Le club des parenticides de Ambrose Bierce

Vous pouvez lire ce livre ici, grâce aux éditions Sillage. Vous pouvez aussi trouver sur leur site une biographie de Ambrose Bierce (1842 – 1914 ?), qui est entre Mark Twain et le docteur Watson. Sa biographie explique un peu (même beaucoup) le style très acéré et acrimonieux d’Ambrose Bierce.

Il s’agit d’un recueil de trois nouvelles, qui ont toutes en commun le fait que le narrateur a tué ses parents, intentionnellement ou non d’ailleurs. De plus, les parents comme le narrateur ne sont jamais des gens ordinaires (les narrateurs ont quand même tuer leurs parents).

La première nouvelle À l’épreuve du feu (titre original : An imperfect conflagration) raconte comment après avoir tué son père et sa mère, le narrateur, homme de pouvoir, a échoué à camoufler ses crimes.

La deuxième nouvelle Huile de chien (titre original : The Oil of Dog : A tragic Episode in the Life of an Eminent Educator) parle de comment le narrateur, à la suite d’une « erreur fatale » a poussé ses parents à se tuer.

La troisième nouvelle L’Hypnotiseur (titre original : John Bolger, Hypnotist) explique comment un jeune garçon pour se venger de « maltraitances » a poussé ses parents à s’entretuer en les hypnotisant.

Bien sûr, cela peut donner des idées à vos enfants ou même vous donner des idée mais comme on dit à la télé, il ne faut pas reproduire tout cela car c’est dangereux et il faut toujours faire appel à un professionnel (comme si tout le monde avait les moyens de faire appel à un tueur à gage, non mais !)

D’abord, il faut noter que Ambrose Bierce est journaliste et pas écrivain. Il n’a toujours écrit que des nouvelles et dans ces trois là au moins, on peut dire qu’il a un style journalistique. Ce qui compte c’est l’histoire, les effets dans la manière de le raconter mais par exemple il n’y a pas de travail sur la langue (ou ce genre de choses, propres aux « bons écrivains »). C’est un peu comme si vous lisiez un long texte à la fin d’un journal. Les nouvelles sont pour cela très plaisantes et distrayantes à lire (il faut aimer l’humour noir bien évidemment). Ambrose Bierce commence et finit toujours de manière remarquable (je vous mets le début des deux premières car sinon vous allez dire que je raconte l’histoire) :

Une journée de juin 1872, au petit matin. j’ai tué mon père – cela m’a beaucoup marqué à l’époque.

Le « à l’époque » m’a beaucoup fait rire (et il me fait toujours rire d’ailleurs).

Je m’appelle Boffer Bings. Je suis né de parents honnêtes, dans un milieu des plus modestes : mon père était fabricant d’huile de chien et ma mère avait un petit atelier à l’ombre de l’église du village, où elle liquidait les nourrissons indésirables.

Je pense que cela résume bien le style de cet auteur : on sait comment la phrase commence mais pas comment elle termine, mais il y aura toujours « contradictions » entre les deux propositions. Par exemple, je peux encore vous citer une phrase de la troisième nouvelle :

On m’avait fait appeler dans le bureau du gardien et on m’avait donné des vêtements civils, une toute petite somme d’argent et une profusion de conseils qui, je dois l’avouer, étaient de bien meilleure qualité que les vêtements.

Je ne résiste pas à vous mettre quelques définitions issues de Wikipédia (qui lui même les a reprises du Dictionnaire du Diable de Ambrose Bierce)(bien sûr, je l’ai commandé parce que cela me fait trop rigoler) :

  • Abstinent : Personne faible qui cède à la tentation de se refuser un plaisir.
  • Evangéliste : porteur de bonnes nouvelles, particulièrement (dans un sens religieux) de celles qui assurent notre propre salut et la damnation de nos voisins.
  • Frontière : En géographie politique, ligne imaginaire entre deux nations, séparant les droits imaginaires de l’une des droits imaginaires de l’autre.
  • Immigrant : Individu mal informé qui pense qu’un pays est meilleur qu’un autre.
  • Irréfléchi : Insensible à la valeur de votre conseil.
  • Patience : forme mineure de désespoir, déguisée en vertu.
  • Politesse : Forme la plus acceptable de l’hypocrisie.
  • Présidence : Le cochon le plus gras du champ de la politique.
  • Raison : propension au préjugé.
  • Bien-être : état d’esprit produit par la contemplation des ennuis d’autrui.
  • Les tableaux sont les représentations en deux dimensions des choses inintéressantes en trois.

Références

Le club des parenticides de Ambrose BIERCE – traduit de l’américain par Marie Picard (Éiditons Sillage, 2006)

12 réflexions au sujet de « Le club des parenticides de Ambrose Bierce »

  1. chouette billet, mais je ne suis pas intéressée par le livre, j’ai assez détesté mes parents pour les avoir tués une bonne dizaine de fois dans ma tête 😛

    1. C’est les éditions qui mettent en ligne quelques uns de leurs livres (j’en ai beaucoup de ceux qui ne sont pas dispo en pdf alors je profite de ceux qui sont gratuits. Je ne fais pas de pub pour leurs éditions mais ils font juste un travail formidable dans le choix de leurs textes, dans les présentations ou éclaircissements et même leurs livres sont très beaux). Par contre, je ne suis pas sûre que tu ne retrouves pas ces nouvelles dans les recueils qu’il a lui-même regroupés. Mais ce qui a fait rire mon père, c’est que tout ce qu’il dit dans son dictionnaire reste vrai aujourd’hui.

  2. Les éditions Sillages sont vraiment excellentes et j’ai été très convaincue par ton article. Tellement que je suis en train d’imprimer le texte…j’adore l’humour noir !

    1. C’est gentil. J’espère que cela te plaira. Ils ont une librairie à Paris et je n’y ai toujours pas été.

  3. La librairie se trouve près de Jussieu et cela vaut la peine de se déplacer car ils vendent leurs livres à -50% alors qu’ils sont quasiment neufs ! Et ils ont aussi des livres d’occasion.

    1. Les éditions José Corti font la même chose. Du coup, je vais me traîner près de Jussieu un jour …

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