Les Dix Jours de Yangzhou – Journal d’un survivant de Wang Xiuchu

Comme je l’ai dit il va y avoir toute une série de billets qui ne sont pas du tout dans l’ambiance de Noël. Voilà le premier.

Cela fait je ne sais combien de temps que j’ai ce livre dans ma PAL ; cela fait tellement de temps que je ne sais même plus où je l’ai acheté (et l’étiquette de prix ne me donne aucun indice). Ce n’est pas très grave puisque je l’ai lu maintenant.

Le thème du livre est le massacre de la population de Yangzhou, en 1645, pendant 10 jours, qui a eu lieu après la prise de la ville par les armées mandchoues (lors de la « transition » entre la dynastie des Ming et celle des Qing). C’est un livre d’un peu moins de 100 pages : 2/3 est consacré à une introduction et 1/3 au texte de Wang Xiuchu lui-même.

L’introduction est écrite par Pierre Kaser, maître de conférences au département des études asiatiques de l’université d’Aix-Marseille et membre de l’irAsia, Insitut de recherches asiatiques. La première partie de l’introduction est consacrée à une présentation de l’histoire de la ville et de sa place dans l’histoire chinoise (l’auteur va jusqu’à la période contemporaine). L’auteur se concentre ensuite sur la bataille de Yangzhou lors des guerres marquant la fin de la dynastie Ming. Suite à des difficultés économiques entre autre, la Chine connaît deux rebellions (à partir des années 1620-1630) : une au Nord, celle de Li Zicheng et une au Sud, celle de Zhang Xianzhong. On sait que la rébellion du Nord, avec l’aide des Mandchous, s’est imposée en avril 1644 face à la dynastie Ming (le dernier empereur se suicidant avant la prise de son palais). Cependant, conquérir Pékin n’est pas conquérir la Chine. La guerre continua donc.

Les mois suivants la chute de Pékin et la fondation par Li Zicheng d’une éphémère dynastie Shun qui s’acheva avec sa mort en mai 1645, vont ainsi révéler la détermination de Dorgon (1612-1650), à qui était revenue, après la disparition d’Abahai (1593-1643), la corégence de la nouvelle dynastie Qing dont le jeune empereur Shunzhi (1644-1661) n’était âgé que de six ans, face à la désorganisation et à l’égoïsme suicidaires des derniers fidèles de Ming. Ceux-ci s’étaient repliés en désordre à Nankin, incapables de choisir un digne successeur au défunt Fils du Ciel. Le prince Fu (1607-1646), finalement sélectionné, ne prendra jamais la mesure de sa responsabilité. Devenu l’empereur Hongguang (r. 1644-1645), il se livrait à la débauche, pendant que quelques serviteurs zélés jouaient leur vie par respect pour leur engagement jusqu’à servir jusqu’à la mort le souverain de cette dynastie des Ming du Sud (Nan Ming) quel qu’il fût (p.21).

Shi Kefa était un de ces hommes. Il défendit vaillamment la ville, mais devant l’absence de renfort et la présence en nombre de soldats mandchous à l’extérieur de la ville, il n’a rien pu faire. La ville fut prise et laisser en pâture aux soldats, après la mort de Shi Kefa. Le texte de Wang Xiuchu est le témoignage d’un des survivants. Pierre Kaser présente ensuite le devenir du texte, sa circulation, son interprétation, son oubli, sa récupération aussi. Il présente les différentes versions chinoises et en traduction (en langues occidentales). Plusieurs fois, ce texte a été supposé être un faux témoignage, c’est-à-dire ne datant pas de l’époque du massacre.  Les gens se sont basés sur l’estimation du nombre de morts que donne l’auteur à la fin de son texte (une estimation de 800 000 morts tout de même), qui ne pouvait qu’être fausse d’après eux. Visiblement les historiens ramènent le nombre de morts plutôt entre 20 000 et 30 000, certains vont jusqu’à 300 000. Pour mémoire le massacre de la population chinoise par les japonais à Nankin, en décembre 1937, soit trois siècles plus tard, a fait entre 40 000 et 300 000 victimes. Cela donne, je pense, une idée de l’ampleur du massacre de Yangzhou.

L’introduction de Pierre Kaser est extrêmement claire et bien construite. Elle présente, pour moi, un point très positif : la lecture des notes de bas de page, de taille imposante, n’est pas obligatoire. Vous pouvez vous les réserver pour une relecture, pour une envie d’approfondissement du sujet des sources utilisées. C’est tellement rare. Après pour être quand même précise, je suis contente d’avoir fait mes lectures sur la Chine, à l’été, avant de lire ce livre car je ne suis clairement pas sûre que j’aurais autant profité de cette introduction.

Passons au texte lui-même de Wang Xiuchu (on a très peu, voire pas, de traces de l’existence de cette personne). Sur trente pages, ils racontent ce qu’il a vu et entendu. Comme il le dit lui-même, il ne raconte que cela, et aucunement ce qui a pu lui être rapporté après. Le bilan de ces dix jours pour lui est le suivant :

Des huit que nous étions au début de cette triste période – mes deux frères aînés, mon jeune frère, ma belle-sœur et son fils, mon épouse, mon fils et moi – nous n’étions plus que trois, si j’omets de compter mes parents par alliance (p. 94).

Il a entendu deux de ses frères se faire assassiner à coups de sabre, il a vu son autre frère se faire blesser et agoniser très lentement. De nombreuses personnes de sa famille. Il a été plusieurs fois obligé de se séparer de sa femme (enceinte de 8 mois tout de même) et de son fils pour les protéger. Il l’a vu se faire frapper, sans pouvoir rien dire car elle lui avait dit de ne rien faire pour qu’au moins un des deux puisse rester en vie. Pendant dix jours, il a erré de cachette en cachette pour se protéger et protéger sa famille. Il a donc pu voir de lui-même l’ampleur de ce qui se passait. Il décrit des scènes abominables : des viols, des bébés à même le sol, écrabouillés par les sabots des cheveux, les meurtres, les brimades, les coups, la recherche systématique par les soldats de nouvelles victimes… Il décrit la peur et la survie surtout. En trente pages, il dit dix fois, cent fois plus que n’importe quel film, n’importe quel livre, n’importe quel reportage sur ce qu’est la guerre, sur la réalité de ce qu’est vraiment un massacre. On ne peut pas dire qu’on « aime » ce genre de texte, on peut juste se dire que oui, il faut se souvenir et faire vivre cette mémoire.

C’est encore plus vrai quand on lit la conclusion du texte :

Tout ce que j’ai noté ici en désordre sont des choses que j’ai vécues personnellement, vues personnellement ; ce ne sont, en aucun cas, des choes entendues ici ou là. Qu’elles servent d’avertissement à ceux qui, vivant dans des temps de paix et ne connaissant que la tranquilité et la joie, négligent de réfléchir sur eux-mêmes, et son incapables de maîtriser leur appétit pour le plaisir (p. 94).

et ce qu’en dit Pierre Kaser :

Wang Xiuchu achève son récit par une mise en garde qui peut passer pour un poncif, mais derrière laquelle on sent poindre la douleur éprouvée par un rescapé choqué par le peu d’attention qu’on porta, la paix installée, aux atrocités que lui et sa famille avaient traversées. On sait par Qian Chengzhi qu’un quart de siècle après la chute de Yangzhou, le souvenir du massacre s’était estompé dans l’esprit des jeunes habitants de la ville. N’en va-t-il pas de même avec celui du massacre de la place Tian’anmen pour la jeunesse chinoise actuelle, qui, dans son immense majorité, ignore tout des événements tragiques qui se sont déroulés à Pékin, le 4 juin 1989 ?

Il s’agit de ma participation à l’opération Un Mois Un Éditeur de Sandrine du blog Tête de lecture. Cette opération met en avant une « petite » maison d’édition chaque mois et ce mois-ci il s’agit des éditions Anacharsis.

Références

Les Dix Jours de Yangzhou – Journal d’un survivant de WANG Xiuchu – traduit du chinois et présenté par Pierre Kaser (Anacharsis, 2013)

Quelques ouvrages sur la Chine ancienne

ArmeeDeTerreCuiteRenzoRossiJ’ai commencé mes lectures sur la Chine ancienne par ce livre sur l’armée de terre cuite. Mon idée était de partir de mes connaissances de bases et la seule connaissance que j’avais sur la Chine ancienne était qu’il y avait des soldats de terre cuite enterrés dans la tombe d’un roi quelconque et que cela datait d’il y a très longtemps.

Heureusement, le livre de Renzo Rossi, L’armée de terre cuite – Les guerriers de la chine ancienne, a corrigé toutes ces idées idiotes. Contrairement à ce que je pensais, l’armée de terre cuite n’est pas enterrée avec l’empereur mais autour de gigantesques fosses autour du mausolée non pas de n’importe quel roi, mais juste Qin Shi Huangdi, premier empereur de Chine ayant vécu au IIIe siècle avant J.-C. (je n’étais pas loin pour la date, tout de même), dans un complexe formant plusieurs km2.

Dans un premier temps, Renzo Rossi brosse une description très intéressante du site archéologique en lui-même. Il faut savoir que le premier soldat a été découvert par des paysans en 1974. Depuis le site n’a cessé d’être fouillé. Pour l’instant, ont été mis à jour trois fosses pleine de soldats de différents régiments diront nous et une fosse vide, le mausolée de l’empereur n’a pas encore été fouillé et je me demande s’il le sera un jour (si vous avez un élément de réponse, je suis preneuse). La collection à laquelle appartient l’ouvrage s’intitulant Les grands mystères de l’archéologie, je m’attendais à ce que l’auteur décrive par le menu les différentes hypothèses du pourquoi cette fosse vide, qui a travaillé sur ces terres cuites, combien d’hommes. Que nenni. L’auteur donne des éléments de réponse mais ne donne pas ses sources. À lire le livre, les grands mystères de l’archéologie semblent en réalité plutôt très bien compris.

