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Americana de Don Delillo

February 22
by Cecile 22. February 2010 09:00

Quatrième de couverture

À vingt ans, David bell a épousé une "pin-up" de bonne famille, et entamé dans l'audiovisuel une carrière qui l'a vite propulsé au sommet. Puis, déçu par le mirage de l'american way of life, il divorce et quitte son emploi.

Il choisit alors de revivre un autre mythe américain, celui de la conquête de l'Ouest. Son errance le met en contact avec des personnages victimes d'une certaine délitescence sociale : une atiste déjantée, un alcoolique entouré d'animaux, un vétéran du Vietnam ...

De l'establishment au vagabondage, l'auteur de Chiens galeux nous plonge ici dans les arcanes d'un pays-continent et d'une société en perpétuel mouvement. Il s'impose, aux côtés d'un Paul Auster ou d'un T.C. Boyle, comme l'un des meilleurs écrivains de cette jeune génération qui a entrepris de radiographier l'Amérique d'aujourd'hui.

Mon avis

J'ai une histoire compliquée avec ce livre. Je l'ai demandé au partenariat blog-o-book du dimanche parce que je voulais découvrir Don Delillo. Parce que oui, à force de n'entendre que des commentaires positifs sur Don Delillo, je voulais savoir. Cependant, il raconte le type d'histoire qui ne me plaisent pas vraiment, de celle que l'on n'a que trop vu à la télévision : le gars qui vient de découvrir qu'il a une vie pourrie dans la grande ville et qui part sur les routes pour découvrir son moi-intérieur. Ben je n'ai pas vraiment été déçue parce que oui, je n'ai pas aimé (ce qui je précise ne veut pas dire que ce n'est pas bien).

J'ai eu déjà beaucoup de mal à le terminer et visiblement c'est aussi le cas de la personne qui a écrit la quatrième de couverture. Donc je ne suis pas seule et cela me rassure. Le livre est divisé en quatre parties. La première est la plus difficile à lire parce qu'elle raconte la vie de David Bell à New York dans les années 1970 (c'est l'aujourd'hui la quatrième de couverture) en tant que petit cadre dans une chaîne de télé. Vous avez le droit à tous les conflits de bureau, les mesquineries, les lettres anonymes ... enfin tout ce que vous vivez aujourd'hui mais en pire parce que c'était les annés 70 et qu'il y avait un peu moins de retenue. Vous apprenez ainsi que David ferme la porte de son bureau pour sortir son sexe et se promener dans le bureau, qu'il veut se faire tout ce qui a une jupe, qu'il pelote sa secrétaire. En gros, il fait tout sauf travailler. Une seule fois, il a travaillé et a conçu une émission mais elle va être arrêté. Son nouveau projet est d'aller filmer les Indiens dans leurs réserves et pour cela d'y aller dans un camping car avec un pote. Je précise David à 28 ans et couche avec son ex-femme qui habite dans le même immeuble que lui. Je n'aurais pas aimer vivre dans les années 70 à mon avis !

Tout ça est important car la deuxième partie est réservée aux 28 premières années de David. On apprend qu'il n'étais pas proche de son père, célèbre publicitaire, qu'il a deux soeurs dont une qui s'est enfui avec un tueur à gage, que l'autre est la plus normale (mariée avec plein d'enfants et un mari sympa), que sa mère est morte d'un cancer de l'utérus non diagnostiqué parce qu'elle ne voulait pas voir le gynéco qui l'avait touchée (ou violée ? je n'ai pas compris). On y voit aussi ses années de collège, de fac, son mariage avec une femme enfant (qui veut rejouer des scènes de films). Cette dernière partie est la plus facile à lire parce qu'intéressante et il y a moins de noms que dans la première. Il y a plus de diversité dans le récit.

La troisième partie c'est le voyage pour aller dans la réserve des Indiens. Comme dit dans la quatrième de couverture , il y va avec trois autres personnes : une artiste Sullivan, un alcoolique fanatique des animaux (réplique culte : qui gagne dans un combat entre un guépard et un ours polaire ? et quand on lui fait remarquer qu'il faut tenir compte de l'environnement dans lequel a lieu le combat, il ne comprend pas. Comme quoi l'abus d'alcool nuit gavement aux neurones). , un vétéran du Vietnam qui essaye d'écrire et n'y arrive pas. David s'arrête dans une toute petite ville où il tourne un film très minimaliste et abstrait pour régler ses comptes avec sa famille. En tout cas, c'est l'impression que cela donne. Il ne va jamais aller à la réserve des Indiens et c'est là qu'il va démissionner Ses trois acolytes vont finir par partir et le laisser seul.

C'est là que commence la quatrième partie où David va voir que la vie sur le mode indien n'est pas si facile que cela et il va repartir à New-York. Est-ce que son voyage lui a servi a quelque chose je n'ai toujours pas compris.

Tout cela est servi avec une montagne de détails qui ne seraient pas superflu si il n'y avait pas tous ces noms de personnes, de lieux, de rues, de bâtiments, de programmes télé. Je n'ai jamais été en Amérique ; du coup, je n'ai rien compris. En plus, c'est un livre qui je trouve a mal vieilli dans ses références ce qui le rend d'autant plus compliqué à suivre.

Finalement, je n'ai pas aimé parce qu'il s'agit d'un destin individuel qui ne radiographie pas l'Amérique. On ne s'attarde pas plus que cela sur la vie des gens de la petite ville. ils reste les marionnettes de David. C'est l'histoire d'un destin individuel plus que celui de l'Amérique auquel on pouvait s'attendre vu le titre.

