L’homme traqué de Daniel Guebel

Cela va devenir redondant mais je m’excuse encore de mon absence. J’ai beaucoup de mal à bloguer quand je travaille. Je suis juste trop fatiguée. Je lis toujours autant mais arrivée à la fin du livre, je n’ai juste pas envie d’en parler parce que je sais que cela me prendra trop de temps d’organiser mes idées. Quand je vois en plus qu’au final, mon billet n’est aucunement organisé, cela me désespère un peu d’y arriver un jour. J’ai essayé lors de la lecture de The Giver de Lois Lowry de prendre des notes chaque soir, pour que mon blog ne soit pas mon brouillon mais c’est trop contraignant et plus une corvée qu’autre chose.

Le point positif est que je suis en vacances quinze jours, et que fin janvier (normalement) nous quittons nos locaux pour faire du télétravail (cela est facilité par le fait que nous ne soyons que deux). Je serais beaucoup moins fatiguée et donc plus disponible pour reprendre le fil de ma vie.

Cependant, il y a quand même un livre dont je voulais vous parler et que j’ai lu la semaine dernière. Il m’a fait à la fois rire et réfléchir. Il est à la fois loufoque et sérieux, inventif et ancrée dans une problématique actuelle. Je l’ai découvert dans Le Matricule des Anges (du mois dernier, je pense). Je l’avais vu en librairie mais je ne m’étais pas branchée LHommeTraqueDanielGuebeldessus vu que je n’aime pas les livres au couverture jaune. En fait, sous la jaquette, la couverture est bleue. Comme quoi, il faut ne pas se fier aux apparences.

L’histoire commence très fort. Un homme, Leonardo Ferretti, vient voir un savant, Fabián Hunico, lui demandant de le cloner, pas en un seul exemplaire mais en plusieurs, sous prétexte qu’il doit échapper à toutes ses maîtresses. Le savant accepte après que l’homme ait dévoilé la véritable raison d’une telle demande : il est poursuivi par les services secrets d’Argentine à cause de son activité révolutionnaire. Cette partie du roman dure très peu de pages, une trentaine maximum, mais pourtant s’esquisse déjà les principaux thèmes du roman. Qui sommes-nous et qu’est-ce qui fait que nous sommes nous, notre apparence, nos souvenirs, nos manières d’agir … Cette partie est traitée d’une manière humoristique puisque les copies vont être testées sur les maîtresses pour savoir si elle voit une différence au niveau des performances sexuelles. Cela part de cette idée préconçue que l’homme n’est que son enveloppe extérieure. Le plus drôle est que l’auteur confirme plus ou moins cette hypothèse, les femmes sentent une différence mais très légère. Les clones échappent au contrôle de Ferretti, les clones n’ayant pas les mots et surtout l’expérience leur permettant de décrire ce qu’ils vivent. Il en vient donc à les détester et à les tuer mais alors il revient au point de départ : il reste poursuivi par les services secrets.

Il fuit dans le désert mais cette solution ne lui convient pas. Il adepte dès lors un moyen radical : changer de sexe. Mais alors il va attirer le regard des hommes vers lesquels il n’est pas attiré, et particulièrement d’un, qui est son clone. C’est un peu comme couché avec soi-même. Là encore, sous un côté loufoque, l’auteur présente ses réflexions sur ce sujet d’une manière intelligente (et surtout non omniprésente). L’histoire reste privilégiée.

Suite à un rebondissement, il rechange de sexe, mais aussi d’identité, lui arrive une aventure extraordinaire qui va intéresser des producteurs de films. C’est cette histoire qui occupe la majeure partie du livre et qui est vraiment très … inattendue, et donne lieu à un dénouement tout aussi inattendu. Je n’ai jamais lu cela nul part et je ne pense pas le relire de sitôt. Là encore, les thèmes sont ceux de l’identité (est-ce que l’acteur d’un film peut remplacer le vrai héros ? est-ce qu’il est possible de construire sa vie sur un mensonge ? qu’est-ce que la vie de couple ? comment un enfant peut vous aider à vous découvrir ?) C’est intéressant mais un peu trop barré parfois. Il n’y a pas de juste milieu dans les péripéties et la manière de penser et d’agir. C’est tout de suite très radical.

J’ai aimé les trois histoires avec une très nette préférence pour les deux premières qui m’ont fait beaucoup rire et lever les sourcils. J’ai cependant trouvé que le livre présentait une faiblesse au niveau du raccord entre les différentes histoires. Il y a des dessins à l’intérieur du livre, dont un qui représente parfaitement ce que je pense. Un homme sur son cheval en train de fuir en plein désert, avec les nuages (ou montagnes) en arrière plan. Un peu comme dans les vieux jeux PC, les cactus en moins. Le seul lien évident pour moi, ce sont les thématiques mais surtout les personnages de Ferretti  et d’Hunico (qui apparaît un peu comme une voix de la raison, avec des ratés tout au long du roman).