Devant tenir quand même un certain nombre de pages, l’auteur commence alors à vulgariser et très bien (n’ayant aucunes connaissances, j’ai appris plein de choses) sur la période historique tout simplement. Après un rappel historique de ce qui a précédé l’empire de Qin Shi Huangdi (premiers habitants, âge de Bronze = dynasties Xia, Shang et Zhou, Époque des Printemps et des Automnes, Période des Royaumes Combattants), l’auteur donne une première idée de la forme de l’empire du premier empereur, puis continue à suivre le fil de l’histoire en parlant de la dynastie des Han. Il revient ensuite sur la vie quotidienne de l’époque : vie religieuse, vie après la mort, agriculture, commerce et structure de la ville chinoise.

À souligner, l’ouvrage est richement illustré avec des illustrations de bonne qualité, toujours très à propos.

Si on résume, il y a une soixantaine de pages sur les soldats de terre cuite et cent vingt sur la Chine ancienne. Si je fais le bilan de ma lecture, je dirais que ce qu’il en sortira sera positif. J’ai appris beaucoup de choses sur la manière de vivre à l’époque mais aussi sur la chronologie des évènements. Cependant, les dates restent plutôt floues dans ma tête (je n’ai pas fait d’effort pour les retenir au cours de ma lecture aussi). Le livre a aiguisé mon appétit sur le sujet (c’est ce que je demande à un ouvrage de vulgarisation) mais n’est pas une fin en soi pour comprendre de manière correcte la Chine ancienne.

3minutesComprendre50FaitsCHineAncienneYijieZhangLa même semaine, je suis tombée au Relay de Paris Saint-Lazare sur 3 minutes pour comprendre les 50 faits les plus marquants de la Chine ancienne de Yijie Zhuang (qui est le directeur de l’ouvrage et donc pas le seul rédacteur). Quand j’ai trouvé ce livre, j’étais absolument ravie car je voulais lire un livre de cette collection depuis très longtemps, la voyant dans tous les rayons de vulgarisation scientifique (ils n’ont pas que des livres sur ce sujet mais je ne fréquente pas forcément les bons rayons).

J’ai donc ouvert pour la première fois un livre de cette collection ! Pour vous décrire, les 50 faits marquants sont divisés en thématiques, 7 dans ce livre : La terre, l’architecture et les États ; les grandes découvertes ; les bronzes et les rituels ; les sciences et la société ; l’au-delà et les croyances ; l’écriture et la philosophie ; la guerre, les transports et le commerce. Chaque thématique a sa couleur. On trouve dans chaque thématique un glossaire, une biographie d’un personnage jouant un rôle dans la thématique et entre 6 et 8 faits marquants. Chaque fait marquant est présenté sur une double page : à gauche le texte, à droite l’illustration. Le texte est divisé en plusieurs catégories : condensé en 3 secondes, histoire en 30 secondes (le texte principal), fouille en 3 minutes, biographie en 3 secondes et histoires liées (renvoyant à d’autres faits dans le livre).

Le livre en lui-même est très surprenant car il est hybride : on n’est ni dans un ouvrage de vulgarisation, ni dans un ouvrage scientifique. Il rentre trop dans des détails très particuliers de cette période sans avoir donné d’aperçu vraiment global de la période. La lecture préalable de l’ouvrage de Renzo Rossi m’a beaucoup aidé pour tirer quelques profits de la lecture de ce livre-ci.

L’ouvrage cherche tout de même à vulgariser des sujets très complexes, avec des textes très courts et rigoureux. Ainsi, on voit très clairement que l’ouvrage est écrit par des chercheurs car chaque fait est justifié par une découverte archéologique, qui elle-même est détaillée dans la rubrique fouille en 3 minutes. Il est aussi indiqué là où il y a encore débat. On a l’impression d’avoir une photographie à un instant t d’une science en marche. Je trouve cela très intéressant mais surtout très ambitieux.

Le point faible de l’ouvrage est son illustration. La plupart du temps, elle n’est pas à propos, pas vraiment jolies, pas vraiment mise en page. Le problème vient du format de la collection qui oblige à forcément avoir une illustration sur chaque double page car quand quand l’illustration est là, elle est vraiment bien faite. En général, ce sont celles montrant les découvertes archéologiques : il y a une volonté de toujours situer l’endroit de la découverte sur une carte, d’indiquer à quoi servent des objets dont l’utilisation n’est pas toujours évidente à comprendre. L’illustration sert le texte. Parfois non. Je pense par exemple à la première thématique, pour le fait « Fleuves et moussons », il y a une photo d’un fleuve avec un caractère chinois mais vous ne savez pas lequel. Je sais à quoi ressemble un fleuve donc cela ne m’apporte rien. Par contre, l’illustration du fait « Chars et chevaux » expliquent très bien l’usage des objets présentés.

En résumé, l’illustration est très inégale, le texte est rigoureux et ambitieux (cela doit être la vulgarisation intelligente dont parle la quatrième de couverture).

D’autres livres qui peuvent être intéressants sur le même sujet

Dans cette section, je vais classer les ouvrages qui sont intéressants mais dont je ne suis pas le bon public. Mon but initial est de me renseigner sur la culture chinoise (vie quotidienne, vie religieuse, organisation du territoire…), en sachant que je suis complètement néophyte sur le sujet. Les livres suivants m’ont appris des choses mais soit sont trop précis, soit supposent des connaissances préalables que je n’ai pas (en archéologie ou en histoire de l’art par exemple).

Bien évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de lire le Découvertes Gallimard sur le sujet et qui est intitulé La redécouverte de la Chine ancienne. Il a été écrit par Corinne Debaine-Francfort.LaRedecouverteDeLaChineAncienne

Il est divisé en six chapitres. Après un premier chapitre traitant de l’histoire de l’archéologie chinoise, l’auteur passe en revue le néolithique chinois, le temps des Shang, des Zhou, du premier empereur Qin Shi Huangdi et le temps de l’empire des Han. Toutes ces périodes sont donc décrites par le prisme de l’archéologie.

J’ai beaucoup aimé ce livre pour plusieurs raisons. Les différentes périodes historiques sont très bien décrites. On situe très bien, temporellement et spatialement, chaque période / dynastie (voire la coexistence des périodes). Par rapport aux livres que j’ai lu précédemment, c’est un très net apport de ce volume-ci. De plus, l’auteur prend le temps de décrire chaque illustration de manière très précise. Je me suis surprise à prendre de l’intérêt à la description des découvertes archéologiques, à la particularité de pièces apportant de l’information aux connaissances actuelles.

Le problème est qu’à un moment, j’ai saturé. Il y en avait trop, je n’arrivais plus à situer, plus à retenir. Pour là, le format m’est apparu trop court. Ce n’est pas un problème de pédagogie de l’auteur mais vraiment qu’il y a à un moment trop d’informations pour le lecteur lambda.

Pour une fois, j’ai aussi beaucoup aimé la partie Textes et Documents, que j’ai trouvé vraiment intéressante pour comprendre l’évolution de l’archéologie s’intéressant à la Chine ancienne.

Pour être honnête, j’avais lu avant le Découvertes Gallimard un gros livre que j’avais trouvé à la bibliothèque (en fait c’est la bibliothécaire qui me l’a mis dans les mains) sur le même thème : La Chine – 5000 ans d’histoire et d’archéologie, paru aux éditions Belfond, en 1985.

La démarche est tout autre que pour l’ouvrage précédent. Le fil est chronologique : on va du néolithique à la dynastie des Ming, sans qu’aucune période ne nous échappe (dynastie Shang, dynastie Zhou, Qin Shi Huangdi, dynastie des Han de l’Ouest, dynastie des Han de l’Est, dynastie du Nord et du Sud du IIIe au VIe siècles, les dynasties Sui et Tang, dynastie Song, dynastie Ming). Pour chaque période, les grandes découvertes archéologiques sont ensuite détaillées par site.

Les rappels historiques sont extrêmement brefs et supposent un grand nombre de connaissances. Par contre, les différentes particularités des objets trouvés sur les sites archéologiques sont particulièrement détaillés. Mais alors vraiment beaucoup détaillés ! Savoir que la statue fait 62.3 cm plutôt que 62.4 cm m’intéresse peu et pourtant c’est le type de détail qui est présenté. Si dans le Découvertes Gallimard sur La redécouverte de la Chine ancienne, j’avais été un peu perdue dans les descriptions des poteries, des bronzes … là, je me suis complètement noyée.

Le livre apporte très peu d’informations pour comprendre l’évolution de la société chinoise, mais par contre en lisant ce livre, on peut apprendre énormément sur l’évolution de l’art chinois. Il faut juste être le bon public.

Un autre bémol est que le peu de photos de paysages ou de sites de fouilles sont floues (je ne vois pas trop l’intérêt de mettre ce genre de photos). Par contre, les photos d’objets sont très nettes.

Si vous êtes intéressés, je pense que le livre ne peut que se trouver en bibliothèque (peut être aussi en occasion).