Si quelqu'un est vraiment fan de Don Delillo, est-ce qu'il me donné le titre qu'il aurait particulièrement apprécié et qui me permettrait de me réconcilier avec cet auteur ?

P.S. Au Livre de poche, on fait partie de la jeune génération même très tard ! (ou très longtemps cela dépend comment on se place). Don Delillo est né en 1936. Il faut changer vos couvertures Monsieur Livre de Poche parfois (ou les rendre plus intemporelles) parce qu'il y a des gens qui ont écrit même après Don Delillo.

Références

Americana de Don Delillo - roman traduit de l'américain par Marianne Véron (Livre de Poche, 2001)

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Littérature des Etats-Unis

Les nouveaux mystères d'Udolpho de John Dickson Carr

January 30
by Cecile 30. January 2010 21:43

Présentation de l'éditeur

Après des années passées en Amérique, le journaliste Christopher "Kit" Farrell regagne l'Angleterre. Son ami Nigel Seagrave doit l'entretenir d'une affaire qui le préoccupe : il est persuadé que Muriel, la femme qui partage sa vie, n'est pas celle qu'il a épousée. Pour étayer sa thèse, il organise au manoir d'Udolpho un dîner au cours duquel il espère obtenir une preuve de ce qu'il avance. À la fin du repas, le maître de maison invite les convives à le rejoindre dans la splendide serre tropicale qui fait sa fièrté. Mais lorsque les hôtes y pénètrent, ils découvrent le corps de Nigel, gisant sur le sol, frappé d'une balle en pleine poitrine.

Ce n'est que le début d'une série de faits déroutants et inexplicables, que la police va s'efforcer d'élucider... avec l'aide d'un personnage réel, l'écrivain Wilkie Collins, célèbre pour ses romans d'épouvante et de mystère.

Voici l'un des derniers inédits de John Dickson Carr, l'un des auteurs les plus inventifs en matière de crime en chambre close. Associant une minutieuse reconstitution de l'époque victorienne à l'esprit du roman gothique, Les noueaux mystères d'Udolpho maintient jusqu'au bout le suspense et le défi intellectuel, sans oublier l'humour et l'érudition littéraire.

Mon avis

Il y a six mois le titre ne m'aurait même pas interpellé sur les tables d'une librairie. Le challenge English Classics est passé par là. Quand j'ai vu le titre, j'ai retourné le livre pour lire le résumé et là on me dit que Wilkie Collins enquête. J'ai su que c'était fini et qu'il fallait que je ramène ce petit livre de 400 pages à la maison.

Une fois que cela a été fait, je me suis précipitée pour le lire. La préface commence bien : "En ces temps de disette pour les amateurs d'énigmes, la sortie en français du dernier roman écrit par John Dickson Carr constitue un petit évènement. Dans le paysage littéraire actuel où le genre policier est dominé par le sadisme et la violence, le règne interminable des serail killers et les thrillers à caractère sociopolitique, ces Nouveaux Mystères d'Udolpho seront sans nul doute accueillis par les vrais amoureux de la littérature policière classique - "le délassement des grands esprits", disait-on à son âge d'or-, comme un bain de jouvence." J'étais flattée bien évidemment et je me suis dit que j'avais bien choisi. Mais après j'ai tourné la page ... où Roland Lacourbe nous explique gentiment que ce n'est pas le meilleur John Dickson Carr voire qu'il n'est pas très bon parce que l'auteur était malade et l'a écrit pendant sa chimio. Qu'il a été plutôt bien accueilli aux États-Unis mais pas en Angleterre. J'ai trouvé que c'était un peu étrange comme préface mais bon ...

Maintenant parlons du texte à proprement dit. John Dickson Carr est un des précurseurs du roman policier historique. Ici, il fait une description du Londres de l'année 1869 digne d'un auteur de l'époque à mon avis (dans la description pas dans la langue : ce qu'il faut complimenter en fait surtout c'est le travail documentaire). Par contre, sur la description du mode de vie, j'ai trouvé que les femmes de la bonne société (trois des personnages principaux) avaient des moeurs un peu légères (ce qu'aucun écrivain de l'époque n'aurait permis à mon avis) ; je me suis demandée si Carr n'avait pas plaquée le mode de vie du 20ième siècle sur celui du 19ième.

L'intrigue est plutôt bonne "dans son classissisme" mais je me suis sentie un peu flouée comme à chaque qu'il n'y a pas un meurtre dans une enquête policière. Parce que oui Nigel Seagrave n'est pas mort (avec une balle près du coeur tout de même et en plus opéré au manoir d'Udolpho par le médecin généraliste du coin : pas sûre que le mien sache faire ça). Comme quoi, l'esprit humain est prompte à s'imaginer n'importe quoi.

En conclusion, vous n'avez plus de Agatha Christie, plus de Patricia Wentworth, plus de Ngaio Marsh, plus de Anne Perry, vous pouvez lire ce roman : vous y passerez un moment de détente sympathique. Il faut cependant passer sur quelques invraissemblances et anachronismes ...

Références

Les nouveaux mystères d'Udolpho de John Dickson Carr - préface de Roland Lacourbe - traduit de l'anglais (États-Unis) par Danièle Grivel (Rivages/Noir poche, 2010)

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Littérature des Etats-Unis | Romans policiers et thrillers

Morella de Edgar Poe

January 26
by Cecile 26. January 2010 16:33

Autant vous le dire, c'est le deuxième billet que je fais sur cette très courte nouvelle parce que je viens de fermer accidentellement la fenêtre où j'avais écrit l'autre (bien évidemment sans enregistrer). L'idée c'était de continuer l'exploration des nouvelles de Poe par cette donc très courte nouvelle, cinq pages dans l'édition Bouquins (conseillé par une fan de Poe), intitulée Morella. Elle a été publié dans une première version aux États-Unis en 1835 et en France dans la traduction de Charles Baudelaire en 1853. Son sujet principal pourrait se résumer en la vie après la mort.

