Voix de la nuit de Ulli Lust et Marcel Beyer

VoixDeLaNuitUlliLustMarcelBeyerJ’ai découvert cette BD à la bibliothèque de l’Institut Goethe de Paris, où Ulli Lust est venue faire une conférence (je n’y suis pas allée parce que je rentre trop tard mais n’empêche). Ce roman graphique est l’adaptation du roman éponyme de Marcel Beyer (paru en France, en 1997 chez Calman-Levy). Il s’écrit dans l’alternance de deux histoires : celle de Hermann Karnau, acousticien pour le IIIe Reich et Helga, la fille aînée de Magda et Joseph Goebbels (cela m’a un peu rappelé le livre Magda de Meike Ziervogel ; les deux auteurs ont choisi de s’intéresser à Helga car sa mort n’a pas exactement été celle de son frère et de ses sœurs).

On va commencer par l’histoire qui m’a le moins intéressée, même si c’est la plus originale. Ce qui est assez normal puisque Hermann Karnau est un personnage de fiction. Il commence sa carrière en faisant la sonorisation pour les meetings nazis avent et tout au début de la guerre. Ce n’est pas par convictions politiques qu’il fait se métier mais vraiment car il est passionné par les voix : où faut-il placer le micro pour placer toutes les tonalités de la voix de l’orateur ? comment capturer une ambiance ? Le premier « chapitre » est vraiment très intéressant s’il on est intéressé par cela, même si le personnage semble un peu trop monomaniaque (genre il fait des dissections d’animaux pour mieux comprendre ce qu’est la langue).

Puis la guerre éclate. Il est envoyé au front, en tant que civil, pour capter le maximum de sons des lignes ennemies. Quand il est démobilisé, il est invité à faire une communication à un congrès, où il expose une théorie digne d’un nazi : on ne connaît un homme qu’en le connaissant de l’intérieur, et le seul reflet de l’intérieur est la langue bien évidemment. De plus, si les étrangers ne peuvent pas apprendre l’allemand, c’est qu’ils ne sont pas physiologiquement fait pour cela. À partir de ses théories plus que stupides, il va commencer les expériences sur les prisonniers. Il va dès lors monter dans la hiérarchie du IIIe Reich, jusqu’à se retrouver dans le Bunker avec Hitler lors des derniers jours du mois d’avril 1945.

En parallèle, on suit donc la vie d’Helga, en commençant par sa vie de petite princesse, épargnée par la guerre (il y a des restes d’innocence au début de la narration), même si son père est de plus en plus absent et sa mère de plus en plus mal. Puis les choses se dégradent pour elle et ses frère et sœurs. Pour l’auteur, elle est lucide très tôt sur ce qui va se passer pour eux. Comme on le sait, la famille Goebbels est aussi présente les derniers jours du mois d’avril 1945 dans le bunker. Cette partie m’a plus intéressée car elle montrait une autre idée que celle du livre Magda dont je parlais plus tôt. Alors que le roman donnait à voir une jeune fille, souhait vivre intensément, ici on lit plutôt l’histoire d’une fillette innocente, puis lucide qui sait qu’elle ne vivra pas toutes les choses qu’on lui a promises.

Dans le bunker, les deux histoires se rejoignent car les enfants Goebbels sympathisent avec Karnau par l’intermédiaire du chien de celui-ci (ils se connaissaient déjà avant mais là le contact s’avère plus simple puisque les enfants ont besoin de distraction et que le chien Coco est idéal pour cela).

Dans l’ensemble, j’ai donc trouvé l’histoire intéressante mais je ne suis pas sûre d’avoir compris où l’auteur voulait en venir (il faut voir que Karnau survit au bunker et qu’il y a donc une partie, très minime, du récit qui se passe maintenant). Comme pour toutes les adaptations de romans, je me suis demandée s’il y avait beaucoup de choses de couper par rapport au roman, ou de changer carrément. Peut être que je lirais le roman un jour mais je ne pense pas maintenant par contre.

Les dessins sont plutôt du type comics. On est sur les grands traits des personnages. On reconnaît les enfants Goebbels par leurs tailles ; Goebbels lui-même par son crâne proéminent. Par contre, je n’aurais pas reconnu la mère si on ne me l’avait pas dit. Mais par exemple, Helga et les petites filles en général ont un énorme buste et des jambes de la grosseur d’allumettes. J’ai trouvé le personnage de Karnau plus travaillé au niveau des expressions du visage (et même du visage tout simplement). Les décors sont aussi très minimalistes. Par contre, j’ai beaucoup aimé le choix des couleurs pour marquer les différentes histoires et l’évolution des différents personnages (joie de l’enfance, tristesse, réussite, échec).