LaChineAncienneEmmanuelleLesbreAutre ouvrage sur la Chine ancienne : La Chine ancienne de Emmanuelle Lesbre, avec la collaboration de Marie Laureillard. C’est un tout petit livre de 90 pages, très intéressant et bien construit mais ne s’adressant pas forcément aux néophytes. Là encore, le livre s’intéresse à l’histoire de la Chine ancienne par le prisme de l’archéologie, et plus particulièrement des rites puisque la plupart des objets témoignant de cette période ont été retrouvés dans des tombes. Le texte se décompose en trois parties, les deux premières plus importantes que la dernière.

La première partie est intitulée Les ateliers de la Chine ancienne et décrit, par matériaux, « l’ensemble des objets » que l’on a pu trouver dans les tombes (description, utilisation supposée) mais aussi l’évolution de la manière dont les Chinois ont travaillé ces matériaux. Je n’ai jamais lu une explication aussi claire du travail du jade, des métaux et du laque ! C’est la partie qui m’a le plus plu.

La deuxième partie est intitulée Dans l’oeuvre – Les rites funéraires. Elle décrit par le menu les rites funéraires et leur évolution au cours des siècles. C’est intéressant mais à mon avis moins novateur dans la présentation et pas du tout dans le texte car je n’ai pas vraiment appris plus que ce que j’avais déjà lu. Par contre, là encore, on ne peut saluer que la clarté des explications.

La troisième partie est courte mais permet de préparer un voyage en Chine si l’on s’intéresse particulièrement à l’archéologie du pays. Je ne sais pas si cette présentation est encore d’actualité puisque le livre a été publié en 2000, mais en tout cas c’est un début de piste.

Pourquoi ce livre ne s’adresse pas à des néophytes ? Tout simplement parce qu’il n’y a ni carte ni chronologie dans le texte. Il y a une carte au début de la troisième partie et une chronologie simplifiée à la fin. Pour s’adresser aux néophytes, à mon avis, cela aurait été plus judicieux de mettre la carte au début ou en tout cas aux moments où les différents endroits étaient cités et la chronologie n’aurait du être qu’un support du texte pour ce qui est de s’y retrouver dans les dates (il n’y a même pas de renvoi).

En conclusion, un très bon ouvrage mais à réserver à une deuxième étape de recherches bibliographiques.

Je voulais présenter d’autres livres mais le billet est déjà bien assez long ! Ce sera pour la prochaine fois.

Références

L’armée de terre cuite – Les guerriers de la Chine ancienne de Renzo ROSSI – traduit de l’italien par ? (Éditions Eyrolles, 2010)

3 minutes pour comprendre les 50 faits les plus marquants de la Chine ancienne de YIJIE Zhuang (directeur d’ouvrage) – traduit de l’anglais par Elisa Guenon (Le Courrier du livre, 2015)

La redécouverte de la Chine ancienne de Corinne DEBAINE-FRANCFORT (Découvertes Gallimard, 2012)

La Chine – 5000 ans d’histoire et d’archéologie de Hubert DELAHAYE et HAN Zhongmin – présenté et commenté par Wang Fangzi et Nebojsa Tomasevic (Belfond, 1985)

La Chine ancienne de Emmanuelle LESBRE – avec la collaboration de Marie LAUREILLARD (Hazan / Paris Musées, 2000)

P.S. : Je m’absente quelques jours pour le travail (pour une fois, je pars quelque part, c’est assez miraculeux). À bientôt !

L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu

lhommequimitfinalhistoirekenliuJ’ai voulu lire ce livre à la suite du billet de Charybde 2. Je vous renvoie donc vers lui pour lire son billet (comme cela vous n’êtes pas obligé de lire le mien jusqu’au bout).

L’homme qui mit fin à l’histoire est une nouvelle (de 102 pages sur ma liseuse) écrite d’une manière que je n’avais jamais lu, sur un fait que je ne connaissais pas et sur des réflexions qui m’intéressent mais dont je n’avais jamais rien lu (de manière romancée).

Le livre est écrit sous la forme d’un documentaire filmé, un peu comme ceux que l’on peut voir sur Arte, sur des faits historiques. Souvent, il y a une voix principale, celle d’un narrateur ou du « personnage » principal, entrecoupé d’images d’archives, de témoignages mais aussi d’avis de spécialistes pour éclairer ces témoignages. Dans les notes, on peut lire que cette idée lui est venue à la lecture de la nouvelle Aimer ce que l’on voit : un documentaire de Ted Chiang.

Le livre de Ken Liu est construit exactement de cette manière. La narratrice est une nippo-américaine, Akemi Kirino, directrice scientifique des laboratoires Feynman. Elle raconte comment une dizaine d’années auparavant, elle a proposé, avec son compagnon Evan, des voyages dans le passé à des familles de victimes de l’Unité 731, pour revivre les atrocités vécues par leurs proches. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Unité 731 est une unité de recherche japonaise, créée après l’invasion de la Chine par les Japonais et fermée à la défaite de celui-ci, en 1945. Dans cette unité ont été menées des expériences sur les êtres vivants dans le but d’améliorer les connaissances et la pratique des chirurgiens militaires, de mieux comprendre la transmission des maladies et de pouvoir mieux les guerres mais aussi de créer des armes bactériologiques. Il s’agit de ce que l’on peut écrire sur le papier. Dans les faits, cela correspond à des tortures et des traitements inhumains sur des prisonniers chinois, qui étaient le plus souvent tout de même des paysans raflés au hasard dans les campagnes environnantes. Ainsi, Ken Liu nous parle de vivisections sans anesthésie, de bras que l’on faisait geler intentionnellement pour étudier la gangrène, les amputations et la manière de les ranimer, de maladies injectées volontairement, de viols aussi.

Sauf que le Japon n’a reconnu que très tardivement les agissements de cette unité, et surtout a gardé tous les documents papiers pouvant indiquer des faits précis sous le sceau du secret. L’Histoire ne peut pas s’appuyer uniquement sur des témoignages car cela manque de faits vérifiables (sur quoi toutes les découvertes (scientifiques ou non) s’appuient). De plus, ici, les seuls témoignages sont ceux des bourreaux et non des victimes, des bourreaux prisonniers du régime communiste chinois après la Seconde Guerre mondiale, et qui ont le sait ne pouvait être digne de confiance pour les États-Unis mais aussi pour le Japon et toutes les nations occidentales. Ces témoignages ne pouvaient être donc que falsifiés.

Evan Wei, le compagnon de Akemi Kirino, sino-américain, spécialisé dans le Japon (on va dire ancien car j’ai oublié la période historique), découvre les événements de l’Unité 731 par un film et s’efforce ensuite de reconstituer les faits. Devant l’impossibilité de trouver des documents objectifs (en tout cas en quantité suffisante), il se tourne vers les témoignages mais des familles des victimes. Pour cela, il va avec sa compagne utiliser une des découvertes scientifiques de celle-ci, les particules de Bohn-Kirino, pour fabriquer une sorte de machine à remonter le temps, mais uniquement pour les familles des victimes, et l’expérience ne fera de la personne qu’un témoin d’images recréées par son cerveau :

Les particules de Bohm-Kirino permettent de recréer, en détail, les informations de tous types autour du moment de leur création : la vision, le son, les micro-ondes, l’ultrason, l’odeur de l’antiseptique et du sang, le piquant de la cordite et de la poudre au fond des narines.

Mais cela représente une masse d’informations colossale, même pour une seule seconde. On n’avait aucun moyen de la stocker, sans parler de la traiter en temps réel. La quantité de données rassemblées pour quelques minutes aurait saturé tous les serveurs de Harvard. On pouvait ouvrir une porte sur le passé, mais on ne verrait rien dans le tsunami de bits qui en jaillirait.

[…]

J’ai donc conçu l’idée d’utiliser le cerveau humain pour traiter les informations obtenues par les détecteurs Bohm-Kirino. Les capacités du cerveau au traitement en parallèle de masse, le substrat de la conscience, se sont révélées très efficaces pour filtrer et traduire le torrent de données issu des détecteurs. Il pouvait recevoir les signaux électriques bruts, en rejeter 99,99%, transformer le reste en images, en sons, en odeurs, leur trouver du sens et enfin les enregistrer sous la forme de souvenirs.

Le problème est que cette technique est destructrice :

sa technique est destructrice, comme vous le savez : une fois qu’il a envoyé l’observateur à un endroit et un moment précis, les particules de Bohm-Kirino s’annihilent et nul ne peut retourner là-bas.

Déjà, on voit toute la complexité du problème : est-ce que un seul témoin peut faire l’Histoire ? Quelle crédibilité lui accordé sans documents (et aussi sans autres témoignages)  pour corroborer son histoire ? On peut d’ailleurs lire dans la nouvelle le passage suivant :

Je comprends bien que, du point de vue des défenseurs du Pr Wei, la vision brute de l’histoire se déroulant devant vous n’incite guère à mettre en question la preuve indélébile dans votre esprit. Mais cela ne suffit pas au reste d’entre nous. Le Procédé Kirino exige une foi aveugle : qui a vu l’ineffable ne doute en rien de son existence, mais cette clarté ne se reproduit pour personne. Nous voici donc coincés ici dans le présent à essayer de deviner le passé.

Le Pr Wei a mis fin à l’enquête rationnelle sur l’histoire pour la transformer en une religion personnelle. Ce qu’a vu un témoin, nul autre ne pourra jamais le revoir. C’est de la folie.

L’utilisation de témoignages est quelque chose, comme je le disais, qui n’est pas conforme à la méthode de l’historien. Ils s’attirent les foudres de ses paires. Ken Liu donne à lire plusieurs réactions :

J’ai un immense respect pour Wei, qui reste mon meilleur étudiant. Mais il a renoncé à la responsabilité de l’historien de s’assurer que la vérité n’est entachée d’aucun doute. Il a franchi la frontière qui sépare la frontière de l’activiste.

