Le dernier Varlamis de Thanassis Valtinos

LeDernierVarlamisThanassisValtinosJ’ai acheté ce livre à mon dernier passage à la librairie pour la quatrième de couverture. En effet, il y était dit qu’à « travers l’histoire d’une famille » (celle des Varlamis), l’auteur parcourait « l’histoire de la Grèce moderne toute entière, de sa naissance en 1821 aux épisodes scabreux de l’Occupation et de la guerre civile qui lacéra le pays après la Libération ». Ne connaissant absolument rien à l’histoire de la Grèce moderne, je me suis dit que cela serait une bonne lecture pour moi.

Ce « roman » est très court (une cinquantaine de pages) car en fait, ce n’est pas un roman mais la retranscription du discours que l’auteur a prononcé lors de son entrée à l’académie d’Athènes.

À partir d’un chant populaire, Varlamis, l’auteur invente son histoire qu’il fait passer pour réelle. La lignée commence réellement avec Grigorakis Varlamis, lorsque celui-ci s’engage dans l’armée, « pour y finir avec le grade de sous-commandant vers la fin du règne d’Othon (1863) ». On saute ensuite une génération pour passer au petit-fils Grigorios Mikhaïl Varlamis, qui sera lui capitaine dans l’armée, avant de partir avec une étoile de cabaret, alors qu’il est marié avec deux enfants (bien sûr après il sera congédié de l’armée). L’auteur se concentre sur l’histoire de ce couple et sur l’histoire de leur fils qui sera le dernier Varlamis (il mourra pendant la Seconde Guerre mondiale, victime d’un règlement de compte).

La seule chose réelle dans ce texte est le chant populaire (de cinq lignes). Pourtant, si le préfacier n’avait pas dit que toute l’histoire était inventée, je ne l’aurais pas deviné toute seule. L’auteur, en fait, ne fait pas que raconter l’histoire de la famille mais aussi l’historiographie de la famille. Ainsi, dès le début du texte, il explique les querelles de chercheur qu’il y a autour de sa famille, en inventant des noms, des références, qui sont citées comme de réelles références. Franchement, quand j’ai commencé le livre, je me suis dit que cela allait être une lecture très difficile car ces références impliquaient un rythme très difficile à suivre, n’étant pas le rythme habituel d’une narration (type roman). En plus, l’accumulation, en très peu de temps, de noms difficilement mémorisables pour une lectrice non habituée, a rendu le début de ma lecture compliquée. Pourtant, un personnage très intéressant surnage : une étudiante ayant consacré sa thèse à cette famille, en prenant le risque d’en inventer la fin ! La citation ci-dessous est d’elle. On la retrouvera d’ailleurs à la fin du texte. D’après la postface, l’utilisation d’archives, de mélange de matière réelle et de matière inventée est caractéristique de l’auteur (8 livres de cet auteur sont disponibles en français).  Un point important du texte est donc le mélange de la littérature et de l’Histoire et la manière dont elles se répondent.

Même sans connaître l’histoire de la Grèce moderne, on peut lire ce livre sans soucis car ce n’est pas forcément le but du texte. Les éditeurs ou la traductrice ont pris le parti de mettre des notes explicatives sur l’histoire de la Grèce à la fin du livre, sans qu’il y ait de report dans le texte principal. Comme je n’avais pas vu ces notes, j’ai lu le livre sans me soucier de ce que pourtant j’y cherchais ! Après avoir lu les notes (très intéressantes), j’ai vu autrement le discours de Thanassis Valtinos.

En plus de tout cela, la traductrice propose dans sa postface un autre niveau de lecture. Cela m’a assez persuadé que le discours pouvait être lu plusieurs fois, et qu’à chaque fois on y trouverait autre chose. Je pense donc que c’est un bon texte mais pas idéal pour découvrir l’auteur. Je pense que je lirai un autre livre, un roman, de lui pour mieux me rendre compte de ce qu’il peut/veut écrire. L’avantage est que ses romans sont disponibles à la bibliothèque ou à la librairie (les éditions Fario en ont d’ailleurs publié un, en même temps que ce discours).

À souligner : le livre est très bien traduit, dans le sens où la lecture est fluide malgré la difficulté de rythme du texte, très bien introduit et bien postfacé. Enfin, des gens qui ont compris qu’on ne dévoile pas le texte avant que le lecteur l’ai lu !

