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Les disparus de Dublin de Benjamin Black

January 20
by Cecile 20. January 2010 20:47

L'auteur, Benjamin Black, est le pseudonyme de John Banville, celui de La mer. Personnellement, j'avais adoré ce livre, si ce n'est adulé (en simplifié pour moi c'est un chef d'oeuvre). J'ai aussi adoré ce livre mais par contre dans ma tête, il est bien clair que Les disparus de Dublin ne joue pas au même niveau. Ici, on a plutôt affaire à un très bon diverstissement.

Le personnage principal, c'est Quirke (apparemment il sera récurrent dans les livres de Benjamin Black). Il est médecin légiste à Dublin dans les années cinquante. Il est grand, bourru, alcoolique, fumeur ... Irlandais quoi (je suis une fille pleine de préjugés :) ). Niveau famille : il est orphelin, recueillie par Grant Griffin, juge de son état, qui lui-même a un fils Malachy, qui lui même a une femme Sarah. Les deux derniers ont ensemble une fille Phoebe. Quirke est veud de Delia, morte en couche, vingt ans plus tôt. Détail non négligeable c'est la soeur de Sarah.

Ces histoires amoureuses ont commencé comme ça : Quirke et Malachy sont partis aux Etats-Unis il y a vingt ans pour une année chez un grand amis de Grant : Crawford (le prénom m'échappe, désolée). Celui-ci a deux filles : Sarah et Delia. Quirke veut Sarah mais couche avec Delia (comme quoi les hommes ...)

Je pense vous avoir situé tous les personnages à part Rose, Andy et Claire et aussi les membres de l'Église irlandaise et bostonienne. Je vous en dévoilerai un peu beaucoup alors.

Pour ce qui est de l'intrigue : Quirke arrive un jour dans son bureau et trouve Malachy, gynécologue de son état, en train de falsifier un rapport de décès. Celui de Christine Falls, morte d'un embolie pulmonaire. Quirke ne dit trop rien mais s'aperçoit rapidement que cette fille est en réalité morte en accouchant d'une petite fille. La question qu'il se pose est où est la petite fille ? Est-elle morte ou vivante ? Il met alors le doigt dans une histoire glauque d'enlèvements d'enfants (de trafic en réalité avec les États-Unis) par des membres de l'Église irlandais, dont plusieurs membres de sa famille.

Comme je vous le disais, j'ai passé un excellent moment de lecture. C'est un page-turner si on reprend l'expression de la quatrième de couverture . Il y a plein d'intrigues, de rebondissements. Par contre c'est un roman noir (d'où le pseudo de l'auteur) mais pas un roman policier. Il n'y a pas d'enquête à proprement dit. Par contre, on peut reprocher au livre les défauts des premiers volumes de série ; l'auteur essaye de garder du suspense sur la vie du personnage principal et prend du temps à décrire les personnages qui seront récurrents. Par contre il faut noter le soucis du détail dans les descriptions des personnages (récurrents ou pas) que vous pouvez pratiquement visualiser. Mais là c'est l'auteur de romans et non de romans noirs qui écrit à mon avis.

Je dois cette lecture aux dames de Blog-o-book. Merci beaucoup !!!

 

Deux autres avis

Ceux de Mango (je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer les infichus) et de Madame Charlotte.

Références

Les disparus de Dublin de Benjamin BLACK - traduit de l'anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch (Nil, 2010)

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Littérature irlandaise | Romans policiers et thrillers

Un Noël en famille de Jennifer Johnston

December 14
by Cecile 14. December 2009 12:21

Quatrième de couverture

Porté par l'écriture exquise de Jennifer Johnston, un roman aussi poignant que délicat sur les liens familiaux, l'amour et le temps qui passe. Une histoire bouleversante, parsemée de subtiles références shakespeariennes, par une des plus brillantes romancières irlandais.