Soyons franc, la BD allemande a son style : on adhère ou on n’adhère pas ; à mon avis, il y aura très peu de BD du type de celles de Futuropolis, dont j’adore les très souvent magnifiques dessins, en Allemagne (je dis cela après avoir parcouru le rayon BD de l’institut ; j’ai sûrement un point de vue biaisé car le rayon est assez petit). Pour l’histoire, en général, cela va du plutôt pas mal au très bon, voire excellent. Je vous conseille donc de vous tourner vers cette BD si l’histoire vous inspire (ou vers le roman s’il est disponible dans votre bibliothèque). Les graphiques sont bons mais il ne faut pas vous attendre à un choc esthétique non plus.

Références

Voix de la nuit de Ulli LUST et Marcel BEYER – traduit de l’allemand par François Mathieu (Éditions Ça et Là, 2014)

Sukkwan Island de Ugo Bienvenu – d’après le roman de David Vann

SukkwanIslandDavidVannBDJe tiens à m’excuser pour cette looooongue absence mais je n’avais pas assez le moral pour écrire des billets de blog. J’ai été en vacances toute cette semaine où j’ai fait de belles lectures, ce qui m’a redonné l’envie de les partager.

Je suis à la bibliothèque du Trocadéro mercredi et en regardant les nouveautés, je suis tombée sur cette BD qui est l’adaptation en roman graphique du roman de David Vann. Elle était dans ma wish-list juste par curiosité mais je n’étais pas vraiment pressée de la lire (cela m’a donc évité un achat).

Pour rappel et grosso modo, Sukkwan Island est l’histoire d’un père emmenant son fils adolescent une année sur île déserte d’Alaska pour faire de la survie dans une cabane, aventure qui va mal tournée. Je ne sais plus si j’en avais parlé ici mais je n’avais pas du tout aimé le roman de David Vann. Danièle Sallenave avait dit à la radio le fameux truc qui se passe à la page je ne sais plus combien parce que « tout le monde l’avait lu ». J’avais donc attendu un peu avant de le lire mais j’avais fini par le lire et là cela avait été la déception. Je n’avais pas vu en quoi le roman était intéressant mais surtout je n’avais pas compris la psychologie des personnages. Ce que j’avais par contre aimé, c’est la découverte de l’Alaska.

Pas rancunière, j’ai donc redonné une chance à cette histoire avec l’adaptation de Ugo Bienvenu. J’ai eu raison, sa BD se lit d’un trait ! Dans l’ensemble (je ne me rappelle plus non plus de tous les détails), l’adaptation est fidèle au roman.

Les planches de paysages sont sublimes (cela donne envie de les découper). Il est à noter que les images sont en noir et blanc contrairement à la couverture. La scène de l’incendie de la cabane est grandiose !

Ce qui m’a plu par rapport au roman, c’est que j’ai compris (et adhéré) au personnage du père. Ugo Bienvenu l’a dessiné comme un homme propre sur lui, l’homme typiquement américain dans les séries TV (celui qui a le sourire tout blanc, bien rasé … il ne faut pas oublier qu’il est dentiste tout de même). Il ne semble jamais très expressif la nuit quand il pleure sur sa vie ou le jour quand il donne des ordres, fait son fier-à-bras … Il ne rit pas ni même ne sourit, il n’a aucune complicité avec son fils. Par contre, toutes les expressions et sentiments du fils sont concentrés dans son regard : soit affolé, soit désabusé, toujours méfiant envers son père. Il a un peu toujours les mêmes yeux que sur la couverture. Il ne sait pas pourquoi il est là mais il ne le sent pas.

Grâce aux dessins, j’ai mieux compris la première partie du livre. Par contre, j’avais trouvé la deuxième partie du livre plus intéressante car plus complète (et surtout moins froide) et là j’ai trouvé le roman graphique un peu plus léger. Pourtant, je n’ai pas l’impression qu’il manque des évènements (mais comme je le disais je n’en suis plus sûre).

Si vous avez aimé le livre, je pense que cela peut vous plaire pour vous y replonger d’une autre manière. Si comme moi, vous n’aviez pas accroché, cela peut vous permettre de redonner une autre chance à cette histoire.

Références

Sukkwan Island de Ugo BIENVENU – d’après le roman de David Vann (Denoël Graphic, 2014)

Les Temps Nouveaux de Warnauts et Raives

LesTempsNouveauxWarnautsRaivesCette bande dessinée est aussi un diptyque, le premier tome se passant en 1938 et le deuxième en 1944, l’entre deux ne nous étant absolument pas raconté.