C’est un très bon livre intelligent, distrayant, imaginatif (pour vous donner une indication, je vais le garder dans ma bibliothèque malgré sa couverture jaune) … mais ce n’est pas un livre que je recommanderai à tout le monde, très clairement. Par contre, comme d’habitude avec les éditions de L’arbre vengeur, l’objet-livre est magnifique et particulièrement agréable à tenir en main.

Le thème des clones a l’air dans l’air du temps en Argentine car est sorti aux éditions de La dernière goutte pour cette rentrée littéraire Le cœur de Doli de Gustavo Nielsen. Je l’ai acheté car je voulais rester plus ou moins dans la même thématique.

Références

L’homme traqué de Daniel GUEBEL – traduit de l’espagnol (Argentine) par D. et R. Amutio – illustrations de Simon Roussin (L’Arbre vengeur, 2015)

La nuit des longs bâtons de Bernard Coat

LaNuitDesLongsBatonsBernardCoatJ’ai découvert ce livre sur Twitter car je suis abonnée au fil de la maison d’éditions, Numeriklire. D’habitude, je ne comprends pas du tout leurs tweets car il faut toujours cliquer alors que moi, je suis dans le rer, et que le réseau c’est un peu quand il veut, et que cela me saoule avec mon windows phone de revenir en arrière … Donc en résumé, je ne clique jamais et du coup, je ne vois jamais de quoi parle leurs livres. Mais là j’ai cliqué … par chance. J’aime beaucoup la couverture aussi. Donc j’ai acheté le livre (2,99 €, c’est plus facile de se tromper à ce prix là).

La nuit des longs bâtons est la nuit du 5 août 1966 (on peut trouver juillet aussi) où

Lors d’une réunion à l’université de Buenos Aires, la police intervient avec violence : 200 étudiants sont emprisonnés et 30 blessés. Ils viennent de dénoncer les purges dont sont victimes les professeurs et les membres de l’administration. Cette « nuit des Longs Bâtons » marque la fin de l’autonomie de l’Université et entraîne la radicalisation politique des étudiants, influencés par la révolution cubaine et les théories marxistes. [source]

Ce texte court (47 pages sur ma tablette) se concentre sur un professeur d’université, Miguel Galvano, vivant chez sa mère et ayant deux amis, le peintre Mario Juan et le professeur Tito Gazal, et une amie Mica (je ne suis pas sûre d’avoir bien compris les relations entretenus avec Miguel). En tout cas, Miguel a été arrêté ainsi que ses connaissances. C’est à ce moment qu’on arrive dans le récit, le moment où les gardes, juges … vont s’occuper du cas de Miguel. On va suivre interrogatoires, tortures psychologiques (on lui montre les supplices que l’on fait subir aux autres prisonniers). Tout cela pour qu’il dénonce des personnes de son entourage. On lui demande à la suite de cela s’il veut devenir lui-même juge dans la dictature. C’est à cette question que s’attache le texte : à quel prix doit-on vivre ?

Parce qu’il était un homme, il voulait vivre. Il ne vivrait qu’en se trahissant lui-même. Pour rester fidèle à lui-même, il lui faudrait mourir. [p. 41]

Le mot thriller, pour caractériser un livre, n’a jamais été aussi bien utilisé dans mon cas. Je me suis sentie nauséeuse tout au long de ma lecture (la description des tortures a joué beaucoup). Le texte est froid et méthodique. Cela sonne comme quelque chose d’inéluctable, comme qui dirait, on sent que Miguel Galvano va rencontrer son destin. Miguel avance mais ne peut regarder sur les côtés, ou en arrière, il sera obliger de choisir.

Le texte m’a semblé très cinématographique (j’ai été influencé parce que je savais que l’auteur était aussi scénariste). On s’imagine une lumière sombre, un plan fixe sur le visage de Miguel pour filmer ses réactions … où on pourrait constater qu’il ne montre rien. Il y aurait aussi l’avancée lente des personnages dans les couloirs, les portes qui se ferment devant une situation dramatique. Ce texte est extrêmement visuel  ; cela serait très intéressant à voir en court métrage (pour garder l’intensité dramatique).

Un très bon texte de la rentrée littéraire selon moi !

Je pense que je lirais les deux romans noirs du même auteur, disponibles chez l’éditeur. Apparemment, ils sont différents, plus noirs, plus contemporains, mettant en scène un même personnage, Bernard Balzac. Je note aussi pour moi, Le sonneur noir du bagad Quimper de Alex Nicol.

