Viva la vida ! de Pino Cacucci

viva-vida-1424417-616x0Pino Cacucci est un auteur italien qui écrit sur le Mexique. Dans ce livre-ci, il essaye de faire revivre devant nous la figure de Frida Khalo. Le livre en lui-même est peu épais puisqu’il fait moins de 100 pages. Il est divisé en trois parties :

  • un monologue, celui de Frida Khalo au seuil de sa mort ;
  • un texte intitulé Frida : moments, images, souvenirs épars qui reprend les éléments biographiques donnés dans le premier texte ;
  • un texte intitulé Amores y desamores qui explique la genèse du texte. On y apprend notamment qu’originellement le te texte devait être une pièce de théâtre où aurait joué quatre personnages. La pièce ne s’étant pas monté, l’auteur a décidé d’en faire un monologue.

Ce livre ne m’a pas trop plu pour parler franchement.

Déjà, je trouve que sa construction est étrange. Le deuxième texte explique le premier comme s’il n’avait pas été assez clair et le troisième sert de justification à l’ensemble. Cela donne l’impression d’un auteur peu convaincu par son travail.

De plus, quand j’ai lu le livre, j’ai cru que les deux derniers textes n’étaient pas de Pino Cacucci. Je ne l’ai compris qu’en lisant la troisième partie. Ce n’était même pas indiqué sur la première page.

D’un point de vue littéraire, seul le premier texte compte donc. J’ai été plutôt déçue car l’auteur rappelle les éléments importants de la biographie mais il n’arrive pas à incarner le personnage. On n’entend pas Frida Khalo prononcer ce monologue mais par contre on lit les sources documentaires de Pino Cacucci. Le contenu de la première partie est identique à celui de la deuxième et j’ai préféré celle-ci car paradoxalement, Pino Cacucci m’a semblé plus présent et sincère que dans le faux monologue de Frida Khalo, ce qui à mon avis n’était pas son intention.

Références

Viva la vida ! de Pino CACUCCI – traduit de l’italien par Benito Merlino (Christian Bourgois, 2013)

Défunts disparus de Paco Ignacio Taibo II

Quatrième de couverture

Le détective borgne Héctor Belascoáran Shayne se voit confier une mission par une jeune avocate : retrouver un mort… qui n’est pas mort. Elle défend l’instituteur et syndicaliste Medardo Rivera, accusé d’avoir tué un certain Lupe Barcenas. Mais le jour du meurtre, le suspect assistait à une réunion de famille en compagnie de deux cent cinquante personnes. Quant à la victime présumée, elle a été aperçue post mortem en train de trinquer avec les dirigeants de la police locale !

Aidé par un ancien élève de Rivera, Héctor se lance sur la piste de Barcenas…

Inspiré par une authentique révole d’enseignants à la fin des années 80, ce livre totalement jubilatoire met à nu la mascarade sinistre du système politico-judiciaire mexicain. Rébellion, humour et poésie surréaliste, tels sont les armes préférées de Paco Taibo, qui a l’art de s’indigner avec élégance.

Une citation

Le Mexique n’était plus ce qu’il était, l’absurde y avait ses limites.

Mon avis

J’ai pris ce livre hier soir parce qu’il était court et que j’aime beaucoup lire un livre en une seule fois, avant de m’endormir. J’étais dans mon lit en train de me dire que c’était intéressant mais sans plus. Pensez donc, il s’agit d’un détective qui n’enquête pas, qui ne cherche rien. Il se contente d’aller sur les lieux, de parler et de boire des pepsi. Il ne déduit rien. Pour moi, il n’y avait pas d’intérêt. En plus, l’auteur nous met des fausses références à Sherlock Holmes (vous connaissez vous Le Mystère du bois aux cailloux ?). Je me suis dis qu’il fallait mieux fermer le livre et le reprendre aujourd’hui (il me restait en gros une vingtaine de pages).

Entre temps, j’ai dormi et réfléchi. J’ai déjà vu cela quelque part ! Tout simplement dans les quatre romans de Gabriel Trujillo Muñoz que je vous ai présenté récemment. Le livre est court (120 pages). Le détective n’enquête pas. Il est juste le vecteur servant à l’auteur pour montrer la société mexicaine dans son ensemble et surtout y porter un œil critique (sans mauvais jeu de mots). L’écriture aussi a des points communs : on décrit des actions, des faits sans mettre d’emotions. Les deux écrivains construisent une tour en LEGO : ils empilent de manière très linéaire. La différence est que là où Gabriel Trujillo Muñoz avait une écriture assez neutre, Paco Ignacio Taibo II va renforcer par l’absurde, par des clins d’œil, des moments d’indignation. Ce n’est pas son personnage mais bien l’auteur qui s’indigne. Il y a comme cela des passages qui semblent venir d’ailleurs, écrits par une autre personne (comme s’ils n’auraient pas dû se trouver inclus dans la narration).