Une citation

La vie est en soi une narration. L’Histoire est la narration seconde de la première. Lorsque les événements perdent le frémissement de la vie et pâlissent définitivement, par force nous faisons confiance à la littérature. (p. 49)

Références

Le dernier Varlamis de Thanassis VALTINOS – traduction et postface de Lucile Arnoux-Farnoux – Préface de Gilles Ortlieb (éditions Fario, 2015)

L’Odyssée de Homère

J’ai reçu hier une très gentille petite carte de Niki me demandant si j’étais souffrante puisque je ne rédigeais plus de billets sur les livres que je lisais. Sachez que je vais bien (pour ceux que cela intéresse bien entendu). Outre que j’ai lu quelques navets, je me suis inscrite à un MOOC sur Coursera intitulé Greek and Roman Mythology.

Je me suis aussi inscrite à des MOOC scientifiques, qui occupent beaucoup mon temps mais qui me sont nécessaires pour compléter mes connaissances qui semblent insuffisantes à bien des égards. Mais le MOOC sur la mythologie, je l’ai choisi parce que j’ai toujours voulu savoir ce qui se cachait derrière la mythologie grecque et romaine, et surtout connaître des références culturelles que tout le monde cite. Je ne le fais pas à fond car normalement il y a une dissertation à rendre. Je regarde juste les vidéos et fais les quizz.

Il y a donc des lectures à faire et la première a été L’Odyssée de Homère. J’ai donc passé trois semaines dans ce livre et cela a été ma plus grande surprise depuis le début de l’année.LOdysseeHomere

Je n’ai jamais voulu me lancer là-dedans car dans ma tête, c’était une sorte de longue poésie (et je n’arrive pas avec la poésie comme vous le savez peut-être).

J’ai choisi la traduction disponible chez Babel car après avoir lu les commentaires sur Amazon, il m’a semblé que c’était la version la plus adaptée pour moi. Je l’ai donc ouvert et première surprise, cela se lit très bien. Pour une première lecture, je n’ai pas fait particulièrement attention à la forme mais plus au fond. En cela, j’ai été aidé par les vidéos du MOOC qui souligne les points essentiels de l’action et le pourquoi du comment. Par exemple, le professeur a beaucoup insisté sur la Xenia grecque mais aussi sur l’universalité de certains thèmes.

Je ne reviendrai pas sur le livre car je ne pense pas que je pourrais vous apporter dessus plus que ce que vous ne savez. Quand je l’ai fermé, j’ai eu envie de le relire (pour vous dire comme je l’ai aimé). J’ai bien sûr prévu de lire L’Iliade mais mon chef m’a dit que c’était plus compliqué donc j’attends un peu. Je me suis aussi demandée pourquoi on traduisait, en France, Odysseus par Ulysse. Je me suis sentie bête quand j’ai regardé la première semaine de vidéo. Je me suis demandée qui était cet Odysseus dont on parlait en plus de Télémaque (j’avais lu les huit premiers livres et je n’avais pas rencontré ce personnage…). Ulysse, c’est le nom romain. Pourquoi nous n’avons pas gardé le nom grec ?


Je ne savais pas si vous avez déjà suivi un MOOC mais il y a un forum où les participants discutent. Dessus, il y avait un sujet sur le livre de Margaret Atwood, L’Odyssée de Pénélope. Curieuse, je l’ai acheté puis lu et c’est aussi une très bonne surprise.

Le livre est écrit une alternance (de chapitre) entre l’histoire de l’Odyssée racontée par Pénélope et le chœur des 12 servantes assassinée par Télémaque dans l’Odyssée.

LOdysseeDePenelopeMargaretAtwoodPénélope s’exprime dans une langue moderne et parlée. Cela se justifie par le fait qu’elle nous parle du XXIième siècle, du « paradis », où elle nous observe. Elle a aussi adoptée un point de vue moderne et féministe.

Dans un premier temps, elle nous parle de son enfance à Sparte, à la cour de son père , Icare. Elle nous raconte la tentative de meurtre que celui-ci a commis celle en voulant la noyer et où elle fut sauver par des canards. Elle parle aussi de sa mère, une Naïade, qui préférait nager que de s’occuper de sa fille. Elle s’est ainsi transformé en une adolescente timide et peu sûr d’elle.