Références

La nuit des longs bâtons de Bernard COAT (Numeriklire, 2014)

Luna caliente de Mempo Gioardinelli

LunaCalienteMempoGiardinelliJe n’avais jamais entendu parler de ce petit livre (130 pages) avant de lire son titre dans le dernier roman de Guillermo Martinez Moi aussi, j’ai eu une petite amie bisexuelle. J’ai été déçue par ce livre car j’ai trouvé qu’il n’y avait pas la profondeur qu’il y avait dans ses précédents livres. L’histoire est celle d’un écrivain argentin qui est invité à donner des cours d’espagnol dans une petite université américaine. Ce n’est pas un poste plus glorieux que cela mais cela va être l’occasion pour lui de découvrir les mœurs des étudiantes américaines. Ainsi, il va commencer une relation avec une étudiante, malgré l’interdiction formelle du règlement de l’université. Celle-ci est un peu particulière car elle sort d’une relation avec une jeune femme, légèrement dominatrice et jalouse. Pour tout dire, l' »amoureuse » du professeur se cherche encore un peu (difficile à faire dans une petite ville américaine un peu « coincée »). Je n’ai pas pu trouver dans ce livre autre chose que ce que je vous raconte – ajoutez à cela la publication concomitante de Pour Ida Brown de Ricardo Piglia qui semble porté sur le même sujet, je ne l’ai pas encore lu – je me suis dit qu’il n’avait pas réussi son coup cette fois-ci (c’est sûrement une fausse impression). Luna caliente (on y revient) est un des ouvrages conseillés par le professeur à ses étudiants avec plusieurs autres, portant sur des sujets malsains d’après une autre étudiante.

Luna caliente est l’histoire d’un docteur en droit, Ramiro, qui revient après huit d’absence (pour cause d’études à Paris) dans sa région du Chaco, au nord de l’Argentine (aussi région d’origine de l’auteur). Il s’apprête à prendre un poste de professeur dans l’université de la région. Pour fêter son retour, il est invité à manger un soir dans la famille Tennembaum. Il y aura principalement lui, le docteur (alcoolique reconnu) et sa femme ainsi que Araceli, la fille de 13 ans du couple. Pendant que les parents boivent (manière polie de dire qu’ils sont gris), Ramiro s’excite littéralement devant cette adolescente magnifique , qui de son côté teste ses charmes sur le trentenaire. La soirée se termine mais Ramiro simule une panne de voiture pour pouvoir être invité à dormir chez la famille. Il espère concrétiser ce qu’il a cru comprendre dans la soirée.  Le voilà donc dans la maison, dans la chambre d’un des plus grands frères. Il essaie de se raisonner car quand même, il est beaucoup plus vieux et ce n’est qu’une gamine (c’est son seul moment de bon sens du livre) mais il n’y arrive pas (son sexe en tout cas). Il va dans la chambre de la jeune fille et la viole car oui, elle ne faisait que tester ses charmes et ne voulait pas coucher avec le monsieur. Il la tue dans un moment d’exaspération et prend la fuite de la maison, tout en voulant fuir le pays (ce qu’il ne fera pas). Il organise un second meurtre pour couvrir le premier. Bien sûr, il croit avoir commis le crime parfait et sera d’autant plus désapointé quand Araceli, qui n’était pas vraiment morte, et, transformée en nymphomane, reviendra lui demander des comptes. J’ai oublié que cette histoire est situé en Argentine, en 1977, c’est-à-dire au moment de l’installation de la dictature militaire. Je vous laisse imaginer l’état d’esprit de Ramiro quand il commence à être inquiété pour ses faits et gestes.

Il se dégage une ambiance très bizarre de ce livre. Au début, on croit à un mauvais film, ensuite un peu à un thriller. Ensuite, j’ai eu pitié de Ramiro car il est vraiment bête (en tout cas rapidement dépassé par les évènements et surtout il est incroyablement humain (bestial peut être)), tout en se croyant très intelligent, civilisé et supérieur (son statut de revenant lui donne l’impression d’être comme un fils prodigue). Il fait systématiquement les mauvais choix (ce qui le mène au désastre). Il semble méconnaître la nouvelle réalité de son pays, méconnaître ses voisins … Il ne s’en rend pas compte et semble toujours penser qu’il va pouvoir s’en sortir en inventant une nouvelle pirouette. A aucun moment, il ne se prend à regretter (il est même un peu fier d’être froid et calculateur). C’est un personnage bien étrange. Finalement, on s’attache plus à l’histoire qu’à lui.

J’ai eu l’impression de livre un peu foutraque comme Bal des vipères d’Horacio Castellanos Moya.

Il y aussi une torpeur, une moiteur dans ce livre. Les personnages sont comme englués dans la chaleur (on est en plein été, décembre 1977). Ils agissent lentement tout en ayant l’esprit échauffé. Cela donne au livre un rythme très particulier.

Sur Amazon, j’ai vu un commentaire qui disait que le livre pouvait être une réécriture du Cid. Je ne connais que celui de Corneille (je l’ai lu il y a longtemps en plus) et j’avoue que je n’ai pas bien compris pourquoi (il y a des éléments mais pas tout tout de même). Pourtant cette référence m’intrigue car elle est citée une fois dans le livre.

En conclusion, je dirais que j’ai beaucoup aimé ce livre car l’histoire est captivante, les personnages sont bien campés (même caricaturaux), l’atmosphère est bien oppressante (même si j’ai ri parfois tellement Ramiro en devient ridicule). Par contre, je préviens que le livre peut paraître malsain pour certains lecteurs à cause du personnage d’Araceli (c’est d’ailleurs ce que reprochait une des étudiantes du professeur argentin de Moi aussi, j’ai eu une petite amie bisexuelle).