J’ai donc repris le livre ce matin. Cela m’a déjà paru plus clair (note à moi-même : ne pas trop vouloir lire avant de dormir). Par exemple, Paco Ignacio Taibo II décrit la formation d’une sorte de révolte. Le détective s’assoit sur le trottoir pour faire pression sur le faux mort. Une vieille vient le rejoindre, puis des adolescents, puis des professeurs, puis des écoliers. Ils se retrouve à 300 personnes à attendre devant la maison d’un homme. Il faut dire que cette affaire à diviser le village : entre ceux qui « soutenaient » le pouvoir local (parce qu’ils n’avaient pas le choix) et ceux qui étaient indignés par une fausse accusation aussi mal montée (le faux mort continuait à vivre chez lui tout de même). J’ai trouvé que l’auteur montrait bien cette capacité à s’indigner, à former un mouvement populaire qui semble il y avoir eu dans les années 80 au Mexique (j’ai pensé au Sou-commandant Marcos parce que quand j’étais petite fille cela m’avait impressionné que l’on puisse encore faire la révolution alors que nous c’était fini depuis la fin du 18ième siècle)(c’est cela de regarder trop les infos quand on est petit : il y a des images mais on ne comprend pas tout et on retient seulement certaines choses). Je ne sais pas si c’est encore le cas.

Je retenterais Paco Ignacio Taibo II mais pour des romans plus longs je pense (avant d’attaquer les autres courts).

Références

Défunts disparus de Paco Ignacio TAIBO II – traduit de l’espagnol (Mexique) par René Solis (Rivages Noirs, 2012)

Junky de William S. Burroughs

J’ai voulu lire ce livre car il y avait un homme à moitié nu sur la couverture. Non, je rigole ! Burroughs pour moi n’était qu’un nom associé à Jack Kerouac, un peu moins à Allen Grinsberg (qui lui aussi est un nom plutôt qu’une personne). Tout cela pour dire que la beat generation, pour moi, ce n’était que Sur la route, dont je n’ai même pas dépassé la vingtième page quand j’étais adolescente. Toute une culture littéraire à faire donc. L’autre jour, je feuilletais 1001 qu’il faut avoir lu dans sa vie (qui vient de sortir en poche ; je vous le conseille car c’est un livre qui est très loin de la liste de classiques dont on a tous entendu parler, que le choix subjectif est assumé et que le livre se voit plutôt comme une invitation à découvrir qu’à être exhaustif). J’en étais à je feuilletais et le livre est présenté comme un des livres les plus intéressants de Burroughs et des plus accessibles car il est très personnel (c’est le premier). Je voulais aussi lire Burroughs depuis que j’ai lu l’histoire de comment il a tué sa femme en jouant à Guillaume Tel.

Quatrième de couverture

« On devient drogué parce qu’on n’a pas de fortes motivations dans une autre direction. La came l’emporte par défaut. J’ai essayé par curiosité. Je me piquais comme ça, quand je touchais. Je me suis retrouvé accroché. La plupart des drogués à qui j’ai parlé m’ont fait part d’une expérience semblable. Ils ne s’étaient pas mis à employer des drogues pour une raison dont ils pussent se souvenir. Ils se piquaient comme ça, jusqu’à ce qu’ils accrochent. On ne décide pas d’être drogué. Un matin, on se réveille malade et on est drogué. »

Premier ouvrage de Burroughs, Junky décrit la réalité crue d’un héroïnomane en errance, doué du regard terriblement lucide de l’écrivain. De New York à Mexico, William Lee, double romanesque de l’auteur, fait l’expérience de la came, de la privation, de la prison et de la fuite. Un livre qui fit scandale lors de sa première publication, et qui laisse présager l’œuvre à venir.

Mon avis

Je tiens à préciser que ma lecture a été un peu influencée par la préface d’Allen Grinsberg qui présente le contexte de l’écriture et de la publication.

Ce livre m’a beaucoup plu même si j’en aurais aimé plus. William Burroughs décrit cliniquement, froidement, les mécanismes de la drogues ou comment on devient accro à la drogue. Quand je vous dis cliniquement, c’est qu’il va jusqu’à préciser les doses et leurs fréquences pour devenir accro avec telle ou telle drogue. Il décrit les effets ressentis, les bons comme les mauvais, comment évaluer la qualité de la drogue, les arrestations par la police, les cures de désintoxication, les symptômes du manque, de la désintoxication … Si vous êtes un peu fleur bleue ou si vous n’aimez pas que la littérature parle crument du corps, clairement, passez votre chemin.