Lorsque, après un terrible accident de voiture, Henry, la cinquantaine, se réveille sur son lit d'hôpital, il ne peut se rappeler ce qui l'a conduit là. Très mal en point, il a du mal à situer ceux qui défilent à son chevet : est-il encore marié à cette femme très autoritaire ? N'était-il pas fâché avec sa fille ? Son fils lui cacherait-il quelque chose ? Son frère serait-il revenu du Canada ? Que devient sa mère, artiste excentrique et déboussolée ? Et qui est Sebastien, ce très bel homme qui le veille nuit et jour ?

Au fur et à mesure que son corps se répare, ses souvenirs reviennent, d'insécurité, d'urgence, qui ont fait tant tot aux siens.

Il faudra encore un peu de temps, un évènement dramatique et la magie d'un soir de Noël pour que Henry parvienne enfin à renouer les liens distendus avec sa famille...

Mon avis

J'adore Jennifer Johnston donc quand un de ses romans sort, j'ai tendance à me précipiter. Jennifer Johnston c'est des histoires de famille, en Irlande, toujours de gens un peu perdus, qui se retrouvent à la fin du livre. Jennifer Johnston c'est aussi une écriture qui emporte. Elle est toujours simple mais par un je-ne-sais-quoi elle vous apporte des petites étoiles dans les yeux. On n'est pas triste en lisant un roman de cette auteure même si l'histoire est triste. Si vous n'avez pas encore découvert ses livres, n'hésitez pas mais par contre pas avec ce livre.

Ici, à mon avis, ce n'est pas un de ses meilleurs opus. Elle avait une histoire de base très intéressante, même si déjà traitée ailleurs. J. Johnston s'est surtout intéressée à la reconstruction de la cellule familiale autour du malade, quitte à laisser des points intéressants dans l'ombre. L'impression que j'ai eu c'est qu'elle n'était pas allée chercher assez loin ; les faits du passé sont un peu vite oubliés (c'est ce qui à mon avis donne l'impression d'excentricité du livre), la fin est un peu brutale ... Pour ce qui est de l'écriture, c'est toujours bien (c'est ce qui m'a permis de lire le livre jusqu'au bout) mais je mets un bémol : tous les "mon chéri", "ma chère", "ma belle" ... a toutes les sauces c'est très très lourd. On ne comprend pas pourquoi ils se donnent tous ces petits noms. Je ne sais pas si en anglais cela donne mieux. Cela rend les dialogues assez difficiles à suivre.

En conclusion, un roman plutôt pas mal mais je n'en garderai pas un souvenir au delà de deux semaines. Il me reste deux Jennifer Johnston dans ma PAL, mais des anciens : ce sera sûrement mieux ...

Références

Un Noël en blanc de Jennifer Johnston - traduit de l'anglais (Irlande) par Anne Damour (Belfond, 2009)

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Littérature irlandaise

Les enquêtes de Jack Taylor par Ken Bruen

November 25
by Cecile 25. November 2009 19:11

Le titre du billet est un peu péremptoire car je ne vais en fait parler que de deux des enquêtes de Jack Taylor par Ken Bruen. En réalité, il y en a six, toutes publiées dans la collection Série Noire chez Gallimard (les quatre premières sont disponibles en Folio policier) :

  • Delirium tremens
  • Toxic Blues
  • Le martyre des Magdalènes
  • Le dramaturge
  • La main droite du diable
  • Chemins de croix.

Vous pouvez regarder les billets de Yvon qui lui a lu tous les livres. Parce que bien évidemment moi c'est la première enquête de Jack Taylor que je lisais et j'ai commencé par la sixième.

Quatrième de couverture

Jack Taylor sème la souffrance et la mort dans son sillage. Ses proches en sont les premières victimes. Le seul espoir de rédemption qu'il lui reste, Cody, qu'il a récemment adopté comme son propre fils, est à l'hôpital, plongé dans le coma. Il y a toujours Ridg, la policière, son amie de longue date mais leur relation n'a rien de particulièrement orthodoxe. Quand elle lui apprend qu'un jeune homme a été crucifié à Galway, il accepte de l'aider à retrouver le meurtrier.