Références

Luna caliente de Mempo GIARDINELLI – traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry (Editions Métailié / Suites, 2002)

L’esprit de mes pères de Patricio Pron

LEspritDeMesPeresPatricioPron

Présentation de l’éditeur

Au chevet de son père mourant, un jeune écrivain argentin découvre que son père nourrit depuis des années une véritable obsession pour un homme assassiné dans de mystérieuses circonstances en 2008. Sans le vouloir, il se lance sur les traces de son histoire familiale en cherchant à comprendre pourquoi son père traquait le moindre indice concernant ce fait divers. D’une écriture incisive, presque chirurgicale à la façon d’un Truman Capote, Patricio Pron met en scène les malaises d’une société argentine toujours malade de son passé. Ce n’est plus son histoire ni celle de son père qu’il raconte mais la douleur de toute une génération d’enfants en attente de réponses, si douloureuses soient-elles.

Mon avis

Ce livre est une histoire vraie, l’histoire de Patricio Pron, de son père, de sa famille, de son pays. L’auteur a cependant ajouté des éléments de fiction pour les besoins de son projet ; son père a jugé bon d’apporter des corrections, des observations. On peut lire son texte ici (en espagnol).

Le texte que nous livre ici Patricio Pron est touchant pour deux raisons :

  • sa sincérité ;
  • son incapacité à raconter l’histoire de son père, de la génération de celui-ci. Il raconte seulement sa génération. Il n’arrive pas à retrouver son père malgré ses efforts à mon avis.

Je m’explique un peu mieux. Quand j’ai ouvert le livre, je m’attendais à lire un livre classique sur l’envie de mieux comprendre ses parents avant qu’ils ne meurent. Dans le cas d’un écrivain argentin, je m’attendais aussi à lire l’histoire de disparus de la dictature. Il y a de tout cela mais le récit n’est pas classique car il ne cherche qu’à atteindre la vérité et non une vérité.

Patricio vivait en Allemagne depuis huit ans, sans aucune envie de retourner au pays pour voir sa famille par exemple. Il travaillait dans une université, n’avait pas d’appartement fixe car il préférait vivre chez les autres, se gavait de cachets pour oublier. Quoi ? On ne le sait pas vraiment et Patricio, lui, ne le sait plus vraiment tellement il en a pris. Patricio va chercher à transcrire cet état semi-comateux dans ce livre racontant la recherche du père, et ce même si le livre est écrit a posteriori. Cela passe par une construction originale : les chapitres sont extrêmement courts, pas numérotés dans l’ordre (beaucoup de numéros sont sautés). Tout cela est dans le but de nous faire ressentir une attention s’attachant à des détails qui disparaissent plus ou moins de suite, une attention ne voyant pas la globalité des choses. C’est ce qui à mon avis est le plus déroutant dans le livre, même si c’est aussi le plus touchant car le plus sincère.

Un jour, il reçoit donc un coup de téléphone lui expliquant que son père est dans le coma, qu’il est mourant et que la famille l’attend. Il y va donc souffrant du syndrome du touriste dans son propre pays. Ce qui est normal après autant d’absence. La première partie raconte le départ d’Allemagne, l’arrivé en Argentine, les retrouvailles de la famille (sa mère, un frère, une sœur), la première visite à l’hôpital.

La deuxième partie, très importante en volume, raconte la découverte par l’auteur d’un dossier, dans le bureau de son père, sur la disparition d’un homme en 2008. Cet homme a été retrouvé tué dans un puits. Il s’avèrent que c’est une sombre histoire d’escroquerie, où cet homme qui a toujours été seul a été abusé par une jeune femme, qui lui a pris son argent … et elle était assisté de son mari bien sûr. Il s’avère que le disparu est le frère d’une disparue de la dictature, que l’argent était celui de l’indemnité qu’il avait reçu pour cette disparition. Le père de l’auteur était un ami très proche de la disparue mais, on croit le comprendre à demi-mot, il avait aidé à ce que l’homme est cet argent. À travers la disparition du frère, le père de l’auteur voulait comprendre une disparition, celle de la sœur, qui n’a jamais été élucidée.

L’auteur fait clairement le parallèle entre la recherche du père avec celle que lui entreprend sur son père. C’est ce qu’il raconte dans le reste du livre.

En fermant ce récit, je me suis dit que Patricio Pron s’était exposé devant mes yeux tel qu’il est. C’est un livre touchant de sincérité car il ne donne pas l’impression d’avoir été arrangé dans l’histoire mais aussi dans la construction. Ce que j’en retire, c’est qu`à la fin du livre, l’auteur commençait à reprendre sa vie en main, que ce livre était un livre de reconstruction car il acceptait enfin de se souvenir de son enfance, de sa terreur aussi. Pourtant, je n’ai pas eu le sentiment que l’auteur avait mieux compris son père et c’est peut être aussi parce que moi je n’ai pas compris qui était ce père, grand absent dans le livre (forcément puisqu’il ne peut pas parler), quel avait été son combat.

