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Le discours sur la tombe de l'idiot de Julie Mazzieri

June 10
by Cecile 10. June 2009 11:33
 
 

Quatrième de couverture

Scandalisés par l’idiot du village, le maire de Chester et son adjoint conspirent sa mort. Un matin de printemps, les deux hommes l’enlèvent et vont le jeter dans un puits. Or, au bout de trois jours, l’idiot se remet à crier du fond de sa fosse.

« Un village comme ici c’est pas une place pour les intrigues », mettent en garde les habitants de Chester. Dès les premières pages du Discours sur la tombe de l’idiot, le lecteur connaît tous les éléments du crime qui vient troubler ce village sans histoire. L’intrigue policière ainsi jugulée, le roman repose principalement sur le génie de l’accusation et du leurre, c’est-à-dire sur les efforts déployés par le maire afin de désigner un coupable et ce, tout en s’assurant le silence de son complice qui menace de s’effondrer sous le poids du remords. Parmi les divers lièvres lancés afin de faire diversion se trouve le coupable idéal — Paul Barabé, un nouvel ouvrier venu se refaire à la campagne dont l’arrivée à la ferme des Fouquet coïncide avec la disparition de l’idiot et une autre sinistre découverte.

Si le roman possède une « essence policière » incontestable, il s’agit d’abord et avant tout d’un roman de la culpabilité. Tout en s’attachant au sort de Paul Barabé, le récit présente l’histoire de Chester « saisie du dedans » : une histoire commune non pas appréhendée dans la perspective rassurante des intentions et des actes, mais une histoire se rapportant plutôt aux faits principaux qui accablent ce village sans idiot. Ses tableaux consécutifs adoptent le mode vertigineux de la rumeur : leur cohérence surgit du désordre et de la fulgurance des images, leur logique interne place les villageois de Chester sous une lumière inquiétante. Comme si le narrateur lui-même ne pouvait se résoudre à faire du maire et de son adjoint les seuls coupables de leur crime.

Mon avis

J'ai eu envie de lire ce livre grâce à l'avis de Dominique (que je remercie pour cette lecture) et quelque temps après j'ai vu l'émission Un livre, Un jour consacrée à ce livre : cela m'a remis ce livre en mémoire. Et heureusement ! C'est l'histoire d'un petite village québécois. Il y a un idiot du village qui gêne tout le monde surtout le maire. Celui-ci décide de tuer l'idiot du village pour pouvoir accueillir un ministre de manière sereine lors de la fête populaire du village. Il entraîne son adjoint dans ce meurtre. Chacun des deux protagonistes réagit différemment : le maire n'a aucun remords alors que l'adjoint en est bourré. Il y a des symptômes psychologiques mais aussi physiques. Les autres habitants se demandent qui a bien pu faire disparaître l'idiot. Ce qui est bien, c'est qu'au même moment on retrouve un corps de femme dans un fossé et surtout, il y a un étranger qui vient d'arriver au village, Paul Barabé. En réalité, il y aussi une famille mais eux ce n'est pas pareil parce que c'est une famille. Lui est tout seul. Il n'y a besoin que de ça pour faire partir la rumeur.

Comme l'auteure le dit dans Un livre, un jour, elle a donné plus à voir qu'à savoir : tout n'est pas éclairci à la fin du livre. Il y a plein de choses que l'on peut interpréter à notre façon. L'écriture de Julie Mazzieri nous met à l'extérieur du roman (nous aussi nous sommes étrangers) : on ne peut pas partager l'émotion des villageois, seulement les observer un par un. Curieusement, les protagonistes sont rarement ensemble à part peut-être Paul Barabé qui joue le moteur du livre. Pour ilustrer son écriture, je vous mets le premier paragraphe :

"En plein jour. Ils l’ont jeté dans un puits de l’autre côté du village. Ils l’ont pris par les jambes et l’ont fait basculer comme une poche de blé. En comptant un, deux, trois. Le maire et son adjoint. Quelques jours plus tôt, les deux hommes étaient restés à la mairie après la levée de l’assemblée. Ils n’avaient pas pris la peine de s’asseoir.