Quand elle eut quinze ans, elle a été en âge de se marier. Ulysse l’a jouée à la course à pied et l’a gagnée (on l’a plus ou moins laissé gagner) mais cela ne compte pas puisqu’il avait aussi joué pour la cousine de Pénélope, Hélène, qui avait été remportée par Ménélas provoquant ce que l’on sait. Ulysse est décrit ayant des jambes courtes et un torse de barrique. D’un point de vue moral, il est défini comme un menteur, tricheur et beau-parleur. Ce n’était donc pas le grand amour comme décrit dans L’Odyssée. Il y a une certaine complicité qui s’est faite au lit, après le mariage. Cependant, Pénélope souffre de l’attitude méprisante de sa belle-mère et de celle trop envahissante de la nourrice d’Ulysse. Puis, il part à Troie et n’en revient qu’après 20 ans.

Dans la suite du livre, Pénélope parle de ses stratagèmes pour se protéger des prétendants. Pour cela, elle les a fait espionner par ses douze plus belles servantes, celles qui seront assassinées.

Celles-ci s’expriment donc dans le livre, comme un chœur dans les tragédies grecques. Elles sont donc un groupe vengeur et menaçant envers Ulysse mais n’en veulent pas du tout à Pénélope.

Le livre est court mais est très drôle car iconoclaste, moderne tout en étant ancré dans l’histoire racontée par Homère. Je vous le conseille vivement. C’est par contre très différent des livres habituellement rédiger par Margaret Atwood.

Références

L’Odyssée de HOMÈRE – traduit du grec par Frédéric Mugler (Actes Sud / Babel, 1995)

L’Odyssée de Pénélope de Margaret ATWOOD – traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné (Flammarion, 2005)

P.S. : Il me reste une semaine de travail à tirer et après je suis en vacances pour trois semaines. Je serais plus présente alors …

Petits meurtres entre mathématiciens de Tefcros Michaelides

PetitsMeurtresEntreMathematiciens

Encore une idée de lecture que j’ai trouvé dans les Défis du CEA (l’abonnement est gratuit si vous êtes intéressés). Bien sûr, c’est le titre qui m’a interpellé de suite. Après lecture, je dirais qu’il est un petit peu racoleur tout de même car ce n’est pas le sujet principal du livre. Le sous-titre s’avère lui beaucoup plus juste : « comment deux amis débattent de maths et d’amour dans le Paris de la Belle Époque ».

On est en 1929, à Athènes. Michael Igerinos est appelé pour reconnaître le corps de son ami de trente ans, Stefanos Kantartzis, qui vient juste d’être assassiné, empoisonné plus exactement. Cela ramène Michael trente ans en arrière. Pour arriver à l’explication du meurtre, il va remonter très longtemps jusqu’à nous (c’est à peu près 80 % du livre). Les deux mais se sont rencontrés en 1900 à Paris, au deuxième Congrès international de mathématiques qui s’est tenu à la Sorbonne. C’est là où Hilbert a présenté ses fameux 23 problèmes qui allaient guider tout le développement des mathématiques durant le 20ième siècle. Ils se sont rencontrés par le plus grand des hasards mais se sont tout de suite plut. Penzez, tous les deux sont animés par les mathématiques ! Pendant ce séjour, Stefanos présentera à Michael la vie parisienne, et entre autre Picasso (apparemment, l’auteur a pris quelques libertés et avancée le séjour à Paris de quelques mois). C’est à mon avis la partie la plus intéressante du livre car l’auteur présente les différents courants qui traversent les mathématiques mais aussi les personnages qui animent le domaine. On apprend notamment que Hilbert était connu pour êtres un bon vivant dans la ville médiévale de Göttingen.

Ensuite, j’ai trouvé qu’on perdait un peu de vue les mathématiques car Michael est obligé d’arrêter pour cause de raisons familiales. On rentre alors plus dans la description d’une époque très troublée, ainsi que dans la description du fil d’un vie (mariage, divorce, maîtresse …) Même quand Michael retrouve Stefanos, par hasard toujours, ils parlent moins de maths car Stefanos a gardé la passion de la recherche (dans le sens résolution de problème) tandis que Michael ne fait que se tenir au courant. Le livre perd alors un peu d’intérêt.

Comme je le disais, la résolution du meurtre ne casse pas trois pattes à un canard. Il n’y pas d’enquêtes car il n’y a pas de suspect. Le livre est donc plus sur l’histoire des maths que sur les maths elles-mêmes.