De mon point de vue, il s’agit moins d’idéologie que de méthodologie. Ce qui nous oppose, c’est la définition qu’on donne d’une preuve. Les historiens formés à l’occidentale ou à l’asiatique se sont toujours basés sur la documentation, or le Pr Wei donne désormais la primauté aux témoignages – des témoignages qui de plus proviennent d’individus non pas contemporains des événements, mais issus d’une époque ultérieure.

Ken Liu traite d’autres thèmes relatif à l’Histoire et à l’historiographie : quelle utilisation peut-on faire du passé dans le présent ? est-ce qu’utiliser le passé pour justifier ses revendications est moral ? est-ce qu’oublier le passé (et entre autre sa responsabilité) est possible et vivable à l’échelle d’un État, sous prétexte que l’État a changé de forme ? à qui appartient l’Histoire ? qui fait l’Histoire ? est-ce que la personnification de l’Histoire créé quand même l’Histoire ? Sur cette dernière question, je voulais encore donner une citation :

Comme nous ne disposons que d’une capacité d’empathie limitée envers la souffrance de masse, cette approche, selon moi, risquerait de déboucher sur le sentimentalisme et sur la mémoire sélective. Plus de seize millions de civils ont péri en Chine lors de l’invasion japonaise. La majeure partie de ces souffrances ne sont intervenues ni dans les fabriques de mort comme Pingfang, ni dans d’innombrables village et bourgs isolés loin de tout, où on a massacré et violé sans relâche hommes et femmes, leurs cris emportés par le vent glacé, si bien qu’on a oublié jusqu’à leurs noms. Pourtant, eux aussi méritent qu’on se souvienne d’eux.

Il est impossible que chaque atrocité trouve un porte-parole aussi éloquent qu’Anne Frank, et je ne crois pas que nous devions réduire l’histoire entière à un recueil de récits de ce genre.

Pour traiter toutes ces questions, la forme choisie par Ken Liu est idéale car elle lui permet de raconter son histoire mais aussi de confronter les différents points de vue. Il faut voir que tous ces points de vues sont inventés ou réécrit mais que tout est fait de manière très réaliste.

Sur le thème du témoignage dans la construction de l’Histoire mais aussi sur la question du propriétaire de l’Histoire, je vous conseille le film Le Labyrinthe du Silence qui traite de la préparation du procès de Francfort en Allemagne, qui s’est tenu entre 1963 et 1965. On retrouve dans ce film cette idée que l’Histoire (et donc son jugement) ne peut pas se baser uniquement sur des témoignages mais sur des faits précis (et datés dans le contexte du film). Quand on vit le genre de choses qu’on vécut les gens dans ces camps ou ces unités, on ne note pas les faits pour un futur procès ou pour les futurs historiens. On est obligé de raconter a posteriori et forcément qu’on y met sa sensibilité. Les historiens eux cherchent des faits objectifs ; ils peuvent s’appuyer sur des témoignages mais les faits doivent être recoupés. Sauf que parfois, c’est impossible.

Est-ce que pour autant les histoires des gens ne doivent pas constituer notre Histoire commune pas forcément celle d’un certain pays mais une Histoire commune de l’Humanité entière ? C’est là-dessus (et pas que) qu’interroge la nouvelle de Ken Liu (en 102 pages seulement).

Je pourrais en parler pendant des heures, vous citer tout le livre mais le billet est déjà trop long. Je me rends bien compte qu’il y a peu de chances que les gens lisent cela jusqu’au bout. Si vous avez sauté des parties du billet, ce n’est pas franchement grave, ne retenez que la conclusion : lisez cette nouvelle intelligente et percutante !

Références

L’homme qui mit fin à l’histoire : un documentaire de Ken LIU – traduit de l’anglais (États-Unis) par Sylvie Denis (Le Bélial’, 2016)

Hiver à Sokcho de Elisa Shua Dusapin

HiverASokchoElisaShuaDusapinC’est le premier livre de la rentrée littéraire que j’ai eu envie de lire, après avoir vu un tweet de la librairie Dépaysage.

Sokcho est une ville proche de la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. L’action de ce roman se situe en plein hiver comme l’indique le titre. Comme Sokcho est une station balnéaire, il n’y a pas grand monde à part les habitants dans cette ville où les températures descendent allègrement sous les zéro degrés.

Pourtant un jour, un auteur français de bandes dessinées débarque dans la pension de famille dans laquelle travaille la narratrice du roman. C’est une jeune femme d’une vingtaine d’années qui revient après ses études, qu’elle a effectué à Séoul, dans la ville de son enfance pour se rapprocher de sa mère, poissonnière au marché. Notre narratrice a la particularité d’avoir des origines françaises, par son père. De plus, elle a étudié la littérature française. Elle parle parfaitement français donc. On sent d’emblée qu’elle est très seule et qu’il lui manque quelque chose. Elle a bien un petit ami (qui est plutôt obsédé par lui-même que par elle) et sa mère mais cela ne semble pas suffire à son bonheur. Son patron est assez bourru (il a perdu sa femme l’année dernière). Les quelques clients ressemblent plutôt à des ombres qu’à des personnes. Il est donc logique qu’elle s’attache d’emblée à cet auteur de BD.

Sauf que lui aussi est seul, et cherche à préserver cette solitude, qui lui permet de créer. Ils se rapprochent l’un de l’autre, mais pas de manière intime. Ils font plutôt se côtoyer leurs solitudes (même si elle aimerait rentre plus avant dans son univers). Le livre est constitué de fragments de vie : d’approches, de visites, de discussions.

C’est l’écriture qui rend ce livre magique. On est happé d’emblée. Dans mon imagination, Sokcho était une sorte de ville ressemblant à Las Vegas, mais avec tous les casinos fermés. Beaucoup de néons, peu de personnes et une ville où souffle beaucoup vent. Ici, c’est plutôt neige et froid glacial. Or, d’après Wikipédia, c’est une ville de près de 90000 habitants. Pourtant, on sent une certaine désolation et comme je l’ai dit un aspect fantomatique. Cette description m’a fait penser que tous les personnages étaient seuls.

De plus, l’écriture est très dépouillée. Il y a peu de descriptions de sentiments : soit ils sont vécus et extériorisés, soit ils restent en arrière plan. On ne vit pas la vie de la narratrice mais on l’observe. L’auteur de BD est lui esquissé, plutôt que décrit. Je ne saurais pas vous dire pourquoi il agit de telle ou telle manière. Je n’ai pu m’empêcher de comparer l’univers de la narratrice et celui de l’auteur de BD. Il arrive à voir de la beauté à Sokcho, à se (re)créer un univers que la narratrice ne voit pas (ou plus). Comme si elle était seule parce qu’elle n’arrivait pas (ou plus) à voir ce qui lui plaisait dans sa ville. Pour moi, c’est ce qui lui manque et qui fait que l’on sent d’emblée cette solitude.

Un excellent livre de cette rentrée littéraire, qui vaut énormément pour son écriture et le climat qui en découle. Un premier roman, en plus !

Un autre avis sur le blog Le petit carré jaune (bien meilleur ; si vous ne voulez pas lire ce livre après, c’est qu’il y a un problème).

Références

Hiver à Sokcho de Elisa SHUA DUSAPIN (Éditions Zoé, 2016)

Dans le pavillon rouge de Pauline Chen

Je suis sûre qu’il vous arrive à vous aussi de tomber sur un livre que vous adorez, dans lequel vous vous plongez entièrement, corps et âmes, et de vous réjouir d’être tombé sur ce livre par le plus grand des hasards (dansDansLePavillonRougePaulineChen la masse des livres à lire), alors que vous n’en aviez jamais entendu parler. C’est exactement ce qu’il m’est arrivée avec ce livre ci. Je cherchais juste un livre chinois dans le catalogue de la bibliothèque numérique de Paris et j’ai emprunté celui-ci par le plus grand des hasards. Et cela a été un pur plaisir de lecture.

Pauline Chen a réécrit un classique du 18ième siècle de la littérature chinoise, Le Rêve dans le Pavillon Rouge de Cao Xueqin, d’un point de vue féminin. Le roman est énorme (2 tome de Pléiade, 3278 pages), comporte une multitude de personnages et est raconté visiblement du point de vue des personnages masculins, même si les personnages féminins sont omniprésents. Ici, Pauline Chen a resserré l’intrigue en supprimant des personnages et des actions pour atteindre un total de 566 pages dans l’édition de poche, tout en donnant plus de corps aux voix féminines de la maison, à leurs pensées plus exactement.

L’action se situe sous la dynastie des Qing, la dernière dynastie, dans la capitale Pékin, principalement au palais de Rongguo, palais de la famille Jia, femme qui est depuis longtemps au service de l’Empereur et qui a bâti sa réputation et sa fortune sur cela. De multiples personnages habitent dans ce palais, de la famille plus ou moins éloignée (il y a un arbre généalogique au début du livre, mais en réalité on n’en a pas besoin au cours de la lecture tellement le livre est bien écrit).