Ce prénom étrange de Morella est celui d'une feme qui a tous les savoirs. Il aurait été inspiré à l'auteur par Juliana Morella, petite fille née en 1595 en Catalogne et à l'érudition immense (je n'ai pas trouvé dans Wikipédia. Un sujet qu'ils n'ont pas traité, c'est assez exceptionnel.) Ici, Morella n'est pas une petite fille mais une femme, elle aussi pleine de savoir et qui se passionne pour les "écrits mystiques qui sont généralement considérés comme l'écume de la première littérature allemande". Notre narrateur, anonyme, devient son ami puis son mari même si

mon âme, dès notre première rencontre, brûla de feux qu'elle n'avait jamais connus ; mais ces feux n'étaient point ceux d'Éros.

Le narrateur voue en réalité une sorte d'admiration sans borne et cherche à se familiariser avec le sujet d'étude de sa femme, les écrits mystiques. Au fur et à mesure de son étude, le narrateur et Morella en viennent à discuter essentiellement de ce sujet. En même temps, il n'arrive toujours pas à comprendre le "mystère" et la "nature" de sa femme ; ils agissent sur lui comme un "charme". Le narrateur va de plus en plus abhorrer sa femme.  L'"attouchement de ses doigts pâles", "le timbre profond de sa parole musicale", "l'éclat de ses yeux mélancoliques" lui tapent sur le système ; il en vient à souhaiter la disparition de sa femme. Le pire c'est que Morella s'en rend compte. Alors, quand celle-ci meurt en donnant naissance à une petite fille, ces dernières paroles sont les suivantes :

Je répète que je vais mourir. Mais en moi est un gage de cette affection. Ah ! quelle mince affection que tu as éprouvée pour moi, Morella. Et quand mon esprit partira, l'enfant vivra, ton enfant, mon enfant à moi, Morella. Mais tes jours seront des jours plein de chagrin, de ce chagrin qui est la plus durable des impressions, comme le cyprès est le plus vivace des arbres. Car les heures de ton bonheur sont passées, et la joie ne se cueille pas deux fois dans une vie...

Le nouveau père va adorer son enfant. Cependant il va observer que de jour en jour, la petite fille va ressembler physiquement et intellectuellement de plus en plus à sa mère. Il va même jusqu'à la priver du regard des autres et surtout ne pas la nommer de peur de ce qui pourrait arriver. Parce que chez Poe, il n'y a rien de simple dans le fait qu'une fille ressemble à sa mère...

Dans l'édition Bouquins, on nous explique qu'un critique a vu dans cette nouvelle la vie de Poe. Morella serait la mère de Poe et la petite fille la femme de Poe, Virginia, dont il est tombé amoureux quand elle n'était encore qu'une enfant. Il y a des gens qui vont vraiment chercher très loin !

Mon avis pas forcément éclairé. J'ai été un peu déçue par cette nouvelle (même si la fin rattrappe le début) parce que elle m'a paru moins fouillée et plus brouillon, même si il y a tout un raisonnement qui oppose les gens qui croient en la vie après la mort et les autres, notamment Locke dont Poe détourne le raisonnement de manière habile. Je pense que j'ai eu cette impression parce que la nouvelle n'est pas situé dans l'espace ni dans le temps. Il n'y a donc pas l'impression d'horreur qui pourtant est si bonne dans d'autres de ses nouvelles.

En conclusion, il faut enregistrer ses billets au fur et à mesure.

Références

Morella (traduction de Charles Baudelaire) dans Contes-Essais-Poèmes de Edgar Allan POE (Bouquins, 1989)

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Littérature des Etats-Unis

Les visages de Jesse Kellerman

January 22
by Cecile 22. January 2010 11:44

J'ai lu ce livre à cause d'Amanda qui nous a dit dans je ne sais plus quel billet qu'elle conseillait ce livre à des gens qu'elle ne connaissait pas dans les librairies. Je me suis dis qu'elle me le conseillerait à moi aussi du coup. Je ne la remercie pas bien évidemment parce que je ne l'ai pas lâché pendant deux jours (du coup rien d'autre n'a avancé !)

Si le nom de Kellerman vous dit quelque chose, c'est le fils de Jonathan et Faye, eux aussi auteurs de romans policiers. C'est son premier livre traduit en français mais pas son premier.

L'histoire : Ethan Muller, enfant riche d'une riche famille qui s'est construite elle-même à partir d'un immigré (c'est le mythe américain, quoi), dirige une galerie d'art. Il a rompu les ponts avec sa famille (c'est toujours le cas dans les familles riches ; il y a toujours un mouton noir). Mais parfois Tony Wexler, homme des basses besognes de son père, prend contact avec lui pour lui parler ... de son père. Un jour, il insiste au téléphone pour montrer à Ethan quelques choses de très important dans un appartement qui se situe dans des appartements à son père. Ethan accepte avec réticence. Il se retrouve dans un appartement miteux remplis de dessins très bizarres parce qu'ils sont l'oeuvre d'un génie ou d'un fou (comme un fou), de Victor Cracke. Celui-ci a disparu en laissant tout son fatras derrière lui. Comme tout est bon pour faire de l'argent et sa réputation, Ethan pique les dessins, les assemble (parce qu'ils forment une sorte de carte), les expose et les vend une fortune. Le hic, c'est qu'un jour il reçoit le coup de fil d'u ancien flic, obsédé par une affaire : le viol et le meurtre de cinq garçons d'une dizaine d'années dans les années soixante. Or, celui-ci reconnaît les cinq visages dans la carte de Victor Cracke.De là, Ethan, quittant son milieu factice de l'art, s'engage une enquête pour retrouver Victor et surtout savoir si il est coupable.