Je dirais que c’est un bon livre dans les 150 premières pages, mais qui s’essouffle dans la suite. Je précise qu’il faut tout de même être un tout peu intéressé par le sujet …

P.S. Je suis sûre que vous vous êtes toujours poser la question de comment retenir les décimales de pi. Ce livre donne la réponse : il suffit de compter les lettres de chacun des mots de ce poème :

Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages !

Immortel Archimède, artiste ingénieur,

Qui de ton jugement peut priser la valeur ?

Pour moi, ton problème eut de pareils avantages.

Qui a dit que les mathématiciens n’étaient pas capables de poésie ?

Références

Petits meurtres entre mathématiciens de Tefcros MICHAELIDES (Plumes de science / Le Pommier, 2012)

Gioconda de Nìkos Kokàntzis

Ceci est une histoire vraie. Nìkos Kokàntzis décide en 1975 de raconter sa première histoire d’amour, un amour véritable, fou, rêvé pourrait-on dire, avec une jeune voisine juive, Gioconda. Le problème est que l’on est en 1943, que la Grèce est occupée par les Allemands. Le problème est qu’ils sont deux jeunes adolescents et qu’ils ont autre chose à penser qu’à la guerre.

C’est un livre magnifique. On oscille tout le temps entre la guerre et une sorte des parenthèses rêvées que sont les moments d’intimité entre Gioconda et Nìkos. Nìkos Kokàntzis n’écrira qu’un livre et cela sera celui-ci, pour que Gioconda ne meurt pas une seconde fois avec lui. On peut regretter le fait que son talent d’écrivain ne s’exerce que sur d’autre livre car la langue est précis dans les descriptions et les sentiments, sensuelle aussi. L’auteur arrive à faire passer toute son émotion présente mais aussi passée. C’est un des meilleurs livres que j’ai lu sur la description des sentiments du premier amour (et même de l’amour en général)(j’espère que j’ai bien expliqué qu’il ne s’agit pas d’un flirt mais vraiment d’amour, celui qui vous chamboule entièrement) ; on comprend toute la profondeur du sentiment, tous les bouleversements engendrés.

Une très belle lecture, pleine d’émotions.

Références

Gioconda de Nìkos KOKÀNTZIS – récit traduit du grec par Michel Volkovitch (Éditions de l’Aube, 2012)

Un siècle de littérature européenne : 3/100 (année 1975)

Le vent d’Anatolie de Zyrànna Zatèli

Quatrième de couverture

Une enfant bizarre rend visite à une vieille femme malade, plus bizarre encore. Le quotidien d’un coin perdu de Grèce du Nord transfiguré par le souvenir et l’imagination… Un monde à part, étrange et familier. La vie est pleine de merveilles, et la mort aussi, semble nous dire Zyrànna Zatèli, la magicienne au sommet de son art.

Entre innocence et cruauté, Le Vent d’Anatolie est une nouvelle d’une rare beauté.

Mon avis

J’avais déjà lu, il y a longtemps un recueil de nouvelles de cette auteure, La Fiancée de l’an passé, que j’avais trouvé très mystérieux et un peu écrasant (j’ai envie de le relire maintenant pour confirmer cette impression).

Ici, il s’agit donc d’une courte nouvelle (50 pages) extraite du recueil Gracieuse dans le Désert. Comme le dit la quatrième de couverture, une enfant bizarre vient voir une vieille femme, Anatolie, contre l’avis de tous le village car la vieille dame est atteinte d’une tuberculose galopante qui dure depuis au moins deux décennies. Pourtant, l’enfant ne peut s’empêcher d’aller la voir car elle lui raconte des histoires sur le passé, a des images un peu fantastique …

Ce qui est important dans ce type de texte, je crois, c’est l’atmosphère, la poésie. Ici, on a l’impression que dans le village il n’y a que deux personnes. Les autres villageois sont une masse diffuse, un peu menaçante sur l’amitié qui se créé. Il y a aussi un côté hors du temps car il n’y a pas de repère temporel ou très peu pour savoir sur combien de temps l’histoire se passe (même si le début permet de voir que la narratrice fait un retour assez lointain dans son passé), ou même combien de temps la petite fille reste (cela semble durer toujours une très longue journée comme si ses parents ne s’intéressaient pas à elle). La poésie est bien présente rien que dans le titre dont on comprend la portée à la fin et dont on ne peut pas se douter en achetant l’ouvrage.

À noter, une chose que j’ai découvert l’autre jour, c’est que publie.net a une collection grecque (re)publiant en numérique des traductions (plus disponibles) de Michel Volkovitch dont La Fiancée de l’an passé.