La douairière du domaine est Grand-Mère Jia. Elle est vieille et affaiblie, reste la plupart du temps dans ses appartements mais manipule toute la famille pour que tout se passe comme elle le souhaite. Elle a eu trois enfants avec son mari, qui lui est mort au début du roman. Les trois enfants sont Jia Jing, Jia Zheng et Jia Min. Il faut voir qu’à l’époque les hommes des « bonnes familles » devaient préparer le concours pour devenir fonctionnaire, monter les échelons, gagner du prestige et de l’argent pour eux et pour leur famille. Bien sûr, les deux fils de la famille Jing et Zheng ont réussi ce concours. Malheureusement Jing est mort, mais Zheng sert loyalement l’Empereur au poste qu’il occupe. Il est l’homme de la famille, celui qui prend les décisions (avec l’accord de sa mère) et rapporte l’argent et le prestige. Min est partie depuis longtemps de la maison, fâchée avec sa mère car elle a osé choisir son mari (et bien sûr son choix ne correspondait pas avec celui de sa mère).

Les trois enfants ont eu eux-même des enfants. Jing a eu deux enfants avant de mourir : Lian qui est marié avec Wang Xifeng et Xichun qui a une vingtaine d’années dans le roman. Wang Xifeng, en tant que bru s’occupe de l’administration de la maisonnée puisque Grand-Mère Jia ne peut plus s’en occuper. Cela lui coûte beaucoup de temps, de soucis et lui rapporte très peu de reconnaissance. En plus, son mari n’a que mépris pour elle ; ils ne s’entendent pas du tout et ne forment donc pas un couple uni.

Jia Zheng a eu deux enfants avec sa femme (légitime), Dame Wang qui est morte avent le début du roman : Zhu (garçon lui aussi décédé après avoir réussi les examens de fonctionnaires tout de même) et Baoyu. Baoyu est le personnage principal du roman de Cao Xueqin. Le légende familiale indique qu’il est né avec un jade dans la bouche. C’est un garçon d’une vingtaine d’années, extrêmement beau, très sensible, choyé par toutes les femmes de la famille, surtout par sa grand-mère (même si visiblement c’est très indécent à son âge). Il cause cependant des sueurs froides à son père car par fainéantise, et non par manque d’intelligence, il ne prépare pas de manière efficace les fameux examens de fonctionnaires et il semble qu’il ne semblera jamais prêt. Jia Zheng a aussi une concubine (vivante elle), avec qui il a eu deux enfants : un garçon Huan (très jaloux de Baoyu son demi-frère) et une fille, Tanchun. Avec Xichun, tout le monde les appelle toutes les deux les « Deux-Printemps ».

Min a eu une fille, Lin Daiyu, dont personne au début du roman n’a entendu parler. À tout ce petit monde s’ajoute la belle-sœur de Jia Zheng, Mme Xue, sœur de sa femme décédée et elle même veuve, et sa fille, Baochai, âgée elle aussi d’une vingtaine d’années. Il y a peut être encore cinq personnages, mais ils ne sont pas importants pour ce billet.

Il faut quand même préciser que les femmes « les plus âgées » vivent au palais, tandis que les jeunes filles ont leurs propres appartements dans le jardin, où chacune à un petit pavillon à sa disposition (cela m’a fait rêver quand j’ai lu cela).  Cela « facilite » les intrigues entre les jeunes.

Au début du roman, on assiste à la mort de Min, dans une ville du sud. Son dernier souhait est que sa fille Daiyu rencontre sa famille qu’elle n’a jamais rencontré puisque sa famille était fâchée avec elle. Il faut voir qu’elle vit dans des conditions beaucoup plus pauvres qu’au palais de Rongguo (mais bon, elle, elle aimait son mari). Pourtant elle et son mari ont assuré à leur fille, une éducation peu compatible avec celle d’une jeune fille de bonne famille. En effet, ils lui ont fourni une éducation qui est jugée à l’époque inutile pour une femme. Min a appelé (par écrit) son frère, Jia Zheng quand elle a vu que la fin approchait. Celui-ci arrive trop tard pour voir une dernière fois sa sœur (de laquelle il était un peu jaloux) mais repart avec sa nièce pour un séjour de plusieurs mois un autre monde. Elle découvre un tout autre monde : Dame Jia (la grand-mère) la hait car elle est trop comme sa mère, Xifeng ne lui semble qu’une autoritaire, légèrement robot sur les bords. Elle n’arrive pas à se lier à ses cousines car elle ne sait pas comment s’y prendre. Elle sera cependant conseillée par une servante Oie-Des-Neiges et finalement se lie d’amitiés avec Baochai, qui lui propose même d’habiter dans son pavillon. Cependant, cette dernière reste très froide, ne montrant aucuns sentiments. Ce n’est pas faute d’en avoir, pour Baoyu en tout cas dont elle est amoureuse (mais ne le montre pas car celui-ci flirte avec les servantes et un peu tout ce qui est féminin ; elle a don peur d’être déçu). De plus, elle doit se montrer forte pour aider sa mère à gérer les frasques de son frère (il tue quelqu’un par accident au début du roman).

Daiyu a donc du mal à se faire une place dans cette famille malgré les petites attentions de tous, restant une extérieure. Pourtant, cela s’améliore au fur et à mesure jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Baoyu et que cela soit réciproque, contrariant les plans de toute la maison. C’est cette intrigue amoureuse qui est l’intrigue principale du roman mais pas seulement, car on va aussi suivre la grandeur et la décadence de la famille Jia.

Pauline Chen adopte le point de vue Xifeng, de Daiyu et de Baochai. C’est un très bon choix car elles ont toutes les trois un caractère très différent et n’ont pas les mêmes fonctions à l’intérieur du palais. Par l’intermédiaire de Xifeng, on découvre le quotidien d’une femme très intelligente et pratique (muni d’un mari qui n’a pas ces qualités), gérant d’une main ferme un énorme palais et les domaines appartenant à la famille. Ces responsabilités ne sont reconnues par personne, femmes comme hommes. C’est un travail silencieux et sous-terrain, qui n’intéresse pas. Ainsi, elle paraît froide alors qu’elle souffre comme tout le monde, d’autant qu’au cours du roman, son mari prendra comme concubine sa servante depuis son enfance qu’elle considère comme une sœur et sa seule alliée dans cette maison. Tout cela parce qu’elle n’arrive pas à lui faire d’enfants (ce n’est pas suffisamment de bien administrer, la femme doit aussi faire des enfants pour faire l’ensemble du travail qu’on attend d’elle). La description de la vie de Xifeng est l’occasion pour le lecteur de découvrir tous les détails de la vie, quotidienne ou non, d’un tel palais, de comprendre aussi comment fonctionnait la domesticité, le couple … à cette époque.

Daiyu, comme je l’ai dit plus haut, reste observatrice de la vie du palais et décrypte pour le lecteur ce qu’il se passe, ce qui est normal ou ce qui est insensé pour le commun des mortels. Elle est aussi très clairvoyante sur les relations familiales.

Avec Baochai, on apprend beaucoup du devoir d’une femme, de ce qui est attendu traditionnellement d’elle car c’est la principale inquiétude et le principal moteur de cette jeune fille. Accessoirement, on apprend beaucoup aussi sur les rouages de la Chine impériale lorsqu’elle essaie de régler les problèmes de son frère.

J’ai aimé le personnage de Daiyu mais c’est le personnage de Xifeng qui m’a le plus plu car c’est celui qui est le plus moderne et en décalage avec son époque. C’est elle qui fait bouger les frontières et qui forcément fait et créer les tensions. J’ai trouvé l’intrigue amoureuse plus classique. Du fait que l’auteur centre son action sur les femmes, je n’ai pas réussi à me faire une idée précise du caractère de Baoyu et donc comme Daiyu, je n’ai pas réussi à comprendre rapidement, si c’était aussi sérieux pour lui que pour elle. La fin du coup m’a semblé un peu extrême.

Pauline Chen insiste dans ses notes qu’elle est restée très proche du sens et du contexte profond du roman malgré le fait qu’elle est nettement resserrée l’action. Cependant, elle indique aussi avoir pris des libertés sur la reconstitution historique pour que l’action soit suffisamment fluide. Je pense que quand même beaucoup de choses restent exactes, peut-être pas pour les historiens, mais dans l’ensemble oui.

Ce livre est un dépaysement garanti, qui se suffit à lui-même, mais aussi une manière originale et moderne de s’initier au classique de Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon rouge.

Références

Dans le Pavillon rouge de Pauline CHEN – traduit de l’anglais(États-Unis) par Odile Demange (Points Seuil, 2015)

Le septième jour de Yu Hua

LeSeptiemeJourYuHuaDésolée pour mon absence de quinze jours. Je me suis laissée enfermer dans quatre livres un peu difficile à lire pour différentes raisons : un livre en allemand (le problème est ici la langue), deux livres en anglais (là le problème est soit la langue, soit le poids du livre) et un livre en français, celui que je vais vous présenter dans ce billet : Le septième jour de Yu Hua. Cette lecture est difficile pour ce qu’elle raconte, qui est assez déprimant tout de même. Mais c’est une très très belle lecture et je vous confirme que Yu Hua est un auteur que je vais continuer à découvrir.