Ils avaient défait le noeud de leur cravate et avaient parlé dans l’embrasure de la porte. Il n’y avait pas eu de véritable silence. Le cou du maire était rouge, presque violacé. Il avait parlé le premier."

Un très bon premier roman sur la rumeur et les remords. Il m'a fait penser aux Ruptures de Gisèle Fournier pour le thème "les étrangers dans un village ne sont pas forcément bienvenue" et à deux romans récents (que je n'ai pas lu malheureusement mais dont j'ai entendu beaucoup parler) : Un juif pour l'exemple de Jacques Chessex et Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé pour le thème "tuons ceux qui nous dérangent".

D'autres avis

Les avis de Dominique, de Lousia (qui n'a pas aimé), de Yv, de Benoît Broyart...

La vidéo d'Un livre, un jour consacrée à ce roman.

Références

Le discours sur la tombe de l'idiot de Julie MAZZIERI (José Corti, Domaine français)

 

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Littérature québécoise

Roman 41 de Monique Le Maner

April 13
by Cecile 13. April 2009 17:22

 

 

Quatrième de couverture

Une nuit de tempête, deux hommes sont 'refugiés dans un manoir. Pierre ne se souvient de rien dans sa vie, il est heureux, sans bagages. Adrien est chargé de valises, de sacs et de sacoches ; il se rappelle tout, jusqu'aux cent trois souvenirs de l'ours en peluche de son enfance. Les objets sortent des sacs, font jaillir les osuvenirs, en viennent à tisser, entre Pierre et Adrien, un lien inexplicable. Surviendra la jeune Cécile, qui a l'air d'en savoir plus sur toute cette histoire qu'elle veut bien le dire. Cette même nuit, une vieille femme agonise, elle se souvient, elle aussi. Elle écoute Pierre, Adrien et Cécile. Elle fait peut-être plus que les écouter...

Un récit poétique et grinçant, parfois drôle et poignant, qui conte nos détresses et nos mensonges, mais aussi l'amour de la vie, le pouvoir de la parole sur le silence, la puissance de l'écriture. Avec Roman 41, Monique Le Maner fait entendre encore une fois une voix unique et sans complaisance.

"Pierre a dit doucement :

- Vous allez pouvoir crever en paix, mon cher Adrien, je suis en train de prendre tous vos souvenirs.

- Ce n'est pas grave, Pierre, tranche Cécile. Ce n'est pas grave parce que, de toute façon, vous allez crever ensemble, à la même minute, au même millionième de seconde, c'est obligatoire."

L'analyse de

Dominique Blondeau

Mon avis

Comment je suis venue à ce livre ? Grâce à un billet de Jules sur le club social, et plus particulièrement l'émission Lis Julie lis dont on peut consulter les archives vidéo ici. La chronique de Julie sur Roman 41 m'a beaucoup plu. J'ai donc été le chercher à la librairie du Québec à Paris. Je ne le regrette pas du tout. L'histoire commence comme un roman policier. Pierre est dans un manoir sombre en pleine tempête de neige. Adrien vient de lui dire qu'il est un "tueur de pacotille" et qu'il sera sa prochaine victime. Ensuite le livre va sur une fable à propos des souvenirs : faut-il tout se rappeler ou tout oublier ? (visiblement il n'y a pas de juste milieu). Au final, le livre devient une fable sur la vie, la mort et l'écriture. Tout ça en 125 pages. C'est le style de l'auteure qui rend le tout excellent. On sent qu'elle a l'habitude des romans policiers : c'est léger tout en étant évocateur.

