Les cahiers russes de Igort

J’ai appris la parution de ce nouvel opus d’Igort par un billet de Mo. J’avais lu Les Cahiers Ukrainiens que j’avais beaucoup apprécié. Je voulais l’attendre à la bibliothèque mais il était toujours pris alors je l’ai acheté. Et je vais la garder comme j’avais gardé Les Cahiers Ukrainiens.

Les Cahiers Russes sont nés, comme l’indique la couverture du choc, ressenti par Igort après la mort d’Anna Politovskaïa. Après la lecture de cette bd, j’ai franchement envie de lire ces livres car on a l’impression de faire sa connaissance en tant que personnes, en tant que femme, en tant que journaliste de terrain qui disait les vérités qu’elle voyait. Là, j’ai eu l’impression que c’était une femme importante pour notre monde. En regardant les reportages à la télévision, au moment de son assassinat, je me disais « oui et alors, je ne la connaissais pas avant, en quoi est-ce un malheur, en quoi est-ce triste pour moi, pour les autres » (pour la famille et les amis je n’en doute pas). C’est comme toujours dans les médias traditionnels on ne parle des gens que quand il meurt et les journalistes font comme si on savait tous qui étaient ces gens (quand ils ne le font pas et où ils refont la vie en long en large, c’est quand le gars est hyper connu et où on avait le droit à un reportage par semaine)(on appelle cela un hommage il paraît). Tout cela pour dire que l’assassinat d’Anna Politovskaïa n’était pas seulement un événement pour ce qu’il nous apprenait de l’état actuel de la Russie mais surtout parce qu’une voix qui essayait de combattre une loi du silence qui s’était abattue sur la Tchétchénie venait de s’éteindre. Et que malheureusement, il n’y avait plus grand monde pour continuer à en parler (et ceux qui restaient se sont fait assassiner). Rien que pour cela j’ai aimé cette bande dessinée parce qu’elle m’a permis de comprendre et d’apprendre.

Igort ne se limite pas à ce sujet puisqu’il passe en revue les tortures effectuées par les soldats russes sur les tchétchènes mais aussi sur leurs compagnons de services (il passe en revue les dégâts sur les deux populations pour respecter la réalité des faits aussi comme l’aurait fait Anna Politovskaïa). Il explique aussi la tuerie de Beslan, celle du théâtre de Moscou.

Il y a donc un propos très engagé dans ce livre.

Igort ajoute à cela une originalité dans la mise en page et dans l’organisation de cette bd. Quand Igort met cahiers dans son titre, ce n’est pas une métaphore puisqu’il fait une sorte de collage protéiforme de ses rencontres et pensées. Il y a des bouts de textes, des bouts de pensées, des bd. C’est un peu comme si on suivait son cheminement après le choc du décès de la journaliste. Ce n’est pas un récit « travaillé » dans le sens organisé. Il se dégage une spontanéité et une émotion de cet amalgame.

En conclusion, j’ai encore une fois fortement apprécié le travail d’Igort. Je suis d’accord avec d’autres (je crois Mo) que La ballade de Hambone est moins bon (à mon avis).

Références

Les Cahiers Russes [la guerre oubliée du Caucase] – un récit-témoignage d’IGORT – traduit de l’italien (?) par Laurent Lombard (Futuropolis, 2012)

2 réflexions au sujet de « Les cahiers russes de Igort »

  1. Tu parles très bien de cet album d’Igort (et c’est toi qui m’avais donné envie de découvrir ses précédents Cahiers). Par le biais de tes mots, je retrouve le ressenti que j’ai eu au moment de la lecture et oui, cette question de cheminement, de spontaneité et d’émotions qui ressortent dans son travail (du moins dans ses cahiers)
    Lorsque tu parles de la « ballade de Hambone », je ne sais plus quand et où nous avions eu l’occasion d’en parler mais personnelement, je trouve effectivement cette série largement en dessous de la qualité de ses témoignages sur les pays de l’est.

    1. Je crois qu’on en avait parlé quand je t’avais demandé si tu avais déjà lu Igort et tu m’avais dis que tu avais lu La ballade de Hambone, mais que cela t’avait moins plu. Je ne t’avais pas écouté parce que je les avais vu à librairie et j’ai été déçue parce que je n’ai pas retrouvé ce que j’avais lu dans Les Cahiers Russes.

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