L’action se situe dans les Ardennes belges, à La Goffe (je précise pour ceux qui connaissent).

Le premier tome s’ouvre avec le retour de Thomas après huit années à parcourir le monde (l’Afrique surtout). Il va prendre la gestion de l’hôtel qu’il a reçu en héritage. Le retour est un peu délicat car il est parti après avoir appris que la fille qu’il aimait et qui l’aimait allait se marier avec Charles, le sérieux de la fratrie. Entre temps Alice et Charles ont eu des jumelles mais Alice reste amoureuse de Thomas. Thomas lui a ramené Assunta, une espagnole communiste, dont il est fortement épris. Il peut aussi compter sur le soutien de Joseph, son meilleur ami, et accessoirement curé.  Pour vous situer, sur la couverture, on voit les cinq personnages : Thomas est celui avec la valise, Assunta la femme à la robe rouge, le curé est facile à reconnaître, Alice et Charles sont les deux personnages près de la voiture. Cela ressemble à une gentille histoire de famille, qui peut se régler avec le temps. Sauf qu’on est en 1938 et que la politique est partout : Thomas partage plus ou moins les idées d’Assunta avec plus ou moins de désinvolture, tandis que Charles est proche du rexisme, même s’il commence à renier ces idées pour se rapprocher des conservateurs.

LesTempsNouveauxWarnautsRaivesTome2Dans le deuxième tome, les Américains arrivent et libèrent La Goffe. Le temps des règlements de compte s’ouvre. Thomas n’est pas parti à la guerre à cause du paludisme qu’il a contracté en Afrique. Il s’est occupé de l’hôtel où il a vu passer les Allemands et maintenant les Américains. Il voit débarquer un jour Alice qui vient d’être tondu après la disparition de Charles soupçonné de collaboration. Joseph est très éprouvé par ce qu’il a vu. Assunta a disparu dans un camp. C’est la situation au début de ce deuxième volume mais les apparences s’avèreront trompeuses.

J’ai trouvé que c’était un bon diptyque avec des personnages bien campés et sympathiques, une histoire intéressante. Les points qui m’ont particulièrement plu ont été :

  • de voir la manière dont la Seconde Guerre mondiale a été vécue dans un petit village belge. Finalement, cela n’a pas été très différent de ce qui s’est passé en France : l’occupation, la collaboration, la résistance, la résistance de la dernière heure, l’épuration ressemblent étrangement à ce qui s’est passé en France.
  • de voir que les Ardennes belges sont très différentes des Ardennes françaises. Je ne suis pas monté très souvent là-bas mais à chaque fois il faisait tout gris ou trop chaud. Les couleurs de l’été n’étaient pas chatoyantes et on voyait plutôt du vert partout (j’ai vu des photos de l’automne où par contre le vert des arbres devenu orange est du plus bel effet). Les Ardennes belges semblent être une sorte de paradis avec beaucoup de lumière, des fleurs, des beaux paysages dégagés, de la neige qui recouvre magnifiquement le sol. Tout cela pour dire que ce sont deux albums avec de magnifiques couleurs, de beaux paysages mais je ne suis pas très sûre que cela soit réaliste.

Apparemment, il y a une suite qui s’appelle Après-guerre, un diptyque aussi, qui se passe à Berlin cette fois-ci.

Références

Les Temps nouveaux de Éric WARNAUTS et Guy RAIVES (Le Lombard)

Tome 1 : Le retour (2011)

Tome 2 : Entre chien et loup (2012)

Sibérie de Attilio Micheluzzi

SiberieMicheluzziJ’ai découvert cette BD en faisant une recherche bibliographique sur la Sibérie. Je ne connaissais pas du tout l’auteur mais il semble avoir fait beaucoup d’album et être assez réputé. Comme d’habitude, j’ai été un peu déçue car la couverture est en couleur et les dessins à l’intérieur sont en noir et blanc (j’aime les couleurs je suis désolée). En fait à la lecture, ce n’est pas du tout gênant …

J’ai eu en main, si j’ai bien compris, la réédition de 2011 de l’album de 1989 (qui était paru dans la revue Corto Maltese). L’histoire est celle de Gabriel Kovalensky, Comte de Lazarev, professeur de mathématiques à l’Université, qui en 1897 a comploté pour assassiner le tsar. Cela a raté et le Comte s’est pris comme peine 20 ans au Goulag. Il réussit à s’évader, essaie tant bien que mal de survivre, en venant même à tuer de ces propres mains. On arriverait pratiquement à croire que c’est un phénix tellement il échappe de fois à la mort sans mourir. Il ne renoncera jamais à ses idéaux, mais attendra leurs réalisations car la Russie ne semble pas prête.