Des extraits

 « En reposant les photographies sur le bureau de mon père je compris qu’il s’était intéressé au sort d’Alberto Burdisso parce qu’il s’était d’abord intéressé à celui de sa sœur Alicia, et que cet intérêt était la conséquence d’un fait que mon père n’avait peut-être pas pu s’expliquer – mais qu’il avait tenté d’élucider en réunissant tout ce matériaux -, à savoir qu’il l’avait initiée à la politique sans savoir qu’elle y laisserait la vie ni qu’il lui en coûterait des décennies de peur et de remords, et que j’en subirais le contrecoup, des années plus tard. En essayant de me détacher des photographies que je venais de voir, je compris soudain que nous devrions, nous fils des jeunes des années 70, élucider le passé de nos parents, tels des détectives, et que nos découvertes ressembleraient beaucoup trop à un roman policier que nous aurions préféré n’avoir jamais acheté, mais je compris aussi qu’on ne pouvait pas raconter leur histoire à la manière du genre policier, et que d’ailleurs adopter ce modèle serait trahir leurs intentions et leurs luttes, car rendre compte de leur histoire à la manière d’un récit policier reviendrait simplement à admettre l’existence d’un système de genres, c’est-à-dire d’une convention, et donc à trahir leurs efforts, qui avaient visé à mettre en doute ces conventions, les conventions sociales et leur effet dans la littérature. »

« Naturellement, une minute ne pouvait pas non plus être comptée de façon consécutive et linéaire, et mon père avait sans doute cette idée en tête quand il me dit qu’il aurait aimé écrire un roman, mais que celui-ci n’aurait jamais pu être raconté sous cette forme. Naturellement aussi, je n’aurais pas été en conformité avec ce que mes parents faisaient et pensaient si j’avais adopté cette façon de l’écrire ; s’interroger sur la façon de raconter leur histoire revenait à se demander comment l’évoquer et comment les évoquer, ce qui suscitait d’autre interrogations : comment raconter ce qui leur était arrivé si eux-mêmes n’ont pu le faire, comment raconter une expérience collective, de façon individuelle, comment rendre compte de ce qui leur est arrivé sans laisser penser qu’on veut faire d’eux les protagonistes d’une histoire qui n’est pas collective ? Et quelle place occuper dans cette histoire ? »

Références

L’esprit de mes pères de Patricio PRON – traduit de l’espagnol (Argentine) par Claude Bleton (Flammarion, 2012)

Prix Courrier International – sélection 2012

Jamais plus de peine ni d’oubli de Osvaldo Soriano

Présentation de l’éditeur

Entre 1973 et 1974, dans une minable bourgade proche de Buenos Aires, des rumeurs d’infiltration marxiste sèment la zizanie chez les petits chefs péronistes. Cela tourne au western absurde, les fantoches de Soriano ne mégotant ni sur la bouteille ni sur le choix des armes (dynamite, camionnette, bulldozer, épandage de matière fécale…) pour arriver à leurs fins. Une tranche subversive, bouffonne, sanglante, de l’histoire argentine, servie par l’un des plus mordants romanciers sud-américains. Italo Calvino ne comparait pas pour rien Soriano à un « Hemingway héroï-comique ».

Mon avis

Le titre anglais est beaucoup plus parlant que le français : A Funny Dirty Little War. Osvaldo Soriano place son histoire dans une bourgade de campagne où il y a énormément de notables, le reste de la population est en arrière plan dans le livre. Il y a le maire, le secrétaire du maire, le maire de la grande ville de la circonscription, les policiers du villages, ceux au-dessus, ceux de la grande ville.

Il y a un moment dans la ville des rumeurs qui insinuent que le maire et son secrétaire ne sont pas des vrais péronistes mais plutôt des sales communistes. Bien sûr, les autres notables veulent les chasser mais c’est sans compter sur la résistance des deux hommes. Chaque camp va réunir une petite armée de partisans autour de lui (civil ou non) et la guerre des tranchées peut commencer : les uns devant la mairie, les autres à l’extérieur.

Au début de la lecture, on se dit que c’est bien ridicule de se lancer dans une guerre alors que la veille, on était encore très amis (c’est un peu le principe de la guerre civile mais c’est quand même ridicule). Les situations sont burlesques, les moyens pour se combattre aussi (un avion qui balance de la merde, il fallait quand même l’inventer), les plans pour se défendre idem. J’ai eu un peu de mal à retenir les prénoms. Je me demandais parfois si tel personnage n’était pas dans le camp adverse avant, et n’était pas juste venu se promener et repartir ensuite.

À un moment, dans la farce, s’infiltre le tragique. Tout le monde meurt, tuer par son voisin, de manière toujours stupide. J’ai trouvé que Osvaldo Soriano avait tendance à décrire la mort comme au cinéma, comme si c’était pour de faux. Quand il y a des scènes de mitraille au cinéma, ceux qui sont touchés, on les voit volés mais on ne s’attarde pas sur eux. C’est exactement cela ; on a l’impression que ce qui se passe est fantoche. La fin a contribue à renforcer mon opinion car personne ne tire de conséquences des dégâts matériaux et humains. Tout le monde part chercher un autre terrain de jeu.