Pour les autres, que peut-on trouver dans ce livre ? Une évocation des États-Unis au travers d’un destin personnel ou un destin personnel dans une Amérique en mouvement. C’est un livre très personnel puisque c’est la description de l’évolution d’un corps, celui du double littéraire de l’auteur, de sa vie aussi. Il parle de sa femme, de ses amis, de son destin, il a eu une famille heureuse, il a été à l’école … Il est à contre-pied de tous les préjugés que l’on peut avoir sur les drogués. Il montre comment il en est arrivé là, un peu par hasard comme qui dirait. À travers lui, on voit aussi le changement de la perception des autorités du pays : d’une tolérance très grande à une tolérance zéro (les gens se réfugiaient alors au Mexique) au fur et à mesure que le phénomène se propage à toutes les couches de la société.

Ce qui m’a un petit peu gêné, c’est l’aspect décousu du livre. Il y a un manque de transitions plus que certains, des répétions aussi. Le livre est cependant clairement mieux écrit que ce que je pensais (les traces de Sur la route …). Malgré un côté très froid, on arrive à voir la personne et ce qu’il pense.

Ce qui m’a manqué : comprendre quand le livre a été écrit. Pendant que l’auteur se droguait (sur le moment, quand il est devenu accro) ou après ? Comprendre comment il vivait et surtout de quoi ? Comprendre ses relations avec sa femme et surtout comment elle vivait tout cela ? Je crois que cela n’est pas dans le style de l’auteur, ni dans sa volonté d’ailleurs.

J’ai lu, sur amazon je crois, que ce livre était emblématique de l’écriture de la beat generation. Je suis bien tentée d’en lire d’autres pour le coup.

Le premier paragraphe

Je suis né en 1914 dans une maison de brique de trois étages, bien bâtie et située dans une grande ville du Midwest. Mes parents étaient aisés. Mon père possédait et dirigeait une affaire de bois. La maison avait une pelouse sur le devant, une arrière-cour avec un jardin, une mare à poissons, le tout entouré d’une haute barrière de bois. Je me rappelle le lampiste qui allumait les réverbères à gaz dans la rue et l’énorme Lincoln noire et luisante qui nous emmenait promener le dimanche dans le parc. Tous les accessoires d’un mode de vie sûr et confortable qui a maintenant disparu à jamais. Je pourrais vous servir un de ces blablas nostalgiques à propos du vieux docteur allemand qui habitait la maison voisine et des rats qui couraient dans la cour et de la voiture électrique de ma tante et de mon crapaud favori qui vivait près de la mare à poissons.

Références

Junky de William S. BURROUGHS – préface d’Allen Grinsberg – traduit de l’américain par Catherine Cullaz et Jean-René Major – édition revue et complétée par Philippe Mikriammos (Folio, 2008)

Première parution en américain en 1953 et en français en 1972.

 

Le bison de la nuit de Guillermo Arriaga

Quatrième de couverture

Ils sont trois jeunes d’à peine vingt ans, destructeurs et provocants, lâchés dans la nuit mexicaine. Le meneur du groupe, Gregorio, est un ange noir dévoré par la folie. Manuel est son disciple. Ils partagent un même tatouage de bison sur le bras gauche, et une même maîtresse, Tania. Un pacte de sexe et de sang lie ces trois âmes perdues, jusqu’à ce que Gregorio se tire une balle dans la tête.

Mon avis

Je continue ma découverte de Guillermo Arriaga avec ce deuxième titre complètement différent de L’escadron guillotine, par l’histoire mais aussi par le style.

