Le dégoût d’Horacio Castellanos Moya

Le livre est sous-titré Thomas Bernhard à San Salvador. Quand j’ai acheté ce livre, j’ai cru que Thomas Bernhard avait été à San Salvador (j’ai carrément cru au scoop) et que ce live racontait son histoire là-bas. On voit bien ici mon inculture puisqu’en réalité, il n’en ai rien.

Moya est invité par Vega à boire un verre de whisky dans un bar. Vega est revenu après 18 ans d’absence à l’occasion de l’enterrement de sa mère. Il revient dans un pays qu’il a fui à vingt ans non pas à cause d’un guerre, non pas pour chercher de meilleurs conditions économiques mais parce qu’il le détestait tout simplement (les onze ans chez les frère maristes, où il a connu Moya, n’y sont pas pour rien visiblement). Moya est le seul à être venu à l’enterrement, c’est pour cela qu’il est invité à boire un coup. C’est l’occasion pour Vega de cracher toute la bile et le venin qu’il a contenu en lui depuis qu’il est arrivé, il y a quinze jours, à San Salvador. Tout y passe : les habitants, la nourriture, la culture, l’Université (car lui même est titulaire d’une chaire d’Histoire de l’Art au Québec ; c’est une matière qui n’est plus enseigné au Salvador car elle n’intéresait personne), son frère, sa femme, ses enfants, le football, les bordels, la musique … Cela ne dure que cent pages mais il ne s’arrête jamais. Encore une fois, ce qui m’a impressionné chez Horacio Castellanos Moya, c’est que dans un long monologue, il n’arrive jamais à lasser, toutes les pensées semblent découler logiquement. Ce qu’il y a aussi d’impressionnant, c’est l’impression d’être présent dans la scène que l’auteur décrit. Il se dégage une très forte impression de vie du récit.

Vous allez me dire que je l’avais trouvé mon Thomas Bernhard parce qu’un gars qui assène ses quatre vérités à son pays, le plus grand c’est tout de même l’écrivain autrichien. Le livre, en plus de présenter la situation au Salvador (l’auteur prévient que Vega existe réellement mais qu’il a atténue le propos ; cela fait très peur), est un bel hommage à l’écrivain autrichien. La chute du livre m’a très surprise car je n’avais pas relu la quatrième de couverture et j’avais sauté allègrement la quatrième de couverture. Je vous conseille de faire de même pour vous réserver une surprise.

 Mais comme pour tous les gens qui râle dans la vraie vie, je n’ai pu m’empêcher de penser que ce monsieur a sans aucun doute raison même si il en fait trop : tout le monde ne doit pas, et ne peut, être comme il décrit les Salvadoriens. On reconnaît dans le personnage de Vega quelqu’un d’extrêmement sensible aux petites contrariétés qu’on peu lui infliger. De même, il est très fier de son passeport canadien mais quand il dit que les Salvadoriens sont attirés non par les choses de l’esprit mais par l’argent, nous, on voit le fait qu’il est revenu non pas parce qu’il aimait sa mère mais parce qu’il voulait toucher sa part de l’héritage et que la vieille femme l’avait prévenu qu’il n’aurait rien si il ne venait pas à l’enterrement. L’ironie de la chose m’a fait doucement sourire.

Un extrait

C’est une culture frappée d’agraphie, Moya, une culture à qui est refusée la parole écrite, une culture sans aucune vocation d’enregistrement ou de mémoire historique, sans aucune perception du passé, une « culture-mouche », son unique horizon est le présent, l’immédiat, une culture douée de la mémoire d’une mouche qui toutes les deux secondes se cogne contre la vitre, une misère de culture, Moya, pour laquelle la parole écrite n’a pas la moindre importance, une culture qui a sauté d’un coup de l’analphabétisme le plus atroce à la fascination pour la stupidité de l’image télévisuelle, un saut mortel, Moya, cette culture a sauté par-dessus la parole écrite, elle a laissé de côté purement et simplement les siècles au cours desquels l’humanité s’est développée à partir de la parole écrite, me dit Vega.

Références

Le dégoût – Thomas Bernhard à San Salvador de Horacio CASTELLANOS MOYA – traduit de l’espagnol par Robert Amutio (10/18, 2005)

Première parution en 1997.

Première parution en France en 2003.

Livre lu dans le cadre des 12 d’Ys pour la catégorie auteurs latino-américains.

