L’extinction des coléoptères de Diego Vargas Gaete

ExtinctionDesColeopteresDiegoVargasGaeteJ’ai été samedi au Divan .. ah ! (officiellement pour aller à la bibliothèque et aussi acheter du café et un livre).

Je suis tombée sur ce livre et je l’ai pris pour plein de raisons (raisonnables bien évidemment) : j’aime beaucoup la couverture, je ne connaissais pas la maison d’éditions, je ne connaissais pas l’auteur, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre d’Amérique du Sud et le résumé était très dynamique (en tout cas la première partie) :

Le 19 décembre 1986 Olaf Krause reçut un coup de fusil en pleine jugulaire alors qu’il participait à une partie de chasse aux lapins dans la propriété des Kunz.  L’attaque mit un point final à la vie d’Olaf Krause et fut classée par la police et les médias dans les faits divers tragiques. Tania Cayupi, la compagne du citoyen allemand à cette époque, confia lors de l’enquête qu’une semaine avant de mourir, Olaf Krause lui avait fait part de son projet de révéler publiquement et à la communauté internationale les aberrations commises dans le sous-sol du collège.

Cela ne ressemble pas trop à un thriller ? En fait pas du tout. C’est un des livres les plus étranges que j’ai lu et pourtant je n’ai pas pu le lâcher !

Le livre est séparé en deux parties : la première raconte l’histoire de Sylvana Kunz, descendante d’immigrés allemands, ayant une grosse fortune, et dont le père faisait partie de la direction du Collège allemand de Temuco, où se sont passés les fameuses aberrations dont parlent le résumé ; la deuxième partie raconte principalement la vie du fils de l’agent d’entretien chargé de la surveillance du sous-sol, même si la vie du père est évoquée. On a donc deux points de vue, venant de deux communautés différentes.

Sylvana Kunz était une enfant capricieuse, qui s’est mariée à un homme, un journaliste, qui sera à l’origine du scandale sur les atrocités du sous-sol (il sera assassiné dans une chambre d’hôtel). Pourtant, l’auteur nous montre son futur qui ne sera que brillant, jusqu’à un certain point, où les apparences tant protégées éclateront. Cette partie est fascinante pour le lecteur. L’auteur nous tient par le suspens, sur le pourquoi du décès de Olaf Krause, sur la nature des pratiques du sous-sol. Pourtant, il écrit d’une manière à perdre son lecteur : il mélange les trois périodes (présent, passé, futur) de la vie de Sylvana, en exagérant pas mal sur le futur. Chaque « période » est séparée par trois petites étoiles qui indiquent le changement, mais jamais je ne me suis jamais retrouvée perdue pour savoir où j’étais temporellement. Une autre chose sur cette première partie est le fait que le lecteur ne sait pas où l’auteur veut en venir. Il semble tourner autour du suspens, de l’élément important. Quand je lisais, je regardais la deuxième partie arrivée (où j’avais bien vu que les protagonistes de la première partie, surtout Sylvana, ne revenaient pas) et je ne comprenais pas ce que l’auteur voulait montrer, ce qu’il voulait dire.

La deuxième partie est plus conventionnelle au niveau de la narration. Elle est aussi est menée en trois narrations : la vie du père, la vie pathétique du fils, devenu professeur-assistant de droit, la vie virtuelle de celui-ci. En effet, il entretient une correspondance avec une femme vivant aux États-Unis et qui vend ses charmes sur internet. Le père a une conscience qui lui dit que ce qui se passe dans le sous-sol n’est pas moral et est, et sera toujours, très gêné par cela, même s’il n’est jamais intervenu car il a baissé la tête devant son chef, tout simplement. Malgré le fait qu’il est meilleur que le père Kunz, sa vie ne sera pas meilleur et son fils ne sera pas meilleur (ni sa vie) malgré toute sa soumission (sa vie est à mettre en parallèle avec les exploits de Sylvana dans la première partie).

Cette deuxième partie m’a fait voir le livre d’une autre manière. L’auteur n’a pas du tout voulu faire un thriller, un livre glauque sur des exactions de migrants, mais bien comme le dit la deuxième partie de la quatrième de couverture (que je n’ai pas lu dans la librairie),  une histoire sur un siècle « de la région rurale du sud du Chili, modelée par la rencontre du Mapuche, du Chilien et du Colon ». Quand on lit le livre de ce point de vue, les détails auxquels on porte attention sont tout autres. C’est l’évolution des générations qui commencent à intéresser, la différence de vies mais aussi les jeux d’apparences et de pouvoirs qui mènent la petite et la grande Histoire.