Il ne fera jamais l’erreur de revenir à Moscou et restera en Sibérie. En 1917, on le retrouve donc en Sibérie « engagé dans la révolution du côté des bolchéviks ». On se dit enfin mais comme il reste un noble, ses aventures sont loin d’être terminées.

Cette BD est un coup de cœur absolu. En 120 pages, la vie complète de Gabriel est retracée. On passe par tellement d’univers différents ! du Saint-Pétersbourg bourgeois, noble, comploteur à la Sibérie, aux Goulags, aux travaux forcés, aux sorts des évadés qui errent sans fin (on retrouve même Raspoutine, en vieux prêtre lubrique), à la Révolution Russe, au complot, à la survie, à la trappe, aux chemins de fers … L’histoire ne connaît aucun temps morts ; elle est toujours amenée de manière extrêmement logique.

Les dessins (même s’ils sont en noir et blanc) rendent extrêmement bien les différents univers. Chaque personnage est travaillé tant au niveau de l’habillement, que des expressions du visage qui sont toujours adéquates. J’ai particulièrement admiré le travail qui est fait sur le visage de Gabriel où chaque évènements le marquent (comme le passage du temps d’ailleurs).

Je pense que j’ai été claire : j’ai trouvé cette BD vraiment excellente.

Références

Sibérie de MICHELUZZI – traduction de Michel Jans – Couleur de la couverture : Greg Cruz (Mosquito, 2011)

Abdallahi de Dabitch et Pendanx

Abdallahi1Abdallahi est un diptyque racontant le voyage de René Caillé, le premier blanc à être rentré à Tombouctou. En fait, le terme qui convient est plutôt chrétien et d’après Wikipédia ce n’est même pas vrai. N’empêche que cette BD nous parle d’un périple hors du commun.

J’ai pris complètement au hasard ces deux BD à la bibliothèque, juste en regardant les dessins qui sont absolument magnifiques. C’est seulement rentrée au bureau que j’ai regardé le résumé de la couverture. J’en parle à mon chef qui me répond « comment cela tu ne connaissais pas ? » J’ai cherché donc sur internet pour bien vérifier que c’était une histoire vraie. C’est le cas. Vous pouvez même lire le récit de son voyage (écrit par lui-même donc) aux éditions La Découverte. Il y a même un petit livre Géo sur la ville de Tombouctou écrit par René Caillé.

Tome 1 : Dans l’intimité des terres

Ce tome commence par l’introduction de René Caillé chez les Braknas (en Mauritanie). En effet, il vient y demander asile et protection dans le but d’apprendre l’arabe et de devenir musulman. Il ment en toute conscience et à tout le monde pour arriver à son but ultime : explorer des terres inconnues. Bien que méfiants, les Maures Braknas l’aident mais quand il a atteint son but, il prétexte de devoir retourner au comptoir de Saint-Louis du Sénégal pour récupérer ses marchandises. Il ne part pas seul mais avec Arafanba, un esclave noir affranchi de la tribu. En fait, il vient demander de l’argent pour arriver à son objectif de découvrir de nouvelles terres. On lui refuse sous prétexte qu’il n’est pas assez préparé. Il apprendra une nouvelle intéressante pour lui : une prime est offerte au premier Français (blanc, chrétien, Européen, comme vous voulez) qui entrera dans la ville de Tombouctou. De ce que j’ai compris, il y déjà des gens qui y sont rentrés mais ils n’en sont pas revenus. Arafanba décide d’aider René Caillé à faire ce voyage même si celui-ci lui a menti et lui mentira tout du long (en effet, il ne se confiera pas trop de peur d’échouer). Ce tome raconte le début du périple de René Caillé et d’Arafanba.

Tome 2 : Traversée d’un désert

Au début de ce tome, on retrouve Abdallahi, allias René Caillé essayant deAbdallahi2 traverser le fleuve Niger. Tombouctou approche … J’ai trouvé que cette partie était très intéressante d’un point de vue historique. L’esclavage ayant été interdit en Europe, les Noirs ont continués à être esclave, vendus par les Maures. Je ne savais pas du tout. Les scènes de détresse et de courage sont poignantes.  Abdallahi et Arafanba arrivent après maintes péripéties à Tombouctou. René est particulièrement déçu car cette ville est complètement « endormie » et ne présente pas les splendeurs tant fantasmées par les Européens. Désirant rentré en France, René doit traverser le Sahara pour rejoindre Tanger et le gouverneur de France. Ce sera la partie la plus éprouvant de son voyage, car là il sera vraiment seul.