Son enquête plonge Jack dans les bas-fonds oubliés de sa ville natale. Il y rencontre des fantômes, morts et vivants. Tous veulent obtenir de lui quelque chose mais Jack n'est pas certain d'être encore en mesure de donner. Peut-être devrait-il partir pour de bon, prendre ce qu'il possède et quitter la ville comme tout le monde donne l'impression de le faire. Mais quand la soeur du garçon assassiné meurt à son tour, brûlée vive, Jack décide qu'il lui faut traquer l'auteur de ces crimes jusqu'au bout, même s'il doit pour cela faire justice lui-même...

Mon avis

Si je ne considérais que mes impressions au cours de la lecture, cela donnerait

  1. Jack Taylor n'est pas plus enquêteur que moi. Par contre, il a un pouvoir de divination extraordinaire. Ici, il n'y a donc ni enquête, ni rebondissement, ni fausses pistes car Jack Taylor, dans le seul mystère dont il s'occupe, devine tout tout de suite. Dans celui qu'il délègue (un obscur vol de chiens), il va cherche midi à quatorze heures alors que c'est tout simple.
  2. Jack Taylor se dit malheureux. N'est-il pas plutôt heureux de son sort (si on ne considère pas les morts qu'il y a autour de lui) ? Il n'est pas fait pour vivre avec une femme et des enfants...
  3. C'est qui tous ces gens qui interviennent dans le roman ?

Si maintenant je regarde objectivement et "à froid" ma lecture (j'ai entendu cette expression aujourd'hui... je me suis demandée si cela correspondait à une lecture dans une chambre froide), j'en viens à me dire que les Jack Taylor sont publiés dans la série noire. Malgré le sous-titre, il faut passer outre l'enquête mais considérer le "noire" comme la description d'une société dans ce qu'elle peut avoir de sordide, de glauque et pour ce qui est de l'Irlande en particulier, des laissez-pour-comptes du miracle économique (bien sûr, on parle d'avant la crise). Jack n'est pas malheureux mais plutôt en colère contre cette nouvelle société irlandaise. Gamin de Galway, il se rappelle de "l'avant", des gens qui n'étaient pas forcément riches mais heureux. Il dénonce notamment les spéculateurs immobiliers qui dénature le centre de la ville. On a ici un véritable roman noir : la description d'une ville que l'on ne voit pas quand on est touriste (pour avoir visiter Galway, je vous en parle en tout état de cause).

Pour ce qui est des personnages secondaires, c'est la seul bémol que l'on peut adresser à Ken Bruen. Il a considéré que le lecteur de cette sixième aventure connaissait déjà Jack Taylor et donc qu'il n'avait pas besoin de détailler les personnages. Cela donne des personnages secondaires qui manque de profondeurs. Toujours objectivement, j'ai tourné les pages sans m'en rendre compte. Pour confirmer ces impressions, je suis allée dans ma librairie de quartier (qui contient toutes les réponses) et je me suis retrouvée avec Le martyre des Magdalènes dans mon petit sac.

La quatrième de couverture de cet ouvrage est la suivante :

Lessivé, rincé par sa dernière enquête, l'ancien flic de Galway Jack Taylor tente d'en faire passer le goût amer en éclusant des pintes de Guinness. Alors qu'il se répète à qui veut bien l'entendre qu'on ne l'y reprendra plus, il est contrait par un caïd psychotique à retrouver "l'ange des Magdalènes". Cette bonne soeur aurait, dans les années soixante, sauvé des jeunes filles mises au ban de la société dans le sinistre couvent des Magdalènes. Filles-mères reniées de tous, ces femmes y travaillaient comme blanchsseuses dans d'effroyables conditions pour s'y laver de leurs péchés, et cela même si elles avaient été violées par un frère, un père ou un voisin. Ce qui s'annonçait comme une mission rédemptrice va vite se transformer en chemin de croix. Le martyre de Jack Taylor ne fait que commencer.

J'ai trouvé ce livre absolument admirable dans sa construction. Il y a toujours deux enquêtes parallèles mais ici Ken Bruen met en scène deux sociétés : celle d'avant et celle d'après. Il dénonce dans l'enquête des Magdalènes la société ultrareligieuse des années soixante et dans l'enquête "moderne" une société qui ressemble aux séries américaines (la jeune femme tue son vieux mari pour hériter). Comme dans Chemins de croix, Jack Taylor se montre un enquêteur pas incorruptible (comprenez n'agissant pas forcément dans la légalité) mais il garde toujours ses principes.