Comme je le disais, c'est un bon livre : les personnages sont bien campés, c'est bien écrit. On ne le lâche pas. Mais, si on réfléchit un peu, il y a quand même des éléments qui n'en font pas un excellent "thriller" (comme le dit la couverture). Un : vous ne frissonnez jamais, vous n'avez jamais peur, vous ne vous posez jamais de question. Pour un "thriller" je trouve ça bizarre. Deux : la construction qui au début vous paraît intellegente vous paraît bien factice ensuite. Je m'explique : à la page 50, arrive un premier interlude. L'auteur décrit le début de la saga des Muller. Quand vous l'avez fini, vous remarquez que cela n'a rien à voir avec l'histoire principale (même si c'est un chapitre très instructif : les plus grandes familles se sont toujours construites à partir de multiples secrets) et vous comprenez alors que Ethan ne sera pas le seul Muller à intervenir dans l'histoire principale (je pourrais aller plus loin dans le raisonnement mais ça dévoile un peu beaucoup l'histoire). Mais vous continuez à lire parce que vous êtes pris dans l'histoire. Mais dans l'interlude de la page 330, ce que vous vouliez savoir vous est dévoilé. Le problème c'est que le livre en fait 470 de pages. Vous avez donc une révélation de l'histoire sur 130 pages. C'est un peu long à mon avis pour un thriller.

En conclusion, c'est un bon roman pour se détendre et lire une histoire originale bien écrite mais ce n'est pas le chef d'oeuvre annoncé quand même.

D'autres avis

sur blog-o-book ...

Références

Les visages de Jesse KELLERMAN - traduit de l'anglais (États-Unis) par Julie Sibony (Sonatine éditions, 2009)

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Littérature des Etats-Unis | Romans policiers et thrillers

Suis-je le gardien de mon frère ? de John Edgar Wideman

January 18
by Cecile 18. January 2010 19:58

Note de l'auteur

Ce livre, sa langue, ses mots, les voix qui le composent, sont nés de la tentative que j'ai faite de capter ce qui s'est amorcé entre mon frère et moi il y a quatre ans : le désir nous est venu de parler de nos vies.

Pour connaître l'histoire de mon frère Robby, je suis allé le voir en prison et j'ai écouté ce qu'il avait à dire. J'ai pris des notes - des noms, des dates, des bribes d'événements - puis, quelque temps plus tard, après avoir digéré ses paroles, mais avant qu'elles ne s'effacent, je me suis attelé à coucher sur le papier ce que j'avais appris. À chacune de mes visites, je laissais les pages de mon manuscrit à Robby qui me livrait alors son commentaire sur ce que j'avais déposé la fois d'avant. Il arrivait aussi qu'il me réponde par écrit. Ses suggestions et ses corrections portaient le plus souvent sur des faits, mais là n'était pas le plus important. Son sens de la vérité et de l'exactitude, son esprit d'analyse, sa compréhension instinctive du ton et du rythme de la narration ainsi que les précieuses citations que j'ai pu extraire de ses lettres et de ses poèmes ont largement contribué au résultat final. En tant que romancier, j'ai l'habitude de retrouver la langue parlée par le biais de l'écriture ; il m'a donc été plus facile d'utiliser les techniques narratives de la fiction que d'avoir recours au magnétophone.

J'ai lu de nombreux livres sur les prisons et les détenus, j'ai bavardé pendant de longues heures avec les nombres de ma famille - surtout avec ma mère -, j'ai étudié les minutes du procès, les coupures de presse et les rapports de police afin de m'informer et d'étayer les faits. Sans nier l'apport de ces sources, j'assume la pleine responsabilité de ce récit où se mêlent la mémoire, l'imagination, les émotions et la réalité. Reconstituer le tragique enchaînement de circonstances qui causa la mort d'un jeune homme et en jeta trois en prison pour la vie, fut une expérience déchirante. Dans l'espoir qu'il y a une leçon à tirer de cette histoire et quelque chose à sauver du chagrin et du gâchis, je me suis efforcée d'être rigoureux et honnête. Certains noms propres ont été changés afin de respecter la vie privée des personnes concernées.

Mon avis

J'ai mis trois semaines à lire ce livre. En fait, il est décomposé en trois parties et c'est la première partie qui m'a fait très peur. J'ai toujours vécu dans un monde où toutes les agressions extérieures étaient rendues moins significatives dans ma vie par rapport au calme et à la paix que l'on pouvait ressentir à la maison. La colère des gens je ne connais pas. Les disputes oui mais pas la colère au niveau de celle qu'exprime John Edgar Wideman. Cet un auteur noir-américain très connu d'après ce que j'ai pu lire sur Internet. Il a été élevé dans le ghetto noir de Pittsburgh. Il "s'en est sorti". Aujourd'hui il est professeur dans une université, vit avec sa femme blanche (c'est un détail qui nous paraît inutile aujourd'hui mais au début des années soixante dix il y avait très peu de couples mixtes : John Edgar Wideman en fait un élément de sa réussite personnelle), a deux enfants (un au moment des faits). Il reste en contact avec sa mère.