Je trouve cependant que c’est un livre difficile d’accès pour un lecteur, on va dire, occidental. On peut lui faire dire n’importe quoi (ce n’est qu’ici mon interprétation, guidée par la quatrième de couverture tout de même) ou même complètement passé à côté, tant à cause de l’histoire, tant à cause de l’écriture.

Quand je vous disais que c’était un livre étrange !

L’avis de Nathalie

Références

L’extinction des coléoptères de Diego VARGAS GAETE – roman traduit de l’espagnol (Chili) par Julia Cultien (L’atelier du tilde / Tadeys, 2015)

Fuenzalida de Nona Fernández

FuenzalidaNonaFernandezJe vous avais parlé il y a quelques mois des éditions Zinnia. Je suis retournée voir ce qu’il y avait de nouveau dans leur catalogue et je suis tombée sur ce livre, que j’ai lu en électronique (même si leurs éditions papiers sont magnifiques, je le répète).

L’histoire commence lorsqu’une femme trouve dans des poubelles éparpillées au milieu de la rue une photographie où elle reconnaît son père Fuenzalida qu’elle n’a pas vu depuis qu’elle était petite. En effet, Fuenzalida a à cette époque-là une vie compliquée. Il a un garçon avec une première femme qu’il a quitté pour aller avec une seconde, avec qui il a aussi un garçon (j’ai eu l’impression qu’il s’appelait comme le premier, prénom de son père, ce qui m’a beaucoup choqué mais je n’en suis pas sûre car à un moment dans le texte, c’est seulement le deuxième qui a le prénom du père). Quand cela n’est plus allé avec la seconde femme, il a été avec la mère de la narratrice, avec qui il a donc eu la narratrice, mais entre temps il est retournée avec la seconde femme. La narratrice est donc la fille « cachée » de cet homme, même si caché n’est pas le bon moment car il vient la voir très régulièrement.

Depuis, la narratrice a quand même fait sa vie. Elle écrit des feuilletons pour la télévision. Elle a eu un petit garçon, Cosme, avec un homme, Max, avec qui depuis elle est séparée. Cependant, et malgré une rupture un peu méchante, elle a laissé au père un droit de visite un week-end par moi, occasion pour laquelle Cosme se rend dans la nouvelle famille de son père, composée de Marlene et de jumelles.

Un jour, son ex-mari l’appelle en lui expliquant que son fils dort mais ne se réveille pas. Après une période de flottement, ils vont à l’hôpital où ils apprennent que Cosme a un hématome au cerveau et qu’il faut opérer.

Les réminiscences des moments que la narratrice a passé avec son père, l’opération de son fils, la vie son père lors de la dictature chilienne sont racontés pêle-mêle dans ce roman. À tout cela s’ajoute les épisodes d’un feuilleton qui passe à la télévision pendant que la famille attend à l’hôpital, feuilleton qui a été écrit par la narratrice et qui rappelle étrangement son histoire familiale (et ce qu’elle aimerait aussi).

Les parties que j’ai le plus aimé sont celles sur la vie du père sous la dictature chilienne mais aussi la vie d’auteure de feuilleton de la narratrice (j’ai rigolé en lisant le passage où elle donne tous ces trucs pour écrire un bon feuilleton).

La narration est très construite entre les différentes périodes. En y réfléchissant, j’ai trouvé que la construction était plutôt habile. On a l’impression de suivre un feuilleton télé avec plein de personnages, de ne pas trop savoir où on va. Finalement, l’auteur disperse des indices, des éléments qui font écho d’une situation à une autre pour justement lier les deux événements.

J’ai beaucoup apprécié l’écriture que j’ai trouvé très visuelle (l’auteur écrit aussi des feuilletons dans la vraie vie). On éprouve peu de difficultés à se figurer les personnages (ils ne sont pas que des pensées mais bien des êtres de chair et d’os). De plus, le livre s’ancre dans le réel. Il n’y a pas de facilités romanesques.

En résumé, j’ai trouvé que c’était plutôt un bon moment de lecture-détente.