Une fois terminée le livre, il y a une postface. Et là, j’ai compris que tout ce que je venais le lire pouvait être interprété dans le contexte du péronisme. Puisque suivant les époques, il a été à gauche puis à droite. Il a gouverné avec les ouvriers (sans les partis de gauche qu’ils réprimaient), puis sans. De ce que j’ai compris, il y avait ceux qui croyaient dans le nouveau Perón, les autres qui étaient restés à celui d’avant. Tout le monde était péroniste mais d’une manière bien différente. Cela créait des tensions forcément et c’est aussi ce qui est décrit dans le livre. Je me suis demandée à quel point l’auteur était dans le vrai et à quel point il avait exagéré.

C’est pourquoi j’ai déduit de cette lecture qu’il fallait que je revois mon histoire de l’Argentine très fortement pour combler toutes ces lacunes.

Références

Jamais plus de peine ni d’oubli de Osvaldo SORIANO – traduit de l’espagnol (Argentine) par Marie-France de Paloméra – postface de Miguel Angel García (Les Cahiers Rouges / Grasset, 2003)

La passagère de Perla Suez

Quatrième de couverture

Dans la grande maison où l’amiral vient de mourir, le silence est tombé, lourd, pesant, comme l’atmosphère de ces années de dictature militaire en Argentine. Pour Tánsito, la vieille bonne, au service depuis toujours de cette classe dominante complice de la terreur, l’heure des comptes a sonné. Tout paraît en ordre, mais tout a changé : l’occasion, enfin, de partir, de rentrer chez elle, dans le Delta.

Tránsito vit dans un monde intérieur et, par le monologue, Perla Suez nous plonge dans son esprit : cinquante années de service, la fatigue, le rapport ambigu aux maîtres, les rancœurs accumulés et, surtout, sa quête d’identité. Une lente prise de conscience plus efficace que l’évocation directe des morts, des disparus, des plaies encore ouvertes en Argentine.

Perla Suez est née en 1947 dans la province de Córdoba, a grandi à Entre Ríos, au bord des rivières Paraná et Uruguay, dans le fameux delta argentin, décor du roman. Auteur prolifique, tant pour enfants que pour adultes, elle a reçu de nombreuses bourses et distinctions, en Argentine comme à l’étranger.

Mon avis

J’ai découvert ce livre à la librairie. Il m’a attiré car je ne connaissais pas cette maison d’édition (maintenant, je l’ai découverte et je l’aime beaucoup).

L’histoire est exactement celle de la couverture. Ce qui est intéressant, à mon avis, dans ce livre, c’est l’évolution du point de vue du lecteur ainsi que la manière dont l’histoire est raconter.

On commence l’histoire avec la vieille servante et uniquement à partir de son point de vue à elle. On suit son monologue intérieur après qu’elle ait étouffé avec un oreiller sa vieille maîtresse, le jour de l’enterrement du maître. On se dit rapidement qu’elle a bien eu raison vu qu’elle avait l’air d’avoir martyrisé son mari malade, qu’elle ne s’en est pas vraiment occupé, qu’elle s’est reposée sur sa servante mais qu’elle s’est fait plaindre. On voit que la servante a un fort caractère (elle s’est occupé de sa sœur après le décès de leurs parents), qu’elle a été tentée plusieurs fois de répondre. Puis apparaît dans l’histoire deux autres personnages : la sœur de Tránsito qui travaille dans la maison comme cuisinière et le chauffeur / homme à tout faire (qui est l’amant de la cuisinière accessoirement). On comprend alors que tout n’est pas si simple, entre autre l’histoire familiale mais aussi le comportement de Tránsito avec sa patronne. Visiblement, la vieille servante s’est un peu perdue en route, comme si sa vie s’était arrêtée en arrivant si jeune dans cette maison.

L’histoire est racontée en utilisant des scènes d’une page. Cela rend le livre assez rapide et donne une impression de théâtre car les décors semblent immuables (ils n’ont pas bougé depuis des années) mais on ne suit pas les relations entre les personnages à travers la parole mais plutôt à travers leurs pensées. Il y a des dialogues parfois mais ils sont un peu comme dans Les vestiges du jour (le film car je n’ai pas encore lu le livre), plein de sous-entendus. Ces sous-entendu sont expliqués par les monologues intérieurs de tous les personnages.

En conclusion, une lecture intéressante, une découverte d’un nouvel auteur et d’une nouvelle maison d’édition qui semble être à suivre.

Références

La Passagère de Perla SUEZ – roman traduit de l’espagnol (Argentine) par Mathias de Breyne (Rouge Inside, 2012)

Tigres de papier de Rubén Sosa

Présentation de l’éditeur

Un Argentin qui a fui la dictature s’est réfugié en Italie. Mais la violence froide et implacable de son passé va le rattraper. Sa route va croiser par accident celle de deux tueurs fous. Un polar en clair-obscur fantastique porté par une sombre réflexion sur la vie, l’amour et la mort. Le père fouettard est caché dans l’armoire et c’est un dangereux serial killer.

Le testament de Rubén Sosa l’un des plus grands auteurs dessinateurs made in Argentine.

