Soupe de Cheval de Vladimir Sorokine

SoupeDeChevalVladimirSorokineDéjà un joyeux Noël à vous tous (même si c’est la fin de la journée). Hier soir, avant de partir au repas de Noël, j’ai essayé d’emprunter un livre sur la bibliothèque numérique de Paris. Bien sûr, cela n’a pas marché mais en revenant, j’ai réussi. J’ai choisi ce titre, une courte nouvelle de Vladimir Sorokine, car il était dans ma liste d’envie numérique, tout simplement, mais surtout parce que je voulais découvrir Vladimir Sorokine de manière « simple » et rapide (malgré le fait que j’ai plusieurs romans de lui dans ma PAL).

Cette nouvelle a paru d’abord en 2001 dans un recueil, puis dans une édition illustrée en 2007. Elle raconte une drôle d’histoire qui a mon avis est remplie de symbolique.

Dans le train Simféropol – Moscou, en juillet 1980, à 12h35, Olia rentre avec son copain de l’époque et une amie dans un wagon restaurant bondé pour manger un morceau. Un homme s’assoit à leur table mais ne veut pas manger. Il a fait la queue au wagon restaurant !? Les trois amis pensent déjà qu’ils ont affaire à un homme curieux mais n’en perdent pas l’appétit pour autant, mais mange plus lentement et s’arrête souvent. L’homme, Boris Bourmistrov, raconte son histoire. Il vient d’être libérer deux mois auparavant d’un camp de trouvé, où il a été interné sept ans et où il n’a mangé que de la soupe de cheval car l’abattoir était très proche. Tout à coup, il fait une demande étrange à Olia : peut-il la regarder manger ? Il lui donnera vingt-cinq roubles en échange. Elle mange donc, poussée par ses amis et la réaction de Bourmistrov ne se fait pas attendre : il est au bord de l’orgasme. Dans le wagon restaurant. Cela gêne un peu tout le monde bien évidemment. Les trois amis partent, pensant en avoir terminer.

Mais plus tard, Bourmistrov suit Olia, pour lui proposer un drôle de marché, de se retrouver une fois par mois pour qu’il puisse la regarder manger. À chaque fois, il lui donnera 100 roubles. La nouvelle va suivre les « aventures » d’Olia durant les années 1980, puis dans les années 1990, années de destruction de l’URSS et de construction de la Russie. Au fur et à mesure des rencontres, Olia évolue, les appartements deviennent de plus en plus luxueux, Bourmistrov est de plus en plus prospère. La nourriture aussi change. C’est le dénouement qui donne de l’importance à ses détails auxquels on ne prête que peu d’attention à la lecture. C’est aussi lui qui donne la symbolique à la nouvelle.

Cette nouvelle m’a beaucoup plu car elle ressemble à l’idée que je me fais des grands romans russes. On est tout de suite dans l’histoire, une histoire un peu bizarre mais très prenante. Il y a une foultitude de détail, malgré la taille du livre. Les personnages sont campés, vifs, reconnaissables, attachants, toujours un peu fantasque. La narration, elle, est un peu chamboulée. Par exemple, lors du repas, on a les pensées et avis des trois amis, pendant l’explication de Bourmistrov. Il y a des parties que l’on ne comprend pas forcément, les rêves d’Olia par exemple. Cela donne un récit riche et tenu malgré la brièveté du texte, que l’on peut lire différemment de son voisin, dans lequel le lecteur peut s’impliquer, remplir les vides …

Je vais pouvoir les autres livres de Sorokine de ma PAL.

Références

Soupe de Cheval de Vladimir SOROKINE – traduit du russe par Bernard Kreise (Éditions de l’Olivier, 2015)

4 réflexions au sujet de « Soupe de Cheval de Vladimir Sorokine »

  1. Je viens de le finir, j’ai bien aimé le début. C’est bien écrit mais la fin…. c’est n’importe quoi, je trouve que ça ne tient pas debout.

    1. Je vais quand même raconter la fin pour qu’on puisse discuter (les gens qui veulent lire le livre : faites attention). La fin est moins bonne que le début mais éclaire quand même l’histoire. Quand l’homme dit à Olia, malade, « tu as voulu passer à l’ouest » (même s’il meurt avant de l’avoir expliqué) je trouve qu’on comprend toute la symbolique du texte, en tout cas dans mon interprétation. Les changements de décor, d’un appartement de l’époque stalinienne à un appartement décoré à la mode occidentale, la nourriture qui devient transparente peut être vu comme une symbolique de la vie qui devient moins riche, moins « russe » surtout. Il y a aussi la transformation de l’homme. Je suis allée en Russie dans les années 90 et je peux vous dire que les nouveaux russes, ceux qui étaient devenus très riches dans ces années là, n’étaient pas particulièrement appréciés et plutôt méprisés. C’est assez ironique pour un homme qui sortait de camp de redressement. C’est cette phrase de l’homme qui m’a fait comprendre l’importance que Sorokine accordait aux dates, et surtout pourquoi il avait situé son histoire dans le temps. C’est mon interprétation et que peut être je veux y voir ce que je veux bien. Sur la fin, je suis d’accord qu’il y a des personnages un peu n’importe quoi. Par exemple avec le texte où il y a une phrase sur deux qui est la même. Mais cela m’a donné la même impression dès le début. Les rêves et songes d’Olia sont un peu inutiles à l’histoire et sont un peu n’importe quoi. Cela m’intéresserait de savoir comment vous avez lu le livre et comment vous l’avez interprétez. J’espère que vous me donnerez votre avis.

  2. Pas sûre que cela soit pour moi mais votre billet me fait quand même noter l’auteur sur ma liste. Psst : au dernier paragraphe, vous avez oublié le mot « plu » après beaucoup 😉

    1. De Sorokine, j’avais lu un avis de Dominique sur À sauts et à gambades sur le roman Roman. Cela avait l’air de lui avoir beaucoup plu. Merci pour avoir repéré mes oublis. C’est corrigé 🙂

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