Références

Fuenzalida de Nona FERNÁNDEZ – traduit de l’espagnol (Chili) par Anne-Claire Huby (Zinnia Éditions, 2014)

Bonsái de Alejandro Zambra

Quatrième de couverture

Julio rencontre un vieil écrivain qui cherche un assistant pour dactylographier son dernier roman, mais il n’est pas retenu.

Pour donner le change à María, sa maîtresse occasionnelle, il décide d’écrire un manuscrit qu’il fait passer auprès d’elle pour celui du romancier. Il s’inspire de son histoire d’amour passionnelle avec Emilia, huit ans plus tôt, lorsqu’ils étaient tous deux étudiants en littérature et que chacun prétendait avoir lu Proust…

Où commence la fiction, où s’arrêtent les souvenirs ? Dans ce va-et-vient entre littérature et réalité, les sentiments deviennent aussi complexes et fragiles que l’architecture délicate du bonsaï.

Bonsaï a été porté à l’écran par Cristián Jiménez.

Mon avis

Cela ne se passe pas du tout dans l’ordre décrit par la quatrième de couverture. Celle-ci raconte la deuxième partie du livre sans raconter la première. On commence par suivre l’histoire d’amour avec Emilia. On nous « ellipse » la rupture dans ses détails tout en nous disant quand elle a eu lieu. Puis on retrouve Julio plus tard dans les bras de María, sa voisine. Il cherche à l’impressionner en expliquant qu’il retranscrit le manuscrit d’un très grand écrivain. Quand il n’est pas retenu pour ce travail, il s’enferre dans un mensonge en écrivant son propre manuscrit qui s’inspire de l’histoire qu’il a eu plus tôt avec Emilia.

Alejandro Zambra ne se soucie pas franchement de nous faire comprendre la chronologie de son histoire (je n’ai pas compris combien de temps passait entre chaque histoire). Le caractère des personnages n’est pas très fouillé. Il est comme évanescent. On le sent à travers la manière de raconter mais il ne nous est pas décrit par le menu. Dans le deuxième livre que j’ai de l’auteur dans ma Pile À Lire, il est écrit que l’écriture de Alejandro Zambra  se rapproche de celle de Jean Echenoz (il n’a quand même pas son talent d’après moi). C’est exactement cela : il y a un narrateur extérieur qui a regard tendre et ironique sur ses personnages.

Ce qui est intéressant dans le livre, c’est aussi la mise en abîme. Vous ne savez plus si les personnages des livres dont on parle se comportent comme les personnages de notre roman ou si c’est l’inverse. C’est particulièrement bien fait à deux reprises. La première fois quand Emilia et Julio se conduisent comme les personnages de la nouvelle de Macedonio Fernández Tantalia. La deuxième est quand Julio écrit le livre qui va s’appeler bonsaï et qu’il s’achète un bonsaï pour faire comme son personnage (pas pour se documenter mais pour réellement l’imiter).

Par contre, je suis déçue de l’édition : il y a des fautes dans les prénoms, dans la quatrième de couverture et dans le livre, ainsi que quelques coquilles. Sur un livre de 90 pages, je trouve cela assez dommage.

Une lecture sympathique mais pas franchement inoubliable.

Références

Bonsái de Alejandro ZAMBRA – traduit de l’espagnol (Chili) par Denise Laroutis (Rivages, 2008)

Tombé en disgrâce de Mauricio Hasbún

Quatrième de couverture

Lorsqu’un jeune journaliste un peu veule et pusillanime est engagé par un magnat de la presse économique, obscur complice de la dictature de son pays, son chemin semble tout tracé. Mais ce fataliste d’origine arménienne – passionné d’Aznavour (qui a  » une chanson pour chacun de ses instants de tristesse « ) et cultivant un grand amour malheureux – va entrer en possession d’un document très compromettant pour son patron et devenir, comme hors de sa volonté, un acteur politique extrêmement dangereux et menacé. C’est l’argument de ce roman par lettres dont le propos, traité avec une grande originalité, est évidemment encore très dérangeant pour le Chili d’aujourd’hui.