Mon avis

Heureusement que l’éditeur a présenté l’histoire car à la première lecture, j’avais compris que l’un des tueurs fous était l’Argentin devenu Italien. Récapitulons, la bande dessinée comprend donc deux histoires en parallèle qui finiront par se rencontrer (parce que ce n’était pas de véritables parallèles à mon avis). Un Argentin a fui la dictature pour se réfugier en Italie. Il a une « amie » avec qui il s’entend principalement sexuellement et ne sait pas comment lui dire jusqu’à ce qu’il rentre dans une cabine téléphonique dans un bar. Pendant ce temps, deux tueurs fous rentrent dans un immeuble et tuent un professeur de maths et sa femme (et le chien avec ça) après leur avoir fait très peur en s’incrustant chez eux. Les tueurs ont du coup besoin de boire une petite bière et du coup, ils rentrent dans un bar qui va fermer. Vous devinez sans doute que les parallèles vont se rencontrer à ce moment là.

Ce qui est très beau dans cet album, ce sont les dessins et les couleurs. Les dessins sont extrêmement précis. Chaque visage est travaillé comme si c’était un portrait. Dans la postface, José Jover explique à quoi cela est du : Rubén Sosa travaillait uniquement à partie de photos de ses proches. Par exemple, pour la femme du professeur de mathématiques, il a pris sa femme à lui et pour le professeur, il s’est pris lui tout simplement. On nous montre toujours dans la postface deux photos et franchement c’est hallucinant : chaque case est un tableau plus que travaillé. Les couleurs elles donnent un aspect plus flou au travail, peut être plus tourbillonnant, comme si l’image était prise sur le vif. Elles sont multiples mais très « artificielles ». Cela donne l’impression d’un rêve ou d’un cauchemar c’est selon.

Il s’agit d’une œuvre posthume de cet auteur argentin. Je pense que la suite n’est jamais parue en France (mais par contre en Italie, où Rubén Sosa avait son école de dessin, oui) et c’est dommage car la fin de l’album donne envie de savoir ce que l’auteur nous avait réservé.

Références

Tigres de papier de Rubén SOSA – présenté et préfacé par José Muñoz – président Angoulême 2008 – traduction de Patrizia Molteni – adaptation de José Jover (Tartamudo, 2008)

La grande toile de Agrimbau et Ippóliti

Présentation de l’éditeur

Unanima est une ville située au fin fond de l’Antarctique, un endroit où seuls les artistes sont autorisés à résider. Ils disposent de 6 000 m2 de glace, la toile la plus grande du monde. Mastrangelo, maître des lieux, prône qu’on y peigne « le projet de tous et de chacun » : l’œuvre unanime, l’œuvre ultime, la seule digne d’être contemplée par les dieux. Mais un homme, une femme et la technique vont contrecarrer ce projet, qui sous couvert d’être utopique ne fait que porter la mégalomanie de Mastrangelo.

Une citation

Réveillez-vous et réalisez que le consensus est la pire des solutions. C’est la noirceur d’un rêve profond dont rien ne sort, que personne ne ressent. Seul le conflit est un véritable éveil à la violente lumière de l’aube qui nous ramène à la vie.

Mon avis

Je vais y prendre goût aux bandes dessinées bizarres de ces deux auteurs. Vous allez me dites qu’il n’y en a que deux traduites, je ne risque pas grand chose.

Il me semble que l’on prend l’histoire où on l’avait laissé dans le volume précédent même si les deux histoires sont complètement détachées. En effet, on voit arriver Lorenzo sur une draisine après avoir quitté la ville de Butania (c’est un peu comme Butanie, non ?) Il rencontre Lailuka, artiste, qui veut aller à Unanima (la ville où tout le monde est d’accord, surtout avec le chef), ville des artistes, pour pouvoir exercer son art. Elle y emmène Lorenzo.

Comme j’ai lu ce livre un vendredi soir (et que je ne suis jamais bien réveillée le vendredi soir), je n’avais pas compris le sens d’Unanima, la ville où tout le monde a le même avis. Quand Mastrangelo (qui ressemble au Pape à s’y méprendre) dit à Lailuka qu’elle est belle mais est une artiste médiocre, je me suis dit qu’il me semblait bien qu’elle se la pétait. Mais peut être pas en fait, c’est plutôt qu’elle a un esprit fort, qui peut déranger sa dictature et qu’il l’a vu de suite. De même, quand le personne d’Ego (l’ego de Unanima explique que le consensus n’est pas propice à créer l’art), Mastrangelo (qui dit Ego égoïste) le fait taire en lui faisant une sorte de lobotomie, pour pouvoir terminer son projet, LE projet de la ville (qui est le projet proposé par Mastrangelo). Le sujet de la bd est donc principalement sur une société utopique devenu une dictature sous la houlette d’un seul homme et pourtant cette société semble restée utopique aux yeux de ses habitants.

Le style graphique est le même que dans la bd précédente même si les couleurs sont plus lumineuses (c’est dans la neige tout de même).