Le roman se déroule sur sept jours, qui forment autant de chapitre. Il s’ouvre sur la mort du narrateur, âgé d’une quarantaine d’années, dans l’explosion / le feu du restaurant, dans lequel il était en train de manger. Plus exactement, on arrive juste après sa mort, quand il est rentré chez lui et qu’il se prépare pour aller au crématorium à 9h00, sa crémation étant prévue à 9h30. Il est seul et doit donc se préparer seul, et assez rapidement en plus car il est en retard. Il ne prend le temps de mettre qu’un brassard noir pour porter son deuil. Il arrive au crématorium et on découvre une certaine vision de la mort mais surtout de l’enterrement : d’un côté il y a les très riches, assis sur de luxueux fauteuils, qui portent de très beaux habits, qui discutent le prix de leur enterrement, et de l’autre il y a les autres, les gens normaux, avec des habits normaux, qui sont assis sur des chaises en plastique. Ceux-là sont déjà heureux quand leur famille a pu leur payer une sépulture. Mais comme je l’ai dit notre narrateur est seul, personne ne lui a donc payé de sépulture. Il décide de repartir du crématorium, car son âme ne peut retrouver la paix (et surtout il ne sait pas où aller). Il va donc errer pendant sept jours, découvrir un autre monde, celui d’après.

Dans les chapitres suivants, il va se remémorer son mariage, son enfance avec son père adoptif suite à une naissance rocambolesque (qui en fait pratiquement un enfant né de nul part), la pauvreté et la misère mais l’amour tout de même. Ces sept jours sont aussi l’occasion de rencontrer d’autres gens avec d’autres histoires, plus tragiques les unes que les autres et qui sont l’occasion pour l’auteur de décrire, voir dénoncer, des situations d’aujourd’hui : les mensonges d’état (parce que chez eux aussi tout va bien, parce que ce que l’on ne sait pas ne peut pas nous faire de mal), la corruption quotidienne, le pouvoir de l’argent et des marques (et la manière dont cela change une société), la destruction de maisons sans même se soucier s’il y a quelqu’un à l’intérieur, les logements de misère. Finalement, ce qui aidera notre narrateur à trouver le repos, c’est le fait d’avoir pu discuter avec son ex-femme, d’avoir eu une dernière confrontation avec elle mais surtout d’avoir pu embrasser une dernière fois son père adoptif.

Il est facile de deviner, au vu de mon résumé, que ce qui m’a énormément plu est le fait que ce roman soit un roman social mais aussi un roman qui permet de connaître un peu mieux la société chinoise (même s’il est toujours mieux d’avoir plusieurs point de vue). J’en suis sortie avec l’impression d’une société très hiérarchisée, où la dégringolade sociale peut être très rapide et sévère, mais aussi d’une société où les gens acceptent leur sort, comme s’il savait qu’il y avait autre chose de plus important (je ne sais pas quoi par contre).

Yu Hua n’écrit pas un roman désespérant. Bien au contraire, en faisant « vivre » ses personnages après leur mort, il peut envisager les deux points de vue (l’avant et l’après) et ainsi mettre une certaine solidarité entre les « morts » abandonnés, en tout cas les plus pauvres, puisque c’est eux que l’on suit dans une grande partie du roman. Cette relation entre les gens n’est que très peu mis en scène dans les moments « vivants » du roman (voire même plutôt le contraire).

L’écriture est assez dépouillée et se met entièrement au service du discours. Il n’y a pas d’effets de style, en tout cas je pense même s’il est très difficile de juger une écriture dans une langue que l’on ne connait pas. Je n’ai ainsi pas trouvé que l’on remarquait la présence de l’auteur. J’ai même eu l’impression de lire une sorte de journal intime du narrateur, comme un récit ou un témoignage. La seule faiblesse du roman (le pourquoi je ne lui ai mis que 4.5/5 sur LibraryThing), ce sont parfois les transitions, en particulier les passages entre monde des vivants et des morts. Elles semblent factices ou bien on glisse d’un monde à l’autre sans s’en rendre compte.

En conclusion, je vais continuer à découvrir Yu Hua, qui me semble pour l’instant un auteur extrêmement intéressant.

Références

Le septième jour de YU Hua – traduit du chinois par Angel Pino et Isabelle Rabut (Actes Sud, 2014)

Le livre des secrets de l’alcôve de Hong Ying

LeLivreDesSecretsDeLAlcoveHongYingJ’ai pris ce livre à la bibliothèque, sur la foi de la quatrième de couverture. Automne 1935. Julian Bell, 27 ans, débarque à Wuhan pour donner des cours de littérature anglaise à l’Université de la ville. Ce n’est pas n’importe qui puisqu’il est le fils de Vanessa Bell, sœur de Virginia Woolf. Il a grandi entouré des membres du groupe de Bloomsbury et a fondé ses convictions, entre autre, à partir de ce qu’il a vu et qu’il a entendu dans son enfance, adolescence et âge adulte. Ainsi, il se vante d’être poète, analyste politique, hédoniste, libéral et révolutionnaire mais aussi d’avoir l’esprit ouvert face à d’autres. J’utilise le verbe vanter à dessein car ses convictions vont être mises à rude épreuve à Wuhan, surtout à cette période.

En arrivant à l’université, il fait la connaissance de la femme du doyen. C’est une intellectuelle, écrivain, proche du mouvement d’avant-garde Lune Nouvelle, comme son mari d’ailleurs. Elle n’est pour lui qu’une femme comme les autres mais rapidement ils se tournent sans que lui reconnaisse son attirance. Tout va changer à partir du moment où ils vont céder à leurs pulsions. La femme du doyen se dévoile beaucoup moins sage que prévu. Elle lui explique faire l’amour selon les principes taoïstes, enseignés par sa mère, et qui permettent de vivre une vie plus pleine et longue. Elle se propose de lui enseigner ses principes car elle se fane au contact de son mari qui ne supporte pas de telles pratiques (cela le rend littéralement malade). Elle a donc besoin d’un partenaire suffisamment vigoureux et , qu’elle voit en Julian. Lui qui se croyait aguerri, se trouve rapidement ramené au rang de débutant. De plus, il éprouve très rapidement des sentiments amoureux, qu’il n’assume pas car il n’en a jamais ressenti auparavant sauf peut être pour sa mère, avec une relation qui tient plus de l’amour platonique entre amants que celle d’une mère et d’un fils.

Voilà pour le résumé ! Je savais ce que je prenais à la bibliothèque, un livre à caractère érotique et clairement c’est un roman de belle facture sur ce sujet là en tout cas. L’auteur décrit assez pudiquement les relations sexuelles entre les deux protagonistes principaux du roman, tout en arrivant à nous faire ressentir l’attraction des corps.

Par contre, il m’a semblé que tout le reste sonnait faux. Pour une raison toute simple, l’auteur ne raconte l’histoire que du point de vue de l’occidental Julian. Aux pages 242 et 243 (pratiquement à la fin), Julian se rend compte de quelque chose que le lecteur a bien remarqué depuis les cinquante premières pages :

Julian prenait conscience qu’il n’était en fin de compte qu’un pur Anglais. La Chine, ses femmes, sa révolution et le reste demeureraient pour lui un éternel mystère. Il ne pouvait pas plus admettre sa frénésie amoureuse que la violence de sa révolution.

[…]

Il ne pouvait s’affranchir d’un certain racisme dont il avait simplement moins conscience que ses semblables. Son âme dissimulait dans ses profondeurs son mépris des Chinois, jusqu’à la femme la plus chère à son cœur. Sa décision de rupture, face à Lin et Cheng, n’était au fond qu’une arrogance d’Occidental.

Ne regarde pas en arrière, se mettait-il en garde. Lui qui se voyait en internationaliste n’avait succombé en Orient qu’à l’attrait de l’exotisme. Révolution ou aventures amoureuses, il ne pouvait trouver sa place qu’en Occident.

Julian, dès le départ, est un personnage qui n’est que caricature, n’ayant aucune complexité. Il est sûr de lui-même, de ses convictions mais aussi de ses charmes. Il n’a rien à apprendre des autres, surtout pas des Chinois. Il ne se montre pas ouvert, pas curieux (en tout cas Hong Ying ne le montre jamais). C’est un goujat (il y a un peu du « alors, chérie, cela t’a plu »), peu sensible à sa partenaire. Il juge tout sans comprendre, en particulier le mouvement Lune Nouvelle, que finalement il ne connaît pas parfaitement, et surtout il juge par rapport aux critères du groupe de Bloomsbury et non sur des critères qui seraient importants pour lui. Il ne s’intéresse pas à l’évolution de la situation politique de la Chine, qui vit pourtant une période mouvementée sous la pression des Communistes et des Japonaise. Il se prétend tout de même analyste politique ! Je crois que le pire est tout de même sa relation avec sa mère. Il lui dit tout mais vraiment absolument tout, deux fois par semaines par lettre. Il dit à plusieurs reprises que leur relation est assez inhabituelle (moi j’aurais dit malsaine).

Le roman devient rapidement ennuyeux puisqu’on a seulement le regard de cet horrible personnage pour vivre cette histoire. On ne découvre pas la Chine, l’histoire d’amour n’est pas crédible puisque Julian n’est pas capable d’éprouver ce genre de sentiment (trop centré sur lui-même pour cela). Reste le sexe mais malheureusement cela ne fait pas tout.

Comme je l’ai dit, je pense que le problème vient d’avoir choisi de raconter l’histoire uniquement du point de vue de Julian. Hong Ying précise son projet dans la postface :

En tant qu’auteur chinoise en Occident, ma plus grande difficulté est de résider en un lieu sans en saisir les réalités : réalité des hommes, réalité culturelle, réalité du pays. Au cours de mes insomnies surtout, dans le profond silence de la nuit, ce tracas peut se muer en véritable souffrance, Tout ce qui se passe ici, je ne le découvre qu’après coup, par la presse ou la télévision. Un million de personnes en liesse dans la rue, par quel mystère ai-je pu passer à côté ? Quand cinq millions de personnes assistaient à des courses hippiques, comment se fait-il que je n’en connaisse ni l’heure ni le lieu ? Non pas que je souhaite absolument y participer, mais je suis dans l’impossibilité d’en être informée. Et lorsque je demande où puiser les renseignements, on me répond par un grand rire – le simple fait de vivre ici suffit pour être tout naturellement au courant.