ArafanbaDans une postface, les auteurs expliquent avoir adaptés quelque peu le récit de René Caillé et en particulier, avoir donné une part plus importante à Arafanba qui n’est que mentionné dans le livre de l’explorateur.

Comme je l’ai dit au début de ce billet, ce sont les dessins qui m’ont particulièrement attirés vers cette BD. Chaque vignette est une sorte de petit tableau où tout est intense. J’ai particulièrement apprécié la manière qu’a eu le dessinateur de nous faire admirer les splendeurs de l’Afrique, les populations simples et très gentilles. Pour cela, il a utilisé des couleurs vives, des visages et des corps qui ressortent du paysage.

AbdallahiJ’ai moins apprécié les parties sombres, plus obscures marquant des zones de doute et de danger dans l’histoire, tout simplement parce que mon ressenti était moins intense après avoir été plongé dans un monde splendide. C’est mon goût personnel. Le seul regret que je pourrais avoir est de ne pas toujours avoir reconnu Abdallahi. Je ne sais pas si c’était voulu par les deux auteurs pour montrer la profondeur du mensonge et des transformations que René s’est infligé pour réaliser son rêve.

En conclusion, c’est une histoire intéressante (et avant inconnue de moi), servie par des dessins sublimes, lumineux, extrêmement travaillés.

Références

Abdallahi – première partie : Dans l’intimité des terres de Christophe DABITCH (récit) et Jean-Denis PENDANX (dessin et couleur) (Futuropolis, 2006)

Abdallahi – deuxième partie : Traversée d’un désert de Christophe DABITCH (récit) et Jean-Denis PENDANX (dessin et couleur) (Futuropolis, 2006)

Kersten, médecin d’Himmler – Tome 1 : Pacte avec le diable de Fabien Bedouel et Pat Perna

KerstenBedouelPernaKersten, médecin d’Himmler est un diptyque consacré à la vie de Félix Kersten, qui devenu médecin de Himmler, « profita » de la situation pour sauver des Juifs entre autre. Je ne connaissais pas du tout cette histoire mais elle a déjà été racontée apparemment dans un livre de Joseph Kessel, intitulé Les mains du diable.

Dans ce premier volume, on fait la connaissance de Félix Kersten (1898-1960) quand il va au ministère des affaires étrangères à Stockholm pour demander un permis de travail. On est en juin 1945, il est allemand et pas n’importe quel allemand : le médecin personnel d’Himmler. Sa demande est refusée par le nouveau ministre. Cependant, un fonctionnaire récupère le dossier, l’étudie et découvre que Kersten n’est peut être l’homme que l’on croit. Ainsi, les auteurs de cette BD commencent à nous dérouler le passé de ce médecin énigmatique.

Le 10 mars 1939, à Berlin, Félix Kersten est appelé pour soigner le Reichsführer Himmler lui-même. En effet, le nazi a beaucoup entendu parler du médecin et souhaite savoir s’il peut le soulager de ses douleurs à l’estomac. Le médecin y arrive sans difficultés apparentes. Dès lors, Himmler ne pourra plus se passer de lui et le fera appeler n’importe quand. Kersten en profite pour lui demander des services, entre autre libérer ses amis, mais aussi pour espionner et renseigner ces mêmes amis.

Dans ce premier volume, on ne découvre pas le « dernier des Justes » (ou je ne l’ai pas compris). On découvre plutôt la manière dont il a réussi à s’infiltrer dans les petits papiers de Himmler, comment Heydrich, chef de la Gestapo en est arrivé à se moquer. Par contre, dans ce volume, il sauve peut-être des Juifs mais on ne le sait pas car il m’a plutôt semblé qu’il essayait de sauver des amis de son réseau de « résistance ». C’est la petite chose qui m’a gêné dans cet album : je n’ai pas réussi à comprendre quelles étaient ses convictions, à quel réseau il appartenait. C’est resté très nébuleux dans mon esprit. Le scénario est pour moi une réussite car tout semble vraisemblable, alors qu’il est précisé dans la présentation de l’éditeur que le livre est un mélange entre fiction et réalité (j’espère qu’il y aura une petite note explicative dans le deuxième tome).