Les deux bd que j’ai lu de ces auteurs ont comme point commun d’illustrer des sociétés où la contestation n’est pas permise et à chaque fois, ces sociétés meurent. La réflexion est cependant parfois difficile à suivre (on ne sait pas où les auteurs veulent en venir).

Références

La grande toile de AGRIMBAU et IPPÓLITTI – traduite l’italien par Jean-Michel Boschet (Albin Michel, 2006)

La bulle de Bertold de Agrimbau et Ippóliti

Il faut que j’arrête de prendre des bd au hasard. Je me fais peur toute seule. Vous allez voir c’est une bande dessinée très gaie (je vais aller prendre la deuxième qu’il y a à la bibliothèque des mêmes auteurs même si cela me semblait bizarre : des gens habillés en rouge dans la neige). Près ? Commençons.

On est dans un pays qui n’est pas le nôtre (plus exactement, dans la ville de Butanie en Patagonie) et j’espère que cela ne deviendra jamais. Imaginez qu’à chaque délit, on vous coupe un membre (je vous sens moins chaud tout de suite). Bertold est accusé de terrorisme et donc d’avoir tué des gens, douze personnes exactement. En plus, il est le rouage qui veut gripper la machine. On lui coupe donc les deux bras et les deux jambes. Heureusement, il y a une « organisation charitable » qui s’occupe de lui jusqu’au jour où le directeur du théâtre pneumatique et son acolyte (le programmeur) l’engage. Pour quoi faire ? Pour jouer des pièces de théâtre bien évidemment. Les acteurs sont tous des troncs humains. On leur donne des nouvelles jambes et de nouveaux bras, gérés par un ordinateur et donc le programmeur. Vous allez me dire que cela sent l’esclavagisme. Et vous aurez raison mais Bertold va essayer de changer le théâtre mais aussi la cité de Butanie, en utilisant son talent, le programmeur. C’est ça l’histoire.

On ne peut dénier l’originalité du scénario. Les dessins sont très beaux aussi. Chaque image est une petite peinture ; les coups de pinceaux sont apparents. Les visages sont théâtraux dans le sens où les expressions sont surjoués. Les couleurs sont évidemment très sombres pour marquer une société proche de l’apocalypse (il ne connaisse pas trop le soleil là bas).

J’ai donc beaucoup aimé (comme en général toutes les bandes dessinées qui nous envoient ailleurs) même si cela fait peur. Ce qui est drôle c’est qu’en ce moment j’ai l’impression de faire un cycle de lecture sur la société dirigée par des intelligences artificielles ou non. Le point commun de tout cela est que l’homme décide de l’avenir des intelligences artificielles et pas le contraire.

Références

La Bulle de Bertold de AGRIMBAU et IPPÓLITI – traduction de l’italien par Jean-Michel Boschet (Albin Michel, 2005)

L’autoroute du Sud de Julio Cortázar

Si quelqu’un sait, j’aimerais bien savoir si il y a une faute au nom de l’auteur sur la couverture parce que l’éditeur ne l’écrit pas pareil à l’intérieur du livre. J’ai donc exhumé ce livre de ma PAL : il est tout petit et donc il était bien caché entre deux pavés (il avait tout de même Walter Scott comme compagnon).

Vous vous doutez que je l’ai exhumé pour le titre très de saison, surtout en ce vendredi soir car il s’agit bien de notre autoroute du Sud à nous (Julio Cortázar ayant habité trente ans en France).  Le titre aurait été mieux le dimanche soir car c’est dans le sens province-paris.

Il y a un accident mystérieux qui provoque un mystérieux embouteillage monstre. On a tous connu ça. Qui n’a pas pester après des voitures qui n’avancent pas, on ne sait trop pour quelle raison car l’accident a lieu genre 5 km plus loin et que personne ne sait rien. Ici, c’est le cas. On ne sait pas si il ne s’agit pas d’un effondrement de chaussée, d’un carambolage à hauteur de la prochaine ville ou bien de Paris. Les rumeurs les plus folles courent mais une chose est sûre : cela n’avance pas, encore moins vite qu’un escargot qui tourne en rond.

Et cela va durer plusieurs jours. Il faut alors commencer à s’organiser pour récupérer de l’eau et des vivres. On obtient une micro-société terrifiante car les gens agissent suivant le type de voiture qu’ils possèdent (vous allez me dire que le chien ressemble au maître et ben là c’est le maître qui ressemble à la voiture). En tout cas, c’est ce que j’ai cru comprendre avec le résumé et le peu de voitures que je connais de cette époque.

Et là cela tourne au fantastique (c’est courant apparemment chez Cortázar) parce que cela dure carrément une saison il me semble. Il y a même un bébé qui est mis en route, un homme qui se suicide et qu’on enfouit dans son coffre.

On finit la lecture en se demandant si vraiment cela vaut le coup de prendre l’autoroute pour les vacances. Je vous laisse méditer sur cette question estivale.

Références

L’autoroute du Sud de Julio CORTÁZAR – traduit de l’espagnol par Laure Guille-Bataillon – précédé de La trompette de Deyá par Mario Vargas Llosa (Mercure de France / Le Petit Mercure, 1998)