Des carpes et des muets de Édith Masson

descarpesetdesmuetsedithmassonAu début du blog, je lisais beaucoup de livres des éditions du Sonneur (beaucoup est un peut-être un bien grand mot mais en tout cas, j’en lisais), de la grande collection et de la petite collection. Après, je n’ai plus lu que la petite collection et encore après j’ai arrêté. Et je ne sais pas pourquoi. Au début de l’année, les couvertures des livres ont été changées, je n’étais pas fan de la nouvelle maquette et donc je n’étais pas motivée pour m’y remettre. Mais en fait, je ne les avais juste jamais vus en librairie. Donc cela s’appelle du préjugé, au mieux un a priori. Mais je suis abonnée à la newsletter et quand j’ai vu la couverture de celui-ci, je l’ai acheté (j’ai lu la quatrième de couverture aussi et cela correspondait bien à mes goûts. Je n’ai pas acheté seulement sur la couverture … je ne suis pas futile, non, non …) Pour ceux qui sont comme moi, sachez que l’intérieur n’a pas changé (et donc c’est parfait), le papier et la police et la mise en page, tout cela est pareil ! C’est le format et la couverture qui ont changé, seulement. C’est différent, ce n’est ni positif, ni négatif. Je vais donc pouvoir me remettre aux éditions du Sonneur. D’ailleurs, j’ai écouté récemment le livre audio des Huit enfants Schumann de Nicolas Cavaillès et je peux juste vous dire que c’est une merveille de chez merveille (je vous le conseille vraiment beaucoup). Mon frère m’a acheté le livre pour ma fête donc normalement, vous devriez bientôt entendre de nouveau parler des éditions du Sonneur. Mais assez blablater, parlons du livre, enfin !

Il s’agit du premier roman d’Édith Masson. Il fait environ 150 pages, écrites avec un style très agréable à lire. Imaginez-vous un matin, dans un petit village, devant une écluse vidée pour être curée. Au fond, vous avez des hommes, Hilaire, Clovis et Polycarpe. Le maire Boule observe d’en haut. Monsieur Phlox, le locataire de l’ancien logement de l’écluse, aussi. Un sac attire le regard de tout le monde, un sac de l’épicerie du coin avec un motif très particulier choisie par la commerçante. Ces sacs sont en circulation depuis la veille ! Des gens jettent donc des choses, en sachant qu’elles vont devoir être enlevées le lendemain. C’est ce qui fait que les regards sont attirés vers ce sac. Quand on ouvre le sac, on découvre des bouts de squelette (des os en français en fait). Sauf que vous êtes dans un petit village, donc tout le monde est en train de regarder, le fils de l’épicière Jean-Guy, les enfants … On emmène les os au bar du coin, en attendant les gendarmes. Cela donne l’occasion de boire un coup et de parler de l’événement (et accessoirement à la fille du patron de reconstituer le corps … mais il manque des bouts). En quelques pages, Édith Masson a placé l’ensemble de ses personnages. On va, dans les pages suivantes, les suivre pendant 24 heures. On ne saura donc pas le fin mot de l’histoire (on ne règle pas une affaire comme cela en si peu de temps). On assiste donc aux bouleversements dans le village mais on ne voit pas le dénouement de l’histoire. Comme de juste, de vieilles histoires remontent, mêlant le passé et le présent. Une première chose que j’ai trouvé intéressante est le fait qu’il ne s’agisse pas d’une seule histoire ancienne qui soit ressassé par chacun des personnages : chacun (ou par paire) a la sienne, son cadavre dans le placard en quelque sorte.

L’histoire est donc assez classique en elle-même. Cependant, le fait qu’on ne connaisse pas le dénouement et que cela soit assez évident en lisant la quatrième de couverture « oblige » le lecteur à adopter une autre grille de lecture, à ne pas seulement s’intéresser à l’histoire … Il lui faut donc trouver un autre point d’accroche et pour moi, cela a été les personnages, et surtout leurs liens les uns par rapport aux autres. Clairement, Édith Masson n’use pas de la caricature : ils ne sont pas taiseux ou volubiles (comme tous les personnages de romans peuvent l’être quand ils habitent dans un village). Ils sont « normaux », comme des voisins en fait. Chacun se connaît, connaît les histoires de l’un et de l’autre, mais n’en parle pas à la personne concernée : on s’observe, on se côtoie, on s’apprécie, on partage quelque chose sans en faire quelque chose de conscient et de voulu. Le village avance comme un seul corps. Le meilleur exemple en est le fait que les protagonistes oublient le passé de la même manière, ou plus exactement chacun a un vague souvenir d’un événement qu’il n’a pas interprété sur le moment et qu’il a intériorisé. On va en parler à la personne concernée, sans l’ébruiter car chacun a le droit d’avoir son passé. Le sac d’os fait que tout cela ressort mais je trouve, pas violemment. Les gens du village cherche au maximum à garder l’unité de leur communauté. Ce sont les deux points que j’ai particulièrement aimé dans ce roman : les personnages et l’étude réaliste de la vie d’une communauté bien particulière.