Réféfrences

Le Vent d’Anatolie de Zyrànna ZATÈLI – traduit du grec par Michel Volkovitch (Quidam, 2012)

Oncle Petros et la conjecture de Goldbach de Apostolos Doxiadis

Quatrième de couverture

Le vieil oncle Petros qui vit dans une petite maison près d’Athènes est-il un des grands ratés de la science ou le Prométhée de la théorie des nombres ? Lorsqu’il meurt, il fait don à son neveu préféré de sa bibliothèque de livres scientifiques. Celui-ci raconte alors quelles ont été ses relations avec cet homme peu commun et quel a été son destin.
Une conjecture mathématique irrésolue depuis deux siècles, un oncle mathématicien rendu fou par la recherche de la solution, un neveu qui enquête, avec ce polar des nombres premiers, Apostolos Doxiadis a réussi un roman parfaitement original et attachant, salué par les communautés mathématiques et littéraires anglo-saxons comme un exploit qui force l’admiration de deux mondes peu habitués à se rencontrer.

Mon avis

Ce livre aborde, avec beaucoup de réussite, les thèmes que le livre de Claudine Monteil ne faisait que survoler. Je précise au passage que Apostolos Doxiadis est mathématicien de formation.

On rencontre un homme, un génie, le fameux oncle Petros, qui s’est consacré toute sa vie au mathématique. Futur héritier d’une grande fortune en Grèce et normalement destiné à la gérer, son père acceptera de le faire former par Carathéodory, en Allemagne (parce qu il était grec), après avoir reconnu le génie de son fils. Il rencontre alors une femme avec qui il vit six mois torrides mais elle se marie avec un autre. Il décide alors de la reconquérir en devenant le plus grand mathématicien du monde. Pour l’instant, il fait sa thèse sur un problème d’équations différentielles (qui trouvera son application durant la Première Guerre Mondiale). Ce sont des mathématiques appliquées. Malgré le grand renom que lui doit sa découverte, il la comparera tout au plus à des comptes d’apothicaire.

Il reçoit peu après une bourse pour aller à Cambridge travailler avec Littlewood, Hardy et Ramanujan (mathématiciens dont Keisha nous a parlé ici). Commence alors le début d’une période très prolifique mais aussi le début de la fin car il va décider de se consacrer à la théorie des nombres et surtout à la conjecture de Goldbach.

La conjecture de Goldbach (dont parle aussi Le théorème du perroquet) c’est cette phrase si simple que personne n’a jamais réussi à démontrer : « Tout nombre pair supérieur à 2 est la somme de deux nombres premiers ».

À partir de là, il va s’isoler (dans une université allemande) pour travailler sur ses recherches. Il obtiendra plusieurs résultats intermédiaires qu’il ne publiera pas à temps (d’autres l’auront devancer alors qu’il les avait trouvé avant mais ne s’était pas tenu au courant). La question qui se pose alors c’est jusqu’où doit-on aller pour démontrer une conjecture qui devient une obsession ? La réponse que retiendra Petros lui sera inspirée Kurt Gödel (avec son théorème de l’incomplétude) et Alan Turing.

Le livre parle de la différence entre mathématiques appliquées et mathématiques fondamentales : l’une est dans le monde de tous les jours alors que l’autre est dans un autre monde, un monde « poétique ». L’auteur va même jusqu’à comparer le mathématicien a un poète, a un artiste car il se créé un monde, ses propres images pour pouvoir prouver des théorèmes. C’est d’ailleurs ce que dit Alain Connes, médaille Fields, dans cette vidéo.

L’auteur parle de comment faire de la recherche (travailler sur son problème, ne pas forcément se laisser obséder, reste en contact avec ses collègues, avec ce qui se fait). Il fait aussi que sur le sort d’un mathématicien, sur comment il peut s’en sortir dans ce monde (sur six, seuls deux on eu une vie normale dans le livre, les autres ont été atteint de folie ou se sont suicidés).

Tout cela est fait dans une langue fluide, sans trop de mathématiques (genre deux pages du livre) et aussi avec beaucoup d’humour.

Je trouve que c’est un très bon livre, intéressant à lire pour toutes les raisons ci-dessus.

Références

Oncle Petros et la conjecture de Goldbach de Apostolos DOXIADIS – traduit de l’anglais par ? (Points Seuil, 2002)