrations. Pour le contenu, les auteurs dressent un portrait de Virginia Woolf un peu comme je l’imaginais : à la fois d’ombres (c’est le côté le plus connu mais j’ai enfin compris pourquoi) et de lumières. Ce côté là, c’est celui que je connaissais le moins. Je la savais éditrice mais je n’avais pas saisi ce que cela lui avait apporté dans sa vie. Idem pour les réceptions d’amis dans sa maison de Londres. C’est des éléments de biographie que je connaissais mais finalement, je ne m’étais pas rendu compte que cela constituait aussi son personnage, celui d’une femme qui vivait et s’accrochait pour faire ce qu’elle aimait. Bien sûr, pour surmonter ses doutes, elle avait besoin du soutien des amis et de la famille. Elle ressentait plus à fond les déceptions, les inquiétudes. C’est ce que j’avais ressenti à la lecture de quelques uns de ses livres. Pour moi, c’était une femme qui arrivait à voir et à comprendre le mouvement des gens et des choses dans un monde diffus, comme si les gens ne faisaient que passer dans un décor tout en faisant des actions minimes qui marquaient imperceptiblement ce décor.

En conclusion, j’ai appris plein de choses et j’ai envie de me remettre à Virginia Woolf,

Références

Virginia Woolf de Michèle GAZIER (scénario) et Bernard CICCOLINI (dessins) (Grands destins de femmes / éditions Naïve, 2011)

Robert Louis Stevenson – L’aventure ! de Hervé Jubert

Quatrième de couverture

La mort l’a frappé le 3 décembre 1894. Robert Louis Stevenson avait quarante-quatre ans. Il avait abattu une bonne journée de travail et aidait sa femme à préparer une mayonnaise. Il laissait derrière lui une production littéraire immense dont L’Île au trésor et le fameux Docteur Jekyll et Mister Hyde.

Si la mort l’a frappé subitement, elle le guettait depuis sa naissance à Edimbourg, le 13 novembre 1850. Elle aurait même dû se manifester avant qu’il souffle sa cinquième bougies et l’emporter dans une de ses fulgurantes quintes de toux. La mort aura préféré attendre. Elle voulait mieux connaître sa victime. Mais, surtout, elle voulait entendre les merveilleux récits que Stevenson, déjà tout petit, inventait.

Alors qui mieux que la mort pouvait raconter a vie de Robert Louis Balfour Stevenson ?

Mon avis

Je rêvais de lire ce livre quand j’étais à Alès. Maintenant que j’ai retrouvé ma PAL en région parisienne, j’en profite ! Elle est trop trop terrible cette biographie, soit disant destinée aux adolescents (ou enfants, je ne sais pas).

En premier, elle est originale. La narratrice, c’est la mort qui était proche de Stevenson depuis sa naissance. Une mort moqueuse, ironique mais aussi admirative face à la capacité de résistance de l’homme.

Le supposé public donne une approche originale. On découvre un Stevenson enfant qui aime qu’on lui raconte des histoires mais aussi se les raconter ; le thème de ces histoires c’est surtout l’aventure, mot qui gouvernera une grande partie de son œuvre. On découvrira l’influence de Cummy (c’est elle la raconteuse d’histoires officielles), comment son père, qui travaillait dans les phares, va essayer de le faire rentrer dans ce monde (Stevenson va même publier un article sur le sujet : Sur une nouvelle forme de lumière intermittente). Il va aussi s’essayer à la profession d’avocat (il n’est apparemment pas mauvais pour débattre).

Puis, il partira à l’aventure, une aventure qui durera toute sa vie, sur les canaux de Belgique et du nord de la France (Keisha en a parlé ici), dans les Cévennes (Keisha en a aussi parlé). Il fréquentera un groupe d’artistes à Barbizon ! (il ira même un peu à Cernay ; je dis cela parce que j’ai des ancêtres qui y étaient à la même époque et du coup, cela me fait rêver). Il rencontre Fanny et ses deux enfants (un fils et une fille). Il parcourera une bonne partie de la planète pour se retrouver finalement au Samoa.

Dans cette biographie, on se découvre un homme gentil, plein de courage, qui affronte la maladie et ne se laisse pas démoraliser.

Loin de toute controverse à propos de sa femme, ce livre peut avoir deux effets sur vous et vos enfants : eux voudront partir à l’aventure et vous, vous voudrez découvrir les livres de Stevenson.

Références

Robert Louis Stevenson – L’aventure ! de Hervé JOUBERT (L’École des loisirs – Médium documents, 2010)

Deux livres sur Edith Wharton et son oeuvre

Comme je vous l'ai dit plein de fois : j'ai lu trois livres d'Edith Wharton pendant les vacances et j'ai donc eu envie d'en savoir plus sur cette femme. Me voilà donc en train d'acheter deux livres qui portent le même titre Edith Wharton. Malgré cela, ils sont très différents.

 
Le premier : celui de Diane de Margerie. Pour la situer, il faut savoir qu'elle a traduit pas mal des romans et nouvelles d'Edith Wharton en français (et a aussi écrit quelques livres). C'est la petite fille de Jeanne Rostand, soeur d'Edmond Rostand et ex-femme de Dominique Fernandez (celui qui a fait paraître il y a peu Ramon chez Grasset). Elle fait aussi partie du jury Femina. C'est Monsieur Wikipedia qui me l'a appris. On trouve ici l'essai d'un écrivain sur un autre écrivain qu'il essaie de faire vivre devant nous.

Le but que Diane de Margerie s'est fixée : c'est de nous faire découvrir quelle part d'elle même Edith Wharton a mis dans ses oeuvres. Pour cela, elle nous parle de la vie de l'auteure : ses amitiés avec Henry James, avec Walter Berry (dont elle était amoureuse mais lui était gay), ses amours avec Morton Fullerton, son mariage raté avec Teddy Wharton. Au fur et à mesure, elle analyse les oeuvres d'Edith Wharton au vue des éléments biographiques. Elle s'intéresse tout particulièrement aux nouvelles et un peu moins aux romans. C'est un bon livre même si à mon goût elle insiste un peu beaucoup sur la pseudo vie sexuelle qu'elle imagine à Edith Wharton (j'ose espérer que ça n'explique pas toute l'oeuvre) qu'elle semble confondre avec vie affective (amour comme famille). Le point positif de ce livre, c'est que en gros je veux lire tout Edith Wharton mais en plus j'ai noté : La séquestrée de Charlotte Perkins Gilman et Anna Soror de Marguerite Yourcenar. 

 
Le deuxième est beaucoup plus universitaire. La vie de l'auteur est expédiée en une introduction et pendant les quatre chapitres qui composent le livre, c'est l'analyse très complète mais très arride de l'oeuvre d'Edith Wharton, pratiquement exclusivement concentrée sur les grands romans. J'y ai quand même trouvé des chemins de lecture intéressants. Je relirai une fois que j'aurai lu d'autres livres d'Edith Wharton. Peut être tout cela m'apparaitra plus clair.

Grâce à ces dames, la prochaine fois que je parle d'Edith Wharton ça sera normalement dans un billet à propos d'Été, d'Ethan Frome (merci à Dominique !) et de La lettre écarlate de Hawthorne (je l'avais dans ma PAL : ça tombe bien).  

La seule chose qui m'a manqué dans ces livres, c'est que les deux auteures n'ont pas su faire vivre Edith Wharton devant moi. Si vous connaissez des livres qui le peuvent, n'hésitez pas !

Références

Edith Wharton de Diane de Margerie (Flammarion, 2000)

Edith Wharton de Anne Ullmo-Michel (Belin – collection Voix américaines, 2001)