L’auteur (décrit par l’éditeur)

Journaliste de presse écrite, né en 1969 à Santiago du Chili, Mauricio Hasbun est petit-fils de Palestiniens de religion chrétienne émigrés au Chili au début du XXe siècle pour fuir la domination turque en Palestine. Il a été marqué dans l’enfance par sa scolarité chez les Jésuites (opposés au régime de Pinochet et fortement impliqués sur le plan social) et le mutisme de sa famille (souffrant du rejet des élites chiliennes et particulièrement silencieuse sur la situation politique de son pays d’adoption). Tombé en disgrâce, d’abord publié en 2006 à Santiago, est son premier roman.

Mon avis

Jorge Ogarian écrit des lettres à un ami inconnu (de nous) depuis un endroit inconnu. On comprend au fur et à mesure qu’il s’est exilé sur une île. On nous explique à la fin que c’est une des îles de l’archipel Juan Fernández (surnommé archipel Robinson Crusoé car Alexandre Selkrik s’y est arrêté et c’est lui dont Daniel Defoe s’est inspiré pour son livre). Ce qui est intéressant dans la construction de l’auteur est qu’on ne nous dit pas comment il s’est retrouvé là-bas. Est-ce à cause d’un procès en diffamation ? d’une fuite ? d’un exil orchestré par le patron de presse ? La construction par lettres (qui ne vont que dans un sens) permet à l’auteur de ne dévoiler les éléments qu’au fur et à mesure.

La deuxième chose intéressante est la découverte du climat au Chili au début des années 1990. Il est très clair dans le livre que l’ombre de Pinochet plane encore. Il y a ses anciens sbires qui n’ont pas quitté les hautes sphères de la société. La bataille est rude pour les évincer.

Jorge Ogarian n’est pas un héros parfait. Une fois qu’il a en main les documents compromettants, sa première idée n’est pas de les divulguer au public mais d’en profiter à titre personnel en faisant chanter le grand magnat qui dirige son journal (dans lequel il n’est rentré que depuis quelques semaines) pour tout simplement devenir rédacteur en chef (il n’était que simple journaliste avant). Il trahit tout le monde … Comme c’est lui qui écrit les lettres, on a une sorte de mépris pour lui tout en ayant ses explications pour se justifier (il fait pitié mais moi je ne l’aurais pas excusé : il lui suffisait de ne pas prendre les documents compromettants)(on dit cela mais en fait, on ne sait pas ce qu’on ferait).

C’est un roman intéressant pour son thème, son histoire, sa construction et son mode de narration. C’est déjà pas mal pour un roman tout seul (c’est le premier livre de l’auteur). Ce qui m’a manqué, comme d’habitude, c’est que j’aurais aimé tout savoir et surtout si il est toujours sur son île notre Robinson Crusoé.

Références

Tombé en disgrâce de Mauricio HASBÚN – traduit de l’espagnol (Chili) par Prune Forest (Le temps qu’il fait, 2009)

Ce lieu sans limite de José Donoso

Quatrième de couverture

Petite Japonaise, outre une part de son nom, hérita en son temps de sa mère un bordel, un travesti de père et une vie de misère.

C’est un lupanar pour les pauvres, avec phono à aiguille – quelques pas de cha-cha-cha – et bagarres parfois. Quant au seul riche de ce hameau perdu au fin fond du Chili, s’il passe parfois au bordel de Petite Japonaise c’est moins pour s’y amuser que pour lui faire l’honneur de sa présence.

Il faudra encore compter avec Pancho, le camionneur, avec le passé aussi, enfin avec la violence propre aux hommes qui, hagards, errent d’une faute à un crime jusqu’à la mort.

Livre sombre, tragique, Ce lieu sans limite décrit l’enfer quotidien de ces âmes perdues par leur naissance même.

Mon avis

Je n’ai pas compris où l’auteur voulait en venir avec ce livre. Il est très plaisant à lire mais qu’est-ce que José Donoso voulait dire, je n’en sais rien. Voulait-il dénoncer (raconter) l’histoire des pauvres qui sont condamnés à être pauvre ou à le devenir encore plus ? Parlait-il plutôt de la domination (et le pouvoir de décider pour les autres) d’une personne sur tous les habitants du village ? Cela ne m’a pas semblé très clair car un peu trop feutré (pas assez virulent pour un auteur qui n’habitait plus au Chili au moment de l’écriture du livre) pour que j’arrive à le voir. Il parle bien à un moment cependant (il faut être honnête) du déroulement des élections pour que le riche du village soit élu sénateur. C’est édifiant comme description.