Tout est là : nul besoin de documents, de lectures, de relations, les choses se font spontanément, les gènes culturels sont donnés à la naissance. Confronté à ce même « mur transparent » qui m’entoure, qu’adviendrait-il d’un étranger vivant en Chine ? À quelle situation se trouverait-il réduit ? Sans doute lui non plus n’arriverait à rien.

En lisant cela, j’ai pensé que l’idée était bonne mais le résultat pas franchement. Et surtout je me suis posée les questions suivantes : est-que Julian Bell était vraiment ce type d’hommes ? est-ce que l’auteur décrit l’idée qu’elle se fait d’un occidental (et franchement cela fait peur) ou tout simplement n’a-t-elle pas réussi à rentrer dans le « mental » d’un homme occidental (et se soit du coup incapable de décrire une histoire de ce point de vue) ? J’ai pris un autre roman d’elle à la bibliothèque. Si je le lis, j’aurais la réponse à ma deuxième question mais j’aimerais bien que les spécialistes du groupe de Bloomsbury me disent si le personnage de Julian Bell s’approche de la réalité.

Références

Le livre des secrets de l’alcôve de HONG Ying – traduit du chinois par Véronique Jacquet-Woillez (éditions du Seuil, 2003)

Une vie chinoise – tome I : Le temps du père de Li Kunwu et P. Ôtié

UneVieChinoiseLiKunwuCela faisait des années que cette BD traînait dans ma PAL, je crois depuis 2010 en fait. Comme je suis dans une période chinoise, je l’en ai sorti vaillamment (c’est-à-dire sans que tout me dégringole sur la tête), pour m’instruire sur l’histoire chinoise car c’est bien de cela dont il s’agit.

C’est le premier tome d’une série de trois, retraçant la vie de l’auteur Li Kunwu. Après une préface très intéressante de Pierre Haski sur la Chine d’aujourd’hui et les générations qui l’habite, mais surtout sur son évolution pendant les soixante dix dernières années , l’autobiographie de Li Kunwu commence par la rencontre de ses parents en 1950 qui aboutira sur sa naissance en 1955. Le père de Li Kunwu, 25 ans, est un révolutionnaire de la première heure, prêchant les enseignements de la révolution dans les campagnes, un an après la naissance de la République Populaire. C’est lors d’un discours dans un village de la province du Yunnan, qu’il voit sa femme pour la première fois. Xiao Tao a alors 17 ans. Après avoir convaincu le père de la jeune fille, il l’épouse et quelques années plus tard naît notre auteur.

Ce premier volume est divisé en trois chapitres et va de 1955 à la mort de Mao Zedong en 1976. Le premier chapitre est centré sur le Grand Bond en avant, le deuxième chapitre est centré sur la Révolution culturelle. À eux deux, ils couvrent l’enfance et l’adolescence du héros / auteur (217 pages sur 250). C’est une bande dessinée très intéressante pour qui ne connaît pas l’histoire récente chinoise (tout est expliqué suffisamment pour qu’aucune connaissance de base ne soit nécessaire), mais pas que. C’est en effet aussi un témoignage très lucide sur ce qu’a été cette période. En effet, l’auteur décrit un véritable endoctrinement mais aussi la force d’entraînement d’une foule ou d’un peuple, le jugement n’étant plus de mise alors. J’ai été surprise de découvrir que cela commençait très jeune, à l’école tout de même. C’était même encouragé car la jeunesse formait la force vive de la nation. Les élèves étaient mis à contribution pour toutes les opérations, dans le but d’encourager l’esprit de la Révolution. Ils pouvaient même prendre des initiatives, quitte à prendre le pas sur les adultes. Le mythe du respect des ancêtres par les Chinois en prend en tout cas. En tout cas, pour cette époque-là. L’auteur n’échappe pas à tout cela et se rend toujours compte, trop tard, que peut-être cela va trop loin et pour cela, il faut toujours que les excès le touchent de près (sa famille ou la famille de la fille qu’il aime).

Le troisième chapitre est plus court (et je ne sais pas s’il est complet ou s’il s’arrête parce que Mao est mort) et traite de la vie de l’auteur à l’armée, dans laquelle il s’est engagé à l’âge de 17 ans. Dans ce chapitre, l’auteur met en évidence le culte de la personnalité qui entourait Mao. On pouvait douter (pas à haute voix) de la Révolution mais pas de Mao. Il était le père de la Nation, il guidait son peuple de manière lucide … (même si vers la fin, on ne comprenait plus grands choses) Le père du titre, c’est bien lui. Au cours de ma lecture, je pensais que c’était le père de l’auteur parce que son père tient une part importante dans sa vie d’enfant et d’adolescent. La dernière image où on voit les soldats pleurer comme lors d’une fin du monde. Pour eux, c’est bien la fin d’une période et d’une nouvelle période qui est redoutée mais surtout inconnue.

C’est une bonne BD (en tout cas, ce premier tome) car elle permet de s’éloigner de l’histoire officielle mais aussi de l’histoire partisane. C’est vraiment les mémoires d’un homme lucide, sans regrets ni remords. Cela ouvre l’esprit, je trouve.

Vous pouvez trouver un article plus conséquent, avec la description des trois volumes, sur le site Lecture / Écriture. Je lirai les deux autres tomes mais pas tout de suite car ils ne sont ni dans ma PAL ni à la bibliothèque.

Références

Une vie chinoise – 1. Le temps du père de LI Kunwu et P. ÔTIÉ (Kana, 2009)

1986 de Yu Hua

1986YuHuaJ’ai Brothers dans ma PAL depuis des années, offert par ma cousine et j’ai quand même acheté ce livre-ci (c’est le mal, je sais) car il était plus court pour découvrir cet auteur dont on parle tant.

L’histoire débute en 1966, début de la Révolution Culturelle en Chine, quand un professeur d’histoire est arrêté par les gardes rouges. Il disparaît à tout jamais laissant derrière lui une petite fille et une femme. Contrairement à d’autres, elles ne sauront jamais ce qu’il est devenu, s’il est mort ou non. Au cours du texte, on apprend que ce professeur avant de se marier avait commencé des recherches sur l’histoire des tortures en Chine (on a même le droit à une liste).

Ce « détail » n’est pas anodin pour la suite. L’histoire se continue justement au printemps et à l’été 1986. La femme a retrouvé un mari, avec qui elle forme un très beau couple. D’ailleurs, la petite fille, devenue grande, le considère comme son vrai et unique père. Ce bonheur idyllique se détériore d’un coup d’un seul. La femme se met à ne plus sortir de chez elle, à laisser fermer les stores, elle devient apathique. Cela coïncide avec l’arrivée d’un fou en ville, qui se promène partout en ville en parlant de tortures, qu’il s’inflige ensuite à lui-même.

Personne ne l’écoute bien évidemment, tout le monde préfère ne pas entendre et continuer ses activités. Quand on lit ce texte, on se rend rapidement compte que Yu Hua ne parle pas que de cette histoire. Il en fait très clairement l’analogie avec le comportement général des Chinois doivent ou ont (je ne sais pas) face à la Révolution Culturelle, ce texte ayant été écrit en 1987. À partir de 1979, la Chine était en pleine mutation et les années 80 ont vu plusieurs changements. La question se posait très clairement de savoir comment considérer l’histoire récente.

Je pense que l’on peut distinguer trois groupes d’individus dans le texte : les habitants, jeunes et vieux, la femme et sa fille et le fou. J’ai choisi trois citations pour illustrer mon propos :

Ils [les jeunes] marchaient dans les rues pour marcher et entraient dans les magasins pour marcher aussi. Leurs parents avaient fait juste quelques pas avant de rentrer à la maison, mais eux voulaient marcher encore, parce qu’ils en avaient besoin. Ce n’était qu’en marchant qu’ils se sentaient en pleine jeunesse

Clairement, on voit que pour Yu Hua, les jeunes, non concernés par la Révolution Culturelle, doivent avancer ou avancent pour oublier pour ne pas perdre de temps avec le passé. Les vieux / adultes approuvent et observent mais ce n’est pas eux qui vont enclencher le changement, ou même le faire.

La femme et la fille par rapport à cela sont dans une sorte de position intermédiaire, surtout la femme. Elle est réticente à oublier mais elle ne veut pas non plus en faire sa vie entière. Elles seront toutes les deux prisent dans le mouvement, dans l’évolution. On retrouve cette idée dans la citation suivante, qui parlent de la fille et de sa copine, lors d’une fête foraine :

Elles avaient déjà perdu le contrôle de leurs mouvements. Poussées par tant de gens derrière elles, elles ne pouvaient plus rien faire d’autre qu’avancer, il leur était impossible de reculer.

Sur ce, le fou bien sûr pourra faire ce qu’il veut, gesticuler, se torturer autant que possible, il ne pourra rien faire contre ce mouvement de renouveau :

Il s’aperçut qu’il était alors tout près de chez lui, mais il n’avait plus de corps, il lui était impossible de rentrer à la maison.

Le mot corps peut ici s’interpréter de deux manière car on est à la fin de l’histoire. Le fou s’étant mutilé lui-même n’a plus de corps au sens propre (il s’est amputé le nez, les jambes…) mais au sens figuré : il n’a plus corps dans l’esprit, la mémoire de sa femme et de sa fille. Et là, on voit la qualité de la traduction !