Au milieu des années soixante dix, il apprend par un coup de téléphone, il apprend que son frère Robby, de dix ans son cadet et dont il a choisi le prénom, vient de tuer un homme avec deux de ses copains et qu'il est en cavale. Trois mois plus tard, Robby arrive chez lui pour une dernière nuit de repos. Il sera arrêté le lendemain, son frère avec lui et ce même si il est professeur et très respectable. Lui sera libéré très rapidement, ce n'était qu'une garde à vue. Robby restera toute sa vie en prison. C'est ce que raconte cette première partie mais c'est surtout la colère d'un homme qui s'exprime : qu'est ce qui a fait que Robby est le seul enfant de la famille a avoir dérapé ? Est ce que c'est de sa faute à lui qui l'a tout bonnement laissé tomber pour ce construire sa vie pépère ? Est-ce que c'est e la faut de la société ? Pour nous dire cela, John Edgar ne prend pas un ton professoral mais celle d'un homme qui vient de loin et qui voit que finalement il pourra se donner tout le mal qui veut, il restera toujours le petit gars du ghetto. Et pourtant, il se rend compte qu'il a perdu le contact avec sa famille. Il n'est ni là ni ailleurs. D'où cette position ambiguë.

Après ce choc, j'ai laissé passer une semaine et attaqué la deuxième partie. Il y a alternance entre la voix de Robby qui nous décrit comment il en est arrivé là avec le langage d'un gars des rues et la voix de John Edgar Wideman qui nous livre ces reflexions sur le récit de son frère, sur la nature de la société, sur sa propre personne et sa propre vie. C'est une partie passionnante parce qu'elle décrit très bien comment les noirs-américains étaient traités dans les années soixante-soixante dix : toutes les vexations, petites ou grandes, le fait de ne pas avoir de bon travail parce qu'on ne pouvait pas faire d'études convenables, la drogue pour oublier. C'est une partie très instructive à mon avis.

La troisième partie est apaisée. On sent que les deux frères ont commencé à se comprendre, qu'il renoue des liens. C'est là où on voit, si on en avait besoin, que Robby est un gars bien. Finalement, c'est la vie qui ne lui a pas donné sa chance.

En conclusion, c'est un roman aux modes narratifs très divers. Cela peut parfois dérouter. J'ai plusieurs fois voulu abandonner parce que ce n'était pas mon monde mais je me suis accrochée et j'ai bien fait parce que c'est un livre nécessaire.

Références

Suis-je le gardien de mon frère ? de John Edgar WIDEMAN - traduit de láméricain par Marianne Guénot (Folio, 1999)

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Littérature des Etats-Unis

Le tour d'écrou de Henry James

January 06
by Cecile 6. January 2010 15:00

Quatrième de couverture

Existe-t-il plus grand plaisir que d'écouter des récits macabres, la veille de Noël, dans une vieille maison isolée ? Qu'il est diabolique le frisson qui glace alors les sangs... Qu'il est divin le cri des femmes épouvantées... Ce ne sont pourtant que des histoires...

Tandis que celle-ci... Elle a été vécue... Par des enfants encore, deux petits orphelins, si admirablement gracieux, si serviables et si doux... Et leur gouvernante, une jeune fille des plus honnêtes. Ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont enduré et les circonstances extraordinaires des événements qui les ont...

Mais non ! c'est trop horrible... Ça dépasse tout... En pure terreur ! Car le pire, c'est de savoir que justement, on ne saura jamais tout...

Mon avis

Suite de mon billet d'il y a un an. Parce qu'il ne faut jamais désespérer !

La fin n'est vraiment pas une fin (je reprends l'expression de Mathilda). On sait si oui ou non il y a mort mais on ne sait toujours pas qui a fait mourir : les fantômes des deux anciens domestiques ou la gouvernante qui est à moitié folle. Parce que oui, cette année j'ai changé d'avis et la gouvernante est à moitié folle. Ça c'est de la faute d'Henry James et de son écriture (qui fait que l'histoire m'a fait peur même si il ne faut pas le dire). Maintenant je crois aux fantômes et à la folie de la gouvernante. En étant sérieuse, c'est un livre où vous pouvez écrire le livre vous même ; Henry James donne une trame mais pas son avis (d'ailleurs je m'étonne qu'il n'y ait pas autant de dérivés que pour l'Orgueil et Préjugés de Jane Austen vu comme on peut penser tout et son contraire : il ne dit même pas comment les enfants ont pu être corrompu).

Heureusement, pour moi il y a des auteurs (et Lewerentz pour conseiller leurs livres) qui tranchent le sujet, je vous en parlerai demain...

D'autres avis

Sur blog-o-book, sur Je lis, tu lis, il lit (il y a même une page avec différents titres d'Henry James !)

mais aussi chez Mathilda (qui a été déçue) ...

Références

Le tour d'écrou de Henry JAMES - traduit de l'anglais par Jean Pavans (Librio, 1998)

12 ans dans une PAL : les deux enfants sourient sur la couverture parce que j'ai enfin ouvert le livre !

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Littérature des Etats-Unis

The american boy de Andrew Taylor

December 07
by Cecile 7. December 2009 22:29

Mon premier vrai gros livre en anglais. 485 pages ! Je suis très fière ... C'est presque aussi bien que quand j'ai lu mon premier roman en français sans images et qui faisait plus de 250 pages. J'avais choisi ce livre parce que je croyais que le héros était Edgar Poe ("the american boy") mais en fait ce n'est qu'un personnage très très secondaire (si on faisait jouer le film, il aurait peu de dialogue mais beaucoup de figuration).