Parlons d’abord de l’histoire. Elle pourrait se passer n’importe où, ou plus exactement dans n’importe quelle grande ville. J’ai lu un billet sur internet qui disait qu’il n’était plus trop question de « mexicanité », même si on ne pouvait lire qu’au Mexique une histoire « aussi dingue mais crédible ». Au début, j’avais mal compris la quatrième de couverture et je croyais qu’on nous racontait déjà la fin du livre. En fait, non. On commence par le suicide de Gregorio d’une balle dans la tête, le 22 février, dans sa salle de bain très peu de temps après sa sortie de l’hôpital psychiatrique. Manuel, son meilleur ami (qui couche avec la petite amie du mort et aussi avec la sœur du mort), raconte dans le livre comme il vit ce fait, d’autant qu’il reçoit des lettres étranges de Gregorio qui est censé être mort. On s’imagine bien que la situation est très difficile. D’autant plus que Tania n’y met clairement pas du sien, entre le fait qu’elle se sente fautive (elle couchait avec les deux en même temps) et qu’elle en veut à Manuel. Dans le roman, Manuel passe son temps à échapper au fantôme de Gregorio, tout en essayant de retrouver Tania qui lui fuit (et pourtant le retrouve parfois), et qui elle essaye de se faire pardonner du fantôme de Gregorio. L’ambiance est bien noire comme la couverture du livre. Ces jeunes ne sont pas propres sur eux. Ils se droguent, ils ont des vies plus que compliquées… Ils ont un côté borderline. Ce n’est clairement pas un livre plein de bons sentiments.

En même temps, je n’irais pas dire que c’est jouissif comme le critique de télérama (source : couverture du livre). Je suis d’accord pour les épithètes « sulfureux », « pervers »et « sauvage ». Pendant toute la lecture, on est sous tension et on se sent mal à l’aise. On est à la fois pris entre l’intention de fermer le livre pour arrêter d’étouffer, d’être oppressée et pourtant on veut savoir la suite. On est comme pousser en avant par le style de l’auteur. Je plains le pauvre Manuel qui lui est obligé de rester dans le livre car il n’a pas le choix. Il est obligé de poursuivre sa vie dans cette ambiance. La preuve, voilà ce qu’il dit à la fin :

Je me réveille parfois en sentant sur ma nuque l’haleine bleutée du bison de la nuit. C’est la mort qui me frôle. C’est la tentation de me tirer une balle dans la tête et de mettre un point final à tout : c’est le feu qui me brûle de l’intérieur.

C’est la mort, je le sais.

Pour le style, Guillermo Arriaga n’utilise plus du tout l’humour. Il fait des phrases plutôt courtes et sobres. Comme je le disais, c’est ce qui fait le rythme haletant du livre alors que l’histoire donne plutôt envie de fermer le livre. C’est cette opposition qui créée cette ambivalence des sentiments que j’ai ressentis.

Références

Le bison de la nuit de Guillermo ARRIAGA – traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry (Points Seuil, 2010)

Mezquite Road de Gabriel Trujillo Muñoz

Quatrième de couverture

On joue vraiment de drôles de choses sur les tapis verts de la frontière, entre officiers des stups américains et mexicains. Quand  il accepte de faire la preuve qu’un parieur invétéré trouvé criblé de balles n’était pas un narco, Morgado, le plus privé des privés, s’engage dans une enquête sanglante entre toutes. Un noir de noir porté au sommet de la corrosion.

Mon avis

C’est le quatrième et le dernier volume (rassurez-vous) des enquêtes de Morgado même si j’aimerais qu’il y en ait encore. D’après la fin, je pense que c’est le cas mais qu’elles ne sont pas traduites ou ne seront pas traduites.

C’est mon volume préféré car il est plus long (le double de pages : 160 au lieu de 80). Morgado y réalise une véritable enquête, avec énormément d’actions. L’auteur a pris le temps de dérouler sa narration de manière à ce qu’elle s’articule logiquement (c’est un manque de ce côté-là que je lui reprochais pour les trois précédents volumes). Jugez plutôt. Un de ses amis l’a fait revenir Morgado à Mexicali, qui je le rappelle est sa ville natale, pour enquêter sur le décès brutal d’un autre ami : il a été tué dans un hôtel avec un sachet de poudre sur lui. On pense tout de suite à un règlement de compte lié au trafic de drogues. Pourtant, les proches n’y croient pas ; le mort n’était pas un narco mais plutôt un joueur. Pourtant, l’enquête ne semble pas avoir exploité cette piste. Morga va le faire, lui. Cela le mènera des tripots, à la police du coin, au ranch du beau-père qui se situe juste sur la frontière, à la DEA, à la police des frontières, aux bordels …

On a en plus ici un véritable roman noir : il y a une description intéressante de la société mexicaine en Basse-Californie, et en particulier de la vie sur la frontière Mexique-États-Unis (c’est le thème de prédilection de l’auteur). C’est assez frappant car au niveau de l’identité des gens, tout cela ne semble pas clair. Il y a une relation amour-haine avec les voisins et un rejet des gens qui viennent du sud du Mexique comme si les habitants du nord étaient plus proches des Américains que du reste du Mexique et pourtant, ils semblent rejetés et méprisés par ses voisins. J’aimerais beaucoup en savoir plus et savoir si la société mexicaine est aussi divisée que peut le faire sentir ce livre.