Yu Hua, en situant son histoire en début de printemps et en la faisant se terminer à l’été, justifie aussi cette interprétation d’une analogie de la transformation de la société chinoise. Le mouvement des saisons tient en effet une grande place dans le texte.

Passons maintenant au sentiment pendant la lecture. J’ai beaucoup apprécié le fait que l’auteur fasse comprendre son discours sans pour autant le dévoiler directement. Je ne sais pas si c’est dû au moment de publication du livre ou au contraire indépendant, mais cela fait du bien de lire un texte intelligent comme cela. Par contre, par moment, c’est un peu glauque quand les tortures que s’infligent le fou sont décrites par le menu. Pendant toute ma lecture, je me suis demandée si l’histoire était vraisemblable : est-ce que le fou était vraiment là ? (personne ne l’aide tout de même) est-ce qu’il s’inflige vraiment de telles souffrances ? (on meurt de telles blessures tout de même, d’hémorragies sûrement) Cela contribue à mettre dans une certaine ambiance, un peu lourde, un peu mystique, qui fait que l’on cherche forcément un sens à ce que dit l’auteur. Je n’ai pas réussi à savoir si c’était ce qui passait à ce moment-là en Chine ou si c’était ce que l’auteur aurait aimé voir.

En résumé, le livre fait 90 pages, est très dense mais aussi très marquant et significatif de la littérature chinoise contemporaine, dans le sens où il donne des indices pour comprendre la société chinoise.

Références

1986 de YU Hua – roman traduit du chinois par Jacqueline Guyvallet (Actes Sud, 2006)

Quatre nouvelles de Liu Qingbang

Liu_QingbangLiu Qingbang est un auteur que j’ai découvert par hasard à la bibliothèque du Trocadéro, à Paris. Je cherchais d’autres livres de Liu Xinwu dont je vous ai présenté précédemment Poussière et sueur et je suis tombée sur un recueil de nouvelles de Liu Qingbang, intitulé Cataclysme.

Liu Qingbang est né à 1951, dans le Henan. Après ses études secondaires, à 16 ans, il devient paysan, puis à 19 ans, il devient mineur. Pendant neuf ans, il est descendu au fond d’un puits de mine, puis il est devenu rédacteur dans le Journal des ouvriers des mines de Chine, pendant une vingtaine d’années. Cela lui a donné l’occasion de côtoyer tous les types de mines, de voir les conditions de travail dans chacune, de connaître les ouvriers aussi. Parallèlement, il a commencé à écrire et est devenu écrivain professionnel en 2001. Vous pouvez trouver des éléments biographiques et bibliographiques sur cette page franchement très intéressante.

Les thèmes de prédilection de cet auteur sont la mine mais aussi la vie à la campagne.

Pour l’instant, trois livres de Liu Qingbang sont parus en français : Le puits (Bleu de Chine, 2003), adapté au cinéma sous le titre Blind Shaft ; Cataclysme (Bleu de Chine, 2011) et La lettre (Ming Books, 2016).

Cataclysme

CataclysmeLiuQingbangCataclysme est un recueil de trois nouvelles récentes (2006 et 2007) de Liu Qingbang, et est préfacé de manière très intéressante par Françoise Naour qui en est aussi la (très bonne) traductrice.

Pour reprendre ces mots, avec ces trois nouvelles, « nous voici entre drame et comédie chez les mineurs et les paysans du fin fond de la Chine, loin du bling-bling insolent des nouveaux parvenus, loin des Expositions universelles, des Jeux olympiques ou de fantastiques prouesses économiques […] Ces trois récits emmènent le lecteur en voyage, dans le milieu de l’Empire du milliard, non chez les riches, ni chez les classes moyennes, qui représentent aujourd’hui cent cinquante à deux cent millions de Chinois, mais au sein du milliard restant, gens de peu, vivant chichement, démunis ». On apprend plus loin dans cette préface qu’aujourd’hui la mine fait entre 5000 et 6000 décès par an en Chine (chiffres de l’auteur ; les autorités parlent de 3700 morts alors que les organismes indépendants parlent eux de 20000 morts par an).

C’est dans cet univers que l’auteur nous emmène dans les trois nouvelles de ce recueil.

La première nouvelle s’intitule Nouvel An à la mine. Une femme attend avec sa petite fille son mari pour fêter le Nouvel An. Le début de la nouvelle commence par le descriptif des longs préparatifs pour cette fête traditionnelle. Le mari travaille à la mine et ne vit donc pas avec elles. Une mauvaise nouvelle. arrive. Cette année, le chef a décidé de ne pas donner de congés et le mari se voit donc obliger de prévenir (au dernier moment) qu’il ne viendra pas. Sa femme déçue qu’il loupe une fête aussi importante (c’est un peu elle qui décide comment va se dérouler l’année) décide de le rejoindre avec tous ses plats préparés, sa fille … pour lui faire une surprise. La nouvelle décrit les retrouvailles mais aussi la « fête ».

C’est une nouvelle que j’ai trouvé très triste, tout en étant joyeuse et réaliste. Je n’ai pas eu l’impression que Liu Qingbang romançait. La petite fille ne reconnaît pas son père dans le sens qu’il est plus un étranger pour elle qu’un père. Le mari est triste de ne pas pouvoir fêter la nouvelle année chez lui. Il est heureux de voir sa femme, elle fait la sévère mais elle est heureuse de la revoir. On la sent volontaire, traditionnelle. Il y a une volonté de faire contre mauvaise fortune, bon cœur, de prendre la vie comme elle vient, en toute simplicité, de vivre tous les petits bonheurs qui sont donnés.

En très peu de pages, Liu Qingbang nous fait rentrer dans l’intimité de cette famille, dans une atmosphère particulière. Les personnages sont complexes et réalistes ; l’atmosphère et les détails de la vie quotidienne sont tellement bien décrits que l’on s’y croirait tout simplement.

La deuxième nouvelle est ma préférée ; c’est celle qui donne son nom au recueil. Un village est évacué car une forte inondation est attendue (une énorme vague plus exactement). Pourtant, deux hommes sont chargés de surveiller les trois greniers à grain du village qui sont plein à cette période ; on ne sait jamais le village voisin pourrait venir se servir, profitant de l’évènement. Les deux hommes ont été choisis pour des raisons particulières : l’un est celui qui plonge le plus profond du village et l’autre est celui qui est capable de nager le plus loin sous l’eau. Ces grandes capacités ont été évaluées dans une rivière et un lac. En tant que lectrice, je me suis dit qu’il fallait vraiment ne pas avoir le choix pour faire ce genre de chose (le motif en est l’argent ici) et que forcément ils allaient mourir. Je vous laisse découvrir si oui ou non.

Ce qui m’a particulièrement plus ici aussi, c’est le réalisme de la situation, de sentir la peur, l’angoisse et l’attente palpable. Là encore, je n’ai pas eu l’impression que l’auteur romançait. Je ne sais pas d’où il tire ses informations mais en tout cas, cela fait vrai.

La troisième nouvelle est la plus tragique. Elle s’intitule Automnale. Une femme attend son mari, parti aux toilettes, près de la rivière. Ne le voyant pas revenir, elle part au devant de lui mais ne trouve rien. Elle pense tout de suite à la rivière. En plus, il était légèrement alcoolisé. Pendant plusieurs jours, elle oscille entre colère, inquiétude et résignation (cela permet à l’auteur de nous raconter la vie de ce couple). Pourtant, elle demande très tôt de l’aide pour sonder la rivière et savoir enfin si le corps de son mari est au fond. Le problème est que l’aide, même de la famille, est payante. Avant toute action, il y a négociation ; la personne aidante désirant être sûre de son gain (même s’il n’y a pas de corps).

La nouvelle illustre peut-être la pauvreté des gens à la campagne mais dessine aussi une forme de société, peu solidaire, à cause de cette pauvreté. C’est pour cela que je parlais de nouvelle tragique, plutôt qu’à cause de la mort du mari.

La lettre

J’ai lu ce titre en numérique mais elle est parue, enLaLettreLiuQingbang ce début d’année, dans un coffret de nouvelles contemporaines chinoises, aux éditions Ming Books.

Dans cette nouvelle, on rentre là encore dans l’intimité d’un couple. Une femme cache une ancienne lettre au fond d’une de ses armoires. Elle la relit souvent, même si cela la met dans un certain état. Cacher est un bien grand mot car le mari sait que la lettre est là, que sa femme ne veut pas la jeter, continue à la relire même s’il désapprouve. Au cours de la nouvelle, le contenu de la lettre se dévoile, son auteur aussi, les sentiments de la femme, les tentatives désastreuses du mari pour faire oublier la lettre mais aussi l’auteur de celle-ci.

Là encore, j’ai trouvé que Liu Qingbang arrivait à rendre la situation palpable. On sent la tristesse de la femme, sa déception, son attente face à son mari ; on sent aussi la balourdise du mari, sa tendresse pour sa femme mais aussi son envie d’avoir une femme « normale », de vivre une vie où le passé ne compterait plus.

Cette nouvelle montre bien que Liu Qingbang ne peut pas être cantonné uniquement à la campagne et à la mine.

Si je voulais résumer les nouvelles de Liu Qingbang, je dirais simplicité et réalisme des situations mais aussi personnages très finement ciselés.

Références

Cataclysme de LIU Qingbang – traduit du chinois, présenté et annoté par Françoise Naour (Bleu de Chine / Gallimard, 2011)

La lettre de LIU Qingbang – traduit du chinois par Coraline Jortay (Ming books, 2016)