On est en Angleterre, à Londres et dans ses environs, en 1819. Thomas Shield devient professeur au collège dirigé par Mr. Bransby. Il a en particulier comme élèves Charles Frant et Edgar Poe, deux petits garçons d'une dizaine d'années qui se ressemblent étrangement. Thomas Shield devient plus ou moins "ami" avec les deux enfants car il prend leur défense devant des plus grands. À ce titre, il est plus souvent à leur service que leur professeur. Il emmène les enfants chez leurs parents, les reprend ... Un jour, il voit un homme attendre devant la maison des Frant. Il va s'avérer qu'il est en réalité à la recherche d'Edgar (il s'est trompé d'enfant) qui lui vit chez son père adoptif Mr. Allan. L'inconnu s'avère être le véritable père d'Edgar, Mr. Poe. Le temps que cela soit découvert, il y a plein de quiproquos qui font que Mr. Frant s'inquiète pour son fils et vont transformer Thomas Shield en enquêteur, ce qu'il ne cessera d'être jusqu'à la fin du livre.

Un jour, Mr. Frant est retrouvé mort, défiguré et assassiné. C'est Thomas Shield qui va le reconnaître. Charles Frant est retiré de l'école. Thomas Shield devra lui servir de précepteur. Il fera alors connaissance avec la famille. Mr. Frant était associé dans une banque qui appartenait à la famille de sa femme (Sophie ou Sophia Frant (l'auteur n'est pas très fixé), ex Marpool). En effet, la mère de Sophie était une Wavenhoe, famille de banquier. Il y a aussi l'oncle de Sophia, George qui est très vieux et surtout très mourant et Stephen Carswall, cousin de George (homme très très vieux et surtout très manipulateur) qui a une jeune fille : Flora. Bien sûr Thomas va tomber amoureux de Sophia et de Flora.

Avant la mort de George Wavenhoe, Stephen Carswall va manipuler George pour qu'il donne la propriété qui devait revenir à Sophia (maintenant veuve) à Flora. Ainsi, il garantit un bien à sa fille et en même temps il rend Sophia et son fils dépendante. J'ai aussi oublié de signaler que la banque a fait faillite après la mort de Mr. Frant suite à la découverte de plein de magouilles.

Là dessus se greffe un autre américain : Mr. Noak dont on va découvrir au fur et à mesure pourquoi il est là.

Je ne vous ai raconté peut être qu'un dixième des péripéties. Il se passe toujours un truc même si c'est très sage comme rebondissement. Mais chaque détail compte. À la fin vous pensez que tout le monde est coupable et vous vous retrouvez un peu perdu quand on vous annonce le dénouement qui sembla à l'auteur évident d'après ce qu'il nous a dit avant. C'est un très bon livre (on se demande pourquoi il n'est pas traduit en français).

Le seul reproche que je ferai c'est que l'histoire aurait pu être raconté sans Edgar Poe (par contre pas sans le père). Andrew Taylor semble le prendre comme un prétexte surtout dans l'épilogue quand il se raccroche aux branches pour lier les événements à la mort de Poe trente ans plus tard.

Pour ce qui est du niveau d'anglais, je l'ai trouvé un peu difficile au début surtout dans ce qui était des descriptions du mobilier ou même des personnages. Au fur et à mesure je me suis prise au jeu et j'ai trouvé que cela se lisait plutôt bien.

Il ne me reste plus qu'à trouver quelqu'un pour le traduire en français pour savoir si j'ai bien compris.

Références

The american boy de Andrew TAYLOR (Harper Perrenial, 2003)

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Littérature des Etats-Unis | Romans policiers et thrillers

Un crime parfait de David Grann

December 03
by Cecile 3. December 2009 18:57

J'ai entendu parlé de ce livre à l'émission Jeux d'épreuves de France culture. Je ne me rappelle plus comment ils ont fait pour en parler mais personnellement ça fait une semaine que je me pose des questions existentielles sur le sujet.

Començons tout d'abord par le rapport prix - quantité : 3 euros pour 80 pages (et petites pages parce que c'est dans la petite collection d'Allia : ils sont donc encore plus petit que d'habitude). Le rapport qalité est lui excellent. C'est un petit ouvrage mais qui je pense entraîne beaucoup de réflexion sur notre société actuelle.

Ce texte a été publié pour la première fois dans The New Yorker les 11 et 18 février 2008 ; David Grann n'adopte pas un style littéraire plutôt journalistique. Il relate un fait divers qui s'est produit en Pologne fin 2000 :

Dans un coin reculé au sud-ouest de la Pologne, loin de toute agglomération, le fleuve de l'Oder fait un brusque méandre pour former une petite crique. Les berges, voilées par les pins et les chênes qui les dominent, sont recouverts d'herbes folles. Seuls des pêcheurs arpentent régulièrement les lieux : la baie regorge de perches, de brochets et de carassins. Par une froide journée de décembre 2000, trois amis lançaient leurs lignes, quand l'un d'eux remarqua quelque chose qui flottait près de la rive. Il pensa d'abord que c'était une bûche mais en s'approchant il crut voir des cheveux. Le pêcheur héla l'un de ses amis, qi poussa l'objet du bout de sa canne. C'était un cadavre.

Il s'agit d'un homme de trente cinq ans dont le nom est Dariusz Janiszewski. L'auteur relate ensuite l'enquête de l'inspecteur de police Jacek Wroblewski. Celle-ci décolera vraiment trois ans après les faits quand après relecture du dossier, l'inspecteur aura un éclair de génie. Il trouvera un indice menant à un suspect Krystian Bala. Là où ça se complique c'est que ce Bala a publié récemment un livre intitulé Amok (traduit ni en anglais ni en français) très violent où il mettait en scène un meurtre :

Wroblewski s'en procura un exemplaire ; l'illustration sur la couverture représentait un bouc dans un style surréaliste - un symbole ancien du diable. À l'instar des romans de Michel Houellebecq, le livre est sadique, pornographique et morbide. Le personnage principal, par ailleurs le narrateur du récit, est un intellectuel polonais qui s'ennuie et qui, quand il ne s'épanche pas en divagations philosophiques, boit et couche avec des femmes.