Maintenant, j’ai très envie de lire Routes sans lois de Graham Greene.

Références

Mezquite Road de Gabriel TRUJILLO MUÑOZ – traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli (Les Allusifs, 2009)

L’escadron guillotine de Guillermo Arriaga

Quatrième de couverture

Velasco, fils d’aristocrate, est enrôlé malgré lui dans l’armée révolutionnaire mexicaine. Il est le seul à connaître le fonctionnement de la guillotine qui sème la terreur chez les propriétaires terriens. Le jour où Velasco doit couper la tête de ses anciens camarades d’école, il s’interroge : ne ferait-il pas mieux de s’enfuir ? Mais comment renoncer à l’appel de l’Histoire ?

Mon avis

J’ai adoré ce livre. Cela ne m’a pas élevé l’esprit où je ne sais quoi (cela fait référence à une conversation que j’ai eu avec un de mes collègues qui m’a expliqué que sa copine lisait de la soupe moderne qu’elle trouvait à la bibliothèque mais que lui, il ne lisait que des classiques français anciens. Méchante je lui ai dit « tu es calé en littérature du Moyen Âge » mais en fait non il parlait du 19ième siècle exclusivement (sauf Victor Hugo qu’il n’aime pas) et j’ai failli lui demander s’il connaissait le sens du mot éclectisme mais je me suis contentée de faire mmmm). J’en reviens au livre. Il est super car quand on le lit, on y est vraiment.

J’ai trouvé l’histoire originale et inattendue. Un licencié en droit vient proposer son invention à Pancho Villa, le révolutionnaire mexicain. Il s’agit d’une guillotine beaucoup mieux que la française. Il lui propose de lui céder pour trente pesos. Pancho Villa lui propose mieux : il l’enrôle de force dans son armée ainsi que ses deux acolytes dans un escadron qu’il appelle l’escadron guillotine, chargé de décapiter les prisonniers. La guillotine est vu comme une véritable arme révolutionnaire car au fur et à mesure que la rumeur se répand dans le pays, Pancho Villa et son armée sont de plus en plus redoutés. On assiste alors à tout un lot d’aventures de Velasco.

Au début, je pensait qu’il était jeune et qu’il sortait de la fac de droit mais en fait non, il a une cinquantaine d’années, il est peu grassouillet, petit mais il rêve de grandeurs et d’honneurs (on ne parle pas d’argent mais bien d’écrire son nom dans un livre d’Histoire). On sent bien que le physique du monsieur n’est pas choisi au hasard. Pourtant, son incorporation involontaire lui semble bien difficile à digérer. D’autant plus que son invention connaîtra des hauts et des bas. Pourtant, à la fin, il se rendra compte que le problème vient peut être d’elle et de lui.

Ce qui est très plaisant dans ce livre, c’est l’humour. Cela empêche de trouver la décapitation de tant d’hommes sordides (parce qu’apparemment il ne faut pas de morts dans un livre sinon c’est triste et du coup il ne faut pas lire). Le roman est un peu écrit comme un roman picaresque car Velasco va se retrouver avec des couches de la société qu’il ne connaît pas mais aussi vivre des aventures qui peuvent sembler grotesques voire vulgaires (mais je maintiens, qui sont très drôles).

C’est le genre de livre où j’aurais aimé avoir à la fin de la lecture un contact avec l’auteur pour lui poser plein de questions. Comment lui est venu cette idée de décrire les rêves de grandeurs d’un tel petit homme dans le contexte de la Révolution mexicaine ? On sent que le comble de la grandeur est de jouer un rôle dans l’Histoire et non dans l’histoire du roman mais est-ce que c’est la plus grande période historique du Mexique, celle dont les gens sont le plus fiers ? Est-ce qu’il y avait vraiment des guillotines dans cette Révolution aussi ? Est-ce que l’auteur s’est renseigné sur Pancho Villa ? A-t-il lu des biographies ? C’est là que je me dis que je suis inculte (je ne savais pas que Zapata et Pancho Villa étaient opposés même s’ils étaient tous les deux révolutionnaires). Guillermo Arriaga si tu m’écoutes et que tu parles français, n’hésite pas à me répondre !

Un autre avis

Chez Wodka.