Dans ce livre, c'est l'apparition des personnages que l'on retrouve dans Chemins de croix. Et là, j'ai compris quelque chose que beaucoup d'entre vous ont déjà compris : il vaut mieux lire les séries dans l'ordre chronologique de leur rédaction!

Chemins de croix est chroniqué dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio.

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Références

Chemins de croix de Ken BRUEN - traduit de l'anglais (Irlande) par Pierre Bondil (Série noire - Gallimard, 2009)

Le martyre des Magdalènes de Ken BRUEN - traduit de l'anglais (Irlande) par Pierre Bondil (Folio Policier, 2008)

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Littérature irlandaise | Romans policiers et thrillers

La maison inhabitée de Mrs Riddell

August 20
by Cecile 20. August 2009 18:05

Quatrième de couverture

On a pu dire de Mrs. Riddell qu'elle était "a born story-teller". À juste titre : elle possédait une technique narrative très personnelle qui l'apparenterait un peu à Alexandre Dumas, capable d'improviser un drame romantique en une soirée.

Charlotte Elizabeth Lawson Cowan est née le 30 septembre 1832, à Carrickfergus, près de Belfast. Après une enfance très heureuse, elle épouse Joseph Hadley Riddell dont elle adoptera les initiales et le nom pour son pseudonyme le plus fréquent ; elle assurera jusqu'à la mort de son mari la charge financière (Mr. Riddell est régulièrement ruiné à la bourse) et intellectuelle du ménage.

Après quelques essais infructueux auprès des éditeurs, dans les années soixante, Mrs. Riddell passe pour une auteure avec qui il faut compter. En 1864, elle publie son roman le plus marquant : George Geith of Fen Court, un des très grands succès de librairie des années 60-70 ; en 1866, elle ose reconnaître son sexe. À partir de cette année, elle signera tous ses romans Mrs. J(oseph) H(adley) Riddell.

En 1867, elle devient (en partie) propriétaire et rédactrice en chef du Home Magazine et, surtout, du St. James's Magazine, une revue littéraire parmi les plus prestigieuses de l'époque.

C'est en 1873 que Mrs. Riddell se hasarde à un premier roman fantastique : Fairy Water. Le fantôme d'une femme hante Craw Hall et influence tous les habitants, dont la santé décline jusqu'à la mort. Dans un contexte très propice au genre (la plupart des auteurs victoriens de l'époque se sont frottés au fantastique), Riddell récidive avec son chef-d'oeuvre La maison inhabitée, mais elle s'éloigne des sentiers battus. Par la nature protéiforme des apparitions de son fantôme d'abord et par l'habile métonymie qui sous- tend le roman ensuite : c'est toute la maison inhabitée, bien plus que le mort lui-même, qui hante l'esprit du narrateur.

En outre, ses descriptions précises de la vie des protagonistes, les portraits psychologiques font de La Maison inhabitée un roman réaliste dont l'aspect fantastique est surtout un moyen de conserver au récit toute sa tension jusqu'à la conclusion.

Mon avis

Une quatrième de couverture, rédigée par le traducteur, comme l'est la postface très intéressante, vous apprend beaucoup sur l'auteur, ses autres oeuvres (même si elle n'insiste pas beaucoup sur la partie ne traitant pas des fantômes à mon avis) mais pas sur celle que l'on a dans les mains ! À moi de combler cette lacune sans trop vous en raconter.