Wroblewski, qui lisait surtout des livres d'histoire, fut choqué par le contenu du roman, qui n'était pas seulement violent mais violemment anti-clerical. Il prit note du fait que le narrateur assassine l'une e ses maîtresses sans motif ("Qu'est-ce qui m'a pris ? Putain qu'est-ce que j'ai fait ?") et dissimule si bien son crime qu'il n'est jamais découvert.

L'enquêteur a donc l'impression que Krystian c'est en fait incarné en Chris, le narrateur du récit et est devenu le personnage pour lequel il s'était inspiré de lui-même (je peux vous dire que j'ai eu du mal à la formuler cette phrase). Pendant une autre partie du récit, l'auteur s'attache à nous décrire l'évolution de la pensée de Bala et notamment ses opinions philosophiques qui pourraient être à l'origine de ce meurtre :

Une autre théorie était que le meurtre marquait l'apogée de la philosophie détraquée de Bala - qu'il était la version postmoderne de Nathan Leopold et Richard Loeb, les deux brillants étudiants de Chicago qui, dans les années 1920, étaient tellement épris des idées de Nietzche qu'ils avaient tué un garçon de quatorze ans pour voir s'ils pouvaient réaliser le crime parfait et devenir des surhommes. Pendant leur procès, lors duquel ils furent tous les deux condamnés à perpétuité, Clarene Darrow, le légendaire avocat qui les défendait, dit de Leopold : "Voilà un garçon de seize ou dix-sept ans qui devient obsédé par ses doctrines. Pour lui, ce n'était pas simplement un petit bout de philosophie ; c'était sa vie." Darrow, dans l'espoir de faire échapper les garçons à la peine de mort, conclut : "Est-ce que quelqu'un mérite le blâme parce qu'il a pris la philosophie de Nietzche au pied de la lettre, parce qu'il en a fait un modèle de vie ? [...] Comment ne serait-ce pas foncièrement injuste de pendre un garçon de dix-neuf ans pour la philosophie qui lui a été enseignée à l'université ?"

Au début, je voulais mettre le billet sur ce livre juste après celui de L'abbaye de Northanger parce que je trouve que les deux livres soulèvent le même type de question : jusqu'où peut-on aller pour l'art ? comment l'art s'entremêle avec la "vie réelle" (c'est très mal choisi comme expression, mais bon ...) ? Peut-on confondre les deux ?  Mais après il y a eu la lecture commune de Mansfield Park ...

En conclusion : en 80 pages, l'auteur réussit un véritable tour de force. Il finit par contre par une touche bien sinistre ...

Références

Un crime parfait - un polar postmoderne de David GRANN - traduit de l'anglais (américain) par Violaine Huisman (Allia, 2009)

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Littérature des Etats-Unis

Mathilda Savitch de Victor Lodato

August 26
by Cecile 26. August 2009 00:00

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici.

Mathilda Savitch, la narratrice, a perdu sa soeur ainée il y a un an. Hélène avait seize ans et a été écrasée par un train. Tout le roman tourne autour de ce deuil impossible. Les parents de Mathilda, tous les deux universitaires qui prenaient le train pour aller au travail, ne veulent pas en parler. La mère s'isole dans l'alcoolisme. À part dire à Mathilda "ne sort pas", elle ne communique plus avec sa seconde fille qui est complètement paumée. Le père essaye de vivre comme il peut. Tout ça pour dire que Mathilda est toute seule face à une mort qu'elle ne comprend pas : qui a pu pousser sa soeur sous le train ? Si le roman n'était que ça, je vous dirais c'est plutôt pas mal mais j'ai déjà lu des livres plutôt pas mal sur le même sujet, par exemple Mon frère et son frère de Hakan Lindquist. Mais ici Victor Lodato arrive à faire quelque chose d'assez exceptionnel : nous faire ressentir les peurs et les craintes d'une jeune adolescente américaine. Quand je regarde les séries, on parle des troubles des adolescents suite aux attentats terroristes mais je me suis toujours demandée si il n'en faisait pas un peu beaucoup. Mathilda était toute petite le 11 septembre. Elle ne se rappelle plus de grand chose. Sauf que tous les matins il y a la minute de silence à l'heure des attentats, qu'elle voit au journal télé les attentats dans le reste du monde, qu'elle et ses amis cherchent des images sur Internet et qu'au final l'image du terroriste reste dans sa tête. La mort d'Hélène fait rentrer dans sa vie les agressions du monde extérieur qui sont déjà exacerbées chez elle. En plus, elle est à l'adolescence où les relations amicales et amoureuses ne sont pas bien définies. L'écriture de Victor Lodato nous fait rentrer dans cette existence bien perturbée en faisant dire à Mathilda tout ce qu'elle pense dans une langue vive, violente mais intime (je sais c'est contradictoire). On peut lire ce livre comme un roman d'apprentissage. Au début, elle n'est qu'une petite fille ; à la fin, c'est une jeune femme qui a compris un peu plus Hélène.

Un extrait sur le pouvoir des mots : "J'écris à n'en plus finir, des choses qui sont arrivées, qui ont été dites. Ce ne sont plus que des mots à présent, ils ne peuvent faire de mal à personne. En tout cas, pas mortellement mal. J'ai entendu dire que les mots peuvent tuer, mais ce n'est pas vrai. Vous ne pouvez pas tuer quelque chose qui est déjà mort. Tel que le passé. Vous ne pouvez pas faire que quelque chose qui s'est passé n'arrive pas. Vous devez seulement vivre avec, que ce soit un chose que vous avez  faite ou que quelqu'un d'autre vous a faite." (p. 251)

En conclusion, un livre qui me restera longtemps en mémoire.