Pour les dessins, j’ai particulièrement apprécié le travail qui a été effectué sur les visages (Himmler et Kersten sont extrêmement ressemblant) et leurs expressions. Ainsi je trouve que la tension de Kersten quand il essaie d’obtenir quelque chose, paraissant à la fois déterminé, sûr de lui et en plein doute, est palpable dans chacune des situations.

J’ai adoré lire ce premier volume car il m’a fait connaître une histoire que je ne connaissais pas du tout. Je lirai sans aucun doute le deuxième tome.

Références

Kersten, médecin d’Himmler – tome 1/2 : Pacte avec le diable de Patrice PERNA (scénario), Fabien BEDOUEL (dessin) et Florence FANTINI (couleurs) (Glénat, 2015)

Cœur de pierre de Séverine Gauthier et Jérémie Almanza

CoeurDePierreSeverineGauthierJeremieAlmanzaJ’ai découvert cet album jeunesse sur la chaîne YouTube de Margaud Liseuse, qui je crois me rappeler à acheter cette BD au salon de Montreuil cette année. L’occasion s’est présentée de le lire, donc je l’ai lu. C’est absolument trop mignon, très triste à la fin mais bon il faut une morale tout de même à l’histoire.

Dans cette BD, il y a trois personnages qui incarnent trois expressions utilisant le mot cœur : le cœur d’artichaut, le cœur de pierre et le cœur en or. Le cœur d’artichaut est la petite fille rousse sur la couverture. Le cœur de pierre est le petit garçon sur la couverture. Le cœur en or est un petit garçon.

La BD commence par la présentation du garçon au cœur de pierre, dans un univers très sombre, que rappelle le côté gauche de la couverture.

L’enfant au cœur de pierre était né en décembre, et tous les médecins lors de l’auscultation annoncèrent aux parents qu’ils ne pouvaient entendre les battements du cœur de leur petit garçon.

C’est ainsi que tomba l’horrible diagnostic. On leur dit que leurs fils ne sourirait jamais, qu’il n’aimerait personne et serait allergique à tous les sentiments que les autres éprouvaient ; qu’il serait tous les jours de très méchante humeur ; qu’il avait une pierre à la place du cœur !

Ces parents s’en désolent et oublient de s’occuper de leur fils malgré le terrible diagnostic. Il grandit donc seul. Comme personne n’essaie de le changer, le diagnostic se réalise. Avec son caractère, il n’a aucun ami. Pourtant la petite fille au cœur d’artichaut en tombe follement amoureuse au premier regard et lui effeuille donc son cœur, jour après jour, pour lui montrer son amour et essayer de lui faire enfin connaître l’amour. J’ai adoré que l’expression « cœur d’artichaut » soit prise au sens propre. La petite fille ouvre la porte de son cœur (même ça c’est une expression), prend une feuille de son artichaut et la donne au garçon au cœur de pierre. C’est juste magnifique et ingénieux.

Le petit garçon jette la feuille car il ne peut pas la comprendre. Le problème est que comme vous le savez tous, l’artichaut est un objet fini, il y a un nombre limité de feuille. Comment fera la petite fille quand elle n’aura plus de cœur. C’est là où intervient le garçon au cœur d’or pour tout arranger (que je vous ai mis sur la deuxième image ; vous le reconnaissez car il a des cheveux en or) car lui est amoureux de la petite fille au cœur d’artichaut.

Cœur de pierre - page 17
Cœur de pierre – page 17

Quand j’ai vu le personnage, j’ai trouvé qu’il n’était pas particulièrement moral d’introduire un trio amoureux dans un livre jeunesse mais en fait non, il vont rester 2 + 1. Comme je le disais en introduction, cela va mal se terminer pour le garçon au cœur de pierre. C’est un peu normal à mon avis mais le problème est que l’album se termine là-dessus, on en garde une impression de profonde tristesse. Cela fait pitié pour les gens qui ont un cœur de pierre et qui sont insensibles. Les cœurs en or et d’artichaut s’en sortiront toujours apparemment.

Sauf qu’il m’a fallu réfléchir pour en arriver à cette conclusion. Quand je suis tombée sur la dernière page, j’essayais compulsivement de tourner les pages avec mon doigt (j’ai lu cette BD sur la tablette) et cela ne marchait pas. J’ai vu le mot fin seulement après. Ma première pensée a été qu’il était vraiment plus difficile d’être un enfant de nos jours que de mon temps (je suis déjà vieille). Après j’ai réfléchi pour aboutir à mes conclusions.

P.S. : L’univers du dessinateur, ses dessins, ses couleurs sont une véritable splendeur. Sur papier, cela doit être beaucoup mieux qu’en numérique à mon avis. La couverture et la planche que j’ai mise en donne une bonne idée à mon avis.

