Le complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood

J’adore ces romans de 500 pages où on passe plein de temps. Quand le livre est fini, on a pratiquement l’impression de quitter, pour toujours (ou jusqu’à relecture), des amis.

LeComplexeDEdenBellwetherBenjaminWoodCe roman a reçu très récemment le prix mais j’avais décidé de le lire bien avant car cela se passait à Cambridge, en Angleterre. Je ne peux pas résister à cet argument (Oxford et Cambridge me font rêver, que voulez-vous).

Le roman commence par un prélude, où on sait qu’à la fin du roman, on va avoir deux morts. Comme pour tous les préludes, je n’ai compris que les grandes lignes, vu qu’aucun personnage n’est posé. Mais bon, il y aura deux morts dans l’histoire.

On fait ensuite la connaissance d’Oscar, jeune homme de vingt ans, qui a quitté sa famille à 17 ans car il voulait une autre vie. Son père était ouvrier en bâtiment et pensait que c’était la seule chose qui devait compter pour son fils mais celui-ci aurait préféré un monde plus « intellectuel » et surtout poursuivre des études. Il n’a pas pu le faire et travaille comme aide-soignant dans une maison de retraite cossue. Son patient préféré est Bram Paulsen, avec qui il prend grand plaisir à discuter des livres que celui-ci lui prête. Les livres sont signés Descartes … Un jour, Oscar se promène dans Cambridge et entend une musique provenant d’un Orgue. Cela le pousse à rentrer dans l’église où il y a un office. Il fait la connaissance d’Iris Bellwether dont il tombe immédiatement sous le charme. Le musicien est son frère, Eden. De fil en aiguille, il se lie d’amitié avec le frère et la sœur et leur bande d’amis, bande assez restreinte puisque constitué de trois autres personnes, Jane (la petite-amie d’Eden), Yin et Marcus. Il devient le petit-ami d’Iris, qui lui confie ne pas savoir si son frère est malade ou génial. Il croit pouvoir guérir avec la musique. Benjamin Wood fait de cette question une interrogation majeure de son roman : quel pouvoir a la musique ? Or, le docteur Paulsen lui présente Herbert Crest, psychologue qui s’intéresse au médecine alternative mais aussi aux personnalités hors-norme. Crest est lui-même intéressé par les pouvoirs d’Eden puisqu’il est atteint d’une tumeur au cerveau inguérissable.

Benjamin Wood va, au cours de son roman, s’attacher à décrire le milieu de la famille Bellwether, Iris et Eden avec leurs parents, Theo et Ruth, car c’est très nouveau pour Oscar. La musique est donc aussi très présente dans ce livre et c’est à mon avis une des plus grandes réussites de Benjamin Wood car on sent tout l’intérêt qu’il porte à la chose.

J’ai lu plusieurs avis qui disaient que ce livre avait les maladresses d’un premier roman, ce qu’il est soit dit en passant. Principalement, le livre serait trop long. Je ne comprends jamais très bien cette phrase. Je m’imagine toujours une bonne âme couper certains passages ou bien réécrire complètement l’histoire pour qu’elle soit plus nerveuse. Comme je l’ai dit, j’aime bien les gros romans car on a l’impression de suivre les gens. Je ne me suis pas ennuyée une seconde en lisant ce livre. Par contre, je suis d’accord qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

Je pense que c’est une question de point de vue. Toute l’histoire est donc racontée du point de vue d’Oscar. On adopte donc sa vision des choses, puisqu’on n’a que celle-là. J’ai eu l’impression d’être une ethnologue en exploration dans les milieux bourgeois de Cambridge. Par exemple, je n’ai pas ressenti l’amour éprouvé par Oscar pour Iris, je n’ai pas ressenti les liens d’amitié qui se sont soit-disant créés entre Oscar, Eden, Iris, Jane, Marcus, Yin. Je n’ai pas trouvé les personnages particulièrement bien décrits dans le sens où je ne me les imagine pas. Je n’ai ressenti aucun lien d’amitié dans le groupe (avec ou sans Oscar). Le personnage d’Eden reste lui aussi très dans l’ombre car finalement, on n’a pas son point de vue. Selon moi, le livre aurait donc gagné à devenir un roman chorale car là, on n’arrive à comprendre que Oscar. Pour compléter, les liens avec Herbert Crest ou le docteur Paulsen semblent véridiques et sincères, comme ceux avec l’infirmière de Crest, Andrea mais ceux avec les Bellwether … non. Je dis pourquoi pas si c’est ce qu’a voulu faire l’auteur. Je ne suis cependant pas sûre qu’il est voulu faire une sorte de roman ethnologique. Il visait soit le roman psychologique, un peu page-turner, soit le roman d’apprentissage, soit un roman sur le pouvoir de la musique à mon avis, soit un roman sur la folie et les personnalités narcissiques. Il a réussi ces passages sur la musique (les passages où Eden joue de l’orgue sont splendides), sur les pathologies psychiatriques mais pas sur la « vraie vie ». Ce n’est donc pas trop long mais surtout il manque quelque chose. Je pense que pour son deuxième roman il devrait plus s’attacher à ses personnages, amplifier le côté humain.