J'en profite pour remercier Guillaume Tesseire de Babelio et Abeline Majorel de Chroniques de la rentrée littéraire de m'avoir permis de lire ce livre en avant première.

Références

Mathilda Savitch de Victor LODATO - traduction de l'anglais (États-Unis) par Franchita Gonzalez Battle (Liana Levi, 2009)

La page des éditions Liana Levi sur le livre : vous pourrez y trouver la présente par l'éditrice et la lecture des toutes premières pages.

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Littérature des Etats-Unis

L'ombre d'Edgar Poe de Matthew Pearl

August 14
by Cecile 14. August 2009 16:00

Quatrième de couverture

Baltimore, automne 1849. L'avocat Quentin Hobson Clark est le témoin fortuit des funérailles d'Edgar Poe - un étrange enterrement auquel seulement quatre personnes assistent... Troublé, le jeune homme entend élucider le mystère qui entoure la mort de cet écrivain qu'il admire entre tous, et laver ainsi l'honneur souillé de celui que la presse présente comme un dévoyé.

ses recherches ne le menant nulle part, Clark décide de tourner le dos à la bonne soicété baltimorienne et d'embarquer sur-le-champ pour la France. Son intention ? Retrouver l'homme ayant sevi de modèle au chevalier C. Auguste Dupin, héros de plusieurs contes d'Edgar Poe habile à démêler les intrigues les plus inextricables, pour qu'il l'aide à tirer l'affaire au clair. À Paris, Clark fait la connaissance de deux hommes - le baron Claude Dupin et le détective Auguste Duponte - qui peuvent tous les deux revendiquer la paternité du personnage. Mais lequel est le véritable Dupin ?

En consacrant son deuxième roman aux derniers jours de la vie d'Edgar Poe, Matthew Pearl choisit de s'attaquer à l'une des plus grandes énigmes de l'histoire littéraire : la mort, demeurée inexpliquée, de celui qui est considéré - ironie du sort - comme l'inventeur du roman policier. Pearl a eu l'idée géniale et machiavélique de confier aux héros inventés par l'auteur des Histoires extraordinaires le soin de mener eux-mêmes l'enquête sur la disparition de leur créateur...

Mon avis

Je me sens toujours un peu bête de ne pas avoir aimé un livre que tout le monde a aimé mais alors dans le cas contraire, je ne vous dis pas c'est encore pire. Si vous voulez voir des avis mitigés (celui de Keisha) à très négatifs, je vous renvoie vers les liens de BOB. Le mien sera plutôt assez bon. J'ai trouvé que c'était facile à lire sans véritablement de recherche au niveau de l'écriture cependant. Je ne pense pas que c'est ce qui est à rechercher dans un tel livre. Pour ce qui est de l'histoire ce que j'ai regretté c'est qu'à mon avis il y trop de Dupin par rapport à peu de Poe. En effet malgré que le roman soit centré sur la mort de Poe, le fait qu'il y ait compétition entre les deux Dupin possibles fait qu'on se focalise plus sur cette question (Dupin a-t-il existé ? Lequel est-ce ?) Finalement, l'auteur se rappelle qu'on aimerait bien savoir comment Poe est mort au chapitre 35. Par contre, quand il le fait, c'est à la manière de Dupin : j'ai cru lire une résolution comme dans les contes de Poe. Notamment, la méthode utilisée par Auguste Duponte et Quentin Clark m'a semblé très proche de celle utilisée par Dupin et son acolyte. En cela, le livre est un bel hommage à Poe.

En plus, j'ai été flatté (c'est peut-être un peu fort, ça m'a plutôt fait rire) que l'auteur et moi ont ait eu la même idée. L'autre jour, je feuilletais un livre de ma bibliothèque : Des mathématiciens de A à Z de Bertrand Hauchecorne et Daniel Surreau (je vous prierai de ne pas rire : on ne peut pas avoir que des livres glamour dans sa bibliothèque) pour avoir des informations sur le mathématicien Duhamel, quand je vois en tournant la page un mathématicien du nom de Charles Dupin dont les travaux portent "sur la mécanique et la géométrie différentielle. Ses résultats principaux concernent la théorie des surfaces et en particulier l'étude de leurs lignes de courbure." Je ne sais pas en quoi cela peut aider pour résoudre des énigmes mais quand je l'ai lu j'étais persuadée que Poe s'était inspiré de ce Dupin parce que j'avais entendu dans Mauvais genres de France Culture que Poe était très fort en mathématique ! Je suis très prompte à ce type de rapprochement... Je n'ai pas compris pourquoi Clark l'a écarté de ses candidats potentiels. Moi personnellement, je l'aurais choisit. Si quelqu'un connaît un livre où c'est le cas, n'hésitez pas en commentaire...

C'était l'annecdote du jour. Je reviens bientôt avec un nouveau billet quand j'aurais combattu ma flemmingite aigue.

Attention ! Demi-Spoiler !!! J'ai trouvé très astucieux la réponse de Duponte pour savoir ce qui avait donné ce nom de Dupin : ça fera forcément sourire une blogueuse qui a le livre dans sa PAL si j'ai bien compris. Fin du demi-spoiler !

Merci à MADmoiselle d'avoir réussi à réveiller mon intérêt pour ce livre !

Références

L'ombre d'Edgar poe de Matthew PEARL - traduit de l'américain par Viviane Mikhalov (Robert Laffont , 2009)

Je signale au passage pour les fans de Dickens que le prochain livre de Matthew Pearl portera sur Edwin Drood !

 

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