Par contre, comme je le disais c’est une agréable pour la galerie de portrait et pour le style. Je ne suis jamais allée au Chili mais je m’imaginais le village comme un village où passe les dalton et le bordel ressemblant plutôt à un saloon. À cela, j’ai rajouté un mur qui tombe, de la moisissure car beaucoup d’humidité. Cela ne pas vraiment être comme chez les Dalton. Il faut que vous y rajoutiez de l’herbe, des vignes, de la forêt, une grande maison. Vous avez à peu près l’ambiance. Vous avez le transsexuel (je ne sais pas si c’est le bon mot mais c’est un homme qui se transforme en femme pour danser et faire la fête et qui semble plutôt aimer les hommes), la mère maquerelle psychorigide, les prostituées, les paysans qui boivent pour pouvoir profiter pleinement du bordel et des filles. C’est haut-en-couleur comme vous pouvez le constater.

Le style est intéressant car pour de nombreux passages l’auteur nous livre les pensées de ses personnages, dans un style rapide et alerte. C’est un peu comme des transitions pour lui et aussi comme une manière d’accélérer le récit pour qu’il soit moins linéaire.

J’ai quand même mis un autre José Donoso dans ma PAL (cela n’a pas l’air d’être non plus son œuvre principale).

Références

Ce lieu sans limite de José DONOSO – traduit de l’espagnol (Chili) par Alice Schulman (Le Serpent à Plumes / collection Motifs, 1999)

Livre lu dans le cadre des 12 d’Ys dans la catégorie auteurs latino-américains.

 

Trois de Roberto Bolaño

Quatrième de couverture

Regroupant, par ordre chronologique, trois recueils de textes qui se situent à la frontière des genres littéraires, Trois révèle des aspects moins connus de l’univers de Roberto Bolaño et jette une lumière parfois surprenante sur son œuvre narrative. Daté de 1981, Prose de l’automne à Gérone offre une série de fragments kaléidoscopiques et hallucinés. Les Néo-Chiliens (1993) retrace l’épopée d’un groupe de jeunes musiciens chiliens en route pour l’Équateur en passant par le Pérou et reflète les désillusions de toute une génération. Un tour dans la littérature (1994) propose enfin, en 57 fragments, une promenade onirique en compagnie de fantômes, hommage mélancolique au écrivains, aux lieux et au passé du grand lecteur qu’était Bolaño.

Mon avis

Il s’agit donc de trois textes très différents les uns les autres par le fond comme par la forme. Le premier est un recueil de petits textes qui forme un plus grand texte ; le deuxième a la mise en page d’un poème (je serais bien incapable de vous dire si s’en est vraiment ou même comment il est construit si c’était le cas) et le troisième c’est donc 57 fragments qui commence tous par « J’ai rêvé » qui parle de littérature.

J’ai beaucoup aimé le premier texte car Roberto Bolaño entretient le flou de manière magistral. On ne s’est jamais si on est dans la réalité ou dans la fiction car dans les deux, il y a un écrivain : un écrivain amoureux ou un écrivain solitaire (seuls ses personnage sont ses amis). Dans cette nouvelle, l’auteur cite à un moment Fichte et je peux vous dire que rien que pour cela je ne regrette pas d’avoir lu ce livre.

Le découragement et l’angoisse consument mon cœur. La venue du jour me répugne, qui m’invite à une vie, dont la vérité et la signification sont douteuses pour moi. Je passe les nuits agités d’incessants cauchemars.

Le deuxième texte raconte donc le voyage de jeunes musiciens. Moi qui n’aime pas les poèmes (cela vient de la mise en page peut être), j’ai trouvé que c’était plutôt pas mal. Je ne sais pas si c’est pas parce que je l’ai lu dans le bus mais le texte m’a donné l’impression d’avancer en même temps que les musiciens, d’entendre de la musique, en fait de participer.

Le troisième texte m’a moins plu (certains fragments oui et d’autres non). Cela vient du fait que je ne m’y connais pas assez en littérature car Bolaño parle d’auteurs dont je connais le nom mais pas l’œuvre ou même la biographie. Alors cela limite un peu la discussion de suite.

En conclusion, je dirais que je suis fasciné qui est capable de trouver la forme qui convient au fond. On ne peut pas s’imaginer comment ce qui est raconté aurait pu être dit autrement. Ce que je retiendrais aussi, c’est la poésie qui se dégage des textes de Bolaño.

