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L'histoire d'une solitude de Milán Füst

July 02
by Cecile 2. July 2009 23:11
 

Il paraît que Milán Füst est un écrivain hongrois très connu. Bien sûr je ne connaissais pas : j'ai aussi appris les noms de Esterházy, Kosztolányi et Karinthy (tous traduits en français) . C'est une drôle d'histoire qui nous est raconté ici. Un jeune homme d'une vingtaine d'année, un baron, vit avec sa mère. Un jour, il voit débarquer à son appartement une jeune femme qui lui demande de l'argent pour faire des achats. Elle cite comme référence une connaissance du narrateur. Manque de chance, le jeune homme s'aperçoit qu'il s'est fait rouler : elle ne connaissait même pas le type dont elle se réclamait. C'est une aventure qui est réellement arrivé à Milán Füst. Il va la retrouver deux ans plus tard à l'armée. Une histoire d'amour va naître et se terminer.Un chien, Péter, va remplacer la jeune femme dans le coeur duu baron. J'avoue que j'ai eu du mal à ne pas éclater de rire mais c'est bien de solitude dont on nous parle ici : le narrateur en parlant de son chien dit

"Il auraitalors fallu me résoudre à l'un des plus grands sacrifices de toute ma vie : me séparer de lui, ce dont j'étais bien incapable. C'est pourtant ainsi que les choses se terminèrent. Lorsque je me suis assis pour écrire cette histoire, j'ai longtemps délibéré pour savoir quel serait son titre. Je voulus d'abord l'intituler Histoire de chien, mais je le remplace maintenant par L'Histoire d'une solitude, c'est ce que je viens d'écrire tout en haut, car c'est bien de cela qu'il est question, et de rien d'autre. De ce que seules la solitude et l'imagination, rien de plus, sont faites pour moi. C'est triste mais c'est ainsi." (p. 123)

En parlant de la femme qu'il a aimé,

"Des commandements inflexibles et sans appel résonnaient dans mon coeur. Ils disaient que je devais la défendre contre moi. Mais ce n'était pas tout ce que disaient les commandements. Ils disaient aussi que je devais me défendre  moi-même, - et de quoi ? C'était en fait ma maudite imagination que je devais défendre. Car je ne pouvais l'aimer que de cette façon, depuis les lointains. En effet, tant s'en faut qu'on puisse aimer l'être humain comme moi, j'avis aimé Péter, et même Péter, hélas, je n'avis pu le supporter longtemps. Cet amour, l'imaginaire, semble donc pour moi valoir plus que du réel. Ce que je voulais jalousement préserver d'elle, c'était donc mon amour, qui n'appartenait qu'à moi et qui, tant qu'elle n'était pas là, ne dépendait même plus d'elle." (p. 132)

C'est un très bon roman dans l'ensemble. Comme je vous le disais, j'ai beaucoup souri tellement il arrive des événements bizarres à ce baron. J'avoue avoir été assez sceptique sur la démonstration de solitude. Cela ne m'aurait pas paru évident si le narrateur ne nous l'avait pas expliqué de long en large. On retrouve ici l'écriture hongroise (j'ai lu trois livres seulement, je ne suis pas experte) : sans l'air d'y toucher, par une écriture simple (j'ai quand même appris le mot prolégomènes), on arrive à nous faire sourire sur des faits graves.

J'ai deux autres Milán Füst : eux aussi sont remontés dans ma PAL !

Références

L'histoire d'une solitude de Milán FÜST - traduit du hongrois par Sophie Aude - préface de Péter Esterházy (Cambourakis, 2007)

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Littérature hongroise

Les boîtes de István Örkény

April 03
by Cecile 3. April 2009 10:52

 

 

Résumé et présentation de l'auteur par l'éditeur

"L'arrivée d'un commandant insomniaque dans la famille Töt sème la zizanie et transforme leur vie paisible en véritable enfer ! Leur fils au front, les parents espèrent améliorer son sort en accueillant dignement son supérieur hiérarchique. Les Töt se plient dès lors à toutes les lubies de ce militaire excentrique. Quiproquos et situations totalement loufoques s'enchaînent dans une comédia acide à l'humour décalé. Sous ses dehors de farce villageoise, Les Boîtes est une petite merveille satirique dont les accents absurdes font écho aux horreurs insensées de la seconde guerre mondiale.

István Örkény (1912-1979) commence à écrire dans les années 1930, mais c'est dans les années 1960 - après avoir été interdit pendant sept ans de publication suite à sa participation aux évènements de 1956 - qu'il devient une figure marquante de la littérature hongroise, publiant à la fois des romans, des nouvelles et du théâtre. Par son goût pour le grotesque, l'absurde, il s'apparente à des auteurs comme Ionesco ou Adamov. Mais il est aussi un fin observateur et critique de la société de son temps, ironique et méchamment drôle."

Les premières pages

sont à lire ici.

Mon avis

Je vous le dis tout de suite : c'est un livre qu'il faut que vous lisiez. Il est tout simplement trop drôle (je l'ai lu avec le sourire au lèvre : dans le métro, les gens me regardaient comme si j'étais bizarre, allez savoir pourquoi ...) : les successions de quiproquos, de malentendus les plus idiots les uns que les autres font tout le charme de ce court roman de 170 pages.

J'ai un peu pris peur quand j'ai vu qu'on pouvait apparenter l'auteur à Ionesco : je n'avais pas tout compris à La Cantatrice chauve ; je l'ai sûrement lu un peu jeune. L'auteur fait juste ce qu'il faut : l'accumulation de situations absurdes n'est pas lourde ; il n'y en a pas trop, comme ce qui se passe des fois pour les romans qui se veulent drôles.

L'histoire est très originale. On se prend de pitié pour la famille Töt martyrisée par le commandant Varró, d'autant plus qu'ils font tout ça pour rien puisque leur fils est mort au front (mais ils ne le savent pas à cause d'un facteur un peu fou qui jette les lettres tristes dans l'eau).

En résumé, pour moi c'est une très jolie découverte. Il existe des romans, et pas seulement des pièces de théâtre, absurdes. La littérature hongroise ne se résume pas à Imre Kertész et en plus les éditions Cambourakis que je ne connaissais pas (elles publient de très beaux petits livres) en publient un certain nombre.

Avez-vous des titres à me conseiller en littérature hongroise ? en "romans absurdes" ?

Références

Les boîtes de István ÖRKÉNY - traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba (Éditions Cambourakis, 2009)

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Littérature hongroise

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