Le narrateur est un jeune homme employé dans le cabinet d'un sollicitor, Mr Craven. Dans ce cabinet, il y a une cliente très particulière mais très réjouissante (dans le sens qu'elle est source facile de moquerie) Miss Blake. Celle-ci a chargé Mr Craven de louer la maison que sa nièce a hérité après le suicide de son père. Le problème est que tous les locataires fuient cette maison. Il y a un fantôme qui perturbent leur nuit. À force ça revient cher à Mr Craven (lui ne croit pas aux apparitions) qui avance de sa poche de l'argent à Miss Blake (lui le fait parce qu'il était secrètement amoureux de sa soeur). Le jour où il découvre que Miss Blake connaissait le problème avec la maison, il lui propose de vivre seule dans celle-ci pendant six mois pour prouver aux futurs locataires qu'il n'y a aucun problème. Celle-ci refuse et propose que ce soit plutôt l'assistant de Mr. Craven qui y aille (il sera payé ; ça tombe bien car il est amoureux de la nièce de Miss Blake). Commence alors une enquête pour découvrir si il y a oui ou non fantôme, et si oui ce qu'il veut.

J'ai apprécié ce texte, assez court car de moins de 200 pages, mais je n'en ferai pas un chef-d'oeuvre comme le dit la quatrième de couverture. Il est plaisant de suivre les aventures du jeune narrateur mais je trouve qu'on ne peut pas juger facilement l'innovation de ce texte (on voit beaucoup trop de fantômes). Si il n'y avait pas la postface, je vous aurais dit que c'est un livre avec une histoire de fantôme mêlant une enquête policière mais que finalement on pouvait lire cela ailleurs. Ce qui en fait cependant un texte où on ne s'ennuie pas c'est l'humour so english du narrateur : on sourit de bout en bout quand on ne frissonne pas du vent qui frappe la maison déserte.

En conclusion, un texte qui ne me marquera pas par son originalité mais qui est cependant plaisant à lire, l'ambiance étant très anglaise. Seul un autre livre est disponible en français mais aussi de genre fantastique : Une terrible vengeance. Cela ne permet pas de voir les autre facettes de l'oeuvre de cette femme qui vu sa biographie avait l'air d'être un sacré personnage !

Références

La maison inhabitée de Mrs. J.H. Riddell - traduction de Jacques Finné (José Corti - Domaine Romantique, 2003)

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Littérature irlandaise

La tombe du tisserand de Seumas O'Kelly

June 07
by Cecile 7. June 2009 08:02
 

Quatrième de couverture

Dans un village aux confins de la campagne irlandaise, un homme est mort. Il était si âgé qu'une place lui est encore réservée dans l'ancien cimetière, déjà entré dans l'ordre des légendes. Cloon na Morav - le champ des morts - est une enclave hors du temps, où les tombes oubliées s'usent comme des montagnes, où le ciel semble encore plus grand. 

La veuve est là, accompagnée de deux fossoyeurs et de leurs pelles. Et, comme on ne sait pas très bien où inhumer le mort, deux anciens - sortis des limbes - mènent l'expédition. Deux vieillards têtus, fantasques, à la mémoire vacillante. Tout heureux de cette aventure qui les arrache à leur solitude, ils vont prendre un plaisir cruel à ne pas s'entendre.

La tombe du tisserand est introuvable. Sa recherche se transforme en duel dérisoire entre les vieillards et en stupeur de la veuve avec, pour spectateur, ce mort qui a perdu sa tombe. Sur ce scénario, Seumas O'Kelly a bâti un récit grotesque et métaphysique, pas très éloigné de l'univers de Beckett.

La vie de Seumas O'Kelly (1881-1918) eut l'élégance de ses textes. Elle fut brêve, simple et cependant riche de contrastes. La tombe du tisserand, son chef d'oeuvre, a été écrit la dernière année de sa vie et publié après sa mort.

Mon avis

J'ai choisi ce livre pour la couverture. Le texte de la couverture est publié sur une sur-couverture qui ressemble à du papier calque et le dessin de l'arbre sur la couverture blanche du livre. En plus, il y a un petit dépliant en dehors du livre où il y a des illustrations du texte. Je trouve ça vraiment très original ! Le texte qui est à l'intérieur aussi ! C'est écrit comme un conte, une langue qui semble un peu naïve mais derrière il y a une histoire qui amène à réfléchir. On peut le lire comme un texte humoristique où il y a trois vieux qui se disputent pour savoir où enterrer un quatrième et il faut l'avouer les dialogues sont croustillants. On peut aussi y voir une réflexion sur la mort et surtout la mémoire : peut-on faire confiance à la mémoire humaine ? quelle est l'importace des croyances populaires ?

