Poussière et sueur de Liu Xinwu

PoussiereEtSueurLinXinwuAprès être tombée sur le Découvertes Gallimard sur la Cité interdite (dont je vais vous parler bientôt normalement), il fallait « absolument » que je lise un livre d’un auteur chinois. Je suis tombée sur ce livre dans le catalogue numérique de la bibliothèque de Paris. C’est un livre court et une très bonne pioche, qui donne un bon aperçu de la vie des salariés ruraux venant travaillés à Pékin pour gagner un meilleur salaire.

L’action se déroule sur une journée, un dimanche, seul jour de repos des personnes travaillant dans le parc de Pékin et est centrée sur le personnage de Lao He, à la cinquantaine bien tassée (plus proche de la soixantaine en fait). Cet homme habite au foyer des travailleurs « immigrés », avec ses collègues. Il a laissé au village sa femme, sa fille et son gendre, qu’il a adopté car il n’a pas eu de garçons. Ses autres filles sont éparpillés dans d’autres villes chinoises, sauf une qui habite elle aussi à Pékin. Il en est très fier car elle a fait des études et a un bon métier. Elle a fait un mariage d’amour …

La journée de Lao He commence mal, après qu’il ait été réveillé par Lao Yan, qui a trop bu. En effet, celui-ci a été menacé par son chef d’être viré. Le motif étant que beaucoup de Chinois de la ville perdent leur travail et que certains postes vont leur être réservé. Dans la réalité (mais leur chef ne le reconnaîtra jamais), ces postes ne sont pas demandés par les gens de la ville car ils sont trop mal payés. Alors qu’il se demande comment il va passer sa journée de repos (initialement il voulait acheter son riz), son gendre arrive pour lui expliquer qu’il a besoin d’argent pour pouvoir aider son frère, qui est parti avec la « femme » d’un autre. Celui-ci est prêt à céder s’ils (le frère et lui) paient. Un souci en plus pour le pauvre Lao He ! Finalement, il décide de rester au foyer et de se reposer. C’est l’occasion de nous présenter sa famille, son histoire personnelle, son travail, sa vie. On en apprend beaucoup sur l’état d’esprit de ces travailleurs, de leur quotidien. Pour information, ce livre a été écrit en 2002. On voit de manière évidente que Lao He n’a qu’un souci dans la vie : sa famille et comment leur procurer une meilleur qualité de vie. En tant que patriarche, il doit aider sa femme, mais aussi ses filles, leurs maris mais aussi la famille des maris (dans une moindre part mais tout de même).

Le midi, son gendre et sa fille (celle qui a réussi) arrivent pour l’inviter à manger. Il apprend que le gendre s’est fait licencier, mais a « retrouvé  un travail en créant un trampoline sauvage, avec lequel il gagne bien sa vie. Et là, on découvre un autre quotidien, celui de la débrouille et de la corruption, aussi présente dans les campagnes. Aucun prix, aucune sanction … n’est fixe et tout se négocie.

L’après-midi est consacré à une activité plus amusante : la grande tombola organisée sur la place principale. Le but est de gagner bien évidemment, pas forcément un gros objet mais on peut ensuite faire des profits, même maigres, en le revendant. On découvre dans ce chapitre une autre Chine, puisque les classes plus aisées que nos travailleurs immigrés participent aussi à l’évènement. On voit toute l’ingéniosité d’un marchand pour gagner le gros lot, une voiture ! Là encore, plutôt pour la revendre que pour l’utiliser. Tous les coups sont permis quitte à escroquer les plus pauvres.

Le manque de solidarité (voire d’humanité) des personnages m’a beaucoup marqué. Chacun veut survivre et assurer la vie de sa famille, ceux n’en faisant pas parti ne sont pas importants. La vie des travailleurs au foyer n’est pas marqué par justement une certaine solidarité mais par un certain code de l’honneur plutôt. Le côté débrouille m’a moins étonné et est même normal.

J’ai mieux compris aussi les accusations de corruptions que l’on entend. Je ne comprenais pas qui était visé, maintenant je sais que c’est les agents des pouvoirs locaux.

Au cours des déambulations, on découvre le Pékin des Chinois pauvres, ce qui est aussi très intéressant.

Comme vous l’aurez compris, j’ai lu ce livre plutôt comme un documentaire, pour découvrir un autre Pékin que celui de la Cité interdite. Pour le coup, c’est réussi. Je voudrai cependant ajouter deux petites choses à propos de l’histoire en elle-même. Les personnages sont nombreux, divers, bien décrits et semblent assez représentatifs, au vu de mes faibles connaissances, des travailleurs migrants. L’intrigue n’est clairement pas la partie principale, mais je ne me suis pas du tout ennuyée dans ce livre.

À chaque fois, j’ai des réticences à lire des livres d’auteurs asiatiques alors qu’en fait, après lecture, c’est très souvent une bonne pioche. Celui-ci ne fait pas exception. Je vous le conseille si vous êtes curieux d’un regard chinois sur les travailleurs migrants en Chine (je vous accorde que ce n’est pas tout le monde tout de même).

Références

Poussière et sueur de LIU Xinwu – traduit du chinois et annoté par Roger Darrobers (Folio, 2012)

3 réflexions au sujet de « Poussière et sueur de Liu Xinwu »

    1. J’aime beaucoup cet auteur en tout cas. Normalement, je vais faire un billet sur une de ses nouvelles que j’ai emprunté à la bibliothèque. Pas mal du tout aussi !

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