Références

Trois de Roberto BOLAÑO – traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio (Christian Bourgois, 2012)

Un petit roman lumpen de Roberto Bolaño

C’est le premier roman que je lis de Roberto Bolaño et pourtant, il s’agit ici du dernier roman publié du vivant de l’auteur. J’ai choisi ce livre, sûrement peu représentatif du style de Bolaño (c’est ce que j’ai cru comprendre de ce que j’ai lu), en me disant que cela pouvait être un bon moyen de ne pas me décourager pour rentrer dans l’œuvre de cet auteur.

Ce roman est donc court, moins de 100 pages et raconte l’histoire d’une fille, Bianca, qui vient de perdre ses parents subitement dans un accident de voiture. Elle se retrouve seule avec son frère. Ils abandonnent le lycée par nécessité après avoir essayé de s’accrocher. Elle trouve un travail dans un salon de coiffure et lui, dans une salle de sport. Commence une vie d’habitude, lancinante. Un jour, le frère ramène deux « amis » à la maison. Ils s’installent. C’est le début de la fin. Ils sont biens mais entraînent le frère et la sœur vers le fond, lui vers la délinquance et elle vers la prostitution. Cela n’ira jamais jusqu’au bout mais tout de même. Elle va être d’accord pour se prostituer. La fin du roman verra la renaissance du frère et de la sœur ; ils reprennent leurs destins en main.

J’ai beaucoup aimé l’empathie dont fait preuve Bolaño. Il arrive à se mettre dans la tête de cette adolescence, à nous faire saisir ses rêves, ses envies mais aussi ses contradictions. Il arrive même à nous les faire comprendre, à faire que l’on soit d’accord.

Ce qui m’a aussi interpellé, c’est le fait que Bolaño ne dit pas la descente mais pourtant on ne réfléchit pas pour s’en rendre compte ; c’est évident. J’aime qu’il y ait un sens accessible au lecteur lambda.

Le style est normal ; en tout cas pas compliqué comme je l’imaginais(c’est que j’imagine pour tous les livres que l’on dit difficile d’accès).

Je vais donc continuer ma découverte de Bolaño.

Une critique.

Références

Un petit roman lumpen de Roberto BOLAÑO – traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio (Christian Bourgois, 2012)

Livre lu dans le cadre des 12 d’Ys dans la catégorie Auteurs latino-américains (je l’avais déjà fait mais bon …)

Chiens féraux de Felipe Becerra Calderón

Livre lu par Yves, Leiloona, À propos de livres, …

Quatrième de couverture

1980, Nord du Chili, sous la dictature de Pinochet. Les terres arides du désert d’Atacama ne sont ensemencées que par les fosses communes du régime.

Rocío, ancienne étudiante en médecine, a suivi son mari, Carlos, lieutenant de police, affecté à la réserve de Huara où il n’y a rien à faire et trop à méditer. Carlos consigne dans un cahier son ennui, ses doutes et ses inquiétudes concernant l’état psychologique de sa femme.

Car Rocío, elle, n’est pas seule. À la différence des autres « Blancs », elle voit les villageois andins qui fuient leur présence comme une malédiction ; elle voit les chiens retournés à l’état sauvage [c’est ce que l’on appelle des chiens féraux] rôder, craintifs et affamés, autour de la déliquescence morale des oppresseurs ; et surtout elle entend ces voix d’enfants qui l’habitent, comme le remords de son ventre infécond, comme le cri vengeur d’un euple et d’un lieu martyrisés.

Chiens féraux, le premier roman de Felipe Becerra Calderón, a reçu au Chili le prestigieux prix Roberto Bolaño en 2006.

Dans ce roman polyphonique, Calderón explore les effets de la folie et de la solitude sur deux êtres ordinaires qui ont la particularité d’appartenir au camp des bourreaux. Il nous offre un texte dense, où la langue se fait schizophrène pour chanter la contagion du mal.

Mon avis

C’est un roman qui m’a beaucoup dérouté à cause de la quatrième de couverture, des billets que j’ai lu sur lui et des interviews de l’auteur.