En conclusion, j'ai passé un très bon moment de lecture avec un livre particulièrement bien écrit et traduit. Je vous le conseille rien que pour soutenir la petite maison d'éditions Attila qui vient juste de démarrer. 

D'autres avis

Ceux d'Aurélie, de Edwood,  de Petitsachem, de Comment c'est !?, de Yvon...

Références

La tombe du tisserand de Seumas O'Kelly - traduit de l'anglais (Irlande) par Christiane Joseph-Trividic et Jean-Claude Loreau, gravures de Frédéric Coché (Attila, 2009)

 

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Littérature irlandaise

Retrouvailles d'Anne Enright

May 31
by Cecile 31. May 2009 10:40
 

Le point de vue des éditeurs

Veronica croit connaître son frère, et pourtant, le jour où elle apprend qu'il s'est jeté dans l'océan, elle s'aperçoit qu'elle en sait très peu sur lui. Dans de fébriles nuits d'écriture, elle capte et recompose les images du passé pour comprendre. Dans leur famille nombreuse, il n'est pas le premier à souffrir. Quel rôle Eros joue-t-il dans ces destins de pertes et de retrouvailles ?

Parlant d'amour et de déception, de désirs forts et de frustration, ce roman a été distingué, en 2007, par le prestigieux Booker Prize. Il appartient à cette tradition irlandaise qui marie savoir-faire littéraire et franc-parler fougueux.

Mon avis

Je n'ai pas aimé ce livre parce que je me suis sentie trompée sur la marchandise. Au vu de la quatrième de couverture, j'ai pensé qu'à la suite du suicide de son frère Liam, Veronica se rappelait tous les souvenirs sur son frère pour essayer de le reconstituer devant elle, de le "retrouver" et essayer de comprendre son geste.  En réalité ce n'est pas du tout ça.

Veronica, onze frères et soeurs (+ sept fausses couches de la mère), va ramener le corps de son frère (qui était en Angleterre) dans la maison maternelle. À cette occasion, elle se souvient et/ou invente ses souvenirs mais au début elle n'arrive pas à faire la différence entre imagination et vérité parce que ce qu'elle cherche à se souvenir est trop enfoui dans sa mémoire : il y a ce qu'elle croit avoir vécu et ce qu'elle a vécu. Au fur et à mesure elle redécouvre le souvenir douloureux qu'elle a cherché à enfouir si profond et ce souvenir concerne Liam. Entre deux tentatives pour se souvenir, on a le droit aux retrouvailles entre tous les enfants de la mariage, la chronique du mariage raté de Veronica, les nuits après la veillée mortuaire de Liam (elle évite son mari en vivant la nuit et en dormant le jour). 

Ce qui ne m'a pas plu, c'est principalement deux choses. La quatrième de couverture m'a laissé penser que le livre serait centré sur Liam et ce n'est pas le cas. Veronica n'a qu'une démarche égocentrique : elle est centrée sur elle. Elle ne cherche pas à comprendre pourquoi Liam s'est suicidé mais pourquoi elle va mal et pourquoi dans sa famille ils sont tous un peu bizarres et comment ça l'a influencé ELLE. Je ne sais pas finalement si c'est Veronica qui ne m'a pas plu ou si c'est l'écriture de Anne Enright que je n'ai pas comprise. Elle nous dit que Veronica tombe de plus en plus dans la folie mais elle ne nous le fait pas sentir (ça en général je ne pardonne pas). Nous dire que tel souvenir est inventé ou pas ne suffit pas, en tout cas à mon avis.

De plus, la structure du livre est un peu étrange. C'est comme si l'éditeur avait fait tomber les chapitres du livre et qu'ils n'avaient pas de numéro. L'éditeur les a alors remis dans le désordre. Ce qui donne cette impression c'est qu'Anne Enright ne se donne même pas la peine de situer les chapitres assez rapidement.

En conclusion, c'était l'écrivain irlandais qui me tentait le moins au vu des résumés de ces précédents livres. Ici, elle semblait avoir changé complètement de registre. J'aurais dû rester sur cette impression et ne pas tenter...