Références

L’escadron guillotine de Guillermo ARRIAGA – traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry (Points Seuil, 2009)

Loverboy de Gabriel Trujillo Muñoz

Présentation de l’éditeur

Tout est très sale, sur la frontière, la peau d’un Mexicain si bon marché, surtout s’il a deux gouttes de sang indien ; et dans le pays voisin, celui du rêve onéreux, on a parfois des besoins urgents : un rein, un pancréas… Il suffit de savoir à qui s’adresser, et le tour est joué. C’est d’autant plus facile que, côté mexicain, les autorités sont hautement corruptibles. C’est dans ces eaux troubles que va se débattre Morgado, le plus privé des privés, quand une grande et belle poulette vient lui montrer un film étrange et lui demande de chercher l’assassin du directeur de la Commission pour les droits de l’enfant.

Mon avis

C’est le premier de la série que je lis qui mêle autant roman noir et roman policier. Roman noir car l’auteur décrit ici mieux que jamais la frontière entre le Mexique et les États-Unis, l’action se déroulant dans sa ville natale, Mexicali. On y parle trafic d’organes entre les deux pays, les enfants mexicains servant de réserve pour ceux des États-Unis. Étant donné le sujet, l’auteur ne pouvait pas faire un livre où il ne parlerait pas tout de suite comment cela se passe car le texte y aurait perdu en force. Il alterne donc entre le point de vue de Morgado et celui des trafiquants. C’est pour cela que je pense que ce roman est le plus noir des trois que j’ai lu pour l’instant.

Le roman est aussi policier dans le sens où oui, Morgado fait encore appel à ses connaissances mais on a plus l’impression que c’est lui qui tire les ficelles et qui met bout à bout les éléments pour trouver les trafiquants. En plus, il s’engage physiquement dans la bataille car il se prend tout de même pas mal de coup. Une chose sur laquelle je n’ai pas insisté dans les précédents billets, c’est l’humanité du plus privé des privés. Il ne fait pas qu’agir sur le moment mais se pose la question de la légitimité de ses actes.

En conclusion, un bon opus. Il ne me reste plus que le quatrième volume à lire qui est un peu long puisqu’il avoisine les 200 pages alors que les trois que j’ai lu faisaient moins de 100 pages.

Références

Loverboy de Gabriel TRUJILLO MUÑOZ – traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Laculli (Les Allusifs, 2009)

Tijuana City Blues de Gabriel Trujillo Muñoz

Présentation de l’éditeur

Toujours risqué, d’avoir des ouvriers chez soi, surtout quand on vit à Mexico. Aussi, quand Miguel Ángel Morgado, avocat qui s’est officiellement consacré à la défense des droits de l’homme, en voit arriver un en larmes, il se dit que pour une fois… Mais le charpentier nommé Blondie a appris qu’il travaille en fait pour le plus privé des privés, et lui demande de retrouver son père, disparu depuis 1951. Une enquête historique, se dit encore Morgado, car le disparu est le dernier ami resté fidèle à l’écrivain William S. Burroughs, quand celui-ci est sorti de taule après avoir logé une balle dans la tête de sa femme, Joan. C’est par Burroughs que le père de Blondie a été envoyé avec un paquet suspect à Tijuana, d’où il n’est jamais revenu. Pour débrouiller l’affaire, Morgado va faire appel à un vieil ami, agent du FBI…

Mon avis

Après la lecture du volume 3 des enquêtes de Miguel Ángel Morgado, je me devais de lire le tome 1. J’ai compris les choses que je n’avais pas compris dans le volume 3 (c’est peut être pour cela que l’on met des numéros sur les séries). Ainsi, Miguel Ángel Morgado est bien avocat, spécialisé dans les droits de l’homme. Il est aussi le plus privé des privés car il n’a pas de bureau de détectives mais il aide ceux qu’il a envie d’aider. Dans le cas de ce volume, il aide le menuisier qui supervise la construction des étagères dans son bureau (j’entends déjà les cris de ceux qui se disent qu’ils sont prêts à résoudre des énigmes s’il est question de construction d’étagères).

L’idée de départ est très originale. L’auteur mêle un peu d’histoire littéraire (j’hésite toujours à lire Burroughs), de Mexique et d’États-Unis, de préjugés. Tout ce fond narratif m’a semblé très intéressant car j’ai eu l’impression de découvrir un autre Tijuana que celui des séries américaines, de rentrer un peu dans l’histoire mexicaine puisqu’on est dans le Tijuana des années 50, où il y avait du trafic de drogues (un peu ; Tijuana est la ville jumelle de San Diego pour vous situer géographiqement) mais pas les riches avec leurs grosses voitures qui venaient se saouler tout un week-end. C’était un peu l’âge d’or de la ville si j’ai bien compris.