On m’a fait la remarque qu’on ne voyait pas assez si j’avais aimé ou pas les livres dans mes billets. Donc je vais essayer de préciser tout cela dans ma conclusion. C’est un très bon premier roman et une bonne lecture, que l’on suit avec plaisir et dont on se rappelle l’ambiance surtout (la preuve est que je fais le billet deux semaines après avoir lu le livre et que je suis capable d’écrire dessus sans vérifier tout ce que j’écris). Clairement, si un deuxième livre d’Édith Masson était publié, je le lirais sans problèmes.

Pour achever de vous convaincre, je vous renvoie à la vidéo de l’auteur, réalisée par la librairie Mollat. L’auteur y parle de manière très précise de son livre, de son projet et de son travail d’écriture.

Références

Des carpes et des muets de Édith MASSON (Les éditions du Sonneur, 2016)

6 réflexions au sujet de « Des carpes et des muets de Édith Masson »

  1. J’ai lu avec une attention toute particulière ton premier chapitre : intéressantes les pratiques de lecture qui président au choix d’un livre.
    Le Sonneur a donc renoncé à ses couvertures monochromes ? Il faudrait que je retourne piocher dans ce catalogue original, et pourquoi pas en faire l’éditeur du mois. Quoi qu’il en soit, chez cet éditeur, je te conseille vivement « Margarine » de Guillaume Lemiale (si tu aimes être bousculée)

    1. Intéressante ? Je dirais plutôt futile mais clairement il y a certains éditeurs que j’ai un peu abandonné au profit d’autres mais pas forcément meilleurs, seulement différents. Cela fait longtemps par exemple que je n’ai pas un livre de L’arbre vengeur ou de Sillages.
      Pour Margarine, ne t’inquiète pas je l’ai dans ma PAL (en tant que lectrice du 1 j’étais obligé tout de même).
      J’ai vu que ce mois-ci l’éditeur du mois était Anacharsis, j’en ai sorti un de ma PAL (même si j’en ai plusieurs). Je vais essayer de le lire. Il suffit que je le partage après sur Twitter avec le hashtag. C’est suffisant ?

  2. je trouve le titre amusant – je n’ai jamais trouvé que tes billets ne disaient pas assez si tu avais ou non apprécié un livre, cela se ressentait dans ton écriture 🙂

    1. Moi aussi le titre m’a fait rire 🙂
      Pour le truc sur les avis, ce sont des collègues de ma belle-sœur qui lui ont dit cela. Apparemment, on ne fait pas assez la différence entre ce que j’ai aimé et mes coups de cœur. Je ne sais pas comment faire car je ne veux pas noter, ni faire de catégories sur ce sujet. J’ai pensé te piquer ton idée du cœur qui devient diamant parce qu’il est trop beau mais je ne sais pas encore. Cela m’embête de faire cela parce que cela gâche un peu mon plaisir et mon souvenir de lecture quand les gens viennent me donner leur avis et me disent que franchement c’était nul. Je me dis toujours alors que je suis un peu idiote d’avoir aimé … voire adoré.
      Donc cela me demande de beaucoup réfléchir si je tiens compte de cette remarque pour que cela soit plus facile pour les gens et que cela ne soit pas prise de tête pour moi.

    1. Il y a des livres particulièrement intéressants (dans la petite collection, ce sont des textes courts, plutôt des essais pour des journaux ou des discours et dans la grande collection, ce sont des romans surtout et il y en a de très très bons). Ce que j’aime surtout dans leur maison d’édition, c’est le travail sur les livres (la police d’écriture et la mise en page aérée). Mais oui, cela peut être une bonne idée de regarder leur catalogue 🙂

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