Le bal des vipères de Horacio Castellanos Moya

Quatrième de couverture

Dans les rues d’une capitale latino-américaine, Eduardo Sosa, un jeune homme désoeuvré, décide de suivre l’intrigant Jacinto Bustillo, qui vit dans une voiture stationnée au pied d’un immeuble. Quelques heures et autant de gorgées d’alcool plus tard, l’étudiant chômeur tue le clochard pour se glisser à la fois dans la Chevrolet – jaune criard – et dans la personnalité de Jacinto, ou du moins celle qu’il imagine. Là, c’est la divine surprise : Loli, Beti, Valentina et Carmela, de somptueuses créatures toutes d’écailles vêtues, l’adoptent. Ensemble, ils s’en vont pied au plancher régler quelques problèmes conjugaux du trépassé. Et tant pis si leur virée contraint à la fuite le gouvernement et met la moitié de la ville à feu et à sang.

Mon avis

À vous qui pensez que le seul pouvoir des vipères est de vous faire fuir à toutes jambes, ce livre vous prouvera le contraire. Des vipères peuvent vous débarrasser de proches embarrassants, vous débarrasser d’un gouvernement corrompu qui vous encombrent mais aussi faire exploser une station essence (bien sûr éviter de perdre votre véhicule dans cette explosion). C’est en tout cas ce que Eduardo Sosa arrive à faire avec ses quatre « filles » en moins de trois jours (pour tout vous dire, il arrive même a faire l’amour avec : cette scène m’a laissé perplexe). C’est donc un livre surprenant dans ce qu’il explore le fantastique et le burlesque.

Il est construit en quatre parties, la première faisant parler Eduardo, la deuxième le commissaire chargé de l’enquête, la troisième une journaliste et la quatrième on retrouve Eduardo. L’écriture donne un sentiment d’urgence et de chaos comme dans La mort d’Olga Maria. On passe un excellent moment de lecture.

En conclusion, le seul problème avec ce livre c’est qu’il ne dit pas comment dresser les vipères !

P.S. Ne me demandez pas comment mais il y a trois nouveaux livres d’Horacio Castellanos Moya sont arrivés dans ma PAL !

D’autres avis

Ceux de Lou, de Aïn, de

Références

Le bal des vipères de Horacio CASTELLANOS MOYA – traduit de l’espagnol par Robert Amutio (Les allusifs, 2007)

La mort d’Olga María de Horacio Castellanos Moya

Moi aussi j’ai une PAL et même que des fois je prends des livres dedans. Plus exactement, celui-ci n’arrêtait pas de tomber de cette fameuse PAL. Au bout d’un moment je me suis dit qu’il fallait que je le lise pour ne pas l’abimer (pour info c’est un livre que j’ai acheté en septembre dernier au festival America de Vincennes). Je pensais que c’était un livre sur Noël parce que la couverture était rouge et blanche : allez savoir pourquoi ! Visiblement, c’est plus un moletonnage de cercueil avec des roses rouges. Pourtant, la quatrième de couverture dit bien ce que c’est.

Quatrième de couverture

Au début des années 90 à San Salvador, Olga María Trabanino est froidement assassinée d’une balle dans la tête. Qui peut donc avoir voulu la mort de cette jeune femme apparemment sans histoires ? Au fil de l’enquête, sa meilleure amie, Laura, découvre incrédule tout ce qu’elle lui avait caché : son passé, ses fréquentations, ses vices… Le portrait qui se dessine alors est celui de la bourgeoisie tout entière, qui abrite ses turpitudes et sa corruption sous le masque impavide de la respectabilité. Avec cette intrigue menée d’une plume haletante, l’auteur du Dégoût poursuit sa radiographie au vitriol de la société salvadorienne, gangrenée par les luttes politiques et le trafic de drogue.

Mon avis

Ce livre m’a beaucoup plu. Il est constitué de neuf chapitres qui sont autant de dialogues de la fameuse Laura (la meilleure amie de la morte) avec une autre amie. Dialogues c’est beaucoup dire : ce sont plutôt des monologues. Elle n’arrête pas de parler, de parler. C’est comme si vous aviez une copine en face des yeux qui ne vous en laisse pas placer une. C’est écrit sur ce ton pressé que la copine peut employer à ce moment là. Il y a même les digressions sur d’autres sujets. C’est très réaliste. C’est une manière de raconter très originale que je n’avais jamais rencontrer. Quant au sujet, il nous fait découvrir le Salvador (pays qui malheureusement en ce moment est dans l’actualité par l’assassinat du photographe Christian Poveda) par tout ce qui gangrenne sa société.

En conclusion, j’ai une super PAL parce qu’il y avait un autre livre du même auteur : Le bal des vipères. Je vais donc pouvoir continuer à découvrir cet auteur (sans aller à la librairie) !

D’autres avis

Un portrait de l’auteur chez La Lettrine.

Des avis sur tous les livres chez Wodka 1,2 et 3.

Références

La mort d’Olga María de Horacio CASTELLANOS MOYA – traduit de l’espagnol par André Gabastou (10/18 – Domaine étranger, 2006)