À l’ouest du monde de Kenneth Steven

Un extrait

Un soir, je me trouvai sur un pont qui enjambait la Clyde. L’eau qui coulait en dessous ressemblait à de l’huile ; sa surface était embrasée par le dernier rougeoiement du soleil couchant. Des morceaux de métal et du bois cassé remontaient des rives comme les os d’étranges créatures. L’eau empestait la maladie. En la regardant, je me rappelai l’eau de Hirta, sa joie fraîche et claire lorsqu’elle jaillissait de terre et dévalait la colline en millions de cristaux. Je me revoyais allant moi aussi de la source à la mer et compris que c’était en quelque sorte l’image de ce que j’étais devenu ; ma vie semblait aussi inutile et corrompue que cette rivière qui coulait à mes pieds, qui s’envasait progressivement en direction de la mer. [p. 101]

Présentation de l’éditeur

Saint-Kilda est un minuscule archipel battu par les vents aux confins du monde connu, à l’extrême ouest de l’Écosse. Une terre sans un arbre, sauvage, misérable, où vivent les Gillies, famille disciplinée, repliée au sein d’une communauté austère. Brutalement la mort des parents puis le départ de l’île viennent bouleverser l’ordre des choses. L’aîné et narrateur, Roddy, échoue sur le continent sans pouvoir trouver sa place dans le clan familial familial en lambeaux. L’émouvant itinéraire d’un homme déraciné, orphelin de son île, en quête de nouveaux repères.

Mon avis

Il est évident que j’aime d’amour ce livre.

D’abord, il raconte en partie Saint-Kilda. N’importe qui me connaissant sait que ce genre de paysages, où il y a plein de vents, de la nature, me fascinent et m’attirent en tout cas en littérature (alors que je suis persuadée que je ne saurais pas me débrouiller dans un tel environnement ; c’est sûrement cela qui me fait envie). Le narrateur, Roddy, a passé toute son enfance à Hirta ; il y a vécu les plus belles années de sa vie même si c’était un environnement rude. Il y a eu l’amour des siens, les rivalités avec son frère, l’expérience d’une communauté soudée.

Il est évident que lorsque son père meurt et que l’année d’après les habitants d’Hirta sont évacués vers le continent, son monde s’écroule (ainsi que son enfance). C’est un livre sur le déracinement bien évidemment mais ce qu’il y a de particulier ici, c’est qu’il ne pourra jamais retrouver ce qu’il a perdu, même des bribes. Ce n’est pas un monde qui s’écroule mais un monde qui disparaît. Le livre est construit par l’alternance entre les récits du passé et les récits du présent (lui, vieux, dans un hôpital américain, en train d’écrire ses souvenirs pour des descendants qui n’existent pas). Roddy a alors une pensée très significative : est-ce qu’il est le dernier survivant de Saint-Kilda, à avoir connu ce monde oublié, cette civilisation perdue.

Il y a tout le côté aussi sur la reconstruction du clan familial après des décès subits et très rapprochés et là encore Kenneth Steven tape juste (d’après ma maigre expérience après le décès de mes grands-parents). Je trouve qu’il fait bien le parallèle avec la fin de la vie sur l’île. De même qu’en faisant parler un homme en fin de vie, c’est une partie de notre monde à tous qui sombrent dans l’oubli. On pourrait dire que ce roman se résume par les mots fin de monde et oubli.

Tout cela est servi par une écriture magnifique, qui fait rêver tellement elle est poétique, évocatrice. Encore une fois, je n’ai pas rendu justice au livre mais il est magnifique.

Un autre avis

Celui de Yvon.

Références

À l’ouest du monde de Kenneth STEVEN – traduit de l’anglais (Écosse) par François Chardonnier (Autrement, 2008)

2 réflexions au sujet de « À l’ouest du monde de Kenneth Steven »

  1. j’aime beaucoup tout ce qui tourne autour de St-Kilda (forcément, moi et les celtes …)
    et la photo de couverture est vraiment belle 🙂
    voilà un billet qui me donne envie de lire car tu en parles bien joliment

    1. Tu connais quels autres livres sur Saint-Kilda. Dans mes références, je n’ai que celui-là et la bd. J’ai vu qu’il existait en anglais un livre qui raconte l’histoire. Je le lirais sûrement aussi parce que cela m’intéresse beaucoup. Je ne savais pas que c’était les habitants qui avaient demandé l’évacuation au contraire des habitants des îles Blasket. Cela a du être terrible pour eux.

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