Références

Cœur de pierre de Séverine GAUTHIER (scénario) et Jérémie ALMANZA (Delcourt, 2013)

Trains de légende – Tome 1 : L’Orient-Express de Richard D. Nolane et Diego Olmos Alminana

TrainsDeLegendeOrientExpressCette série de bandes dessinées est consacrée aux trains de légende. Elle compte actuellement trois tomes : le premier sur l’Orient-Express, le deuxième sur le Transcontinental et le troisième sur le Transsibérien. J’ai lu les trois volumes que j’essaierai de vous présenter au fur et à mesure. Celui-ci est mon deuxième préféré, devant le Transsibérien mais derrière le Transcontinental.

Le livre se décompose en deux parties : la BD à proprement parler, dont l’histoire est centré sur le train concerné, et un dossier historique sur ce même train. Dans les trois volumes, le dossier historique est vraiment très intéressant, complet et instructif pour une première approche (plus faible cependant pour le volume sur le Transsibérien).

Concentrons-nous sur ce premier volume. La BD est centré sur un fait réel. Le 13 septembre 1931, Sylvester Matuschka a posé une bombe sur le viaduc de Biatorbágy, près de Budapest en Hongrie, qui a explosée au passage du train, précipitant plusieurs wagons en contrebas. L’attentat a fait vingt morts. Cet attentat est resté dans les mémoires car dans ce train se trouvait Joséphine Baker qui a échappé de justesse à la mort puisqu’elle se trouvait dans le « seul wagon-lit qui n’a pas déraillé ».

L’histoire s’appuie donc sur ce fait réel, en prenant le point de vue de l’enquêteur chargé de trouver le poseur de bombes. Il se trouve face à la police secrète hongroise, qui cherche à mettre l’accident sur le dos des communistes. Pourtant il ne faillira pas et trouvera bien le responsable, tout en ne faisant pas perdre la face à la police secrète. C’est un franc tireur qui sait ménager sa monture.

C’est une histoire classique mais entraînante, avec beaucoup de rebondissements et d’intelligence (de la part de l’enquêteur), agréable à lire en tout cas. Par contre, je mettrais des bémols par rapport au projet de nous en apprendre plus sur les trains de légende. En lisant juste la BD, j’en ai plus appris sur la situation politique en Hongrie en 1931 que sur l’Orient-Express (il faut dire que je partais de loin vu que je ne connaissais ni le nom de Gömbös, ni le nom de Horthy). L’auteur ne s’est pas rattrapé sur les décors car on voit très peu de l’intérieur des wagons (et quand on le voit, c’est surtout le wagon-restaurant) et pour l’extérieur est bleu, je ne peux pas vous dire grand chose. C’est une déception de ce côté là, heureusement rattrapée par le dossier historique.

Références

Trains de légende – L’Orient-Express de Richard D. NOLANE (scénario), de Diego OLMOS ALMIÑANA (dessin), d’Hugo Sebastian FACIO GARCIA (couleurs) et de Ronan TOULHOAT (illustration de couverture) (Soleil, 2014)

P.S. : Je m’excuse pour mon absence mais les événements à Paris m’ont beaucoup travaillée (je ne sais pas si vous avez remarqué, pour ceux qui habitent à Paris, le silence dans les transports pendant une semaine, cela fait du bien mais pas dans ses circonstances là). Comme je l’ai lu sur un autre blog, j’ai un peu lu comme une zombie. J’ai d’ailleurs remis les livres que j’avais lu dans ma PAL.

Ceux qui me restent de Damien Marie et Laurent Bonneau

CeuxQuiMeRestentLaurentBonneauDamienMarieLe thème principal de cette bande dessinée est la maladie d’Alzheimer et son impact pour le malade et ses proches. Les auteurs traitent ce thème avec beaucoup de sensibilité, de justesse et de talent. Ils font passer beaucoup d’idées et de sentiments.

Les personnages principaux de l’histoire sont Florent et Lilie, un père et sa fille. Celui-ci s’est retrouvé veuf à la trentaine après le suicide de sa femme, qu’il aimait tendrement mais visiblement il ne lui a pas assez montré. Il se retrouve seule avec sa fille. Il a autant de mal avec elle qu’avec sa femme. Elle le quitte le plus vite possible pour se réfugier ses grand-parents anglais. Elle le laisse seul pendant 20 ans. Mais aujourd’hui il en a 70 et a besoin d’elle.