Pour ce qui est de l’enquête, clairement, cela ne casse pas trois pattes à un canard mais j’ai trouvé que le déroulement était logique. Il fait énormément appelle à ses amis et aux amis de ses amis mais de manière logique même si le coup de grâce est donné par l’agent du FBI. C’est ses amis qui permettent la description du vieux Tijuana.

Le bémol : il finit le tome 1 comme il a fini le tome 3 (ou comme il va finir parce que l’auteur écrit dans l’ordre ses livres).

Pour ma deuxième lecture de Gabriel Trujillo Muñoz, j’ai trouvé que c’était toujours aussi sympathique à lire avec un petit plus car il parle un tout petit peu d’écrivains dans ce volume ci.

Références

Tijuana City Blues de Gabriel TRUJILLO MUÑOZ – traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Laculli (Les Allusifs, 2009)

Boue de Guillermo Fadanelli

Quatrième de couverture

Comment un homme sensé peut-il se laisser guider par ses passions ? Ainsi s’interroge Benito Torrentora qui, au seuil de la cinquantaine, abandonne sa paisible vie de professeur d’université célibataire pour protéger Flor Eduarda, une jeune criminelle de vingt et un ans. Lecteur de philosophie et connaisseur de l’histoire coloniale, il s’aperçoit, un peu tard, que la raison et l’érudition ne sauraient être suffisantes pour résister à l’attraction qu’exerce sur lui une petite employée de supermarché illettrée. Flor Eduarda, elle, est intriguée par cet homme pessimiste et occupé à des affaires auxquelles personne ne s’intéresse. Ensemble, ils fuient Mexico. Ni l’un ni l’autre ne peut se figurer le dénouement de cette aventure.

Mon avis

C’est donc le troisième livre de Guillermo Fadanelli que je lis après Éduquer les taupes et L’autre visage de Rock Hudson et Boue est clairement son meilleur livre. Peut être parce qu’il est plus long (350 pages en gros).

Clairement, les désirs sexuels d’un vieux célibataire devant une petite vendeuse de l’épicerie du coin, je m’en fous. Complètement comme de mon premier pyjama à rayures. Qu’est-ce qui m’a donc poussé à lire ce livre car la quatrième de couverture n’est clairement pas engageante de ce point de vue ? Continuer ma découverte de Guillermo Fadanelli et bien m’en a fait car il est arrivé à me passionner mon histoire. pour vous raconter ma vie, c’était mon roman de bus et pendant cette heure de transport, je n’arrivais pas à me rendre compte de ce qui se passe autour de moi (d’un autre côté, je le prends à 6h30 et il n’y a pas grand monde à part quand il y a des fous qui téléphonent à cette heure-là). J’étais contente de reprendre mon livre le matin à tel point que quand un soir je l’ai oublié au bureau, j’étais en manque.

Qu’est-ce qui m’a plu ? Le fait que Guillermo Fadanelli arrive à décrire un homme dans sa complexité. D’abord du point de vue physique, l’auteur nous parle des changements d’opinion qu’à Benito face à son corps. Il est parfois potable selon son avis mais peut devenir une loque humaine quand il comprend ce que la femme qu’il aime peut y voir. Pareil pour les sentiments, ils tournent autour de la jalousie, de l’envie, de la jeunesse, du désir, de la haine face à Eduarda car en étant là, elle l’oblige à se rendre enfin compte de qui il est. Sa vie, si on appelle cela une vie, était trop rangée (élèves idiots, collègues universitaires pas beaucoup mieux, sexe avec des prostituées). Il avait cessé de ressentir depuis longtemps. Il se laissait juste porter par sa routine. Même les livres qu’il lisait n’était d’ailleurs envisager que d’un point de vue intellectuel et pas du tout émotionnel (il y a des passages magnifiques sur les bibliothèques mais comme je ne peux pas écrire sur le livre, je ne peux pas vous en citer).

Ces changements dans le récit de Benito Torrentora font que le livre est extrêmement animé et extrêmement humain. De plus, les personnages secondaires, qui sont moins décrits puisque la narration est faite du point de vue de Benito, sont extrêmement vivants car ils sont particuliers. Ils font ressentir ce que pense Benito comme si c’était ses anges gardiens qui étaient là pour l’aider à comprendre ses actions.

Un autre avis

Celui de Ys.