Références

Retrouvailles de Anne ENRIGHT - roman traduit de l'anglais (Irlande) par Isabelle Reinharez (Actes Sud, 2009) 

 

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Littérature irlandaise

La chute de Samuel de Richard Kearney

March 28
by Cecile 28. March 2009 12:13

Quatrième de couverture (enfin, un extrait ...)

"Après la mort de son frère jumeau, Jack lit le journal intime que Sam a rédigé durant leur enfance. Il découvre avec désarroi les sentiments qu'éprouvait Samuel à son égard, l'envie et l'admiration qui l'ont animé et torturé jusqu'à sa mystérieuse disparition. Ces carnets révèlent aussi la personnalité ambiguë de l'abbé Anselm qui a fait de Samuel son disciple alors que celui-ci est déchiré entre la foi et le désir charnel qu'il éprouve pour une femme. Construit comme un roman à suspense, La chute de Samuel explore les conflits éternels entre l'âme et le corps, la pensée et l'action, l'amour et la mort."

Mon avis

C'est l'histoire de deux frères jumeaux Jack et Samuel. Jack est celui qui a tout : les amis, l'amour des parents, les filles, l'admiration des professeurs, des nourrices ... Samuel c'est celui qui envie le frère. À l'adolescence, ils sont envoyés dans une école catholique où ils ont comme professeur Killian, un jeune novice qui n'a pas l'air très sûr de sa vocation mais qui est un bon professeur. Il est guidé par l'abbé Anselm ; ensemble, ils cherchent un "langage parfait". Mais suite à des révélations, Killian va devoir partir de l'abbaye. Jack va aussi vouloir rentrer dans les ordres grâce (ou à cause de) l'abbé Anselm. Là aussi, Jack va devoir partir car on l'a surprit en train de coucher avec une fille. C'est alors Samuel qui va devenir le disciple de l'abbé Anselm pour la recherche du langage parfait. Il va alors lui demander d'écrire un journal (celui que Jack lit après la mort de Samuel) où il dit toute la part d'ombre de sa vie, de son enfance à maintenant. On va alors apprendre qu'il n'est peut être pas pour rien dans les départs de Killian et Jack, dans la mort d'une des nourrices, et même qu'il était fou de désir pour Raphaëlle, la copine de son frère (on se demande si ce n'était pas un peu réciproque). C'est ce déchirement entre son désir et sa vocation qui vont l'entraîner très loin jusqu'à la mort ...

J'étais déçue parce que j'attendais beaucoup de ce livre. Je l'avais enfin trouver au Salon du Livre après trois ans dans ma liste à lire. Je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages : ils n'étaient pas assez fouillés à mon goût. J'aurais aimé en savoir plus sur Jack, sur Raphaëlle et même sur l'abbé Anselm, sur les parents des jumeaux. À cause de la forme en journal, choisi par l'auteur, je n'ai pas pu. Je n'ai pas non plus réussi à m'attacher à la recherche du langage parfait, ni à l'histoire de Saint-Gall et de Saint-Colomban. C'est quand même un roman qui se lit bien, grâce au style de l'auteur (et à la traduction). Je laisse une chance car c'est un premier roman. Je lirais donc la suite, À la recherche de Raphaëlle, quand je la trouverais. 

Un autre avis

Celui d'Yvon.

Une citation

"Ne reste jamais avec qui te ressemble. Ne reste jamais nulle part. Lorsque ce qui t'entoure commence à te ressembler ou que toi tu commences à ressembler à ce qui t'entoure, ce qui t'entoure à cesser de te profiter. Tu dois partir. Ne prends de chaque chose que ce qu'elle t'apprend et laisse le plaisir qui s'en écoule l'assécher. La plus belle chose que tu connaîtras sur terre est ta faim, ton désir. La vie nomade est la vie du berger." (p. 132)

Références

La chute de Samuel de Richard KEARNEY - traduit de l'anglais (Irlande) par Manuela Dumay (Éditions Joëlle Losfeld, 1997)

 

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Littérature irlandaise

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