Il la cherche partout. Le problème est qu’il a Alzheimer et quand il cherche sa fille, il la cherche dans ses souvenirs, à la maternité, quand elle avait 5 ans et qu’il l’a perdue de vue sur le bateau de retour après l’enterrement, quand elle est partie de la maison. Il s’enfuit de l’hôpital pour la retrouver mais aujourd’hui Lilie est là, sans vraiment lui avoir trop pardonner. Elle veut et va l’aider de son mieux.

Le scénario mélange toutes les époques et suit les pensées de Florent qui sont donc assez chaotiques. La grande force de ce récit est d’arriver à ne pas nous embrouiller, nous. Je pense que c’est grâce à des dessins très travaillés. Le dessinateur a vieilli son personnage, en en gardant les expressions types. Il est donc très facile à reconnaître et de comprendre les transitions dans l’histoire. Ce que j’ai aimé aussi dans les dessins, c’est le fait que la mère et la fille apparaissent sous les mêmes traits, un peu comme si elles étaient des apparitions. Cela aussi cela rend bien la confusion dans l’esprit du malade.

C’est une bande dessinée avec un bon scénario et des dessins qui le servent habilement. C’est une très bonne découverte.

Références

Ceux qui me restent de Damien Marie (scénariste) et Laurent Bonneau (dessinateur) (Grand Angle, 2014)

L’Insurrection – tome 1 : Avant l’orage de Gawron et Sowa

InsurrectionTome1deGawronSowaMon père s’est acheté une tablette grand format. J’en profite donc pour lire plus de BD (c’est quand même bien moins chère, surtout quand on regarde la reprise des occasions pour la BD). Pour l’instant, j’utilise Izneo. Si vous avez d’autres sites à me conseiller, je suis preneuse.

Cette BD est le premier tome d’une série, qui doit en comporter deux (si j’ai bien compris). On est au printemps 1944 à Varsovie, un an après l’extermination du ghetto juif.

On suit un jeune couple, Alicja et Edward, dont il est difficile de donner l’âge au vu des dessins. On saura seulement que lui est mineur. Elle souhaite se battre, dans la mesure de ses moyens, pour la liberté de son pays, encore occupé par les Allemands. Lui n’aspire qu’à la tranquillité et surtout à la liberté, non pas qu’il ne comprend pas la guerre mais elle lui gâche un peu sa jeunesse et son histoire d’amour.

Pour la première fois, Alicja emmène son amoureux dans sa famille. Il découvre une famille où le temps semble s’arrêter. Le père et la mère se dispute pour des broutilles, la sœur aînée, Krystyna, prépare son mariage dans un mois avec Roman. Les victuailles, qui ont été difficiles à rassembler, se trouvent déjà dans la cave. Pourtant, dans cette famille, le gène du combat pour la liberté est là. Le frère aîné en est mort. Roman, qui habite dans l’appartement (mais qui ne retrouve pas Krystyna le soir bien sûr), fait quelques actions de sabotage et de diffusion de tracts. Alicja y participe aussi et Edward va se laisser entraîner (et même y prendre goût comme il dit). On est à la veille de l’insurrection de Varsovie, avant l’orage comme le dit le titre.

L’action n’est clairement pas le point fort de ce tome. Il s’agit plus d’un tome d’introduction à la série, avec la présentation des personnages et des caractères. Les auteurs s’attachent à retracer la vie à Varsovie pendant la guerre, à travers le destin d’une famille mais aussi d’un immeuble. En effet, sont distillés au cours de la narration l’histoire de deux autres personnes : une femme aimant un allemand et un homme aimant une femme juive, qui, malgré le fait que tout l’immeuble était près à couvrir sa présence, s’est sentie obliger dans le ghetto pour protéger l’homme qu’elle aimait. C’est donc plus l’atmosphère que je retiendrais de ce premier tome. une atmosphère où, malgré la guerre en arrière-plan, la vie est prégnante. Une vie toute simple, où les gens essaient de continuer à vivre.

Je trouve que les dessins et couleurs, plutôt pastel et marron, donnent l’impression d’être dans un monde suranné, un monde détruit, ou plutôt qui va être détruit.

En conclusion, j’ai une plutôt bonne impression de ce premier tome, qui ne peut pas se lire seul à mon avis (on ne peut pas s’arrêter à celui-là). Je me demande comment les auteurs vont faire évoluer leurs personnages (mais aussi les dessins et les couleurs) pendant l’insurrection de Varsovie.

Références

L’insurrection – Tome 1 : Avant l’orage de Gawron (dessin) et Sowa (scénario) (Dupuis / collection Aire libre, 2014)

P.S. : Je réponds aux commentaires bientôt …