J'ai beaucoup de chance parce qu'il y a dans ma PAL son quatrième livre (celui-ci est le cinquième) La dernière enquête : un roman policier dans une maison de retraite. J'en frissonne d'avance !

Références

Roman 41 de Monique LE MANER (Éditions Triptyque, 2009)

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Littérature québécoise

Le violoncelliste sourd de Francis Malka

February 01
by Cecile 1. February 2009 11:46
L'autre jour, j'étais à Paris dans le quartier latin (mon quartier favori vous vous en doutez ...). Je rentre dans la librairie du Québec (que j'ai découverte en septembre dernier au festival America à Vincennes) à la recherche d'auteur inconnu de moi ; ce qui pour la littérature québécoise n'est pas trop difficile, je dois l'avouer. Et là miracle, j'en connaissais un : Francis Malka dont j'avais lu l'extraordinaire Jardinier de Monsieur Chaos l'année dernière. Voilà comment je suis rentrer en possession de ce livre et de quelques autres ...
 
 
Quatrième de couverture

"Un jeune violoncelliste ambitieux se brouille avec son maître. Un projecteur se détache du plafond lors d'un concert et le blesse à la tête. Une surdité soudaine metfin à une carrière prometteuse.

Fin ? Pas tout à fait. Car, contre toute attente, l'ouïe du violoncelliste se rétablit. Suivant les conseils de Léon Honneger, son impressario, le jeune musicien concevra la plus grande imposture qu'ait vue le monde musical à ce jour : il cachera son rétablissement au monde entier et feindra la surdité afin de relancer sa carrière. Le succès est instantané. Du jour au lendemain, il devient un prodige, un phénomène qui fait courir les foules d'un bout à l'autre de l'Europe. Comment un sourd peut-il manier le violoncelle avec tant de doigté ? Et surtout, comment peut-il jouer aussi juste ?

Mais le secret est d'autant plus lourd à porter qu'il est grand. Si le violoncelliste parvient à berner tout le monde, des médias jusqu'à Clara Higgins, son accompagnatrice, il ne fait pas le poids face à ceux dont le métier consiste à démasquer les imposteurs.

C'est ainsi que, sous la menace constante que son mensonge soit révélé au grand jour, il doit maintenant obéir malgré lui aux ordres des services secrets israéliens."

Mon avis

On passe un bon moment de lecture. Il y a de très beaux passages sur la musique, la surdité, le mensonge, la guerre et la paix (un peu cynique tout de même) mais c'est moins original que Le jardinier de Monsieur Chaos. De fait, ça m'a un petit peu déçue.

L'écriture est par contre toujours aussi élégante, fine et précise (dans l'expression du ressenti du personnage principal).

Extraits

"M. Stein a conclu la première année de classe sur la note suivante : "Votre immense talent, qui vous portera très loin, n'a d'égal que votre ambition, qui vous y mènera par le mauvais chemin." Jamais personne ne m'a décrit aussi justement." (p. 18)

"Je réalise maintenant qu'un meurtrier sommeille en chacun de nous, chez certains si profondément que rien ne le réveillera, mais chez d'autres suffisament près de la surface pour qu'un jour, une menace quelconque le tire de son sommeil. L'homme n'est après tout qu'un mammifère aux instincts violents, qui, pendant des millions d'années, a tué son semblable pour survivre. La spécialisation des rôles dans la société moderne permet simplement à ceux qui ne veulent pas commettre la violence de la déléguer à d'autres, tandis que la technologie permet à ces derniers de la commettre sans se salir les mains. Derrière cette hiérarchisation et cette déresponsabilisation du meurtre, derrière la propreté clinique du bouton de mise à feu et du projectile téléguidé, derrière les discours de paix de nos dirigeants, se cachent en fait des Homo sapiens qui s'entretuent toujours à coups de pierres." (p. 187-188)

Références

Le violoncelliste sourd de Francis MALKA (Hurtubise HMH - América, 2008)

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Littérature québécoise

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