Le roman se déroule sous la dictature de Pinochet mais l’auteur précise qu’il ne faut pas chercher de métaphores dans le livre. Pourtant, il précise que c’est une période qu’il voulait mettre dans un roman mais avec l’expérience de sa génération (il n’a que 25 ans) : une expérience non directe mais par ouï-dire. Il insiste sur le fait que c’est une expérience sensitive. Je me suis dit qu’il fallait faire ce type de lecture ; se laisser porter par l’écriture. C’est un peu comme cela qu’il a écrit apparemment.

C’est une expérience étrange car vous ne savez jamais où vous êtes. Le début du roman est structuré. Chaque personnage a son chapitre (cela restera en gros cela jusqu’à la fin), son intériorité aussi. Puis au fur et à mesure, on entend plusieurs voix pour un même personnage : l’intérieur, l’extérieur, l’écriture (pour le mari). Il y a les hallucinations auditives et visuelles (j’avoue que je n’ai pas tout compris non plus). Les personnages deviennent un peu comme autistes car ils ne « voient » plus : le mari et la femme ne se parle plus, la femme voit les villageois qui veulent lui parler (elle croira à une menace sans les comprendre alors qu’on apprendra par la suite qu’ils veulent lui parler d’un danger). En rapport avec le titre, j’ai pensé que les humains, surtout les « Blancs » de la quatrième de couverture étaient redevenus sauvage. La célébration de la fête nationale est un bon exemple. Le mari et la femme organisent la fête, convient les autochtones, les militaires en place … rapidement la fête tourne à la beuverie (les villageois sont partis) et tout le monde a un comportement sauvage. J’ai trouvé que finalement plus que la folie, présente pourtant, dont parle la quatrième de couverture, c’est de cela dont parlait le roman. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que là-dessous, il y avait quand même le contexte national. J’ai été confortée dans cette idée par des notes de bas de pages qui nous situent des lieux dans ce contexte là.

C’est pour cela que j’ai l’impression de ne pas avoir tout compris (en plus, c’est un roman d’Amérique du Sud ; l’impression de manquer de culture pour le comprendre a été persistante). Il m’en reste un rythme indéniablement envoûtant et très personnel (dans le sens où il est reconnaissable). J’ai aussi apprécié les recherches typographiques de l’auteur pour les deux rencontres avec le professeur Destino, maître de la torture, de la propagande et de la voyance (pas dans le mauvais terme); du dialogue structuré (et présenté de cette manière), on passe à un méli-mélo entre dialogue, texte, écrits du mari sans aucune présentation. J’ai trouvé que cela figurait bien cet emmêlement entre réel et hallucinations.

Références

Chiens féraux de Felipe Becerra CALDERÓN – roman traduit de l’espagnol (Chili) par Sandy Martin et Brigitte Jensen (Anne Carrière, 2011)

Le vieux qui lisait des romans de Luis Sepúlveda

Présentation de l’éditeur

Antonio José Bolivar connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d’El Idilio les accusent à tort du meurtre d’un chasseur blanc, le vieil homme quitte ses romans d’amour – seule échappatoire à la barbarie des hommes – pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse …

Mon avis

Cela faisait longtemps que je voulais le lire ce livre vu tous les avis positifs que je lisais ; j’ai profité du challenge Le tête en friche pour le faire enfin. J’ai bien aimé mais ce n’est pas un coup de cœur.

J’ai ressenti la même chose que lors de la lecture du livre de Supervielle (faut dire que je l’ai lu juste après) : un calme apaisant, une bouffée d’oxygène mais ici pas du à une écriture aérienne mais à une histoire. Un homme lit des romans d’amour parce qu’il est seul et que c’est la seule chose qui l’aide à relativiser (voire à surmonter) sa solitude et les mises à l’écart des gens « civilisés » et des Shuars à la fois. Il n’est d’aucun monde et c’est le roman d’amour qui l’aide à être ailleurs et d’ailleurs (à la fin c’est quand même ce qui va faire que l’on ne va plus forcément le considérer que comme le chasseur de la panthère). Cet homme est cependant celui auquel on fait appel lorsque une panthère sème la terreur dans la forêt, et ce à cause des chasseurs ou des gens qui détruisent l’habitat naturel. C’est un plaidoyer pour la nature, l’acceptation de l’autre … Tout ça est très bien écrit, dans un style facile à lire, épuré d’un maximum de futilité.

