Dans le tourbillon de José Antonio Labordeta

Présentation de l’éditeur

Des rumeurs de guerre civile sèment la panique dans un village de montagne. Des clans commencent à se former, mais les tensions convergent toutes vers Braulio, l’usurier, qui s’est rempli les poches avec l’argent des uns et des autres. Une chasse à l’homme s’engage, dans une nature desséchée par un soleil de plomb, où chacun laisse libre cours à la violence et au fanatisme.

Marqué par l’Aragon, ses odeurs, ses couleurs, sa rudesse et par les souvenirs de la guerre civile espagnole, ce récit ne fait pourtant référence ni à un pays, ni à une époque. Il peut évoquer Faulkner, par son rythme incantatoire et les obsessions de l’écriture, ou Juan Rulfo, par la force des décors arides et sauvages.

Biographie de l’auteur (par les éditions Attila)

Né à Saragosse en 1935, José Antonio Labordeta a vécu presque toute sa vie en Aragon. Son père, professeur de latin, et arrêté au début de la guerre civile pour son activité militante et exclu de l’Université sous Franco. Labordeta se fait connaître comme poète, puis comme chanteur à texte, émule de Brassens. Auteur de fictions, réalisateur de documentaires sur la campagne espagnole, il est élu député aux Cortès en 1999, où il défraye la chronique et devient une gloire nationale en insultant des députés qui se moquaient de lui pendant sa prise de parole. Il a disparu en septembre 2010.

Mon avis

C’est un livre assez court, qui m’a beaucoup fait pensé au livre de Ramón Sender L’empire d’un homme chez le même éditeur. Cela vient bien évidemment du contexte : un village se divise en plusieurs groupes et s’oppose. Ici, il s’agit de trois groupes : deux hommes doivent fuir devant un la majorité des hommes du village à cause de leurs idées opposées, et ce à la suite de la disparition d’un troisième homme. Les esprits s’échauffent rapidement. Là dessus, un de ceux qui sont majoritaires se croit le maître du monde et décide de s’opposer à l’usurier du village. Manque de chance, celui-ci le tue et s’enfuit (pratiquement au même moment que les deux autres hommes). La chasse à l’homme commence.

L’histoire est racontée de différents points de vue : de l’âne de l’usurier qui l’accompagne dans sa fuite à la sœur de l’usurier en passant par les différents groupes de villageois et le marchand ambulant (le seul neutre dans l’histoire). On suit leurs pensées, parfois interrompues, en plein milieu de phrase, par un dialogue. Cela donne quelque chose qui déroute parfois mais surtout qui est très vivant et ne s’essouffle pas à la lecture.

Après, pour l’interprétation, je l’avais personnellement pris au sens littéral. Sans raconter la fin, je m’étais dit que c’était l’illustration de ce qui pouvait se passer dans un village dans le cas où deux visions s’opposent. Le seul moyen de réunir tout le monde dans ce cas c’est de trouver un troisième, qui sert de bouc-emissaire.

Les éditeurs suggèrent une lecture plus approfondie car dans le récit, il y a des dominés (la sœur de l’usurier notamment) et des dominants (celui qui va se faire tuer ; il ne domine pas longtemps pour le coup). Celui qui survit n’est pas forcément le plus fort (on pense aussi à l’usurier).

J’ai trouvé cette lecture très agréable et intéressante (je lirai Juan Rulfo un jour, c’est sûr). Elle m’a permis de découvrir entre autre la personne de José Antonio Labordeta. On peut écouter son Canto a la Libertad sur internet.

Références

Dans le tourbillon de José Antonio LABORDETA – traduit de l’espagnol par Jean-JAcques et Marie-Neige Fleury – gravures de Paz Boïra – postface de Antonio Pérez Lasheras (Attila, 2011)

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