En résumé, c’est un bon premier roman. C’est un roman ambitieux, qu’on ne peut pas lâcher, en tournant les pages sans relâche mais à mon avis, il manque un petit quelque chose au niveau des personnages.

L’avis de Lewerentz

Références

Le Complexe d’Eden Bellwether de Benjamin WOOD – traduit de l’anglais par Renaud Morin (Zulma, 2014)

8 réflexions au sujet de « Le complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood »

  1. Des avis plus nuancés arrivent, à propos de ce livre, et tant mieux ! Je me contenterai sans doute d’un emprunt à la bibliothèque, par « sécurité » !

    1. J’ai plutôt vu des avis comme le mien, et moins de très enthousiaste. Par contre, tout le monde est d’accord pour dire que c’est un page-turner, un bon moment de lecture.

  2. ainsi, toi aussi tu rêves d’oxford et cambridge ? je rêve d’y retourner, ainsi qu’à brighton 🙂
    évidemment, tout cela n’a aucun rapport avec ton billet positif quant à ce roman – comme je l’écrivais récemment sur d’autres blogs, j’ai l’impression qu’il serait temps pour moi de passer à d’autres lectures que les polars, mais j’ai tellement de polars à lire …

    1. En fait, Cambridge je n’y suis jamais allée. Je ne suis restée qu’une journée et demi à Oxford où j’étais invitée car j’avais postulée pour un post-doc (je n’ai pas été pris parce que sinon, je serais restée trois ans et cela aurait été très bien). C’était le jour de mon anniversaire, sous la neige. J’avais demandé à mon frère de venir pour gérer les problèmes techniques (quand il neige, l’eurostar marche moins bien) et moi je n’ai fait que réviser et rêver. J’en garde un souvenir merveilleux mais j’aurais voulu voir tous les colleges, les monuments … J’ai aussi trouvé une plaquette sur Oxford vu par la série Mordre (je l’adore cette plaquette). C’est triste de ne pas tout le temps découvrir des nouveaux pays.
      Au fait, je réponds à ton mail ce we.

  3. Super billet, comme d’habitude ! (quand je relis les miens après ceux que je lis sur certains autres blogs, j’ai honte de mes avis basiques et sans grand intérêt mais bon, ça me fais plaisir alors je continue 😉
    Quoi qu’il en soit, ce que vous dites sur les personnages est très intéressant. Je les ai trouvé bien décrit, j’arrivais bien à les imaginer, mais c’est vrai qu’on ne ressent pas bien l’amour entre Iris et Oscar. En fait, j’ai trouvé que la relation la plus réussie est celle entre Oscar et Paulsen.
    Sinon, merci d’avoir mis un lien vers mon billet – je vous retourne l’ascenseur et ai mis un lien vers le votre.

    1. On dirait que vous êtes tous déprimés sur les blogs en ce moment (j’ai vu le billet de Kathel, celui de Niki, maintenant vous me dites que vous faites des avis basiques). Moi, perso, j’aime beaucoup vos avis (en plus si cela vous fait plaisir, que demandez de plus).
      Pour le livre, ce que vous dites est très intéressant. Pour les personnages, pris séparément, j’arrive à comprendre qui ils sont au sens psychologique du terme (cela fait bizarre comme choix de mots mais bons). Physiquement, je me suis imaginée Iris comme l’héroine de La fille, qui danse de Julian Barnes (peut être parce que c’est une lecture récente). J’ai eu du mal à comprendre Eden avec les cheveux longs. Quand l’auteur a dit cela, je me suis dit mais pourquoi ???? J’ai trouve Yin et Marcus assez inactif et je me les suis imaginée comme des jumeaux. Jane est pour moi la représentante des petites filles sages, discrète, intelligente, sociable … une fille qu’on ne remarque pas mais dont on ne peut pas se passer. Donc elle est forcément blonde, aux yeus bleus dans ma tête 🙂 Tout cela pour dire, que j’arrive à m’imaginer des personnages mais pas les personnages que l’auteur a décrit. Mon esprit a refusé de les voir comme l’auteur le voulait. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme …
      Je pense que d’habitude je fais pareil (c’est-à-dire que je lis le livre comme j’en ai envie) mais là ce décalage entre moi et l’auteur m’a frappé. Je sentais que je voulais y voir autre chose.

      1. Ah, les cheveux longs d’Eden, moi aussi, j’ai trouvé cela « bizarre »; peut-être pour lui donner un côté plus « mystique » ?! Iris, Oscar et Marcus n’ont pas un physique clair dans mon esprit. Yin d’origine chinoise donc tout est dit; sérieusement, je l’imaginais très grand, très fort. Quant à Jane, oui, bien sûr qu’elle est blonde aux yeux bleus; cheveux courts, une coupe à la garçonne, mutine, style Michelle Williams. Votre remarque sur le fait que l’on imagine pas forcément les personnages comme l’auteur les décrit est intéressante et cela m’arrive régulièrement. Et si j’aime le livre, cela ne me dérange pas autrement.
        Sinon, merci d’aimer mes billets 🙂

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