Références

Boue de Guillermo FADANELLI – traduit de l’espagnol (Mexique) par Nelly Lhermillier (Christian Bourgois, 2009)

Quand je serai roi de Enrique Serna

Quatrième de couverture

Soit un gosse de douze ans, misérable, surnommé le Nopal, qui inhale de la colle et lave les pare-brise aux feux rouges, et sa petite bande de copains aussi fêlés et mal lotis que lui. Soit le riche propriétaire d’une station de radio qui organise un concours d' »enfants héros » – lesquels, pour être sélectionnés et gagner un million de pesos, doivent s’être distingués par un comportement héroïque lors de circonstances dangereuses ou tragiques. Soit encore Marquitos, le fils du directeur de la station radio, adolescent abruti qui s’amuse, avec le fusil paternel, à descendre les pauvres qui passent dans la rue et finit par en tuer un. D’autres encore, dont les flics pourris jusqu’à la moelle, des intellectuels déchirés entre leur foi révolutionnaire et leur carte de crédit. On agite le tout et on a un extraordinaire roman carnavalesque, grimaçant et féroce, sur la société mexicaine – et universelle – contemporaine. Toutes les variations de la méchanceté humaine sont au rendez-vous dès lors que l’argent pointe son nez. Personne n’est épargné, l’humour est grinçant, la charge féroce, l’horreur et le rire sont de la partie. Le tout dans un style brillant, pour faire de la réalité sociale une matière romanesque puissante, sans jamais tomber dans un réalisme édifiant.

Mon avis

Je ne connaissais pas du tout cet auteur mais il était dans la liste des 12 d’Ys (catégorie auteurs latino-américains) et en plus, il était à la bibliothèque. Je me suis dit que cela ne coutait rien de tenter et j’ai eu une très agréable surprise (j’ai un peu moins peur de la littérature mexicaine depuis quelques temps ; les souvenirs de Carlos Fuentes se sont estompés un petit peu).

Ce livre a tous les avantages d’un pavé sans en être un (cela enlève un des inconvénients du pavé par conséquent) puisqu’il ne fait que 260 pages. Il y a une foultitude de personnages. J’ai un peu du mal à dire principaux et secondaires car ils semblent tous importants au moment où on lit le roman tellement ils sont des rouages de l’histoire. Enrique Serna passe de l’un à l’autre sans souci, les transitions entre chaque chapitre étant très fluides. Il a un ton orignal ; l’auteur a en effet un ton plein d’humour et de tendresse, avec un soupçon de dénonciation pour nous raconter son histoire. À cette narration qui saute d’un personnage à un autre, Enrique Serna utilise différentes techniques : des scènes de film par exemple mais aussi un rembobinage de l’histoire (comme avec le magnétoscope).

Il y a tout l’aspect « sociologique » qui ressort du roman. Apparemment, il a l’air de décrire assez bien le pays (en tout cas, pour les trois critiques que j’ai lu et qui si cela se trouve ne sont jamais allés au Mexique). Le portrait que dresse Enrique Serna est sans concession : celui d’une société divisée en deux, les riches d’un côté, les pauvres de l’autre (il ne parle pas de classes moyennes)(d’un autre côté, je n’ai pas l’impression que l’on fasse beaucoup mieux). Les riches ont les moyens de cacher leur argent aux États-Unis où ils vont très régulièrement en vacances, d’avoir des discussions d’une futilité à faire peur et surtout de corrompre pour pouvoir échapper à tous les inconvénients que peuvent leur apporter leur malversation. Les pauvres sont condamnés à sniffer de la colle, à ne pas aller à l’école, à avoir des boulots abrutissants, à entreprendre tout et n’importe quoi pour gagner de l’argent (souvent  des choses complètement stupides puisqu’ils ne sont pas allés à l’école, genre brûler le dos de ton gamin en le faisant sauver un gamin du feu que tu as toi-même allumé) et surtout à être victime de l’obscurantisme religieux (la mère de Jorge qui se faisait rabrouer par le curé car elle ne faisait pas l’amour avec son mari dans un lit et qu’elle y prenait du plaisir est l’exemple le plus frappant). Vous allez me dire que cela ne donne pas franchement envie d’y aller. Mais en fait non, les personnages sont très attachants et semblent prendre la vie comme elle vient. Ils semblent toujours en ébullition pour trouver un moyen de survivre, un peu comme vous le feriez vous. Je ne sais pas comment Enrique Serna s’y est pris mais ces personnages sont vivants et non pas seulement incarnés.

Le seul gros inconvénient du livre, c’est la mise en page très peu aérée qui rend le livre peu attrayant visuellement et peut même faire peur mais à mon avis, il ne faut pas se décourager et juste se laisser porter.

Références

Quand je serai roi de Enrique SERNA – traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry (éditions Métailié, 2009)