Ce qui fait que ce n’est pas un coup de cœur, c’est que j’aurais aimé mieux le connaître ce vieux qui lisait des romans d’amour, que j’aurais aimé vivre dans ce village, que j’aurais aimé connaître mieux les Shuars, que j’aurais aimé que ce soit plus long et plus développé parce que là on m’a raconté une belle histoire mais je n’ai pas réussi à m’immerger dans le monde du vieux qui lisait des romans d’amour.

Le mot nouveau (à 28 ans, on en apprend tous les jours)

cardinalice : d’après le petit Robert, c’est, ce que je me serais douté toute seule même si je ne m’appelle pas Robert, qui appartient aux Cardinaux. Comme dans le livre, on le dit d’une couleur, je pense que l’on parle d’un type de rouge mais bon je suis pas sûre non plus. Ah, je vois que dans toujours le même petit Robert, on parle de pourpre. Si vous avez un avis, n’hésitez pas !

J’aurais pu aussi chercher comment on définit amour dans le dictionnaire mais bon un billet n’aurait pas suffit.

Références

Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis SEPÚLVEDA – traduit de l’espagnol (Chili) par François Maspero (Points Seuil, 1995)

Les naufragés d'Hernán Neira

 

 

Par la couverture, vous vous doutez que j'ai lu dans le cadre d'un de mes thèmes à l'honneur : les phares. D'abord je vous cite un des plus beaux passages, tout en lumière et en ombre,

"Quand je suis tombé malade, épuisé de tant veiller sur toi, tu avais oublié qu'à mon arrivée sur cette île, tes yeux ne voyaient pas et que, avec patience et tendresse, nous étions parvenus à les faire briller, tu ne comprenais pas que je puisse te demander le même remède, fait d'étreintes et de douceur, avec lequel je t'avais guérie. Oui, je me suis dégradé, désintégré, je suis tombé dans un précipice, dans l'obscurité d'où je t'avais arrachée et où, à la différence de toi qui cherchais ton père, moi je ne cherchais rien et ne pouvais donc rien trouver." (p. 106 – 107)

Je trouve ça très beau comme phrase de la part d'un gardien de phare, et donc de lumière.

Résumé

Un jeune homme, à la sortie de l'école, est affecté à un phare sur une île perdue difficilement accessible à part aux grandes marées. À ce moment là, on apporte les vivres nécessaires aux autochtones. Ceux-ci sont très hostiles au nouveau venu parce que justement il vient de l'extérieur. En plus, il découvre leurs sauvageries : ils ont une justice assez expéditives par rapport à ceux qui veulent s'enfuir de l'île ou qui ne respectent pas l'ordre établi. C'est donc très inquiétant tout ça. De plus, le dernier gardien de phare s'est suicidé ou a été assassiné en voulant partir : on ne sait pas. C'est justement la fille de cet homme que le gardien de phare rencontre sur la plage. Elle s'appelle Mareika et elle non plus ne doit pas partir. Elle ressemblee à une personne qui a reussi à s'enfuir. Les anciens ont expliqué à Mareika qu'elle était liée à l'île. Le livre c'est l'histoire d'amour entre Mareika et le gardien de phare et comment il essaye de la sortir de cette société autarcique au risque de couler lui-même.

Mon avis

La construction de ce livre est très étrange : j'avais l'impression que chaque chapitre était écrit par une personne différente et que pourtant ces personnes avaient des styles semblables ; on change de sujet à chaque chapitre. Ce livre est très court (111 pages) et comme à chaque fois avec des livres aussi courts j'aimerais en savoir plus. On vit du côté de Mareika et du gardien de phare sans voir le point de vue des îlens, ni avoir plus de descriptions que ça de leur mode de vie. Vous allez me dire que ce n'est pas de l'ethnologie : c'est une histoire d'amour dans un monde hostile ! Mais bon je trouve que ça aurait pu être creusé cette aspect là. Comme c'est l'histoire d'amour qui a été privilégié l'auteur utilise un langage très poétique, très dans les sentiments (l'extrait représente à mon avis bien cela).

C'est un livre assez sympathique à lire : on y passe un agréable moment. Comme j'étais en Amérique du Sud, je continue avec un livre mexicain sur un thème semblable : L'île aux fous de Ana Garcia Bergua. C'est l'histoire vraie de la garnison mexicaine oubliée sur l'île de Clipperton.

Références

Les naufragés d'Hernán Neira – traduit de l'espagnol (chili) par François Gaudry (Métaillié, 2005)